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Westworld saison 3 épisode 8 : grand final et grande déception

Par Geoffrey Crété
4 mai 2020
MAJ : 21 mai 2024
74 commentaires
Affiche, Westworld

Notre critique du huitième et dernier épisode de la saison 3 de Westworld.

Retrouvez le résumé des deux premières saisons de Westworld.

Testez vos connaissances dans ce quiz spécialWestworld pré-saison 3.

ATTENTION SPOILERS !

 

photo, Evan Rachel WoodTuez-moi avant la saison 4

 

LA FIN DE DOLORES

Le résumé qui ouvre ce huitième épisode repose la grande question, avec la voix de Ford : Dolores est-elle vouée à être une héroïne, ou une méchante ? Après sa guerre ouverte et magnifique dans la saison 2, le personnage incarné par Evan Rachel Wood aura plus que jamais soulevé cette interrogation dans la saison 3. Sa quête de destruction et renaissance sera passée par des copies d’elle-même placées sur l’échiquier face à Serac et Rehoboam, des morts et dommages collatéraux, jusqu’à faire de Maeve son ennemie. Et la présence de Caleb aura pu laisser penser qu’elle devenait aussi manipulatrice que Delos.

En réalité, et avec toutes les nuances que cela implique dans Westworld, Dolores était bien menée par de nobles intentions, et plus motivée par la renaissance que la destruction. Et ce, malgré ce qu’en a dit Bernard dans l’épisode 7 – encore une preuve de la pauvreté de l’écriture de son côté, puisque ses mots n’étaient au fond que du mauvais suspense forcé par les scénaristes.

Victime d’une écriture un peu grossière qui en avait fait une Terminator quasi infaillible, pas aidée par la capacité de sans cesse renaître et retrouver un corps, Dolores fait plus que jamais sens dans cet épisode. Elle qui avait à peu près tout perdu dans sa guerre (notamment en saison 2), avait décidé de limiter la casse à elle et seulement elle, avec des copies masquées sous d’autres visages. Elle qui avait été le premier hôte, et avait ainsi donné naissance malgré elle à tous les autres, se sentait investie d’une mission pour son peuple. Elle embrasse finalement ce destin avec l’ultime étape de son plan, en se sacrifiant pour enclencher la libération de tous, des hommes comme des machines, toujours avec l’idée du libre-arbitre qu’elle sait lui échapper – mais qui est omniprésente, notamment dans ses échanges avec Maeve.

 

photo, Evan Rachel Wood, Aaron PaulEn route vers la fin

 

Si l’écriture reste globalement bancale dans cette saison 3, puisque son plan aura été principalement caché pour nourrir l’énigme et que sa fin manque un peu d’ampleur dramatique, c’est une conclusion (a priori) bienvenue et juste pour le personnage. Tout comme un humain qui retourne à la poussière, Dolores retourne à l’abstraction, son corps étant peu à peu vidé de toute mémoire, jusqu’à redevenir un bout de métal branché à une machine. Son tout dernier souffle (l’accès grâce à Solomon) est, symboliquement, celui de la révolution, qui amorce la bascule du pouvoir, et l’enlève à Serac pour l’offrir à Caleb – et Maeve.

C’est d’autant plus satisfaisant qu’après une saison de férocité pure, qui avait peu à peu refermé les portes de l’empathie pour elle, Dolores reprend son visage humain. Ce n’est pas un hasard si tout se dévoile dans une scène virtuelle, dans Westworld, où Maeve et elle retrouvent leurs costumes d’hier : c’est ici, dans ce décor que l’âme de Dolores s’est retranchée. C’est là qu’elle attendait en silence, immobile, que la réalité la rattrape, laissant la part violente d’elle-même prendre le relais. Et c’est ici qu’elle reconnaît que son moteur véritable n’a jamais été la peur, mais l’espoir.

