Falcon et le Soldat de l'Hiver : un retour en force pour Marvel, même sans Captain America ?

Antoine Desrues | 19 mars 2021 - MAJ : 26/03/2021 11:09
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Affiche française

Sortez vos ailes et vos bras de métal, le nouvel événement Marvel, Falcon et le Soldat de l’hiver, est de sortie sur Disney+ !

ATTENTION : PETITS SPOILERS EN PERSPECTIVE

 

photo, Anthony Mackie, Sebastian StanMarvel, collection Automne Falcon-Hiver

 

Laissez un message après le Blip

Un fer à repasser. C’est sur l’image d’un fer à repasser que s’ouvre Falcon et le Soldat de l'Hiver. Un choix étonnamment ordinaire pour le nouveau blockbuster de Marvel Studios, surtout lorsqu’on sait qu’il aurait dû être la porte d’entrée du MCU sur Disney+, avant que les retards dus à la Covid n’amènent WandaVision à prendre les devants. Pourtant, cette idée n’a rien d’anodine si l’on s’attarde sur l’ambition affichée de Kevin Feige : la saga Marvel a depuis toujours lorgné vers le format sériel, mais désormais, elle peut pleinement l’embrasser pour faire exister ses personnages, même les plus secondaires, et même dans leur quotidien.

Il faut dire que Sam Wilson et Bucky Barnes n'ont pris corps que dans le sillage de Captain America, le premier faisant figure de sidekick sympathique, et le second de pion pour forcer l’avancée de certaines intrigues (surtout celle de Civil War). Maintenant qu’une série les met en tête d’affiche, le showrunner Malcolm Spellman a la bonne idée de jouer sur les répercussions directes d’Avengers : Endgame. Il oblige ainsi le spectateur, au même titre que ses deux héros, à se confronter à la perte, celle des figures tutélaires si rassurantes de la franchise, maintenant que Captain America a pris sa retraite.

 

photo, Anthony MackieUn grand pouvoir implique de grzzZZZZZZZZ...

 

Pour être plus précis, ce pilote cherche surtout à remettre les pendules à l’heure, tout en jouant sur les repères brouillés de personnages disparus pendant cinq ans après le claquement de doigts de Thanos (ou le "Blip"). On découvre à l’occasion que Sam a une sœur et des neveux, et qu’il cherche désespérément à rattraper le temps perdu auprès de ses proches, contraints de se séparer d’un héritage familial auquel, lui, continue de s’accrocher. Mais Bucky est tout autant assailli par les regrets, alors que les souvenirs de sa période "MK-Ultra néo-nazie” remontent à la surface et qu’il essaye laborieusement de racheter ses fautes.

Submergée par le doute et le deuil (d’un temps révolu), Falcon et le Soldat de l’Hiver suscite l'adhésion lorsqu’elle s’attarde sur la fragilité de ses héros. Sur un modèle finalement proche de celui de Wanda, ils ne sont pas encore prêts à assumer le rôle que le monde voudrait les voir endosser. C’est d’ailleurs de cette façon qu’on voit comment Marvel profite d’un format télévisuel et chapitré, en ayant ainsi la capacité de créer sur le long terme le parcours satisfaisant d’icônes des comics. En faisant face à des traumas ou à des passages de flambeau, le pilote de Spellman s’attarde en toute logique sur le déni de ses héros, surtout lorsque Sam refuse de devenir le nouveau Captain America, transformant le fameux bouclier de Steve Rogers en relique patriotique.

 

photo, Anthony MackieSympa ce musée du cosplay

 

Bien entendu, pour que toutes ces intentions s’enracinent réellement, il faudrait que Marvel se décide enfin à travailler ses dialogues. La machine à exposition verbale et le second degré souffrent de leur habituelle artificialité, mais les quelques séquences à la rythmique intéressante (notamment une partie de... touché-coulé) semblent plus engoncées que jamais dans un format de quarante minutes.

Là où WandaVision a su profiter de son microcosme conceptuel pour jouer avec les codes des séries, la structure plus classique de Falcon et le Soldat de l’Hiver laisse entrevoir le pire et le meilleur que Marvel peut tirer de cette nouvelle approche narrative. À vouloir chasser le naturel, celui-ci finit par revenir au galop, au point où on sent ce premier épisode réalisé par Kari Skogland tiraillé par des intentions contradictoires.

Souhaitant se démarquer par une forme d’intimisme assez nouvelle dans le MCU, ce pilote a néanmoins le devoir de revenir aux fondamentaux de la marque. L’ironie n’en est que plus puissante dans un récit prônant un certain lâcher-prise sur le passé. Certes, on n’attend pas forcément de Marvel de nous la jouer Derniers Jedi, mais on se serait bien passés du pilotage automatique du studio, entre photographie terne et grisâtre, blagounettes pas drôles et caméos allant du sympathique (on est toujours contents de voir Don Cheadle) au carrément risible (qui a demandé le retour du terroriste québécois du Soldat de l'Hiver ?).

 

photo, Anthony Mackie, Sebastian StanMarvel et les couloirs chiants, une histoire d'amour

 

O Captain ! My Captain !

