Beastars saison 2 : critique qui a les crocs sur Netflix

Déborah Lechner | 19 juillet 2021
Déborah Lechner | 19 juillet 2021

Si Netflix grossit de plus en plus régulièrement son catalogue animé, le géant du streaming semble toujours privilégier la quantité à la qualité, avec des séries vite oubliées ou oubliables. À quelques exceptions près, comme Beastars, une oeuvre adaptée du manga éponyme de Paru Itagaki et co-produit par le studio Orange, qui s'est largement démarqué après une première saison convaincante et une deuxième encore plus riche. 

DANS LA GUEULE DU LOUP

Après une première saison à la croisée des genres, qui mêlait les amourettes adolescentes typiques du shojo, à des séquences d'action plus près du shonen, cette deuxième saison de Beastars opère un changement de ton assez brutal pour glisser vers le néo-noir. L'atmosphère générale s'assombrit pour coller à l'ambiance poisseuse du Marché noir, devenu la plaque tournante de l'anime. Les nouveaux épisodes reprennent donc quelques thématiques du genre, comme l'anti-héros tourmenté, la vengeance, la trahison et bien évidemment l'enquête criminelle dans les bas-fonds de la ville qui donne un fil conducteur beaucoup plus clair à la série. 

Si on pouvait d'abord penser que le meurtre de Tem, l'alpaga dévoré par un carnivore inconnu, servirait principalement à provoquer la scission entre les mangeurs de viande et les herbivores (en plus d'installer les différents enjeux), la découverte de son meurtrier occupe une place bien plus importante dans la saison 2. Elle permet d'aborder une nouvelle facette de cette société faussement égalitaire et de son équilibre précaire (comme les pilules pour stopper la croissance des gros mammifères). Pour marquer davantage ce contraste, la deuxième saison de Beastars a donc décidé de laisser la jeune lapine de côté pour creuser et complexifier la relation entre le loup gris et Louis, qui a quitté les bancs du lycée Cherryton après les précédents événements.

 

photoLe loup veut devenir berger, et le cerf veut devenir chasseur

 

Legoshi n'abandonne pas ses sentiments pour Haru, qui reste son moteur (en plus de la dynamique comique de la série), mais construit une relation tout aussi solide, si ce n'est plus, avec le cerf. S'ils étaient d'abord opposés en tout point, les deux personnages se révèlent être les deux faces d'une même pièce, l'un incarnant tout ce que l'autre aimerait être, mais ce qu'il ne pourra jamais devenir dans l'absolu. Si le gentil carnivore garde son tempérament docile de chiot de salon et persévère dans ses engagements de la première saison, le traitement de Louis est beaucoup plus déconstruit.

Sa façade méprisante et arrogante s'émiette progressivement pour laisser apparaître ses nombreuses cicatrices et ses émotions les plus viscérales, livrant ainsi une véritable étude du personnage et de sa psyché torturée. En revanche, le dénouement s'éloigne complètement du fatalisme attendu, pour livrer quelque chose de beaucoup plus doux et apaisé qu'on n'aurait pu l'imaginer (malgré l'horreur des événements). 

 

photoLegoshi montre littéralement patte blanche

 

CONTRE NATURE

Qu'il s'agisse de Legoshi qui veut maîtriser ses instincts de prédateur, Louis qui mange de la viande pour avoir la force d'un carnivore ou Haru qui tente de résister à ses réactions de proie, tous les personnages se font violence pour dépasser leur condition d'animal. Objectif : devenir des êtres uniquement guidés par leur motivation (des êtres humains ?).

La deuxième saison est donc tout aussi poétique, imagée et sensible que la précédente, avec quelques envolées lyriques et théâtrales qui collent au cadre, ainsi que de longs apartés introspectifs. Elles n'essoufflent pas le rythme, mais se permettent de le suspendre momentanément pour se balader dans les pensées dramatiques des personnages.  

 

photoScène d'une belle intensité

 

On peut donc saluer le fait que la série prenne le temps de sortir de l'intrigue principale pour se concentrer sur d'autres personnages (comme une léoparde qui se découvre des points communs avec une moutonne ou une biche strip-teaseuse au Marché noir) pour tisser des relations de nature différente. Elle fait parfois de manière ambiguës (l'amour et l'amitié se confondent facilement), mais toujours de façon touchante ou glaçante dans le cas de Tem et de la relation que son tueur s'est persuadé d'entretenir avec lui.

La saison 2 de Beastars n'est cependant pas exempte de défauts, à commencer par les personnages de fonction qui ont été catapultés dans le récit, comme Pina, l'herbivore un peu trop confiant ou Rokume, le serpent à sonnettes qui est simplement là pour renforcer l'aspect horrifique de certaines séquences et lancer Legoshi sur la piste du tueur.

Une troisième saison serait donc la bienvenue pour leur donner plus de profondeur et les faire exister indépendamment des autres, en plus de continuer à suivre le parcours initiatique de Legoshi. On peut également regretter l'animation numérique des protagonistes, qui est toujours très esthétique et qui donne du relief aux décors 2D plus artisanaux, mais reste encore trop lourde et rigide, en particulier dans les combats qui se voulaient vifs et bestiaux. 

La saison 2 de Beastars est disponible sur Netflix depuis le 15 juillet 2021 

 

Affiche officielle

Résumé

Davantage sous tension que la première saison, cette deuxième fournée est une nouvelle exploration sensorielle et poétique du monde anthropomorphe, mais aussi beaucoup plus sombre, choisissant de reléguer les relations amoureuses au second plan pour s'attarder sur des thématiques comme la construction de soi, l'identité et la recherche de l'impossible.

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Lecteurs

(3.2)

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commentaires
Grace
20/07/2021 à 04:40

J'ai gracebeaucoup aimé le programme ! Merci pour l'analyse j'espère voir plus du développement de haru dans le troisième, comme des autres personnages.

Grace
20/07/2021 à 04:39

J'ai beaucoup aimé le programme ! Merci pour l'analyse j'espère voir plus du développement de haru dans le troisième, comme des autres personnages.

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