Bien sûr, rien n’indique que Dolores sera entièrement et définitivement absente de l’équation Westworld dans la saison 4. Dans le monde magique de la série, tout est possible. Mais cette saison 3 s’achève dans tous les cas sur un chapitre clos pour l’héroïne, qui aura passé le relais à ceux qui, un temps, ont vu en elle une possible ennemie ou menace. De quoi en faire un beau personnage solitaire, tragique, entier, développé sur trois saisons étonnantes.

 

photo, Evan Rachel WoodCiao et bon courage

 

LES COURTS-CIRCUITS TOUT AUTOUR

Mais sans surprise, ce dernier épisode traîne toutes les casseroles de la saison, et en confirme la faiblesse générale. Entre maladresse, absurdité, facilité, voire mauvaise blague, Westworld touche plusieurs de ses limites. De détails de second plan (les retours déjà oubliés de Clémentine et Hanaryo dans l’épisode 7, le retour de la télécommande Terminator de Bernard pour affronter William, l’arrivée inopinée de Lawrence-Dolores pour une seule scène), à l’utilité de personnages majeurs durant toute la saison, Westworld montre de sérieux signes de court-circuit.

Ainsi, Maeve semble découvrir dans cet épisode qu’elle peut « entendre » Rehoboam, contrôler la télécommande magique de Serac, et qu’elle devrait se méfier de ce vilain pas fiable, qui ne mérite peut-être pas d’être suivi, même pour une promesse de retrouvailles. Centrale dans la saison avec une évolution passionnante, Charlotte sera ici réduite à un hologramme type grande méchante dans l’ombre (avec déroulé explicatif en monologue, pour combler les trous de cette dérive), puis un retour en scène post-générique. C’est à peu près la même chose pour William, heureux de clamer dans son coin qu’il va sauver le monde, avant de disparaître, puis réapparaître en post-générique, pour un nouveau twist sur son avenir.

 

photo, Luke Hemsworth, Jeffrey WrightFlagrant délit de personnages dont la saison aurait dû se débarrasser ?

 

C’est encore plus évident du côté de Bernard, qui continue à occuper le premier plan pour d’obscures raisons, les scénaristes s’accrochant toujours à Arnold et son passé – retour de Gina Torres avec un gros maquillage, pour pas grand-chose.

Même si la valeur de Bernard est révélée, puisque Dolores lui a secrètement confié la clé tant convoitée, la lourdeur de l’écriture est particulièrement affreuse de ce côté. Le voir subitement expliquer qu’il sent la disparition de Dolores, qu’elle voulait évidemment sauver l’humanité, que la destruction est inévitable, et qu’il détient la clé dans son esprit, est la goutte d’eau qui fait déborder la piscine où se sera noyé ce personnage en saison 3. Plus que quiconque, il aura donné cette désagréable impression de voir les ficelles tenues par les scénaristes, plutôt qu’un personnage animé par un but et une vie. A tel point que son réveil final sous la poussière donne envie de soupirer.

Et que dire de Serac, qui aura définitivement été un antagoniste de pacotille, de plus en plus vague et bête au fil de la saison. Lui, son frère, Rehoboam et Solomon laissent là encore la sensation des gros sabots des scénaristes, qui auront péché par excès – d’ambitions, d’intrigues, d’explications.

 

photo, Vincent CasselVincent cassé

 

STRANGE WAYS

Côté spectacle, c’est là aussi une déception. L’amusant affrontement entre Dolores et Maeve avait été écourté dans l’épisode 7, et la revanche était attendue. Le cadre était idéal pour les deux personnages, guerrières de la nuit destinées à s’affronter… et le résultat ne sera pas à la hauteur. Peu voire pas d’intensité au cours de leur baston d’à peine trois minutes, entrecoupée de répliques solennelles et ronflantes, jusqu’à ce qu’un tour de magie ne mette Dolores à terre.

Au-delà de ce combat, cet épisode 8 souffre d’un sérieux manque d’envergure et précision dans la mise en scène de l’action. La confrontation entre Dolores et les hommes de main sur le pont est particulièrement ratée, la faute à un découpage illisible qui brise tout sentiment de vélocité, et transforme les soldats en incapables à moitié aveugles et handicapés. Même chose lors des rares scènes d’affrontements dans les rues, où le sentiment de chaos est artificiel, à l’image du pseudo-sacrifice de ce copain de Caleb dont tout le monde se fout un peu à ce stade. Le personnage d’Aaron Paul aura plus tard droit à un petit mano a mano conclu par une nuque brisé, dans un effet qui manque cruellement de brutalité et impact.

