Euphoria saison 2 épisode 2 : la haine et l'amour mènent à la souffrance

Alexandre Janowiak | 17 janvier 2022 - MAJ : 17/01/2022 10:59
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Photo Zendaya

Après deux ans et demi d'absence, Euphoria a fait son retour en grande pompe avec un premier épisode violent et enivrant pour ouvrir sa deuxième saison. Une nouvelle salve d'épisodes qui s'annonce beaucoup plus sombre que la première et qui semble se confirmer dans ce deuxième épisode.

Attention mini-spoilers !

 

 

rena(te)issance

Durant toute sa première saison, exception faite de son épisode final, la série de Sam Levinson s'est toujours ouvert sur une introduction revenant sur le passé d'un personnage en particulier. Moyen pour la série de développer rapidement ses protagonistes tout en permettant à ses épisodes de changer régulièrement de point de vue. Dans cette logique, on pouvait donc présumer que ce deuxième épisode, intitulé Out of Touch, suivrait la trajectoire habituelle de la série.

Quelle n'est pas la surprise de voir Euphoria continuer à expérimenter puisque cet épisode décide de casser sa routine. L'épisode débute ainsi sur le visage mutilé de Nate (Jacob Elordi), à l'endroit même où l'épisode précédent se terminait alors que Fezco venait presque de le tabasser à mort. Et dans une sorte de transe, d'une méditation presque hors du corps, le spectateur l'accompagne dans une réflexion sur lui-même, ses choix personnels, ses désirs futurs via la narration en voix-off du personnage de Rue (toujours étrangement omnisciente), pendant que ses amis le transportent d'urgence à l'hôpital.

 

Euphoria : Photo Jacob ElordiNate, ce paradoxe

 

Un voyage spirituel presque inédit dans l'histoire d'Euphoria qui va explorer la fine frontière entre fantasme et réalité. Car difficile de savoir exactement ce qu'il en est dans cette introduction, ce qui repose sur le vrai ou la pure hallucination de Nate. Mais elle permet d'ouvrir les portes d'un nouvel arc pour son personnage. Alors que sa caractérisation n'a jamais été éloignée de celle de sa copine Maddy, avec laquelle il entretient une relation toxique, le voilà se découvrir des désirs de relation parfaite avec Cassie, des envies de paternité avec elle, d'une vie loin de l'influence néfaste de son père violent.

Un rêve pas impossible sur le papier, mais particulièrement lointain au vu des nombreuses difficultés qui semblent se dresser devant lui entre le passif de son père (et la vidéo préjudiciable détenue par Maddie, à moins que ?), menant alors à cette quasi-crise cathartique où l'ensemble des pensées de Nate fusionne dans un mélange de douleur et d'apaisement. Jusqu'à ce plan fixe sur le visage déformé, mais souriant, de Nate porté par les cris d'un bébé mis au monde, comme pour signifier la renaissance du personnage, la naissance d'un nouveau Nate.

 

Euphoria : Photo Jacob ElordiUne résurrection ?

 

love to hate, hate to love

Un aparté puissant pour le lancement de cet épisode 2 qui vient surtout provoquer la réflexion sur la dualité de la plupart des personnages. Alors que Nate est tiraillé entre Cassie et Maddie et semble enfin décidé à évoluer vers une meilleure version de lui-même, comme si l'action violente de Fezco avait agi comme un déclic, les autres personnages vont aussi devoir se confronter à leurs choix, leurs propres contradictions.

Évidemment, la série met toujours en son coeur la relation entre Rue et Jules, notamment via l'arrivée au milieu de leur duo d'Elliot. Car s'il est source de décontraction pour Rue, libre de ses mouvements à ses côtés, il devient par la même occasion la source d'une forme de jalousie chez Jules, voire d'inquiétude. Du côté de Cassie, c'est évidemment le dilemme entre amitié et amour qui vient troubler ses nuits (voire famille et amour, avec le bluff de Cal, le père de Nate) quand Maddie se demande si elle ne préférerait finalement pas une relation plus douce à celle excessive qu'elle a avec Nate.

