Mr. Robot sur France 2 : la saison 3 réunit le meilleur et le pire de la série de Sam Esmail

Créé : 17 décembre 2018 - Geoffrey Crété
Photo Mr. Robot
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Bilan de la saison 3 de Mr. Robot, la série de Sam Esmail avec Rami Malek.

En juin 2015, c'est la série sur toutes les lèvres, la nouveauté à ne pas rater. Mr. Robot est un petit phénomène sorti de nulle part si ce n'est l'esprit de Sam Esmail, qui n'a alors réalisé qu'un petit film, Comet. Meilleure série dramatique et meilleur second rôle pour Christian Slater aux Golden Globes, démarrage solide, critique enthousiaste : l'aventure commence bien.

Depuis, c'est une autre histoire. Mr. Robot a une base de fans, mais a peu à peu perdu de sa belle aux yeux de beaucoup. L'engouement s'est dissipé au fil des nouveautés suivantes, les maigres audiences américaines sur la chaîne USA sont en chute libre (divisée par deux entre le lancement de la saison 2 et 3), et l'odyssée d'Elliot n'occupe plus qu'une place discrète sur les radars médiatiques.

Peu importe : la création de Sam Esmail demeure l'un des objets les plus envoûtants et fascinants à bien des égards. Et si la saison 3 confirme ses faiblesses, elle rappelle aussi ses ambitions.

 

ATTENTION SPOILERS

 

Affiche

 

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La deuxième saison a laissé le héros dans une bien mauvaise posture. La réapparition de Tyrell Wellick, considéré comme responsable du 5/9 et activement recherché par le FBI, prend une tournure tragique : perdu entre rêverie et réalité, Elliot tente de stopper le stage 2 de l'opération, et se prend une balle par son associé de l'ombre, déterminé à avancer avec ou contre lui. 

Darlene et Angela sont à la croisée des chemins. Arrêtée et interrogée par DiPierro, la sœur d'Elliot découvre que le FBI a une idée presque claire de l'équipe derrière le 5/9, et surveille de près la petite équipe. Embrigadée par Whiterose, Angela passait pour sa part du côté obscur pour venger sa mère. La saison 3 se terminait ainsi par un héros gravement blessé, et désormais coincé malgré lui entre le FBI par sa sœur, fsociety par son amie proche, et sa propre démence par Tyrell.

Elliot pensait comprendre les manigances et tromperies de Mr. Robot, mais non : Tyrell est bien là, l'arme aussi, la balle aussi. "Je suis le seul qui existe. Il est temps de reprendre le contrôle", déclare t-il, presque heureux, à la fin de la saison 2, avant de voir son sang couler. Cette balle signe le divorce entre Elliot et Mr. Robot, et entraîne la série dans une nouvelle direction. Après deux saisons en grande partie articulées autour d'un leurre dévoilé au spectateur en cours de route, Mr. Robot avance désormais sur un territoire plus solide, moins occupé par ses twists et ficelles que par le chaos à gérer (aussi bien pour les personnages que pour les scénaristes).

 Photo Rami MalekElliot face à son identité

 

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Cette saison 3 redresse la barre. La deuxième année, composée de 12 épisodes tous réalisés par un Sam Esmail devenu le roi après le succès de la première saison, avait péché par excès d'assurance. Trop d'épisodes, trop de virages sinueux, trop d'ambitions peut-être, avaient fini par jouer contre la série. L'énergie de la série avait glissé vers une couleur glaciale, désincarnée, poussant les curseurs Fincherien bien plus loin que lors de la première saison.

La saison 3 revient à 10 épisodes. Un choix juducieux qui permet à la série de retrouver une stabilité, et économiser les sorties de route stylistiques ou complaisantes. En scindant définitivement la personnalité du héros en deux personnages qui luttent pour occuper le corps et donc l'écran, Mr. Robot s'offre une nouvelle ficelle de mise en scène. Alternef entre Rami Malek et Christian Slater, qui assume dans cette saison un visage plus sombre, propulse la série dans une nouvelle dynamique, et apporte une couleur différente au personnage. Le combat interne s'extériorise, et la mise en scène y gagne, notamment quand Elliot cherche à découvrir la vérite sur Mr. Robot en le faisant suivre.

 

Photo Rami Malek, Christian Slater, Mr. RobotRobot vs Elliot

 

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La première moitié de la saison 3 est sans nul doute la plus réussie grâce à cette nouvelle clarté, et un dramaturgie plus limpide. Elliot cherche désormais à effacer le chaos, à appuyer sur la touche delete, à empêcher l'énigmatique stage 2, après avoir pris conscience du monstre qu'il a aidé à libérer. Parce qu'il ignore que Darlene et Angela ont leurs propres objectifs, et existent au-delà de sa personne, il ne réalise pas que la situation est aussi complexe que dangereuse. 

