Rick et Morty Saison 4 Episode 3 : critique qui ne se braque pas

Mathieu Jaborska | 25 novembre 2019 - MAJ : 25/11/2019 17:24
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Pour Rick et Morty, ça continue. Et maintenant que la saison est bien partie, il n'est plus question d'introduire quoi que ce soit.

ATTENTION SPOILERS !

 

1, 2, 3, VIVA RICK ET MORTY

Le premier épisode avait la lourde tâche de prouver la légitimité de la saison : c'est mission accomplie. Hilarant, bourrin et extrêmement dense, il fêtait en grande pompe le retour du duo. Le deuxième épisode devait apporter l'originalité qu'on attend d'une série désormais assez longue : c'est mission accomplie. Sur un ton un peu plus émotionnel, il faisait preuve d'une humanité assez rare dans le genre.

Mais qu'en est-il de ce troisième épisode ? Ces nouvelles aventures n'ont plus grand-chose à démontrer, et on entre réellement dans le coeur de la saison. Beaucoup auraient espéré une évolution dans l'intrigue générale, mais ça ne sera pas pour cette semaine. Evil Morty est en vacances, et nul doute qu'il ne reviendra que pour terminer en beauté cette salve d'épisodes. Pour l'instant, Justin Roiland et Dan Harmon reviennent en faisant ce qu'ils font de mieux : parodier jusqu'à la moelle un sujet précis, non sans se permettre une petite touche d'introspection.

 

photoLa convention des espions et le Comic-Con : même combat

 

TOTALLY SPIES

Comme d'habitude, le titre est trompeur : Vol au-dessus d'un nid de Morty n'a rien à voir avec la folie de Jack Nicholson. Le vol, ici, c'est le cambriolage. L'intégralité de l'épisode s'amuse à parodier les films d'espionnage hollywoodiens, considérés du début jusqu'à la fin et avec le cynisme propre à Rick comme des navets caricaturaux. Tous les codes du genre y passent et s'entrechoquent à cette fameuse "convention des voleurs", où il faut s'introduire en découpant une vitre.

Un tel traitement est attendu, mais il n'en demeure pas moins savoureux. À partir de là, les situations comiques naissent toutes seules. Le grand-père imbibé traverse tout ceci avec le flegme autorisé par son génie, et son petit-fils joue le relai spectatoriel, subissant au fur et à mesure les conséquences de cette épopée casse-tête.

Néanmoins, même si l'espionnage est un thème qui motive le récit au point d'influencer directement sa mise en scène (l'abus du montage en split screen est un gag particulièrement efficace), ce qui est au centre de l'épisode, c'est la parodie elle-même. Elle est partout, de la reconstitution à la sauce blasée de l'ouverture d'Indiana Jones et le Temple Maudit au name dropping incessant.

 

photoUn épisode à voir juste pour le remix du thème à la sauce James Bond 

 

Cet épisode ne s'arrête jamais de convoquer des références, le plus souvent dans la bouche de Rick. Netflix et HBO en prennent pour leur grade au détour d'une réplique, au même titre que Minecraft ou la quasi-totalité des films de braquage. Même David Lynch et son impact sur la pop culture y passent, au point que la fin de ces 20 minutes devient presque plus non sensique que la plus obscure de ses oeuvres, justement parce qu'elle les prend comme référence !

Bien sûr, tout ceci culmine avec l'apparition d'Elon Musk, presque dans son propre rôle. L'homme d'affaires vénéré par le petit monde d'Internet a bien choisi son timing : son caméo de luxe en membre d'une équipe aléatoire à la Ocean's Eleven coïncide parfaitement avec le couac de la révélation de son anguleuse nouvelle voiture.

Certes, il ne fait que succéder à une longue tradition de seconds rôles blindés d'auto-dérision : le dernier épisode comportait quand même les voix de Jeffrey WrightKathleen TurnerTaika Waititi ou même le seul et unique Sam Neill. Cependant, ce n'est pas un hasard si cette figure de la culture web est aussi présente.

 

photoOcean's 52168415

 

ALGO-RYTHMES

Car à travers la parodie des codes et des clichés des films d'espionnage, on décèle une sorte de commentaire sur la série en elle-même. Dès le début de l'épisode, on apprend que Morty se sert de ces aventures pour écrire son propre scénario, et que les différents twists prévus par son grand-père convaincront le plus gros service de VOD de tous les temps, diffuseur par exemple de... Rick et Morty. Pour Rick, si les films de braquages sont aussi mauvais, c'est parce que les twists et autres retournements de situation propres au genre deviennent des clichés à partir du moment où ils sont trop nombreux.

Et c'est un peu le défi auquel doit faire face la série en ce moment. Ayant habitué ses spectateurs à un rythme narratif plus rapide qu'une fusée de SpaceX, elle peine à valoir pour autre chose que pour le génie structurel de ses auteurs. C'est d'ailleurs peut-être ce qui a conduit le changement de ton remarqué du précédent épisode, vu par beaucoup comme une déception.

La baston finale n'est en réalité qu'un affrontement de deux heures à coups de twists, formant finalement... un programme informatique. L'épisode 2 était donc censé palier ça : la mutation de la créativité caractérisant Rick et Morty en une recette préétablie, où les détours de l'intrigue font de plus en plus penser à un film de Guy Ritchie. Il ne faudrait pas que la série s'autodétruise au 6e niveau de l'intrigue, comme prévu par Rick.

 

photoOn attend leur pique contre Disney+

 

Presque un bilan sur cette réflexion qu'ont dû avoir les auteurs, cet épisode est peut-être encore plus la note d'intention de la saison que le pourtant très efficace épisode 1. Comment Dan Harmon et Justin Roiland comptent échapper à ce carcan qu'ils semblent redouter ? Deux solutions s'offrent à eux : retirer à Rick son statut de machine à gag déshumanisée comme dans "Le vieil homme et la merde" ou céder aux supplications des fans et poursuivre les arcs narratifs généraux. La présence de Mr Poopy Butthole pourrait être un indice.

Un nouvel épisode de la saison 4 de Rick et Morty est disponible sur Adult Swim chaque lundi en France

 

photoDeal with it

commentaires lecteurs votre commentaire !

Ratata
25/11/2019 à 22:01

Sinon un jour vous compter faire une critique de south Park et de ses multiples épisodes légendaire écran Large ?

syroz
25/11/2019 à 18:24

Parodie et auto parodie au 9ieme niveau mais avec ce qu'il faut de fil conducteur pour rester cohérent dans leur univers foutraque.
Avec les 2 premiers épisodes j'avais peur que la série s'endorme mais comme prévu c'était le plan depuis le début. :D
Le pied.

syroz
25/11/2019 à 18:24

Parodie et auto parodie au 9ieme niveau mais avec ce qu'il faut de fil conducteur pour rester cohérent dans leur univers foutraque.
Avec les 2 premiers épisodes j'avais peur que la série s'endorme mais comme prévu c'était le plan depuis le début. :D
Quel pied cette série!!

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