Love, Death & Robots Saison 3 : critique d'un retour en force sur Netflix

Mathieu Jaborska | 21 mai 2022
Mathieu Jaborska | 21 mai 2022

Après une première saison copieuse et parfois bien gore, Love, Death & Robots avait largement déçu, avec une saison 2 produite trop rapidement pour concrétiser ses ambitions anthologiques et techniques. Composée de 9 épisodes (contre 18 pour la première et 8 pour la deuxième), cette nouvelle salve était donc attendue au tournant, d'autant qu'un certain David Fincher en profite pour revenir à la réalisation...

Une anthologie d'anthologie

Au programme de cette troisième session, une satire lourdingue de plus, qui se conclut en prime sur une référence un peu facile à Elon Musk, un voyage lunaire psychotrope, une invasion de zombies express, un énième face à face entre une poignée de barbouzes et un animal terminator, l'exploration flippante d'une colonie alien, une guerre de rongeurs, et non pas un, mais deux contes lovecraftiens. Un catalogue de science-fiction franchement généreux, qu'on désespérait de revoir dans Love, Death & Robots.

Car quand bien même, malgré ses défauts, la saison 1 était assez ambitieuse et spectaculaire pour emporter l’adhésion, les limites de la série sont très vite apparues. Sur le plan narratif, beaucoup de segments, véritables démonstrations visuelles, manquent cruellement de substance, quand ils ne recyclent pas toujours la même recette, à base de militaires sous amphet’ et créatures en manque de chair fraîche. La faute aux délais accordés par le N rouge et à la complexité technique de l'ensemble.

 

Love, Death & Robots : photoUne machine de guerre

 

Un constat inévitable passé la saison 2, qui enchaînait les sketchs vides de sens et globalement oubliables. Le format doit tout au nombre d’épisodes et à leur qualité, ce qui est à la fois sa force et sa faiblesse lorsque le rythme de production imposé par Netflix interdit de répliquer la taille de la saison 1. Heureusement, pourtant longue d’à peine un épisode de plus que la saison précédente, la troisième fournée retrouve presque l’ambition des grandes heures de la série. Non seulement parce que les chapitres sont globalement de meilleure qualité, mais aussi parce qu’ils sont bien plus hétérogènes.

Bien sûr, de nouvelles bastons de marines sont au rendez-vous – à ce stade, c’est quasiment une marque de fabrique -, dans les épisodes 5 et 8. Mais les artistes aux commandes s’exercent autant à l’horreur pure qu’à l’action débridée, à l’humour conceptuel qu’à la fresque contemplative, voire métaphysique. Mieux encore, se sont glissés dans la sélection un ou deux Ovnis, tel le dernier épisode, à la direction artistique relevant soit du génie, soit du mauvais goût le plus flagrant, au choix. Qu’on adhère ou pas à la chose, difficile de lui enlever son originalité.

 

Love, Death & Robots : photoUne sirène pour le moins expressive

 

Esthétiquement, les CGI sont quasi systématiquement à l'honneur. Toutefois, ils lorgnent peu sur l’hyperréalisme démonstratif pour mieux épouser les univers esthétiques développés, en témoigne le character design atypique des segments Mauvais Voyage et Les rats de Mason. Sans surprise, c’est une fois de plus époustouflant sur le seul plan technologique, quand bien même certains choix artistiques gâchent un peu la fête, quitte par exemple à considérablement réduire l’intérêt du pourtant très intéressant L’essaim. Toujours très spectaculaire, Love, Death & Robots reste inégale, et tant mieux.

 

Love, Death & Robots : photoQuelques pures visions de science-fiction

 

David et les goliaths 

Cette nouvelle saison risque néanmoins d’attirer dans ses filets un public bien plus large qu’à l’accoutumée. Et pour cause, elle comprend un épisode signé par le cinéaste adulé David Fincher, intitulé Mauvais voyage. Pour son retour derrière la caméra (virtuelle), le réalisateur de Mank s’essaie à l’animation pour la première fois de sa carrière, ce qui n’a pas manqué d’attiser la curiosité des cinéphiles. Certains à la rédaction, pas spécialement adeptes du médium, se sont d’ailleurs rués sur ce galop d’essai dès sa mise en ligne, et ils n’ont pas été déçus.

En fait, il est assez logique que Fincher s’associe avec Blur Studios, cofondé par le créateur de la série Tim Miller. Spécialisé dans l’imagerie numérique ultra précise, celui-ci avait toutes les clés en main pour servir le perfectionnisme maladif du réalisateur. Couplée à une direction artistique délicieusement macabre, la méticulosité de cette association accouche de l’un des plus beaux monstres vus sur un écran depuis une paire d’années, gigantesque crustacé démoniaque dont l’ombre plane sur le pauvre équipage d’un navire.

 

Love, Death & Robots : photoAvec en plus une séquence d'action très intéressante

 

Absolument terrifiant, le segment rappelle forcément les projets avortés les plus appétissants du grand David ainsi que les fables désespérées de Lovecraft. Comme chez le célèbre auteur, une monstruosité quasi divine pousse les héros aux frontières de leur humanité et abîme la santé mentale du spectateur au passage. Voilà qui donne envie de voir le bonhomme s’attaquer une bonne fois pour toutes au cinéma d’horreur. 

