Désenchantée : notre avis sur la nouvelle série de Matt Groening, créateur des Simpson, bientôt sur Netflix

Créé : 7 août 2018 - Christophe Foltzer
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Si la série Désenchantée ne sera diffusée sur Netflix qu'à partir du 17 août prochain, il nous a néanmoins été donné la possibilité d'en voir cinq épisodes. Soit la moitié de la saison. Et on ne pouvait pas résister au plaisir de vous en parler.

ATTENTION SPOILERS !

 

 

LES SIMPSON EN MODE GAME OF THRONES ?

La première erreur lorsque l'on aborde cette nouvelle série, même si elle est logique, serait de la comparer aux précédentes oeuvres de Matt Groening, à savoir Les Simpson et Futurama. Evidemment, la famille la plus jaune d'Amérique est devenue en 30 ans l'une des pierres angulaires de la culture américaine mais il faut se rappeler que Matt Groening n'a plus grand-chose à voir avec elle depuis fort, fort longtemps. Au début des années 2000, il nous avait offert Futurama, ambitieuse série de SF produite et diffusée par la Fox au parcours chaotique qui s'est vue annulée avant de repartir sur la chaine Comedy Central et de mourir définitivement. Une série autrement plus acide et qui constitue ce qu'aurait dû rester Les Simpson avant de devenir ce gigantesque phénomène mondial.

Avec Désenchantée, Matt Groening reprend donc une nouvelle fois les choses de zéro. Déjà, le producteur-diffuseur n'est autre que Netflix, ce qui lui assure une liberté de ton quasi totale pour exprimer ce qu'il a en tête. Ensuite, le créateur change quelque peu son fusil d'épaule en modifiant son mode de narration puisque, à l'inverse de ses précédents travaux, il se lance aujourd'hui dans une série avec une vraie intrigue fil rouge. Ce qui n'a l'air de rien dit comme ça mais qui change beaucoup de choses dans les faits.

 

un peu vénèreElfo, Bean et Luci, prêt à mettre un sacré bordel

 

PAS UN CONTE DE FÉES

Désenchantée nous permet donc de faire connaissance avec Bean, la princesse d'un royaume enchanté, destinée à être mariée de force, rebelle dans l'âme et déjà bien alcoolique. Ne pouvant se résoudre à un avenir tout tracé peu ragoûtant, elle s'imagine qu'il doit bien y avoir quelque part dans son monde un endroit où les gens sont heureux. En parallèle, nous découvrons Elfo, un elfe qui dénote un peu dans le monde merveilleux des Elfes. Il remet en effet en question le principe même de fonctionnement de ce monde où tout le monde est heureux et décide de le quitter parce qu'il pense que, dans ce monde, il doit bien exister un endroit où les gens sont malheureux.

Et puis, il y a Luci, un petit démon à l'allure de chat, invoqué par des Sorciers pour renverser le royaume et corrompre Bean ainsi que le veut une ancienne prophétie. Evidemment, ces trois personnages vont devenir inséparables et vivre tout un tas d'aventures qui risquent de mettre à mal la société qui les entoure.

 

sur le trônePas vraiment le Royaume du bonheur

 

Si l'on pouvait craindre que les années n'adoucissent son discours, Désenchantée est là pour nous prouver que Matt Groening n'a rien perdu de son acidité et de son mordant. En effet, si la série suit une trame résolument classique, c'est dans les détails que le créateur se paye l'époque actuelle en faisant preuve d'un cynisme extrêmement poussé qui fait énormément plaisir à voir. Le royaume n'a d'enchanté que le nom et est dirigé par un roi violent et capricieux, tout le monde enfle tout le monde, c'est la loi de la jungle, la misère règne partout et l'exploitation de l'autre est le maitre-mot. Quand on voit un père de famille qui, face à son nouveau-né, lui sort que s'il peut pleurer, ça veut dire qu'il peut bosser, pas de doute, Matt Groening est en grande forme.

Et c'est vraiment l'intérêt principal de la série, cet humour acide et à froid qui parcourait déjà Futurama dans ses moments les plus glorieux. D'ailleurs ce n'est pas une surprise puisque Groening s'est entouré de sa garde fidèle qu'il s'agisse dans l'aspect technique (le studio Rough Draft), dans la partie scénaristique (l'extraordinaire David X. Cohen est toujours de la partie) ou évidemment parmi les doubleurs (Maurice LaMarche, John DiMaggio, Billy West, Tress MacNeille tous de retour). Alors, avec un pedigree pareil, la série est forcément un incontournable ? Un chef-d'oeuvre absolu ? En l'état, malheureusement non, et on va essayer de comprendre pourquoi.

 

photo désenchantéeUn monde quand même empreint d'une certaine magie

 

PAS UN CHEF-D'OEUVRE NON PLUS ?