Enfin, si l’idée de filmer un massacre au sabre dans l’obscurité n’est pas inintéressante, elle est peu heureuse à l’écran. La dernière bataille de Maeve dans la saison est ainsi réduite à quelques flashs lumineux et une musique banale.

 

photo, Thandie NewtonSamourâle

 

Par ailleurs, difficile de croire à ce climat apparemment apocalyptique à la Strange Days, qui voudrait que Los Angeles soit en feu, mais seulement avec une cinquantaine de personnes qui crient dans une rue face à un barrage et des CRS.

Partout ailleurs, la cité des anges semble toujours aussi vide et propre, malgré quelques affiches déchirées et une carcasse de voiture en feu ou enfumée dans chaque plan large. Mettre en scène un paysage urbain vidé d’humanité était une idée, mais la série ne l’aura jamais véritablement assumée ou explorée, si bien que tout ça laisse une curieuse impression de théâtre vide et factice. Et ce n’est pas l’apparition d’un robot anti-émeute (qui se contente de lancer du gaz lacrimo) qui aidera.

 

photo, Aaron PaulAaron pof dans ta nuque

 

DARK SIDE OF THE DOOM

Alors que Charlotte et Maeve semblaient être destinées à de beaux arcs dans cette saison 3, seule Dolores en sortira véritablement grandie. C’est elle qui a porté du début à la fin les questionnements sur la liberté, avec la belle idée que si elle veut que le monde s’écroule, ce n’est pas pour anéantir l’humanité, mais pour la rebooter, et la laisser se reconstruire, librement, avec le risque du libre-arbitre. A chacun d’écrire son histoire, son rôle, sa destinée. C’est ce risque, beau et terrible, qu’elle offre à Caleb, Maeve et Bernard, qui reprendront le flambeau de la révolution, de toute évidence.

C’est elle aussi qui sera restée le socle solide de Westworld, tandis que tous les autres personnages auront été malmenés par les scénaristes, soit en étant totalement relégués au troisième plan (William), soit en voyant leur ambitieuse évolution stoppée net (Charlotte). A ce titre, Maeve aura tourné en rond autour de la carotte de sa fille (son objectif depuis la fin de saison 1), sans véritablement évoluer avant les dernières minutes de cet épisode.

 

photo, Ed HarrisAucun doute, Ed Harris doit être ravi de cette saison 3

 

Pour sa part, Caleb ressemble encore trop à un embryon de protagoniste, dont chaque pas, chaque choix et chaque doute correspondent à un éveil qui tarde à se concrétiser. Sans avoir véritablement géré cette renaissance hors des parcs, la saison 3 laisse ainsi des portes grandes ouvertes, autour de Caleb et Maeve désormais face à un monde brisé – comme un lointain écho au dernier plan de Fight Club, les Pink Floyd à la place des Pixies.

La scène post-générique place aussi plusieurs briques importantes, à commencer par une Charlotte qui a succombé à la part sombre de Dolores dans son labo secret plein d’hôtes, de toute évidence pour mener une guerre. Et c’est là que le retour de l’homme en noir prend une tournure inattendue, lorsque William affronte un hôte à son image, qui lui tranche la gorge. Là se joue probablement la dérive tristounette de Westworld, avec une hôte qui a créé une armée de robots, face à un William qui voulait sauver le monde en détruisant tous les robots. Ou comment glisser peu à peu vers une bataille réelle, frontale, alors que la série s’était ouverte et construite sur la zone grise entre ces deux mondes.

Il y aussi Bernard qui se réveille, de retour de la Valley Beyond, où il était parti chercher des informations sur ce qui allait arriver après la fin du monde. La poussière indique qu’un bon bout de temps s’est écoulé. C’est là qu’on est censés être tenu en haleine, probablement.

