Mare of Easttown : critique en quête de vérité sur OCS

Alexandre Janowiak | 3 juin 2021 - MAJ : 04/06/2021 14:40
Alexandre Janowiak | 3 juin 2021 - MAJ : 04/06/2021 14:40

Dix ans après avoir impressionné tout le monde dans la série Mildred PierceKate Winslet a fait son grand retour sur le petit écran dans la série Mare of Easttown. Et en dix ans, l'actrice oscarisée n'a pas perdu de son talent et mérite toutes les louanges qu'elle reçoit de la part de la critique et du public. En est-il de même pour la série HBO en elle-même ?

REAL DETECTIVE

Il y a de ses séries qu'on regarde d'abord d'un oeil. Souvent, c'est parce qu'elles ont un air de déjà-vu sur le papier. C'était le cas de Mare of Easttown. Avec son histoire de détective en proie à des démons du passé et une affaire de meurtres à résoudre, la nouvelle création de HBO avait tout pour renifler les cendres de True Detective comme ont pu le faire d'innombrables séries avant elle avec plus ou moins de libertés et de particularités entre Sharp ObjectsThe OutsiderThe Undoing voire même Big Little Lies (et ça, ce n'est que pour HBO).

Dès son premier épisode pourtant, quelque chose semble différent. À côté de la mise en place d'une histoire déjà vue des milliers de fois (aussi bien sur le petit écran qu'au cinéma d'ailleurs), Mare of Easttown semble porter en son sein une vraie singularité, une vraie authenticité. Si les relations entre les personnages ne sont que furtivement esquissées (il restait encore six épisodes à ce stade), il y a cette sensation d'atterrir pourtant dans une petite ville déjà pleinement caractérisée, dotée d'un passé entre gloire personnelle et défaite collective (ou inversement), mais surtout d'un présent aussi ordinaire que ravagé par les crises.

 

photo, Kate WinsletUn passé qui la hante

 

Soudainement, la série HBO créée par Brad Ingelsby (scénariste de The Way Back ou Les Brasiers de la colère) prend alors une tout autre ampleur. Si elle semblait, à son pitch, partie pour s'enfermer dans le thriller classique sur fond de whodunit, elle parvient dès ses premiers instants à capter l'attention et anéantir les préjugés. Et après son premier épisode de présentation, la série ouvre les vannes dès son deuxième épisode, capable de faire de Easttown, le théâtre de nombreux drames et surtout le reflet d'une population malade, touchée par l'addiction, l'adultère, la prostitution et la violence.

Et tout au long des sept épisodes, il sera fascinant de découvrir cette petite bourgade qui semble quasiment coupée du monde. Comme si, devant le brouillard qui entoure ses propres frontières et chacun de ses habitants, elle était livrée à elle-même, à ses propres secrets et in fine à son propre destin.

 

photo, Kate WinsletUne âme blessée par son passé, un corps meurtri par le présent

 

EASTTOWN CONFIDENTIEL

Alors évidemment, l'action de la série prend vie lors de la découverte du corps de la jeune Erin McMenamin (future grande Cailee Spaeny) à la fin de l'épisode 1 et l'histoire va suivre le fil rouge de cette enquête meurtrière. Une investigation accompagnée d'une affaire de disparition non résolue tout aussi passionnante. À elles deux, elles vont rythmer la narration tout autant que les découvertes de Mare et de son collègue prometteur incarné par l'amusant Evan Peters (bien meilleur que dans WandaVision en tout cas).

Tout au long de la série, les cliffhangers s'enchaînent donc, les indices se cumulent, les fausses pistes se multiplient et finalement les twists viennent relancer les doutes au milieu des nombreux rebondissements et révélations. Cela peut paraître classico-classique, et d'une certaine manière, le thriller policier de Mare of Easttown n'a rien de bien original en lui-même.

 

Photo Kate Winslet, Evan PetersUne enquête captivante

 

Ce qui en fait quelque chose d'authentique c'est finalement que ce meurtre ne vient pas tant bouleverser cette petite ville de Pennsylvanie. Après tout, elle est déjà bien atteinte par tous les événements qu'elle a traversés. Bien au-delà, ce meurtre est surtout la goutte d'eau qui fait déborder le vase et empêche chacun de retenir ses larmes et sentiments plus longtemps.