Avant d'aborder cet aspect purement critique, il faut garder à l'esprit que, sur les 10 épisodes qui constituent la première saison, nous n'en n'avons vu que 5 et pas forcément dans l'ordre chronologique. Un détail important. Ceci dit, cela nous permet de constater les défauts majeurs de cette production tant attendue. En premier lieu le versant technique. Il ne faut pas s'attendre à la maestria dont faisait preuve un Futurama par exemple. Ici, nous sommes vraiment dans une production de milieu de gamme.

Attention, on ne dit pas que c'est moche ou scandaleux, le trait de Matt Groening est toujours aussi efficace et certains passages demeurent impressionnants mais, dans l'ensemble, il n'y a rien d'exceptionnel. L'animation est correcte sans plus, le design inspiré sans plus, la réalisation bonne, sans plus. S'agit-il d'un problème de budget, d'un délai trop court ou d'autre chose, difficile à savoir.

 

photo désenchantéeL'humour cruel de Matt Groening, toujours présent

 

L'autre souci c'est que, passé le postulat de départ très excitant, les personnages principaux ne sont en réalité pas si intéressants que cela. Evidemment, dès le départ on s'attend à voir une dynamique de l'héroïne tiraillée entre sa bonne et mauvaise conscience et c'est globalement ce qui se passe mais il manque un peu de sel à tout ça, surtout avec ce que la série promettait au départ.

Elfo ne semble jamais totalement évoluer et sert plus de ressort comique qu'autre chose. Luci, dans sa posture de vecteur de chaos, ne semble jamais non plus réellement s'épaissir en tant que personnage. Quant à Bean, bien qu'elle évolue, elle ne gagne pas non plus en profondeur autant qu'on l'aurait souhaité.

 

en pleine forêtEn pleine forêt

 

Et c'est là que le format de la storyline globale étalée sur une saison montre peut-être déjà ses limites. Si Fry dans Futurama fonctionnait sur le même modèle que Bean, tout autant que Bart au début des Simpson (avant d'être supplanté par Homer en tant que héros principal), ces personnages fonctionnaient parce que, justement, les épisodes s'enchainaient sans qu'ils aient forcément de rapport les uns avec les autres (même si Futurama instaurait déjà une continuité évidente dans son univers mais qui restait un peu plus diluée qu'ici).

Bart et Fry n'étaient jamais les personnages les plus intéressants de leurs séries respectives dont la principale qualité était l'univers et les personnages qui les entouraient. Sauf qu'ici, les personnages secondaires que sont Elfo ou Luci, et même le Roi, ne sont guère passionnants, ni propices à devenir le véritable intérêt de la série. Et cela se ressent dès le départ, puisque la durée de 30 minutes des épisodes ainsi que le découpage d'une seule histoire en 10 segments trahit d'emblée toutes ces fragilités de construction.

 

photo désenchantéeBean guidera-t-elle son peuple vers la liberté ?

 

ALORS C'EST NUL EN FAIT CETTE SÉRIE ?

Pas du tout. Matt Groening reste un solide artisan de la comédie acide américaine, très second degré et la plupart des gags font mouche, tout comme son univers délicieusement cruel d'ailleurs. Il manque simplement à Désenchantée un peu d'âme et d'énergie pour en faire une série incontournable.

Mais, qu'on ne s'y trompe pas, en l'état, elle reste une série drôle, plaisante, divertissante et réellement géniale par instants. Mais, et on rappelle qu'on ne l'a pas encore vue en entier, pour le moment, elle demeure bien bancale et inégale. Si tout le monde en prend pour son grade et que les saillies font mouche, on se gardera bien d'avancer un avis définitif avant d'avoir vu la totalité des épisodes.

 

En l'état, Désenchantée nous met dans une position complexe et contradictoire. On sent bien son énorme potentiel, elle nous fait rire régulièrement mais on constate qu'il manque cependant encore quelque chose pour en faire un rendez-vous incontournable. Ceci dit, c'est une excellente base de départ si Matt Groening décide de prendre son sujet à bras le corps et de retrouver l'énergie qui animait Futurama et le début des Simpson. Pas un chef-d'oeuvre instantané donc, mais une très belle promesse.

La saison 1 de Désenchantée débarquera sur Netflix le 17 août prochain.

 

 

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commentaires

Ancestral Z 14/08/2018 à 16:37

Merci pour votre avis, vous avez l’air de définir ce que je ressens a première vue avec les premières bande annonce et ce que je perçois de l’univers…
Impatient de voir toute la saison une et une saison deux peut être qui se libère plus…Oui la force de ses autres série ce sont surtout aussi ses personnages secondaires.

Pour l’instant Futurama forever pour ma part ;)

Alan Smithee 07/08/2018 à 14:31

C'est vrai que l'animation et la direction artistique ont pas l'air top. La faute au fait que ça se passe dans un univers médiéval?

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