Là, Mr. Robot retrouve son efficacité, son mystère et son nuage d'étrangeté saisissante. Dès le deuxième épisode, l'action avance avec une efficacité et une fluidité inattendues, et laisse le héros intégrer E-Corps et avancer dans ses plans, sans se complaire dans une écriture artificielle. La mise en scène de Sam Esmail a toujours été l'une des facettes les plus spectaculaires de la série, et il continue au fil des saisons à explorer les possibilités du montages, du format et de son décor urbain sans dessus dessous.

Attaché à un cahier des charges qui reste très beau, notamment avec ces personnages isolés bord cadre et mis en valeur par une magnifique photo, ou encore une variation des écrans-générique réjouissante (voir la version K-2000), Esmail donne à sa création une somptueuse patine de cinéma, offrant des séquences parmi les plus stimulantes et impressionnantes du petit écran actuellement.

 

Photo Carly ChaikinL'un des décors les plus marquants de la saison 3

 

Impossible ici de ne pas s'attarder sur l'épisode 5, équivalent en terme d'impact ai sixième épisode de la saison 2 où la série plongeait dans la sitcom dégénérée. Alors que le héros tente de stopper le stage 2 après avoir été déconnecté par son alter-ego pendant plusieurs jours, l'immeuble d'E-Corp se transforme en théâtre grotesque et sanglant au cours d'une protestation orchestrée par fsociety.

Montée comme un unique plan séquence de plus de quarante minutes, grâce à des raccords numériques plus ou moins évidents, Runtime Error est certainement le morceau le plus ambitieux et spectaculaire de toute la série, et sans aucun doute parmi les plus saisissants de la télévision de ces dernières années. Immersion vertigineuse doublée d'une course contre la montre, articulée autour d'Elliot qui tente de stopper la machine et Angela qui essaie au contraire d'exécuter les ordres de fsociety, l'épisode est particulièrement palpitant et impressionnant : la forme, parfaitement maîtrisée, épouse l'intrigue très tendue, offrant des montées d'adrénaline jouissives. Voir la caméra passer d'une pièce à l'autre,  survoler les cloisons, muter en JT ou s'évader du building au détour d'un mouvement vertigineux rappelle toute l'ambition de Mr. Robot qui l'anime depuis ses débuts.

L'épisode est d'autant plus fort qu'il représente un moment décisif dans les intrigues. Elliot apprend la double trahison des femmes de sa vie, tandis que les plans de fsociety dirigent les personnages vers un mur massif qu'ils n'avaient pas vu se dresser face à eux. La série prend alors une ampleur folle, et enfonce le clou de l'apocalypse 2.0.

 

Photo Rami MalekElliot dans les locaux d'E-Corp

 

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Mais cet exercice de style irrésistible va se retourner contre la série. La saison 3 aura bien du mal à se remettre de cet épisode fantastique, et plus encore de la conclusion explosive de l'épisode 6. La tension redescend, et l'intrigue est moins percutante tandis que les personnages tentent de reprendre le contrôle de la situation. Le mystère fsociety devient une carte un peu paresseuse, tandis qu'un personnage tarantinesque comme celui de Bobby Cannavale sonne finalement un peu creux dans le dessin global des événements.

 

PhotoL'un des nombreux moments décalés de la saison

 

Il y a bien sûr des moments très réussis, et des angles particulièrements forts. La démence post-traumatique d'Angela, la force de Dominique DiPierro (interprétée par l'excellente Grace Gummer), le clin d'œil à Donald Trump, la présence des bitcoins, la parenthèse brutale qui revient sur Trenton et Mobley, ou même l'épisode 8 qui marque une pause inattendue dans le rythme, témoignent du talent des scénaristes et de l'équipe, qui entretiennent l'univers et les personnages avec une vraie attention. La noirceur, dans le tableau de l'Amérique moderne et les pulsions des héros, est omniprésente, prête à les avaler sans crier gare. La disparition violente et sèche de Joanna l'aura encore une fois prouvé.

Et de la même formidable manière que dans les saisons précédentes, Rami Malek porte la série avec brio, entouré des formidables Carly Chaikin et Portia Doubleday, lesquelles voient leurs personnages évoluer de manière très forte, leur offrant quantité de scènes puissantes - voir cette discussion dans le métro, où Darlene dit à son frère, "Je suis là pour me souvenir pour toi".

 

Photo Portia DoubledayLe personnage d'Angela aura été l'un des plus étranges et inattendus de la série

 

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Néanmoins, Mr. Robot résiste mal à ses tentations. Il n'y a qu'à voir la révélation sur le véritable père d'Angela ou les circonstances réelles de la chute d'Elliot par la fenêtre, pour se souvenir que la série peine à maîtriser précisément ses coups. L'appel des petits twists et grandes révélations joue parfois contre l'histoire, faisant plus apparaître la plume d'une équipe de scénaristes en quête de sensations, que la nécessité ou logique dramatique.