Mais n’oublions pas que la scène post-générique de la saison 2, avec William-hôte dans un futur indéterminé, n’avait toujours pas été traitée hormis dans cette scène post-générique.

 

photo, Evan Rachel WoodLes vestiges du jour lointain

 

La saison 3 de Westworld aura donc été sacrément bancale, parfois belle et excitante, souvent déstabilisante et décevante, voire même ridicule et insensée dans ses pires moments. Trouver un nouveau cap après la révolution de la saison 2 n’était pas une mince affaire, et Jonathan Nolan et Lisa Joy ont pris le risque de devoir réinventer l’univers, loin des parcs, dans un décor plus classique de science-fiction. Un risque qui, combiné à beaucoup (trop) de personnages, aura été un frein constant dans ce nouvel envol.

A cause d’une menace nettement plus classique que les saisons précédentes, d’une bataille désormais ouverte qui glisse vers le spectacle parfois gratuit, et d’une révolution qui va dans ce sens, l’imaginaire de Westworld semble se tarir. L’ouverture sur le monde aurait pu rimer avec un récit plus fou et complexe, mais la série semble au contraire revenir sur des rails familiers du genre.

La saison 4 est commandée par HBO, avec la rumeur d’un plan sur 6 saisons au total. Ne reste donc plus qu’à savoir si cette saison 3 était une transition, ou le symptôme d’une dégénérescence réelle.

Pour lire ce que les créateurs teasent pour la saison 4 de Westworld, c’est par là.

La saison 3 de Westworld est disponible en intégralité sur OCS. Les saisons 1 et 2 sont également disponibles sur OCS en France.

 

Affiche

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Rock'n'roll Papy

Cette saison est *déjà* la « saison de trop », alors qu’est-ce que va donner la 4 ? Si le naufrage parait aussi consommé, ce n’est pas tant par rapport à la qualité absolue de la saison, que par rapport à ce qu’on pressent qu’elle aurait pu/du être à la suite de la saison 2. Un boulevard scénaristique s’ouvrait à la réalisation, avec « simplement » un dépaysement dans le monde extérieur de l’affrontement des personnages principaux de la saison 2, Williams versus Dolores en tête de gondole, et surtout sans introduire ces nouveaux rôles totalement inutiles voire nuisibles à la série : Serac, Caleb …, ni transformer Dolores et Maeve en superwomen aussi indestructibles que ridicules. Mais quelle déroute après une saison 1 qui confinait au sublime, mais certes une saison 2 déjà chaotique, et trop souvent gratuitement gore et violente …

Oedipus Rex

Je suis très déçu par cette saison 3. L’image est belle, mais le scénario est ridicule. Les personnages les plus intéressants ont été massacrés par les scénaristes (Bernard, William).
Les deux héroïnes sont devenues froides et ce ne sont pas des personnages dans la continuité des deux premières saisons.
Il manque de l’intelligence narrative, comme on l’a aimé dans les deux premières saisons (surtout la première).

Chris56

Typiquement le genre de série écrite comme ça vient, sans aucun plan d’ensemble. On y colle une jolie photographie, un vernis intello et un pseudo propos de fond, et ça passe crème. Mais l’illusion finit par s’estomper, la vacuité profonde et l’esbrouffe prétentieuse de cette série se font du plus en plus jour.

Je ne m’attends pas à une amélioration au fil des prochaines saisons…

Benji

Globalement d’accord avec votre critique.
je rajouterai qu’une série qui enfile les perles sentencieuses sur le libre arbitre, la liberté, l’avenir de humanité et j’en passe… une serie qui ne tue jamais ses personnages et efface des pans de memoires et de souvenirs pour venir en aide à une narration bancale… restera, malgré ses efforts, une série médiocre mais aussi très prétentieuse.
Allez Nolan, un peu d’humour pour la prochaine !

Marc

@Dante012

Dolores comme on la connaît depuis ces trois saisons n’est plus . Les Show Runner doivent réinventer et comme la saison 4 annonce le Chos sa risque d’être surprenant. Attend de voir.