Stranger Things saison 2 : le retour de la série Netflix est-il à la hauteur ?

Geoffrey Crété | 27 octobre 2017
Geoffrey Crété | 27 octobre 2017

Stranger Things est de retour avec une deuxième saison très attendue.

Comment avancer après un succès-surprise extraordinaire qui a propulsé Stranger Things, petite série sortie de nulle part et portée par une promo discrète, parmi les phénomènes incontournables ? Comment aller au-delà du modeste hommage au cinéma des années 80, de Steven Spielberg à Stephen King en passant par John Carpenter, pour affronter l'attente folle des spectateurs ?

Après une première saison auréolée de succès l'été dernier, la création des frères Duffer est de retour sur Netflix ce 27 octobre. Cette fois, pas de pitié : l'élément de surprise s'est envolé, et le public attend de pied ferme cette deuxième aventure, à la lumière de son enthousiasme ou de sa déception face à l'engouement général partagé par la presse.

Premiers éléments de réponse après visionnage des quatre premiers épisodes - le bilan complet de la saison par ici.

ATTENTION PETITS SPOILERS SUR LES 4 PREMIERS EPISODES


 

RETOUR VERS LE PASSÉ

Octobre 1984. Ronald Reagan se présente aux élections présidentielles avec George W.H. Bush. Terminator de James Cameron est en salles. Mike, Dustin et Lucas se rappellent qu'une annnée s'est écoulée depuis qu'ils ont sauvé Will du terrible Upside Down, et vaincu le Demogorgon grâce à Eleven. La vie a presque repris un cours normal à Hawkins.

A priori, tout va bien. En réalité, rien ne va réellement : le shérif Hopper s'occupe d'Eleven, enfermée pour son propre bien dans une cabane dans les bois, loin du regard des autorités qui n'ont pas oublié son existence précieuse. Elle ne rêve que d'une chose : briser les règles imposées par Jim pour sa sécurité, et retrouver Mike.

Will, lui, est régulièrement assailli par des visions cauchemardesques. Il a quitté l'Upside Down, mais l'Upside Down ne l'a pas quitté. Le décor faussement tranquille de Hawkins se transforme alors en théâtre de l'horreur, où le garçon observe une gigantesque créature sortir d'un orage rougeoyant pour essayer de l'attraper. Des stranger things sont sur le point de revenir les hanter, et tous en ont conscience.

 

Photo Finn Wolfhard, Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin, Noah Schnapp

 

MONSTRES & CIE

Première impression : après quatre épisodes, cette deuxième saison s'annonce forte, avec une exploration particulièrement alléchante de la mythologie mise en place. Et si le démarrage est d'abord très doux, avec de premières heures un peu lentes comparées à une saison 1 portée d'emblée par l'énigme de la disparition de Will et le sentiment d'urgence qui en résulte, la machine s'emballe vite.

Le malaise de Will qui devient de plus en plus effrayant, la vérité découverte par Hopper derrière les champs de citrouilles en train de mourir, les plans de Nancy et Jonathan pour venger Barbara, le personnage de Dustin qui s'embarque malgré lui dans une mésaventure aux conséquences cauchemardesques, sans oublier le mystère de Max et son frère, et la quête personnelle d'Eleven sur son passé : Stranger Things 2 (le titre affiché dans le générique) vend beaucoup de choses en quelques heures.

Difficile alors de ne pas espérer une saison spectaculaire, riche et sensationnelle, vu le nombre d'éléments excitants qui restent à relier. Dans tous les cas, ce retour est adapté aux attentes du public, sans pour autant rompre le pacte de la saison 1.

 

Photo Finn Wolfhard, Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin, Noah Schnapp

 

ASSURANCE DE LA MORT

Ce qui frappe dès les premiers épisodes, c'est la maîtrise. L'utilisation de la musique est plus harmonieuse et charmante, le montage plus doux et efficace, le rythme plus satisfaisant et solide. Le succès fantastique de la première saison a certainemment permis aux frères Duffer de gagner en assurance et en pouvoir, et le duo le démontre à l'écran. Dès les premières minutes, ils offrent ainsi une séquence visuellement superbe, qui annonce d'emblée que la série est installée et a les moyens d'assumer ses ambitions. 

Stranger Things 2 n'hésite plus à ouvrir les vannes en terme d'effets spéciaux, pour offrir au spectateur une foule d'images spectaculaires. L'étrange créature à tentacules présentée dans la promo, dans son nuage rougeoyant ténébreux, promet une aventure aux dimensions bien plus grandes que la première saison. L'Upside Down, dont le mystère a été brisé l'année passée, n'est plus traité comme une énigme ou une fin en soi : c'est un spectre qui plane sur chaque épisode, prêt à bondir pour posséder le décor comme pour annoncer l'apocalypse à venir. Et l'introduction de la saison 2, qui reste elle aussi à connecter aux événements principaux, témoigne là encore d'une volonté d'élargir l'univers et créer une véritable mythologie, qui vire de plus en plus aux X-Files.