Après avoir démarré de manière brillante, et entamé une ascension jusqu'aux épisodes 5 et 6, la saison 3 redescend jusqu'à un final un peu maladroit où l'envie de recoller les morceaux et rassembler les personnages est trop manifeste pour être satisfaisante. L'arc de Tyrell Wellick est à ce titre très révélateur : gonflé comme le grand fantôme de la saison 2, le personnage est concrètement de retour, sans pour autant retrouver la puissance vampirique de ses apparitions dans la première saison. Whiterose gagne pour sa part quelques nuances, avec notamment la facette intime du double personnage parfaitement incarné par BD Wong, mais la série semble trop confortablement installée dans une mécanique d'énigmes, pour leur rendre véritablement service au fil des saison.

Même l'habituelle scène post-générique, censée générer l'attente et le suspense, n'est pas à la hauteur des enjeux au cœur de cette année. C'est d'autant plus dommage que la toute dernière image de l'épisode 10 est particulièrement belle, laissant espérer une saison 4 très différente, avec une ligne narrative là encore très claire.

 

Photo BD Wong BD Wong incarne le grand mystère Whiterose

 

Ce n'est pas avec sa troisième saison que Mr. Robot rameutera de nouveaux spectateurs, ou ramènera ceux qui n'avaient pas été séduits par l'univers, la narration alambiquée et les effets de style de la série. D'abord plus claire et maîtrisée que la saison 2 dans sa première partie, la saison 3 retombe dans quelques grosses facilités, et perd de sa force dans sa dernière ligne droite.

Si la série de Sam Esmail demeure passionnante dans ses thématiques et fantastique d'un point de vue stylistique, avec de belles ambitions de mise en scène et un épisode étourdissant en milieu de saison, elle commence à montrer de sérieux signes d'essoufflement. De quoi espérer qu'elle sera pas prolongée de manière aberrante, et aura la noblesse de se conclure dignement - et dans pas trop longtemps, ce qui semble probable vu les audiences et l'intrigue.

 

Photo Mr. Robot

Photo Mr. Robot

Photo Mr. Robot

Photo Mr. Robot

 

commentaires

Le rol’ 17/12/2018 à 23:51

@Topy
Exactly..!
Qd a la 4e saison, ça fait un bout de temps que c’est annoncé par Esmail que ce sera la derniere...

Sharko 17/12/2018 à 21:58

Quelle bande d'idiot à France 2. Deux soirées pour diffuser la saison 3 avec des épisodes qui se termineront vers 3H00. Sachant que cette saison est disponible en Bluray depuis avril.

guesswhooo 20/04/2018 à 21:20

Globalement (et à retardement) d'accord avec les pour (episode5...) et contre ("je suis ton père"...), mais ça reste très haut malgré tout. Pour ma part l'épisode 5 avait déjà mis la barre plus haut que l'immeuble d'e-corp mais en terme d'intensité j'en arrive à me dire que l'épisode 7 est peut-être même encore un cran au dessus, Je crois qu'au moins une saison 4 est actée, en fonction des développements scénaristiques une cinquième sera peut-être "nécessaire" mais c'est difficile d'imaginer une ou plusieurs saisons au delà sans risquer de courir à la catastrophe...

Topy 25/03/2018 à 13:11

Nick 29/12/2017 à 16:55 Saison globalement réussi même si les références a deux balles " RUSSIE = TRUMP = ELECTION TRUQUE" commencent un peu à devenir lourde.

Non, c'est juste que ça touche à tes convictions. Parce que, sinon, c'est une banale vérité.

Geoffrey Crété - Rédaction 30/12/2017 à 12:27

@Euh

Haha ;)

Euh 30/12/2017 à 11:42

"Je suis là pour me revenir pour toi" euh si elle dit vraiment ça, j'espère que c'est un langage codé compréhensible dans la série, mais dans l'article moins :)

Nil 30/12/2017 à 01:41

Pour moi cette série est un vrai petit bijoux, j'étais perdu à la fin de la seconde saison, et je suis complètement émerveillé à la fin de cette troisième saison, j'ai adoré.
Par contre je pense effectivement que la série devrait s'arrêter là.

Prescott 29/12/2017 à 20:50

@Nick

Oui, surtout que c'est absolument pas un dossier encore ouvert qui est particulièrement nébuleux côté justice et enquête

Nick 29/12/2017 à 16:55

Saison globalement réussi même si les références a deux balles " RUSSIE = TRUMP = ELECTION TRUQUE" commencent un peu à devenir lourde.

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