The Knick Saison 2 Episode 3 : une bague pour Algernon

Simon Riaux | 2 novembre 2015
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Après un fabuleux épisode 2, The Knick se devait de tenir bon la barre et d’embrayer dignement. Avec un nouvel épisode plus calme mais riche en rebondissement et surprises, la série continue d’impressionner.

Si l’on loue régulièrement la maîtrise visuelle du show de Soderbergh ainsi que les performances de ses comédiens, on s’intéresse moins souvent à sa rythmique interne. Les 55 minutes diffusées la semaine dernière par Cinemax, filiale d’HBO, sont l’occasion de revenir sur une autre qualité essentielle de cette création à part.

 

Après la montée, la descente

L’épisode 2 nous avait marqué par sa capacité à rassembler tous les enjeux effleurés lors du season premiere en les faisant brutalement évoluer. Impossible de reproduire mécaniquement un tel tour de force, ou tout simplement de soutenir une cadence aussi élevée. La série joue donc ici la gueule de bois, la descente et prolonge le chaos entrevu la semaine dernière.

Obsédé par sa volonté de comprendre la mécanique de la dépendance et en proie à une détestation de lui-même qui le poussent vers ses vieux démons, Thack (Clive Owen) veut à tout prix se droguer. Inspiré par les confidences d’une prostituée, il mélange cocaïne et héroïne, qu’il prépare de manière à pouvoir les ingérer par voie nasale.

Ainsi, Thack déjoue la surveillance dont il est l’objet, puisque ses veines sont préservées d’injections régulières, tout en se plongeant dans un nouveau cocktail dont les conséquences devraient être dévastatrices. Ce principe de destruction préside au sort de quasiment tous les personnages. Sœur Harriet voit son procès tourner au cauchemar en découvrant un juge décidé à faire de son cas un exemple, Cleary perd une importante source de financement en tuant un de ses combattants qu’il tente de doper. Quant à Cornelia, elle se heurte pour la première fois à un mur quand son époux lui signifie qu’il est hors de question d’aider une avorteuse.

Lucy (Eve Hewson) découvre avec horreur que la rédemption vantée par son père ne lui sera pas accordée. Quand elle lui confesse ses péchés, il la bat et la répudie quasiment avant de la fouetter avec une insistance qui confère à la scène une obscénité presque insoutenable.

C’est peut-être Algernon (Andre Holland) qui nous réserve la plus belle surprise de l’épisode, avec l’arrivée totalement inopinée de son épouse. Nous apprenons ainsi que le bon docteur s’était marié à Paris, et que s’il se croyait débarrassé de sa femme, il n’en est rien, d’autant plus que ce nouveau personnage s’impose le temps d’une scène comme une source de soubresauts narratifs spectaculaires.

Une nouvelle fois, Andre Holland se révèle capable de tenir tête à Clive Owen et de proposer un véritable duo, offrant à la série un lead bicéphale porteur de sens. Entre le génie rongé par son addiction, porté aux nues en dépit de ses déboires, et le travailleur acharné qui ne peut percer en dépit de son abnégation, The Knick est porté par une tension tragique de plus en plus palpable.

 

Les pupilles écartelées

The Knick se fait une nouvelle fois un devoir d’alterner entre séquences « classiques » mais brillantes, et mise en scène quasi-expérimentale. On reste ainsi bouche-bée devant une scène où Bertie tente maladroitement de faire la cour à une journaliste fraîchement rencontrée, à l’occasion d’un plan séquence parfaitement maîtrisé au cœur d’un décor luxuriant.

Le montage se montre encore une fois brillant, accompagnant parfaitement les atermoiements de nos héros. Qu’il s’agisse d’une scène de sexe glaciale entre Cornelia et son mari, ou des contrechamps angoissants qui opposent Gallinger à sa belle-sœur, on est toujours saisi à la gorge.

Enfin, les intrigues para-médicales semblent clairement prendre le dessus, peut-être pour le meilleur. Avec l’arrivée de plus en plus prégnante du clan Tammany dans les affaires du Knickerbocker, de la prégnance du racisme, voire, comme on le découvre dans une scène particulièrement angoissante, la naissance de l’eugénisme, le show continue de s’imposer comme un tourbillon moderne, capable d’ausculter avec une violence terrible nos démons contemporains.

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