 

Photo Charlie Heaton, Natalia Dyer

 

C'est d'autant plus frappant que si la série se paye encore des hommages appuyés au cinéma des années 80, à commencer par S.O.S. Fantômes, elle ne se perd pas dans un jeu référentiel gratuit et vide. Il sera bien sûr possible de voir dans ces clins d'œil ostentatoires une posture un peu facile adaptée à la nostalgie presque maladive d'un certain public, mais ce serait rester insensible à ce qui reste le plus important ici : ces mômes et leurs contradictions attendrissantes, et leurs petits cœurs fragiles confrontés à la violence sournoise d'un monde qui les dépasse - celui des monstres, mais aussi des adultes, comme l'illustre le terrible échange entre Will et Bob, interprété par Sean Astin.

Sans compter que Stranger Things commente avec un humour discret mais délicieux des sujets dans l'air du temps ("Les filles jouent pas aux jeu vidéo", "Pourquoi t'es pas Winston, toi ?"), et s'amuse avec ses références, comme lorsque la voiture du frère de la dénommée MadMax menace d'écraser les héros.

 

Photo Winona Ryder

 

SAUVEZ WILL

Si l'univers demeure si solide, c'est qu'il reste profondément ancré aux héros. Stranger Things a l'intelligence de les garder au cœur de l'histoire, sans jamais les perdre dans la machinerie du succès. Il suffit d'une scène toute simple entre Will et Mike dans l'épisode 2 pour retrouver la sensibilité des scénaristes. Tous deux hantés par un passé qui est aussi leur futur (Eleven qui a disparu mais reviendra, l'horreur de l'Upside Down qui a été détruite mais reviendra), les deux amis donnent vie à une très belle scène, qui rappelle que le fils de Joyce est un personnage (et un acteur) encore peu explorés dans la série malgré son omniprésence dans l'histoire de la saison 1.

Sa présence dans le groupe auprès de Mike, Lucas et Dustin donne une nouvelle énergie, notamment parce que Will est un garçon d'une sensibilité extrême. Loin des rires innocents de ses camarades, il apporte une gravité douloureuse, parfaitement interprétée par l'excellent Noah Schnapp. Qu'il ait été le grand absent malheureux de la saison 1, et qu'il le soit encore dans cette saison 2 à cause du sortilège de l'Upside Down qui l'éloigne malgré lui de la réalité, rend le personnage très touchant. Et après ces quatre épisodes, nul doute qu'il est condamné à vivre des choses puissantes et extrêmes. 

 

Photo Noah Schnapp

 

STAND BY US

Cette saison 2 prend soin de ses autres héros. Trop souvent cantonné au rôle de petit nerveux cartésien dans la saison précédente, Lucas gagne quelque chose de plus vivant et touchant avec l'arrivée de Max (Sadie Sink), skateuse anticonformiste qui attire son attention. Les passions du cœur seront sans surprise utilisés pour animer le groupe, que ce soit dans la petite rivalité entre Dustin et Lucas, la colère renfermée de Mike, ou cette scène dans laquelle la jalousie d'Eleven s'annonce problématique.

Eleven justement bénéficie d'un traitement très fort. Isolée dans l'intrigue de ce début de saison, et donc menacée d'être desservie par sa position loin des héros, elle se retrouve néanmoins dans une poignée de scènes très réussies face à Hopper. Père de substitution qui trouve dans ce sauvetage un moyen de panser ses plaies, tout en étant encore profondément abîmé par le deuil de sa fille, le shérif a noué une très touchante relation avec Eleven, dont la colère et la frustration grandissantes prennent des proportions inquiétantes, avec quelques clins d'œil à la Carrie de Stephen King. Alors qu'elle gagne en maturité et maîtrise de mieux en mieux ses pouvoirs, elle devient clairement un personnage troublant et imprévisible, dont la trajectoire s'annonce passionnante.

 

Photo Millie Bobby Brown

 

Hormis David Harbour qui reste au premier plan, les adultes sont moins servis par le scénario. Winona Ryder semble pour le moment condamnée à rejouer la même partition de mère à fleur de peau, qui flaire d'emblée que quelque chose de grave se passe, prête à redécorer son salon et se lancer dans l'inconnu pour protéger son fils. Son histoire avec le gentil looser Bob n'a pas encore de place à part entière, mais inutile de préciser que des surprises pourraient se préparer de ce côté.

