Game of Thrones saison 7 épisode 5 : barbecue is coming

Jacques-Henry Poucave | 16 août 2017
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Après une bataille apocalyptique, au cours de laquelle HBO a fait péter son budget, la série s'offre un peu de calme, histoire de nous laisser faire les comptes.

ATTENTION SPOILERS.

 

Photo Nikolaj Coster-WaldauAttaquer un dragon au cure-dent, un grand moment de stratégie militaire

 

KILL IT WITH FIRE

Game of Thrones n’en finit pas de retrouver des couleurs. La preuve avec son cinquième épisode, qui avait tout sur le papier pour agacer, et parvient pourtant à captiver. La conclusion prochaine de cette odyssée dantesque l’amène à densifier ses enjeux et c'est tant mieux.

Pourtant, à bien des égards, ce nouveau chapitre est une nouvelle foire aux incohérences. Passons outre le fait que désormais tous les personnages se téléportent dans Westeros à une vitesse subsonique, le scénario se permet une quantité d'inepties énormes. Dans la droite lignée de la bataille aussi sublime visuellement que neuneu dans son déroulé qui clôturait l’épisode 4, nous retrouvons Jaime et Bronn en train de sêcher sur la berge. Leurs armures de trois tonnes ne les ont pas empêchés de parcourir 500 mètres en brasse coulée et de faire causette pepouze sans s'inquiéter de leurs ennemis.

 

PhotoLord Friendzone vient de tuer le game de la téléportation

 

Le récit introduit au forceps – et un peu n’importe comment – le bâtard de feu le roi Baratheon, dont le retour est sauvé par une bonne dose de charisme et une volonté évidente de la série d’en faire un très plaisant bourrin spécialiste de la masse d’arme, comme pouvait l'être son ancêtre. 

On espère que les scénaristes se sont payés un dictionnaire des synonymes, parce qu’à force d’entendre Daenerys exiger qu’on lui prête allégeance (« bend the knee »), on n’est pas loin de saturer. Il faut dire que la pauvre Emilia Clarke n’est franchement pas gâtée par le script, qui s’échine à la décrire comme une demeurée venue au monde pour narguer Charles Darwin. Après avoir essayé de soigner son gros dragon au beau milieu d’un champ de bataille, elle doit se contenter de dialogues trop emphatiques, où elle nous sert d’interminables regards doucereux en direction d’un Kit Harington pas beaucoup plus doué pour les silences.

On a compris que ces deux-là finiraient par s’échanger joyeusement des gamètes dans une quelconque arrière-cour d’un château trop humide. Mais à en juger par le niveau de débrouillardise des deux intéressés, tout cela pourrait finir en pâté de dragon aux environs d’une hypothétique saison 32.

 

PhotoQuitte ou double ?

 

Bref, la dimension statique et verbeuse du show est intacte, voire renforcée, alors que se noue une curieuse alliance entre tous les protagonistes afin d'amener sous les yeux de Cersei un mort-vivant, preuve de la grande menace, et de négocier un armistice, le temps de défaire les Marcheurs Blancs. Marcheurs Blancs qui sont manifestement les seuls à ne pas bénéficier des services d'un jet privé, à en juger par la lenteur de leur progression (700 mètres en 7 saisons).

 

 

STARK VS STARK

Et pourtant, malgré ces nombreuses failles, ce chapitre de Game of Thrones fonctionne encore parfaitement. On l’avait senti dès le premier épisode de cette saison 7, mais la série nous livre décidément une fournée esthétiquement au sommet. Il n’est pas un décor, pas une alcôve ou un couloir qui ne soit parfaitement mis en valeur, tandis que le découpage parvient à dynamiser jusqu’aux dialogues les plus explicatifs.

De même, l’épisode contient quelques excellentes scènes, passablement inattendues. Bien sûr, on se doutait que Sansa et Arya auraient quelques discussions un peu tendues, mais pas à ce point. Alors que l’une méprise gentiment sa cadette, cette dernière expose à demi-mots de graves accusations. En l’état, Arya semble à deux doigts de découper sa frangine à coups d’épée, tant Sansa l’agace et lui donne l’impression de vouloir bazarder Jon afin de s’assoir sur le trône.

 

Photo Sophie Turner, Maisie WilliamsArya va-t-elle ajouter de nouveaux noms à sa fameuse liste ?

 

Et la situation risque de dégénérer, puisque la plus jeune des Stark espionne le vilain (mais passionnant) Baelish. Elle découvre qu’il ourdit en secret contre le Roi du Nord et vient de sortir des archives une vieille déclaration de Sansa, dans laquelle elle exhortait les siens à oublier l’exécution de leur père pour se rallier à Joffrey. Déclaration signée par Sansa sur les conseils de Baelish pour sauver sa tête que Cerseï envisageait sérieusement de planter au bout d'une pique.

Elle ignore malheureusement que Baelish est parfaitement au courant de son petit manège que, pour une fois, on a bien du mal à décoder.