Dès lors, la série cherche surtout à montrer patte blanche auprès des fans ayant commandé le même menu depuis plus de dix ans. C'est pourquoi elle se plaît à afficher fièrement ses gros moyens, particulièrement visibles dans une séquence d’action introductive pour le coup assez impressionnante. Entre money-shots virevoltants et CGI parfaitement intégrés, Disney+ bluffe une nouvelle fois dans sa manière d’approcher la production télévisée comme n’importe quel blockbuster. Si la frontière entre les deux médiums se veut de plus en plus floue, c’est aussi parce que Falcon et le Soldat de l’Hiver convoque à foison l’héritage des frères Russo (on nous ressort même le coup de Falcon fuyant des missiles téléguidés).

Pour autant, il faut admettre que cette démonstration technique a le mérite d’être bien plus lisible et plaisante à l’œil que les tentatives analphabètes des réalisateurs de Civil War. Mieux chorégraphiée et mieux montée, cette scène d’extraction en plein désert jouit surtout d’enjeux clairs, simplifiant par la suite des retournements de situation malins qui nous engagent volontiers dans son déroulé.

 

photo, Anthony MackieC'est vrai qu'on se demande bien à quoi peut lui servir un autre bouclier...

 

À vrai dire, c’est étonnamment sur le plan de la mise en scène que Falcon et le Soldat de l’Hiver parvient à surprendre. Certes, les sempiternels plans américains léthargiques de Marvel sont toujours bien trop présents, notamment lors d’une séquence dans le fameux musée du Captain qu’on aurait rêvé bien plus vibrante au vu de son poids émotionnel. Néanmoins, Kari Skogland a parfois l’occasion d’expérimenter des idées nouvelles, comme de très gros plans en longue focale lors d’une séquence de psychanalyse (la meilleure de l’épisode). C’est finalement bête, mais cette caméra plus proche des corps permet enfin à Anthony Mackie et Sebastian Stan de dévoiler un jeu plus subtil et touchant, nous ouvrant au passage à l’introspection (relative) de leurs personnages.

Le problème, c’est que cette balance de parti-pris engendre un rythme en dents de scie sur une introduction pourtant courte. Parce qu’elle n’a pas de concept particulier à imposer, Falcon et le Soldat de l’Hiver fait vite du surplace, d’autant plus que sa menace est encore loin d’être définie. On peut ainsi craindre qu’au lieu de faire évoluer ses deux héros au travers de leurs actions, la série utilise sa mise en bouche pour bazarder leur caractérisation, histoire de privilégier un spectacle plus confortable pour les épisodes suivants. Reste à voir maintenant si la suite saura nous prouver le contraire, ou si Marvel va juste proposer d'étaler sa formule sur six heures, en comblant cette fois les ellipses narratives de ses longs-métrages.

La série Falcon et le Soldat de l'Hiver débute sur Disney+ le 19 mars 2021, avec un nouvel épisode par semaine.

 

Affiche française

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commentaires lecteurs votre commentaire !
comomo
23/03/2021 à 16:40

J'avais trouvé que "captain America : Le soldat de l'hiver" était l'un des meilleurs marvels, surtout grâce à la classe pétée du soldat de l'hiver justement, et de l'acteur plutôt bien choisi pour ce rôle.

Autant Wandavision ne m'intéresse pas, autant là je pourrais me laisser tenter "pour voir".

Rayan
22/03/2021 à 19:15

Pas surpris par le niveau de ce premier épisode, ce qui me surprend c'est les commentaires lol

Ps : dans la vie y a 99,9% de gens et plus spécialement de fans de marvel qui trouvent que Wandavision était une tuerie et vu comment la série a été un succès qui dépasse même marvel et leur fans vu que tout le monde ont aimé et ce même les escrocs de critiques youtubers, puis il y a Arnaud le Vrai qui fan de marvel comme il est ( fake ) pense que c'est de la daube, après je m etonne pas, le mec adore les buses de Snyder donc...

Dateuss
20/03/2021 à 11:08

Damn! J'ai pas encore pu voir cette série et tous vos commentaires donnent sacrément envie.
Surtout qu'avant même sa sortie elle se faisait '' descendre '' de toutes parts.
En tout cas les amis, si l'action est bonne, les effets spéciaux de bonnes factures, j'avoue que je me contenterai de cela. Merci pour vos avis

Dr.il
20/03/2021 à 09:01

Oh mais cette scene d ouverture est juste monsteueuse. Une des meilleures scenes d action, tout marvel confondu. oups, j ai jouïs!

Flash
20/03/2021 à 08:41

J'ai bien aimé aussi ce premier épisode, qu'on aime ou pas les films/séries marvel, il faut reconnaître qu'il y a un bon savoir faire depuis le début.

Jojo
19/03/2021 à 18:40

Pas mal du tout, dans la continuité du MCU, c'est très prometteur pour la suite !

reth
19/03/2021 à 15:36

L'entrée est en effet très réussi tant au niveau de l'action que des effets spéciaux. Beau taf. Maintenant a voir sur la durée...

Eric
19/03/2021 à 15:07

Sam n'aurait-il pas plutôt des neveux que des cousins ?

Dateuss
19/03/2021 à 14:39

Cool de lire vos avis à tous, apparemment c'est bien moins nul que ce que bon nombre de personnes prévoyaient sans même l'avoir vu.

J'ai hâte de m'y plonger après le taf ce soir.

Moijedis
19/03/2021 à 13:39

Très impressionnant ce premier épisode . C’est du niveau cinématographique sur le plan visuel . Seule ombre au tableau : j’ai l’impression qu’ils ne vont pas savoir raconter .

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