Mais ce n’est pas la seule bonne surprise de la saison. Passons sur le nouveau volet des aventures du trio enfonceur de portes ouvertes ou sur le dernier épisode, (trop) longue expérimentation sensorielle dont chacun jugera la valeur. Certains sketchs ne sont pas avares en action (Allez, feu !, con comme la lune, mais divertissant) ou en gore (Dans l’obscurité des profondeurs, pas très original, mais rempli à ras bord de tripaille). Le plus drôle d’entre eux restant probablement Les rats de Mason, humble farce exacerbant jusqu’à l’hyperbole l’absurdité de l’escalade guerrière.

 

Love, Death & Robots : photoIl faut sauver le soldat rat Yann

 

Au rayon comédies, impossible de pas citer La nuit des petits morts-vivants, doublement pénalisé : placé juste après le segment de Fincher, il est coécrit par Jeff « coupable de Sonic » Fowler. Contre toute attente, cette petite pastille est une brillante parodie zombiesque, qui profite de l’expertise de Blur et Buck pour retracer une invasion de morts-vivants dans son intégralité, non sans pasticher les codes du genre.

L’idée amuse, les petites vannes disséminées ci et là assurent la cadence. On prie pour que la série continue à nous proposer ce genre de trouvailles, ou même pour qu’elle persiste à embaucher de grands auteurs, qu’ils soient producteurs ou pas, histoire d’insuffler un peu de folie dans ces tours de force techniques.

Love, Death & Robots est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 20 mai 2022.

 

Love, Death & Robots : Affiche

Résumé

Cette saison 3 renoue avec la diversité et la générosité de la saison 1, grâce à quelques épisodes parmi les meilleurs de la série.

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Lecteurs

(3.5)

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commentaires
Chris11
04/06/2022 à 22:09

Très bon cru cette saison 3, pas au niveau de la saison 1 qui comporte des épisodes magiques, mais très très au dessus de la saison 2 qui était nullissime.
Mention spéciale au Mason's rats et au mini film de Zombie.

GravityMan
31/05/2022 à 14:36

@Wasa__be "peu de variétés dans les animations" wow qu'est-ce qui faut pas lire... Chaque épisodes est fait par un studio différent, chaque épisodes a réellement sont style et ses techniques. Dites que vous n'aimez pas, mais ne pas voir tout la variété artistique dans cette saison c'est d'une tristesse absolue, je vous plains :'\

L'autre
23/05/2022 à 14:26

Très chouette saison pour moi !
Le Fincher "Lovecraftien" est un bijou ! La sirène "banshee" est un délice pour les pupilles et l'humour des marines avec le grizzli réussi très bien son oeuvre !
Y'a que "l'essaim'" qui m'a laissé de marbre...
Je recommande vraiment !

Geoffrey Crété - Rédaction
22/05/2022 à 16:57

@Druidune

A l'époque, on avait malheureusement une équipe plus réduite, donc personne n'avait le temps de regarder/traiter cette série à part Simon... qui n'avait pas du tout aimé.
Mais depuis, Mathieu a pris le relais. Il a écrit sur la saison 2, a aussi fait un dossier sur les meilleurs épisodes des saisons 1 et 2... Donc on a rapidement retrouvé l'équilibre d'EL : donner la parole en priorité à la personne qui a aimé et a envie d'en parler !

Pour rappel, si besoin :

https://www.ecranlarge.com/saisons/critique/1378180-love-death-robots-saison-2-critique-sans-amour-ni-mort-sur-netflix

https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1379689-love-death-robots-les-5-meilleurs-episodes-de-la-serie-sf-netflix

Druidune
22/05/2022 à 16:44

C'est bien cette critique, elle tempère complètement avec celle de la saison 1 faite par Simon Riaux qui crachait dessus avec une telle condescendance qu'on avait qu'une envie, c'est de brûler son torchon. Là on est dans la justesse. Mention spécial au dernier épisode effectivement, qui relève complètement du génie, du vrai.

Wasa__be
22/05/2022 à 10:12

Beaucoup de violence gratuite, peu de variétés dans les animations, un propos redondant et qui tourne vite en rond. Il y a bien mieux à faire avec un tel concept. C'est dommage.

Neji
22/05/2022 à 03:00

Le dernier épisode est sublime, techniquement tellement impressionnant et la mise en scène est incroyable.
Saison 3 trés sympathique mais des épisodes oublié instantanément une fois visualisé.

Sinople
22/05/2022 à 00:13

"Il faut sauver le soldat rat Yann"... très bon, si si, vraiment très bon ;-)

GTB
21/05/2022 à 22:15

@C.Kalanda> Si la question est "est-ce qu'il y a du live-action?" la réponse est non. C'est du CGI. Après CGI ça veut tout et rien dire, il y a plein d'outils et de façon de faire. Alberto Mielgo et son studio ont utilisé ici les mêmes techniques qu'à leur habitude, notamment pour leur The Witness de la saison 1.

Excellent Volume 3! Effectivement plus homogène que le Volume 2 dont certains épisodes étaient parfaitement oubliables.

Zapan
21/05/2022 à 20:21

Vu hier soir.

Quel baffe! Sur les 8 ou 9, yen a juste 1 à mon gout qui est en deçà des autres.
Mais qu'est ce que jai ri, kiffé, pris mon pied avec ses histoires courtes.

Cette saison vaut largement la 2 et même la 1er en terme d'efficacité, de qualité au lieu de quantité.
A voir et revoir.

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