Et ainsi, derrière cette recherche du coupable, se dissimule un véritable drame humain autour d'une petite ville déjà pleine de mystère et endeuillée. Qu'il s'agisse des problèmes de mamans adolescentes, des tromperies conjugales, des abus de confiance ou des problèmes personnels du personnage de Mare (elle-même mère endeuillée par la mort de son fils et d'ores et déjà grand-mère à 45 ans), chaque habitant a son lot de cachotteries. Et dans une petite ville où chacun se connaît et se reconnaît à chaque coin de rue, difficile de déguiser ses émotions ou refouler sa détresse.

 

Photo Julianne NicholsonJulianne Nicholson joue Lori, un personnage passionnant

 

MYSTIC CITY

Mare of Easttown est d'ailleurs passionnant dans sa manière de raconter son enquête et de tout fusionner avec le drame humain qui se joue en coulisses. Il est encore plus fascinant de voir comment il parvient à détourner certains codes du genre. Si la sublime écriture de Brad Ingelsby joue beaucoup sur la profondeur de la série, le réalisateur Craig Zobel (passé par The Leftovers et metteur en scène de The Hunt) aide énormément à lui transmettre toute sa puissance narrative.

La raison ? Cette capacité à jouer admirablement de la différence entre suspense et tension. Loin des thrillers classiques, Craig Zobel décide régulièrement d'annihiler ou plutôt désamorcer le suspense de son récit pour surtout mettre en valeur la tension inhérente aux situations en question (la fusillade de l'épisode 5, le cliffhanger de l'épisode 6).

Le moyen malin de toujours garder le drame naturaliste - et aussi féministe - au coeur de l'attention du spectateur, à travers les relations entre les personnages et les arcs de chacun d'entre eux (même si le nombre de personnages secondaires est presque trop élevé). Le fait que Zobel soit à la réalisation des sept épisodes de la série permet aussi à la série de ne jamais se perdre en chemin et de conserver une même identité esthétique, une même tonalité et surtout une harmonie bienvenue (malgré un épisode 7 un peu trop dans la surenchère des retournements de situation).

 

Photo Kate WinsletSouffler un peu

 

Et puis évidemment, en mêlant habilement les soucis personnels de son héroïne (sublimement incarnée par Kate Winslet) avec sa quête de vérité professionnelle, il y a quelque chose qui élève la série dans sa façon d'étudier les rapports humains, les amitiés pérennes (Julianne Nicholson magnifique en meilleure amie de Mare) et les liens qui nous unissent tous.

Comme beaucoup l'ont signalé à juste titre, Mare of Easttown doit beaucoup à Kate Winslet. Elle est le coeur de la série dans la peau de cette détective de 45 ans tourmentée par ses propres démons et qui doit pourtant subir et résoudre ceux des autres, alors même qu'elle est incapable de se sortir des siens. Mais plus encore, Mare est son visage, son sourire, ses pleurs et son rire aussi (cette sublime scène en voiture avec Jean Smart).

Après sept épisodes d'une telle envergure, Kate Winslet est d'ores et déjà prête à revenir pour une saison 2. En vérité, difficile d'imaginer qu'une suite soit nécessaire tant elle risquerait de détruire ce qui a été construit, soigné et refermé dans cette saison 1 bien suffisante.

Mare of Easttown est disponible en intégralité sur OCS en France

 

Affiche française

Résumé

Loin de sombrer dans le thriller facile et attendu, Mare of Easttown offre un drame naturaliste et humain passionnant et émouvant mené par une Kate Winslet inoubliable.

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Lecteurs

(4.6)

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commentaires
Metuxla
06/06/2021 à 08:06

Très bonne série, au même niveau qu'une Broadchuch S1 tant au niveau de l'intrigue que du jeu des acteurs.
Pas de S2 svp nul besoin.

Nikko
03/06/2021 à 20:30

J'ai pris une belle claque avec cette série!
Elle semblait intéressante de prime abord et elle s'est révélée extrêmement fine, bien écrite et avec une photographie impeccable.
Kate Winslet est d'une justesse absolue et en effet porte énormément cette mini série.
Une très belle surprise!

Bob
03/06/2021 à 20:25

@Hackett

Enorme peut s’utiliser aussi bien dans son sens quantitatif que qualitatif.
..........."(apprenez le français)".......... !

Micju
03/06/2021 à 18:48

Tu as compris le sens ou non ? Toi tu peux apprendre la politesse.

Hackett
03/06/2021 à 16:53

@Micju = quelle immense actrice ! (apprenez le français)

Micju
03/06/2021 à 16:21

Quelle énorme actrice.

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