The Time Traveler's Wife : critique d'un amour à l'épreuve du temps sur OCS

Geoffrey Fouillet | 25 juin 2022
Geoffrey Fouillet | 25 juin 2022

Adaptée du roman Le temps n'est rien d'Audrey Niffenegger, déjà porté à l'écran avec le film Hors du temps en 2009, la série The Time Traveler's Wife débarque sur OCS via une première saison très attendue. Et pour cause, cette production HBO est la nouvelle création de Steven Moffat, showrunner de Sherlock et de Doctor Who. Six épisodes plus tard, l'enthousiasme est-il bel et bien au rendez-vous ?

MODE "ALÉATOIRE" PAR DÉFAUT

Grands sentiments et sauts dans le temps, voilà un programme qui a déjà fait ses preuves. Au cinéma, dans des registres assez éloignés, on peut citer L'effet papillon, mais aussi Kate et Leopold. Côté séries, c'est Outlander qui s'impose spontanément, parmi quelques autres. The Time Traveler's Wife existe désormais dans ses deux formats, en dehors du support littéraire qui l'a vu naître.

L'histoire est celle d'Henry (Theo James) et Clare (Rose Leslie), âmes sœurs que le destin va prendre un malin plaisir à séparer et réunir. La raison en est simple : Henry est atteint d'une anomalie génétique qui le propulse, sans prévenir, à différentes époques de sa vie et même parfois au-delà. Une situation qui les force à vivre leur relation dans le désordre, au point où Henry rencontre Clare alors qu'il est âgé d'une trentaine d'années et qu'elle vient seulement de souffler sa huitième bougie.

 

The Time Traveler's Wife : photo, Everleigh McDonellUn jour, son prince viendra... et plus tôt qu'elle ne le pense

 

L'originalité du récit tient avant tout à sa dispersion. En brouillant la chronologie des évènements, la série se permet de juxtaposer des scènes fondamentalement antinomiques en termes de ton et d'énergie. C'est par exemple Henry qui tombe sur la sœur excentrique de Clare puis se retrouve éjecté l'instant d'après quelque part en ville, à la merci d'un gang de bikers. Dans ses meilleurs moments et souvent grâce au montage, The Time Traveler's Wife raccorde une séquence légère à une autre plus grave pour les faire déborder l'une sur l'autre d'un point de vue purement émotionnel.

"Il n'y a qu'une façon de survivre à un fleuve, être un rocher", raconte Claire, en cherchant à décrire sa relation avec Henry. La réplique a beau prêter (un peu) à rire, elle cerne plutôt bien la nature contraire des deux personnages. Elle renvoie aussi évidemment à la position du spectateur qui tente de se raccrocher aux branches d'un scénario éparpillé aux quatre vents. Alors oui, on prend plaisir à anticiper les coutures entre les scènes, mais le procédé tend à s'essouffler, quand il ne verse pas simplement dans la répétition vaine.

 

The Time Traveler's Wife : photo, Theo JamesMais t'es où ? Pas là, mais t'es pas là ! Mais t'es où ?

 

AMOUR GARANTI SUR-MESURE

Là où la série aurait pu, non pas trahir l'oeuvre d'origine, mais en creuser le sillon le plus retors, c'est à travers la manipulation réciproque et contrainte des deux personnages. En rencontrant Clare si jeune, Henry sait devoir la prendre sous son aile et l'aider à devenir celle qu'il épousera. Seulement, il a lui-même été "façonné" par Clare qui, plus tard, l'amènera à son tour à mûrir pour devenir celui qu'elle aime. C'est le paradoxe bien connu de "l'oeuf ou la poule". Qui est venu en premier ? Ou en l'occurrence ici, lequel des deux a changé l'autre en premier ?

Dans une scène relativement poignante, Clare retourne à la clairière où elle a rencontré Henry et découvre que l'endroit auparavant idyllique n'est plus qu'un squat à ciel ouvert. Une désillusion vite envolée lorsqu'Henry surgit avec l'apparence et l'attitude de l'homme qu'elle a toujours fantasmé : cheveux courts et voix suave donc (oui, parfois, cela tient à peu de choses). Alors qu'ils s'embrassent, la caméra prend de la hauteur et balaie la clairière, redevenue comme par magie l'Eden immaculé d'autrefois.

