Altered Carbon : que vaut la série Netflix entre Blade Runner et Ghost in the Shell ?

Créé : 6 février 2018 - Lino Cassinat
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Après avoir disséqué le pilote, on a vu toute la première saison d'Altered Carbon, série SF ambitieuse de Netflix. Doucement accueillie par la critique (65 sur metacritic), qu'en est il de notre côté ?

ATTENTION SPOILERS !

 

 

ALTERED CARBON À RAT

Dans le futur, l’humanité est devenue théoriquement immortelle : il est en effet possible de télécharger son âme sur une pile, et donc de changer de corps à volonté, pour qui a les moyens de se payer une nouvelle « enveloppe », très coûteuse. Dans ce contexte, Takeshi Kovacs, ancien dissident ayant passé 250 ans « en suspension » (comprenez, sans corps et en prison), est réveillé dans un nouveau corps qui ne lui appartient pas.

Son bienfaiteur est Laurens Bancroft, un homme ayant vécu plus de 300 ans et l’un des plus riches de la galaxie. Son enveloppe précédente est morte, et il a oublié les 48 heures précédant son décès. La police a conclu à un suicide mais Bancroft n’y croit pas. Il est persuadé que c’est un meurtre et demande à Takeshi Kovacs d’enquêter. Mais cette enquête aura des conséquences très lourdes pour tous ceux qui sont impliqués…

 

Photo Joel Kinnaman

Le monde futuriste d'Altered Carbon

 

On avait vu la super bande annonce, on était hypés, on a vu le pilote, on était douchés, on a tout regardé et on est blasés. Altered Carbon est une série plutôt ratée et en arriver à un tel bilan est très frustrant, tant ce genre de récit hard SF est rare (enfin, de moins en moins de nos jours) et tant les concepts et l’univers ont un fort potentiel.

S'il peut nous livrer une grande saga intelligente et nous questionner sur l’humanité, le temps, la mortalité, il peut aussi offrir un récit pulp sombre et fun dans ses archétypes de polar néo-noir néonneux poissard. Dommage, le résultat final est un échec cuisant sur les deux plans.

 

PhotoUn très beau visuel. Dommage qu'une image pareille soit l'exception et pas la règle de la série

 

OHÉ, OHÉ CAPITAINE ABANDONNÉ ?

Avoir des bonnes idées ne suffit pas, il faut encore des techniciens capables de fournir un traitement qui fonctionne pour les mettre en images. En l’occurrence, le talent a totalement déserté les scénaristes et les réalisateurs d’Altered Carbon, qui devient une preuve par A+B que le plus fameux des trois mâts (fin comme un oiseau) ne vaudra jamais plus qu’un frêle esquif prêt à s’embrocher sur tous les icebergs s’il n’y a personne de compétent à la capitainerie.

Mais quelque part, c’est dans l’ordre des choses, la showrunner Laeta Kalogridis n’ayant participé qu’à des projets plus ou moins nanardeux. Scénariste de formation, à part l'excellent Shutter Island, son pedigree n’est qu’un enchaînement de scripts au mieux bancals, comme Alexandre, et au pire franchement désastreux, genre Terminator : Genisys, Pathfinder et aujourd’hui Altered Carbon.

 

PhotoPLS

 

ALTERED ARRABIATA

On l’avait déjà dit dans notre critique du pilote, mais l’un des plus gros soucis de la série Netflix, c’est que le moindre concept intéressant est sans cesse saboté par une réalisation complètement aux fraises, sacrifiant toute rigueur technique sur l’autel de l’effet de style chichiteux qui pique et des tours de passe-passe honteux, à base de montage incohérent, de transitions spatiales sans queue ni tête et d’utilisations abusives de la courte focale.

Cette dernière est tellement omniprésente et fainéante (à part la baston dans l’ascenseur, où elle est pertinente et très réussie) qu’on se demande, une fois toute la saison 1 digérée, si tout l’argent n’a pas été mis dans le premier épisode (d’où elle est totalement absente), tant les rares scènes d’actions s’amollissent et le travail visuel sur les designs et la lumière s’effondre une fois l’épisode 4 passé.

 

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Ouuuuh la courte focale du futuuuur. Mais pourquoi ?

 

ALORS, C'EST VRAIMENT ÇA LE FUTUR ?

La direction artistique, gros point fort du pilote, suivra malheureusement le même chemin, entre décors blancs et vides et costumes de mauvais goûts, jusqu’à nous ressortir les combi-cuirs déshabillées, les shurikens/katanas et toute la panoplie du ninja du futur pour donner un semblant de personnalité à l'antagoniste de la série, sorte de cosplay pour riche de Kitana dans Mortal Kombat. Et on ne vous parle pas des coupes de cheveux du futur, à base de crêtes colorées et d’iroquois punk à peine moins ridicules que dans Double Dragon, ni même de la musique, souvent anecdotique, parfois complètement à côté de la plaque (on a rien contre The Kills, mais vraiment ? Deux fois de suite en plus ??).