Même chose pour Paul Reiser, qui reprend la place laissée vacante par Matthew Modine de l'acteur de cinéma des années 80 en blouse blanche. Le rôle semble un peu fonctionnel jusque là, même si l'acteur d'Aliens - Le retour y apporte une sorte de légèreté vicieuse particulièrement réjouissante.

 

Photo Winona Ryder

 

En reprenant des personnages tous hantés par les événements de la première saison, en prenant soin d'ouvrir largement et majestueusement la mythologie, en offrant sur un plateau une foule de scènes spectaculaires qui promettent beaucoup pour la suite, le début de Stranger Things saison 2 le spectateur à s'embarquer dans une nouvelle aventure à la fois familière et très excitante.

Pas sûr que celui qui n'a pas succombé à la première saison soit plus convaincu, mais pour les autres, le début voyage devrait être à la hauteur. Malgré un démarrage un peu trop doux, l'intérêt est là et les attentes, clairement nourries.

 

Retrouvez notre bilan de la saison complète par ici.

 

Affiche

 

commentaires

Kenan
01/11/2017 à 15:48

Mard deja après 20 min du 1ère épisode

Six
31/10/2017 à 16:03

@Wonky

Etant donné que je peux lire ton commentaire et que j'ai lu plusieurs commentaires très négatifs sur la série sur leur bilan positif de la saison 2...

Wonky
30/10/2017 à 23:22

J'aime bien se site il m'amuse beaucoup . Je laisse un commentaire pour dure que j'ai trouver la saison 2 bidon et on ne publie pas mon com ! Un site qui veut que l'on partage le même avis que lui sinon pas le droit de commenter . La liberté d'expression en prend un coup .

Akitrash
29/10/2017 à 09:14

@Holy Buddy

C'est vrai que dans ce sens là... J'ai pas revu AlienS depuis longtemps, j'ai peut-être oublié pas mal de choses en effet :)

Holly Body
29/10/2017 à 01:03

@akitrash

Relier ça à The Gate mais avoir du mal à faire le lien avec Aliens, curieux !
Rien que la scène où les mecs descendent avec lance-flammes dans le sous-sol avec des murs vivants, et sont chopés par une horde de créatures qu'on voit sur des détecteurs de mouvement... Sans parler de Paul Reiser, pas casté par hasard. L'article sur la saison d'EL l'explique bien. Partir d'un Demogorgon pour en montrer des dizaines, c'est parlant.

Akitrash
28/10/2017 à 23:21

@Rea

Pour moi, c'est une tendance qui arrive beaucoup plus tôt... quand ils trouvent le trou, puis dès que les bestioles commencent à sortir...
La partie d'Eleven hors d'Hawkins m'a aussi beaucoup fait penser à Near Dark...
Ce qui arrive à Will pas mal à l'exorciste...
Par contre j'ai beaucoup plus de mal à relier tout ça à AlienS...
Quoi qu'il en soit, je sais qu'il y a pas mal de haters qui aiment bien dire que Stranger Things, c'est de la repompe... Franchement, j'ai trouvé cette nouvelle saison vraiment cool, bien sûr les influences eighties sont omniprésentes, mais l'histoire est assez originale et les genres assez diversifiés (horreur, film d'ado, comédie, sf...) pour qu'on ne s'emmerde pas une minute... Honnêtement j'attends déjà la saison 3...

REA
28/10/2017 à 21:34

@akitrash

En effet, mais c'est dans le dernier épisode. En tout cas pour moi, c'était flagrant dans celui-ci.
Puis The Gate reste un film. C'est pas un classique. Et EL parle des 4 premiers zodes.

Akitrash
28/10/2017 à 21:01

Ce qui est marrant c'est que personne ne cite l'influence la plus flagrante: The Gate....

taktakeur
28/10/2017 à 15:27

Trop bien, j'ai adoré.
Hâte de voir la saison 3.
Les scénaristes sont des tueurs.
Les bo sont à mourrir.
Vivement la saison 3

REA
28/10/2017 à 12:11

Comme Topper Harley.

Autant le 1er épisode était bon, mais de 2 à 4 c'est extrêmement chiant, l'arc Eleven en tête.
Certes ils installent / développent trop lentement leurs intrigues, mais qui devrait faire sens dans le dernier tiers.

Les Duff brohters ont abusé de tout, musique, clin d'oeil, rebondissements des 80's. Ce qui était bien distillé dans la saison une, là c'est l'overdose, et ça dessert le show. Comme les nouveaux personnages. Ils sont là, ils doivent faire ça, dire ça. J'en suis au 5, et l'arc Mad Max n'est toujours pas clair. Ils ne sont pas du tout mauvais, mais leur utilité et exploitation est 0.

Après le coup de maître de la 1ère, c'était difficile de faire aussi bien.

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