 

The Time Traveler's Wife : photo, Rose Leslie, Theo JamesLa clairière de la tentation

 

Au fond, chacun se plie aux désirs de l'autre d'un commun accord, avec la certitude d'agir au nom de l'amour. Il y avait donc une matière trouble et fascinante à explorer autour de la question du libre arbitre. Hélas, la série ne fait que l'effleurer, les personnages étant limités à des valeurs ou des affects exclusivement positifs, à une ou deux exceptions près. Que certains internautes ou critiques professionnels s'offusquent du caractère pseudo-subversif de cette love-story, somme toute très sage, relève de l'incompréhension.

Certes, un adulte se rapproche d'une enfant, mais leur relation évolue sans aucune espèce d'ambiguïté jusqu'à la majorité de Clare. Bien sûr, il aurait été délicat d'insinuer une quelconque attirance alors que plus de vingt ans les séparent, mais à force de prudence, la série se met elle-même des bâtons dans les roues. Heureusement, les quelques scènes dévolues à la mère d'Henry (Kate Siegel, qu'on aimerait voir plus souvent) sont bercées d'un joli souffle tragique.

 

The Time Traveler's Wife : photo, Kate SiegelSimply the best

 

NOS VIES DE SPECTATEURS

S'il y a bien un paramètre que la série exploite avec intelligence et humour, c'est le regard rétroactif que les personnages portent sur leurs expériences passées. Le créateur, Steven Moffat, choisit de déplacer l'action du roman, qui se déroulait des années 60 jusqu'au début des années 2000, pour lui préférer un ancrage plus contemporain. Cette modernisation lui permet d'encadrer l'intrigue d'un dispositif qu'il reconduit à chaque épisode : Henry et Clare, plus âgés, s'enregistrent face caméra et commentent leur histoire.

Une mise à distance bienvenue tant elle prend en compte le drame qui a toujours été celui des personnages : vouloir garder une vue d'ensemble sur les évènements plutôt que de les vivre. C'est d'autant plus vrai pour Henry qui, parachuté dans le temps, se confronte à d'autres versions de lui-même, à des âges divers, au point de devenir, à l'instar de ses "doubles", le spectateur impuissant de sa propre existence. Et pour signifier cette multiplicité à l'écran, la série use d'écriteaux, souvent à rallonge, du type : "Il a 8 ans et 24 ans et 32 ans et 40 ans".

 

The Time Traveler's Wife : photo, Theo JamesSelon vous, lequel des deux est le plus immature ? Attention, il y a un piège

 

Mais là encore, quand bien même certaines trouvailles amusent, la série nous prend constamment par la main et ne laisse finalement que peu de zones d'ombre. Seule une poignée d'images furtives, dont celles, très énigmatiques, matérialisant deux pieds coupés au niveau des chevilles, viennent titiller l'imagination. Autrement, les dialogues prennent le relai pour expliciter les règles du voyage dans le temps et en évacuer l'aura de mystère.

Précisons par ailleurs que cette saison 1 ne couvre qu'une partie du roman. Un choix à double-tranchant dans la mesure où il autorise un développement plus conséquent de la trame originale, et notamment du segment concerné, mais favorise aussi les redites inutiles. En l'état, Theo James et Rose Leslie s'en sortent très correctement et leur alchimie compense au moins en partie les faiblesses d'écriture. Ce qui est sûr, c'est qu'on attend mieux pour la suite, si saison 2 il y a.

La saison 1 de The Time Traveler's Wife est disponible en intégralité sur OCS depuis le 20 juin 2022

 

The Time Traveler's Wife : Affiche française

Résumé

Hélas trop souvent inoffensive, The Time Traveler's Wife intrigue surtout lorsqu'elle embrasse la logique chaotique de sa love-story. Recommandable à défaut d'être mémorable.

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commentaires
Pacino
26/06/2022 à 14:49

Le film était très sympa surtout grâce aux deux acteurs (Éric Bana et Rachel McAdams).

Ici le casting donne moins envie quand même.

Deny
25/06/2022 à 19:14

Excellente série romantique, curieux de voir le film tiré du roman pour faire la comparaison.

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