 

photoLes coupes de cheveux du futur des méchants du futur. Et encore, on est sympas on ne vous a pas montré le pire.

 

L’écriture était le gros point faible du pilote, et si elle reste assez bas de gamme, force est d’admettre qu’Altered Carbon s’améliore tout de même de ce point de vue, malgré certains aphorismes mongoloïdes sur l’existence, une citation littérale complètement dévoyée et embarrassante de Nietzsche et une relecture pompeuse et pompière du mythe de Cronos dévorant ses enfants.

En gros, les dieux du temps sont les Maths (non, pas celles avec les chiffres, mais la caste d’humains ultra-riches pouvant se payer l’immortalité), aussi immoraux que la divinité grecque et qui ont vaincu la mort grâce l’argent. Les enfants étant les innocents comme les prostituées de La Tête Dans Les Nuages qui se font exploiter (= dévorer) par les Maths et leurs rapportent l’argent nécessaire pour rester maître du temps dont il dispose. Ne nous remerciez pas, c’est gratuit et ça nous a pris deux minutes.

 

photo hayley lawDésolé pour ce costume du futur, le bon goût est mort.

 

On pourrait fermer les yeux sur ce symbolisme bac à sable si le récit suivait, mais il reste désespérément juste convenable, malgré un épisode 7 incroyablement désastreux. Ce chapitre flash-back (toujours une bonne idée…), le plus long de la saison, se permet une grosse parenthèse explicative très décevante. On aurait pu se raccrocher à la bonne idée de changer de genre le temps d’un épisode pour rafraîchir un peu le récit (chose que fera un peu mieux l’épisode 8) mais on regrette bien vite la SF urbaine face à cette histoire de rébellion forestière à Yellowstone, nous rappelant douloureusement le pire de ce que peuvent faire les young adults aux romances pleureuses comme Hunger Games, d'autant que la photographie atteint ici son point le plus critique.

Cet épisode est d’autant plus gênant que la meneuse « charismatique » subit une double peine en ayant les pires punchlines de la série et en étant incarnée par Renée Elise Goldsberry, qui remporte haut la main la palme de plomb de pire actrice de la série et d'endive la plus racornie, supplantant le numéro de flic latino vénère avec un accent à couper au couteau de Martha Higareda.

 

Photo Renée Elise GoldsberryLe plomb du futur

 

JOEL KINN(G)AMAN

Cependant, si au vu du simple pilote d’Altered Carbon on craignait le pire pour l’écriture des personnages, et malgré une réalisation et des dialogues atroces qui les desservent totalement, on reconnaît très volontiers qu'ils sont globalement en fait plutôt réussis et nuancés, même Kristin Ortega (la scène avec sa grand mère). Leung (Trieu Tran, impeccable) est un antagoniste secondaire flippant et fascinant tandis que l’intelligence artificielle Poe (Chris Conner, délicieux) apporte un vent de légèreté et d’humour pince-sans-rire très bienvenu au milieu de ce concours de sourcils froncés.

Mais notre plus grande satisfaction reste le protagoniste Takeshi Kovacs. On émettait de grosses réserves devant le pilote, mais c’est bien simple, Joel Kinnaman est parfait. Sa prestation est tellement bonne qu’il est très grisant de le voir parfois porter à bout de bras voire sauver seul des scènes entières. Son incarnation habitée, complexe et nuancée, est la seule chose qui nous raccroche et nous fait nous intéresser au destin et aux sentiments contradictoires de Takeshi Kovacs.

 

Photo Trieu Tran, Joel KinnamanTrieu Tran, Joel Kinnaman et, miracle, un dialogue très réussi.

 

Certes, la série pique un peu dans la bouche mais passés tous ces problèmes, Altered Carbon n’est pas une purge totale et tient malgré tout curieusement sur ses jambes grâce à ses bonnes idées et une poignée de scènes sympathiques. Pour passer un bon moment, il faut tout de même accepter au préalable qu’il n’y a rien à attendre de la réalisation bourrée de tics, convenue et sans inspiration et de l'intrigue ni bonne ni mauvaise, juste oubliable.

Difficile cependant de ne pas faire la grimace devant la constatation que le potentiel immense de la série Netflix n’aura accouché que d’une série B regardable mais à peine potable. Malgré toute la sympathie que nous inspire Joel Kinnaman/Takeshi Kovacs, les 10 heures passées en sa compagnie semblent très chères payées une fois que l’on se rend compte que le meilleur épisode d’Altered Carbon est le clip de Turbo Killer de Carpenter Brut.