 

Euphoria : Photo Zendaya, Dominic FikeElliot, le trublion de cette saison 2

 

Une réflexion que se pose presque dans l'autre sens pour le personnage de Kat (excellente Barbie Ferreira). Relativement discrète dans l'épisode d'ouverture de cette saison 2, l'adolescente revient sur le devant de la scène avec des questionnements sur son couple avec Ethan. De quoi offrir quelques-unes des scènes les plus audacieuses (et bizarres) de ce deuxième épisode où rêve et réalité (encore) se mêlent, laissant place à l'entrée aiguisée d'un viking ou à une réflexion intime sur le culte des apparences et l'influence nuisible des jugements extérieurs sur son amour intérieur.

Enfin, pendant ce temps, Lexi (Maude Apatow) continue à prendre de l'importance, décidée à troquer sa passivité pour l'initiative afin de ne plus avoir de regrets. Et si son inaction a possiblement mené à l'overdose de Rue (dont elle n'a jamais révélé l'addiction à sa mère), sa nouvelle dynamique semble déjà porter ses fruits, elle qui semble avoir empêché un possible drame en étant présente à la boutique de Fezco.

 

Euphoria : Photo Barbie FerreiraSe renfermer sur soi-même

 

euphorie magnoliesque

Alors que Paul Thomas Anderson vient de sortir son nouveau film Licorice Pizza au cinéma, il est assez amusant de voir cet épisode 2 emprunter largement au film le plus ambitieux de PTA : Magnolia. Évidemment, la série a toujours un peu joué sur ce registre, mais rarement elle l'a fait avec une telle harmonie et simplicité, sans esbroufe tape-à-l'oeil ou connexion artificielle.

Naturellement, les croisements des uns mènent aux aventures des autres. Le montage joue des relations entre les personnages, des liens qui les unissent, les rapprochent, les éloignent, pour mieux construire un récit d'une fluidité sans pareille malgré la densité des arcs et la multiplicité des personnages. Dans un écrin toujours aussi travaillé visuellement et aux décors toujours aussi signifiants (ce chantier nocturne, symbole d'une relation en construction), Euphoria impressionne donc d'une manière plus brute, sobre, spontanée (par rapport à son premier épisode en tout cas).

 

Euphoria : Photo Maude ApatowLexi, le personnage qu'on a tous envie de découvrir plus

 

Et ainsi, la série poursuit son analyse de la normalité dans un monde, de plus en plus ouvert certes, mais régulièrement cloisonné, enfermant chaque membre dans des cases. Une crainte revient souvent chez cette bande d'adolescents : ne pas trouver sa place dans le monde adulte, voir en sa différence une faiblesse plutôt qu'un atout, une anormalité plutôt qu'une singularité.

Chaque personnage est donc confronté à ses propres démons, à ses choix, à son soi. La plupart ont peur de ne pouvoir influer sur leur propre destin. Pire : ils ont cette sensation terrible de toujours faire le mauvais choix, de se mener, par leurs actions personnelles, à leur propre détestation. De fait, cet épisode parle autant de haine que d'amour, et il y a quelque chose de bouleversant à les voir tenter de se soutenir chacun à leur tour, à aimer l'autre en retour, sans parvenir à s'aimer eux-mêmes.

Une dualité intérieure qui pourrait avoir des conséquences profondes sur le reste de la saison et sur la survie des personnages. Car à force d'être dépendant les uns des autres, d'avoir besoin du soutien d'autrui pour tenter de se relever (cette forme d'addiction encore une fois), il y aura probablement la reconstruction/grâce pour certains (Nate semble bien parti) et la destruction/déchéance pour d'autres. Une chose est sûre, Euphoria semble bel et bien s'engager dans un récit beaucoup plus sombre et violent psychologiquement. Reste à savoir qui parviendra à en sortir grandi ou réduit à néant.

Un nouvel épisode de la saison 2 de Euphoria chaque lundi sur OCS en France depuis le 10 janvier 2022

 

Euphoria : Affiche US

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commentaires lecteurs votre commentaire !
alshamanaac
19/01/2022 à 12:49

Clairement avec "Succession" une des meilleures séries du moment.

Kokro Dile
18/01/2022 à 11:32

Super article! J'ai, à ma grande surprise (serie categorisée "pour ados" ce que je ne suis plus depuis un bail...), beaucoup aimé la saison 1 et cette deuxième mouture envoie du lourd! Hâte de voir la suite.

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