Transformers : La trilogie de la Guerre pour Cybertron – critique du Royaume sur Netflix

Antoine Desrues | 29 juillet 2021
Antoine Desrues | 29 juillet 2021

Si Hasbro a trouvé avec Netflix le moyen de renouveler sa ligne de jouets, la trilogie d'animation Transformers : La Guerre pour Cybertron a plutôt surpris avec ses deux premières parties en dépassant ce statut purement mercantile. Concernée et grave, cette relecture des origines des "robots in disguise" a su leur donner un nouveau souffle. Après cette belle réussite, le teasing de l'arrivée des Maximals et des Predacons à la fin de la saison 2 ne pouvait que laisser espérer le meilleur pour sa conclusion.

Kingdom Come

Quand bien même le cinquième film de Michael Bay était censé ouvrir l'univers Transformers avec de multiples spin-offs qui n'ont finalement jamais vu le jour, Hasbro est retombé sur ses pattes. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le fabricant de jouets est bien décidé à remettre sur le devant de la scène Beast Wars, ou Animutants dans la langue d'Omar Sy (qui était dans The Last Knight, rappelons-le...). Le principe ? Après un voyage temporel, les descendants des Autobots et des Decepticons s'écrasent sur Terre au temps de la Préhistoire, et se livrent une nouvelle guerre, cette fois en se transformant en animaux (et en dinosaures !). De là naissent les factions des Maximals et des Predacons, menés par le gorille Optimus Primal et le T-Rex Mégatron 2.

Si tout cela sonne pour vous comme la rédaction d'un enfant de six ans en pleine descente de sucre, c'est normal. Avec sa série animée en 3D tout droit sortie des tréfonds des années 90, Beast Wars n'est qu'un enchevêtrement de mots-clés improbables pensés pour vendre des jouets en plastique à la pelle.

Cependant, Hasbro a perçu la donnée nostalgique de la chose, au point d'inclure des versions live-action des personnages dans le prochain film Transformers (Rise of the Beasts, réalisé par Steven Caple Jr.). On comprend donc ce qui a poussé les équipes du showrunner F.J. DeSanto à faire de même pour la dernière partie de sa trilogie dédiée à la guerre de Cybertron, dont nous avions apprécié les deux premiers chapitres.

 

photoOptimus Prime, aussi perdu que nous

 

Malheureusement, si cet ajout pouvait devenir le fantasme régressif ultime, il se révèle être une sacrée douche froide. D'une part, la direction artistique de la série Netflix semble complètement inadaptée à ces nouveaux arrivants. La trilogie a dans sa globalité assumé de reprendre les designs de la G1 (pour Génération 1), c'est-à-dire les looks originels des jouets Transformers. Avec un cel-shading bien pensé, ce postulat a même pu s'amuser à reprendre des textures plastiques, comme si l’œuvre donnait vie aux jouets de notre enfance. Pour autant, cette même démarche se transpose très mal sur les Maximals, dont l'absence de fourrure et les animations rigides convoquent bien vite l'héritage ringard de leur série originelle.

D'autre part, La trilogie de la Guerre pour Cybertron a surtout brillé pour son travail sur les causes et les conséquences politiques du conflit entre Autobots et Decepticons, allant jusqu'à déjouer l'habituel manichéisme de la franchise. Ce sérieux quasi-papal peine alors à s'accorder avec cette conclusion turbo-débile et pétaradante, focalisée sur des alliances improbables et des dimensions parallèles invoquées n'importe comment. Difficile alors de prendre au sérieux les enjeux que la série avait pourtant mis un long moment à construire.

 

photoÀ quand le crossover Transformers X Jurassic Park X Fast & Furious ?

 

Autobots et Déception

À vrai dire, derrière cet aspect involontairement comique (quoique...), Le Royaume souffre surtout de son rythme ultra-bâtard, contraint de boucler en six petits épisodes les arcs narratifs débutés dans les deux premières parties tout en en introduisant de nouveaux. Résultat, l'ensemble rushe ses intrigues et le développement de ses personnages à grands coups de raccourcis narratifs et de McGuffins en pagaille, tout en donnant l'impression de méchamment traîner la patte.

C'est d'autant plus dommage que la guerre des clans nuancée mise en place auparavant se voit sacrifiée face à ce trop-plein de protagonistes, réduits à leur caractéristique la plus basique. Mégatron, qui était jusque-là le cœur de la série au vu de ses dilemmes moraux intéressants, retombe par exemple dans ses travers de tyran bas du front.

Pour autant, tout n'est pas à jeter dans Le Royaume. Si Netflix a surtout dû façonner sa trilogie dans le but de remplir les étagères de magasins de jouets, ses créateurs s'amusent justement de la crise identitaire des Transformers, ces êtres malléables faisant désormais face à leurs doubles négatifs ou venus du futur (ou les deux). Comme si le récit était tout entier focalisé sur la reproductibilité méta de ses icônes, cette conclusion possède quelques jolies idées à bases d'hologrammes, de fantômes et autres corps changeants, mettant ainsi en perspective des formes de réincarnation dans un univers pourtant hanté par la mort et l'extinction de toute une espèce.

 

photoÇa pique un peu les yeux quand même...

 

D'ailleurs, la trilogie parvient tout de même à retrouver la tonalité de ses débuts dans son dernier épisode, qui débute avec une révélation amère et macabre. On aurait aimé que l'ensemble de la saison soit de cet acabit, tant ce genre de choix narratifs aurait pu bouleverser à tout jamais les personnages, Optimus Prime en tête. À la place, F.J. DeSanto précipite sa série dans le teasing d'une suite potentielle, quand bien même ses introductions de Unicron, Galvatron et Némésis Prime sont bazardées avec la finesse d'un tractopelle.

Pour une proposition aussi focalisée sur son envie de repenser l'origin story tragique des Transformers, il est assez décevant de voir La Trilogie de la guerre pour Cybertron abandonner son postulat prometteur en cours de route. Heureusement, il nous restera toujours nos figurines pour rejouer et améliorer cette fin en eau de boudin.

Transformers : La Trilogie de la guerre pour Cybertron - Le Royaume est disponible sur Netflix à partir du 29 juillet 2021.

 

affiche

Résumé

Après deux premières parties engageantes, Transformers : La Trilogie de la guerre pour Cybertron échoue à délivrer une conclusion satisfaisante avec Le Royaume. Avec son trop-plein de personnages et d'enjeux risibles, l'ensemble perd l'épure des débuts pour un final aussi précipité que faussement pétaradant. Reste quelques belles idées ici et là, mais rien qui ne donne vraiment envie de se précipiter sur la suite.

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commentaires
Moixavier58
29/07/2021 à 20:40

Et non pas d'autre saison. C'est une trilogie, Kingdom avant il y a Siege et La terre de la vie(traduction francaise

Snake
29/07/2021 à 15:28

Encore une énième licence massacrée par Netflix, ça fait 2 en un mois avec la purge Resident Evil. Bravo à eux !

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