 

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commentaires

Cbolaviequandmeme 10/02/2018 à 19:47

Bonjour, moi g trouvé la série Énorme.

Je suis attristée par le cynisme affolant que je peut lire sur tout les forums de critique. Lol c pas les mats du futur qui me ferai peur c plutot les pauvres type du présent qui n ont juste pas compris que c était juste une histoire d amour avec un a majuscule.

D ailleurs c le dernier mot du film mais vous ne l avez même pas capté mdr.

Bonne continuation de la part d un diplo qui l ignorait lolllllllllllll

Jackie Chun 08/02/2018 à 09:56

Quand on arrive à se demander "quand est-ce que l'on verra la flic à poil" c'est que la série ne donne plus ce que l'on attend d'elle. Et c'est bien le pb d'Altered Carbon. Un début prometteur, une ambiance sympa entre bladerunner et time out, portait bien le jeu des acteurs, notamment celui du rôle principal... Et puis, on s'aperçoit de plus en plus que l'ambiance était plutôt un cache misère et on tombe peu à peu dans le nanard, avec un/une (no spoil) méchant'e) aussi caricatural(e), qu'un été pluvieux en Bretagne.

Et puis l'épisode dans la forêt vient couronner le tout avec des rôles manquant profondément de charisme et de contraste. Je pense que la série se perd en voulant faire du héros, un acteur trop proche de l'intrigue de la création de cet univers complexe qui aurait mérité beaucoup plus de profondeur. La fin de la saison 1 ressemble à un suicide programmé pour que la saison 2 ne voit pas le jour. Et même si la quête principale du héros n'est pas terminée, les subtilités de l'univers sont effacées par un épisode final accablant où toutes les réponses sont données.

babar77 07/02/2018 à 20:15

Très bonne série pour ma part.
Quelque part entre blade runner, matrix et Total Recall (Verhoeven) je trouve.
Une série qui vaut surtout pour les concepts qu'elle vehicule.

nini31 07/02/2018 à 18:21

Je trouve la série vraiment bien, certes ce n'est pas la série du siècle mais bon on se laisse emporter par l'univers du héros d'ailleurs mention très très bien à joel Kinnaman que je trouve incroyable ! Et la bande son, et bien moi je l'aime bien, la musique fait justement voyager et je trouve que certaines musiques sont de véritables pépites ! Le seul bémol en tous les cas pour moi et bien c'est cette actrice qui joue le capitaine Ortega ! Ho ! Mon Dieu ! Quelle erreur de casting ! Elle est Nulle ! Pas de charisme, pas de présence ou trop de présence... Que du chichi ! Toujours énervée ! Je suis là pour me venger ! Je déteste le monde entier ! Je suis la plus forte blablabla... Pouhhhh dès que je la vois j'ai envie de faire avance rapide !!
En tous les cas c'est mon avis .
Voilà à part ça la série est chouette et se laisse regarder avec plaisir.

plisskfred 07/02/2018 à 15:39

Ben mince alors, j'ai pas vu la même série ou quoi? J'ai trouvé ça vachement bien!

bobodiaw 07/02/2018 à 15:38

Vu 1 épisode, j'ai eu du mal à aller au bout. Du coup, j'ai laissé tombé.
Idée de départ excellente, mais c'est chiant, pas de scénario.

Roukesh 07/02/2018 à 14:57

Pas encore fini, mais ça se laisse bien regarder, c'est assez prenant niveau intrigue. Par contre effectivement la réa, c'est ni fait ni à faire.
Désolé si certaines personnes n'ont pas le même avis que moi, j'espère ne pas vous avoir offusqué.

Wut 07/02/2018 à 10:23

C'est marrant mais quand Ecran Large hurlait son amour pour The Leftovers ou Halt & Catch Fire, y'avait pas grand monde pour commenter.
Là, on touche à un gros truc SF largement marketé comme cool par Netflix, et on se retrouve avec plein de gens qui pensent qu'Ecran Large n'aime rien. Donc les @wagner et compagnie, laissez-moi rire.

dgndn 07/02/2018 à 06:45

gnfgn

Adam Steinberg_85218 07/02/2018 à 03:25

Pour ma part j'ai trouvé la série franchement réussi . Niveau budget on sent que c'est pas limité. Les dialogues , les themes abordés erc tout est top mais le gros bémol c'est l'action bizarrement . C'est ultra cliché . En réalité j'ai surtout été gêné par l'épisode 10. Le personnage de Lizzie et les scenes qui s'en sont suivie m'ont donné le sentiment de voir le film CatWoman à nouveau. Et c'est dommage car quand ça part dans des scenes d'actions modérés et des dialogues etc la série est au top mais dès qu'ils mettent la barre plus haut pour l'action ça

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