 

UN HEUREUX EVENEMENT

Chez les Lannister, ça ne sent pas meilleur. En apparence, Cersei et Jaime se retrouvent plus unis que jamais, alors que la Reine sanglante annonce à son amant de frangin qu’elle est enceinte, et s’engage à assumer l’origine incestueuse du futur héritier du trône. Une nouvelle forcément merveilleuse pour un Jaime qui a vu son amour de toujours causer les morts abominables de leurs enfants.

 

Photo"Oh, quelle bonne nouvelle dites donc !"

 

Mais à bien y regarder, tout cela pourrait n’être qu’une ruse de la part de Cersei afin de conserver Jaime à ses côtés. Nul besoin d’être devin pour comprendre combien le militaire, pragmatique et plus droit moralement qu’il n’y parait, flanche et s’interroge sur le bienfondé de son soutien à sa sœur. Cersei le sent, et c’est peut-être ce pourquoi elle fait miroiter la promesse d’un renouveau, d’un nouvel enfant.

Si tel était le cas, il s’agirait là d’une trahison terrible et surpuissante. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle situation rendra la séparation (politique ou physique) entre ces amants maudits encore plus déchirante. Signe que le plan de Cersei, quel qu’il soit réellement, risque de ne pas se dérouler sans accrocs : Jaime paraît clairement en désaccord quand sa sœur exige qu’il punisse Bronn et refuse d’admettre sa défaite militaire à venir. D’ailleurs, conclure cet échange par une menace à peine voilée n’est peut-être pas la meilleure idée qu’elle ait eue.

 

PhotoUn personnage complètement marteau

 

DE TOUTE BEAUTE 

Depuis le début de la saison, les Terres de Dragon Stone se sont montrées propices à un paquet de superbes séquences. Elles ne dérogent pas à la règle et s’imposent définitivement comme une des plus belles réussites visuelles de la saga. Tour à tour majestueuses, mélancoliques ou inquiétantes, elles se conjuguent toujours parfaitement à la dramaturgie de la scène en cours.

Et c’est logiquement que le grandiose décor nous offre une poignée de séquences puissantes. Qu’il s’agisse des retrouvailles avec Jorah Mormont, du contact, révélateur et troublant, de Jon avec un dragon, ou des préparatifs d’une expédition nordique pour le moins risquée, tout s’agence parfaitement.

 

PhotoNuit debout : les morts sont coincé Place de la République depuis 7 saisons

 

Autre source de plaisir qui achève de faire de cet épisode de transition une réussite : les réunions entre personnages fonctionnent. Douteuses en termes de structures, elles nous sont parfaitement vendues par des dialogues finement ciselés et des interprètes que l’on a souvent un grand plaisir à retrouver.

Game of Thrones pourrait bien nous réserver une conclusion à la hauteur de nos attentes, et peut-être même retrouver le niveau d’excellence qui présidait à ses deux premières brillantes saisons.

 

PhotoTout ça va mal finir...

 

commentaires lecteurs votre commentaire !

vicelow
17/08/2017 à 11:47

Je comprends totalement l'effet produit chez nous, «nous» spectateur, mais on est quasiment à la fin de la série et il fallait accélérer le rythme. Il y a beaucoup d'arcs narratifs à boucler, d'autres sous exploités ou alors pas du tout. Je trouve salutaire cette prise de décision sur la temporalité de la série

Riku
16/08/2017 à 21:21

@vicelow

Je pense qu'on sait tous ce qu'est une ellipse, et à quel point c'est un outil classique... Game of Thrones n'a d'ailleurs pas attendu la saison 7 pour l'utiliser.
Le "problème" ici c'est le manque de finesse flagrant et un peu comique, je dois dire. Ca brise d'un coup une règle établie depuis des saisons, sans crier gare, et sans aucune autre explication que "cette saison y'a moins d'épisodes les gars" (ou à l'inverse : "on manie les ellipses avec prudence depuis six ans parce que fallait bien qu'on accélère pas le rythme, qu'on étale bien l'histoire pour avoir plein d'épisodes"). Ce qui est donc un problème de scénariste, dicté par des décisions extérieures au récit, qui fait donc qu'on en sort pour sourire un peu.

vicelow
16/08/2017 à 20:49

C'est marrant ces remarques sur la temporalité de la série, mais ce sont juste de grosses ellipses en fait. La série nous avait pas habitué à ça, mais c'est un procédé plus que courant à la télévision et au cinéma.
Parce que les moitiés d'épisodes ou les persos A&B vont au point Z en taillant le bout de gras mais ou on apprend rien de conséquent ou intéressant sur leur psyché.... franchement je m'en passe

Uber Rider
16/08/2017 à 18:00

Avant il leur fallait parfois la moitié d'une saison pour se rendre d'un royaume à un autre, mais depuis que Westeros a mis au point un service Uber, les mecs vont partout et en reviennent en quelques minutes. Il n'y a littéralement plus aucune logique d'espace-temps, c'est affolant.

lemon
16/08/2017 à 15:55

Perso, je l'ai trouvé bavard cet épisode

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