24 Legacy : et si la suite de 24 heures chrono sans Jack Bauer était une bonne surprise ?

Mise à jour : 20/08/2017 14:30 - Créé : 7 février 2017 - Geoffrey Crété
Photo Corey Hawkins
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24 heures chrono est de retour, sans Kiefer Sutherland et avec un nouveau héros.

Dès les premiers instants, la sensation est familière : caméra fébrile, split-screen, musique de Sean Callery, situation de panique silencieuse, et premières pièces inquiétantes d'un puzzle apocalyptique. 

16 ans après la naissance du phénomène, 7 ans après sa fin et 3 après sa renaissance embarrassante (Live Another Day), 24 heures chrono est donc de retour, comme une vague de délicieuse nostalgie. Car s'il n'a plus Kiefer Sutherland alias Jack Bauer pour se défendre, 24 : Legacy reprend bien toutes les ficelles, tous les gimmicks et tous les codes de la série culte créée par Joel Surnow et Robert Cochran. C'est à la fois sa qualité indéniable, et sa faiblesse évidente.

 

Affiche

 

NEW SAME DAY

Legacy ne perd pas une seconde pour entamer son odyssée chronométrée. Après une introduction sombre et brutale, dans la grande tradition de la série de la Fox, cette suite sans Jack Bauer ouvre les hostilités. Une poignée de scènes lourdement écrites exposent les bases de l'intrigue : Eric Carter (Corey Hawkins : ni étincelles ni fausses notes) est un ex-Ranger qui a participé à une mission pour tuer le terroriste Ibrahim Ben-Khalid, au nom de la CTU (cellule anti-terroriste) alors dirigée par Rebecca Ingram. 

Alors qu'il tente de reprendre une vie normale et donc ennuyeuse, sous une nouvelle identité et aux côtés de sa femme Nicole, il découvre que les autres membres de son équipe sont traqués par un groupe terroriste, prêt à tuer pour récupérer un objet mystérieux. Poussé hors de son terrier, il décide de partir lui-même à la poursuite de ses nouveaux ennemis. Au téléphone, il aura l'aide de Rebecca, qui a depuis quitté son poste pour aider son mari dans sa campagne présidentielle.

 

Photo Corey Hawkins

 

ERIC BAUER

De l'incontourable CTU à la mention d'Edgar Stiles, collègue de Chloé décédé dans la saison 5 de 24 heures chrono, le fan sera en territoire connu. Il reconnaîtra surtout toutes les ficelles de la série originale. Générique, musique, mise en scène, décors, personnages secondaires : le pilote de Legacy est une caresse à l'attention des fans. Hormis une teinture bleutée de l'horloge et une modernisation du logo, 24 : Legacy marche donc sans hésitation dans les pas de son modèle.

Le premier épisode est sans surprise filmé par Stephen Hopkins, qui a installé les codes de la série originale en réalisant une partie de la première saison. Le revival est chapeauté par Manny Coto et Evan Katz, qui a oeuvré sur les aventures de Jack Bauer, mais tous les grands noms sont présents au générique du côté de la production - notamment Kiefer Sutherland.

 

Photo Miranda Otto

 

KILL ANOTHER DAY

Le programme s'annonce donc parfaitement calibré. La chasse à la taupe est ouverte dès la moitié du pilote, avec la petite certitude qu'un membre haut placé dans la hiérarchie a vendu les soldats. La femme de Carter, qui se retrouve rangée chez son beau-frère et ex, semble prête à assurer le rôle de Kim Bauer - une civile mi-débrouillarde mi-tête à claque, qui sera sans aucun doute embarquée d'une manière ou d'une autre dans l'aventure. Egalement de retour : l'intrigue secondaire a priori déconnectée, qui tourne cette fois-ci autour d'un adolescent convaincu qu'une camarade prépare un attentat dans son lycée, sans se douter de l'ampleur de la chose.

Il n'y a pas de président au rang des héros, mais un candidat aux élections (Jimmy Smits) et surtout sa femme, ex-directrice de la CTU, interprétée par Miranda Otto qui avait joué sur le même territoire dans la saison passée de Homeland. Le pont entre la Cellule et Washington est donc assuré, de manière encore plus évidente qu'à l'accoutumée.

 

Photo Miranda Otto

 

Inutile d'espérer une réinvention donc : Legacy emprunte à son modèle toute sa carcasse, pour le meilleur et pour le pire. Il sera donc facile de s'y plonger avec un plaisir certain, tout en reconnaissant que l'équipe de production n'a pas été chercher bien loin pour redonner vie à la chose. Le choix d'un jeune acteur noir sera sans nul doute un autre argument de poids pour considérer l'entreprise comme une manoeuvre cynique, dans l'air du temps puisque les reboots, spin off et adaptations ont envahi les programmes américains.

  

Photo Anna Diop, Corey Hawkins

 

FAST AND FURIOUS

Le vrai problème de ce pilote, c'est sa hâte. 24 : Legacy est pressé. Trop pressé. Certainement par peur d'ennuyer le spectateur et par désir de le fidéliser, les scénaristes ne perdent pas une seconde pour appuyer sur les détonateurs. En l'espace d'une trentaine de minutes, l'intrigue a avancé jusqu'à se retrouver à un stade de fébrilité et de panique qui aurait pris plusieurs épisodes à Jack Bauer.

La scène où la très sérieuse et respectable Rebecca sort son taser pour neutraliser son remplaçant à la tête de la CTU est lourde de sens : elle n'a pas le temps de chercher des preuves pour l'accuser au-delà des soupçons naturels, pas le temps de trouver une solution plus intelligente, pas le temps de prendre un détour susceptible d'ennuyer le spectateur venu chercher de l'action. La série, elle, n'a pas la patience ou l'envie de placer ses pions avec douceur, pour construire une intrigue avec finesse et réalisme - le mot ayant une définition toute relative dans 24 heures chrono.

 

Photo Corey Hawkins

 

 

Dès le pilote, Eric Carter donne des ordres à sa hiérarchie comme un Jack Bauer en pleine course contre la mort. La méthode bulldozer pourra faire sourire tant Legacy semble prêt à tout écraser sur l'autel de l'efficacité, à l'image de ce cylindre de béton qui roule sur les terroristes dans le climax.

C'est un peu grotesque, un peu bête, un peu simpliste, mais peu importe : Legacy retrouve un peu de cette énergie revigorante qui faisait de 24 heures chrono une odyssée folle et grandiose. Le titre assume le caractère photocopié de cette renaissance, dont le pilote suffisamment bien emballé suggère une chose : le concept est plus fort que le personnage.

L'âme de 24 heures chrono pourrait ainsi de ne pas se résumer à l'inimitable Jack Bauer (les scénaristes ne semblent même pas essayer de construire Eric Carter avec la même ambition), et 24 : Legacy pourrait finalement offrir une amusante dose d'action et de suspense. Le coeur n'y sera probablement pas, mais le contrat, destiné avant tout aux clients en confiance, sera rempli. Réponse dans les prochaines semaines.

Pour les nostalgiques, rendez-vous dans notre dossier sur l'intégralité de la série originale 24 heures chrono.

 

Affiche

 

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