The Nevers saison 1 : critique en corset trop serré sur OCS

Maeva Antoni | 18 mai 2021 - MAJ : 18/05/2021 14:09
Maeva Antoni | 18 mai 2021 - MAJ : 18/05/2021 14:09

La première partie de la saison 1 de The Nevers s’est entièrement dévoilée sur HBO Max, mais elle porte avec elle quelques casseroles difficiles à éviter. Car les mésaventures de son créateur Joss Whedon semblent parfois encore plus rocambolesques que celle de ses héroïnes. Finalité ? Whedon a quitté le projet en plein milieu et a laissé sa place à Philippa Goslett, mais après avoir écrit et réalisé le pilote et deux autres épisodes. Même si Joss Whedon s’est dissocié du projet, on peut sentir son influence sur l’ensemble de The Nevers et ses super-héroïnes en jupons.  

Londres ne répond plus

The Nevers se déroule dans les dernières années de l’époque victorienne, alors que Londres est assaillie par les « touchées » : des personnes, principalement des femmes, qui se retrouvent soudainement dotées d’aptitudes extraordinaires après le passage d’une étrange entité lumineuse. Amalia True (Laura Donnelly) mène un orphelinat qui recueille les « touchés » avec son bras droit Penance Adair (Ann Skelly) tout en se protégeant des menaces extérieures et en cherchant le but de leurs pouvoirs.

La création de Joss Whedon en donne bien trop à la fois ce qui fait qu’avant la fin de la première partie de la saison, on est légèrement nauséeux d’avoir eu à ingurgiter autant d’informations. La principale cause de la confusion générale qui entoure les premiers épisodes de la série c’est son accumulation de personnages qui frise le psychotique. Une dizaine de visages doivent être intégrés en vagues successives tant et si bien qu’on finit par ne même plus se rappeler des noms de tout un chacun.

Il est ambitieux de vouloir faire une série riche avec un large panel de personnalités, mais le cerveau du spectateur peine à garder en mémoire les détails de tout ce beau monde au-delà du noyau central. Et quand la coupe est pleine, on n’est pas plus peiné que cela lorsqu’elle déborde. Ce qui arrive aux personnages plus secondaires que le duo de tête ne provoque que peu d’émotion. Tous ces personnages se transforment en une bouillie de visages. Si les épisodes suivants ont fini par se faire à cette énorme foule, la distance créée est, elle, irrémédiable.

 

photo"Tu as compris ce qu'il se passe ici ?"

 

Si on a parfois du mal à savoir qui est qui, on est d’autant plus dans la panade quand il faut comprendre qui fait quoi. The Nevers expose presque autant d’intrigues qu’il y a de personnages, notamment les (trop) nombreux opposants, le club libertin, les politiciens, Maladie et son gang de psychopathes ou le "Docteur Frankenstein". Si au fur et à mesure des épisodes, les fils de cette grosse pelote se démêlent un petit peu, l'histoire reste très indigeste.

Comme beaucoup de récits fantastiques, The Nevers a tendance à nous balancer dans un monde dont on ne connait pas les codes, avec un lexique qui nous est inconnu comme le succès de HBO Game of Thrones ou encore pour Netflix, la fantasy Shadow and Bone : la Saga Grisha. Sauf qu'ici, la série ne nous laisse pas le temps de retomber sur nos pieds.

La fâcheuse tendance à garder des informations le plus longtemps possible dans l’objectif de créer du suspense est incommode. Il nous manque toujours une ou deux cartes en mains. À l’entrée du cinquième épisode, on est parfaitement largués. Les personnages parlent sans cesse de « Galanthi » sans développer ce que cela peut bien signifier. Une fois la grande révélation finale dévoilée, le tout prend évidemment du sens, mais avant, l'impression d'être régulièrement perdu dans les jupons de The Nevers pourra en décourager plus d’un.

 

photoÇa ne peut pas marcher à tous les coups 

 

Camden pas génial

La série créée par Joss Whedon a beaucoup à proposer, mais malheureusement le manque de ligne général tend à amoindrir la plupart des effets et de l’action. Si The Nevers, au fur et à mesure des épisodes, commence à prendre un rythme de croisière, la construction bancale du récit fait souvent retomber le soufflé. Le grand discours de Penance lors des premières fissures dans le duo n’a aucune portée puisqu’on nous cache le côté opposé de la pièce. Pareil pour la scène de pendaison qui devait être le clou du cinquième épisode, mais qui, perdue au milieu de tout le reste, semble peu spectaculaire.

Mais si The Nevers tombe souvent à plat c’est moins pour son récit, qui finit par révéler un certain charme, que pour sa cinématographie qui n’est pas à la hauteur de ses ambitions. Les scènes de combat assez nombreuses sont mal orchestrées et ne dure pas plus de quelques secondes, comme si elles étaient conscientes de leurs manques d’attractivité. Et la grande méchante, Maladie (Amy Manson), est toujours parfaitement ridicule et caricaturale de ce que doit être une "vilaine psychopathe". 

Si certains effets sont sympathiques, d’autres font lever les yeux au ciel. Notamment Primrose dont les 10 mètres de haut donnent l’impression qu’elle a été découpée et collée sur l’écran. Il en va de même pour Mary et sa « chanson magique » qui se montre en drôles de volute roses aussi laides que cartoonesques.

 

photoMaladie fait son show

 

La série se veut profonde avec des ambitions sociales peut-être un peu trop grandes pour elle. Encore une fois, The Nevers en fait trop et se perd dans ce qu’elle veut défendre. Si toutes les causes défendues sont plus que valables, elles passent toutes rapidement à la trappe dès qu’une nouvelle pointe le bout de son nez. Entre la place dans la société des femmes, des immigrés, des personnes de couleurs ou des gens tout simplement différents, The Nevers joue presque à l'opportuniste et mange à tous les râteliers.

Elle se donne à voir surtout comme étant féministe, mais semble avoir peur d’être cataloguée de la sorte. Un abandon de combativité qui se traduit par l’ajout d’hommes également « touchés ». S’il n’y avait eu que des super-héroïnes, The Nevers aurait apporté une réflexion plus profonde que juste en donner un peu pour tout le monde. Après, ce n’est peut-être pas plus mal, il aurait été mal venu à Joss Whedon de donner des leçons de féminisme.

 

photoLa très grande Primrose

 

Dr. Jekyll et Mister Hyde Park

Et justement, au fur et à mesure des épisodes, une singulière impression de déjà-vu s’impose doucement. C’est probablement parce que Whedon parait avoir remis au goût du jour des personnages issus de sa propre création. De vieilles personnalités dans de nouveaux costumes qui sonnent comme de l’auto-plagiat. Là où Amalia True est définitivement une version en corset de Buffy avec sa super force, son goût pour la castagne et son rôle d’« élue », Penance Adair, elle, ne peut que rappeler Willow Rosenberg par son côté doux comme un bonbon.

The Nevers semble avoir piqué quelques idées au lycée de Sunnydale comme « l’élue » qui tombe dans l’autodestruction ou encore les scientifiques fous créant des zombies obéissants. Si Whedon a quitté le projet, la présence d’anciens de Buffy contre les vampires à la production tel que Douglas Petrie et Jane Espenson risque de faire perdurer cette mise en miroir.

 

photoAtterrissage de super-héros

 

Mais The Nevers n’a pas fait que piocher chez Buffy et s’est à priori servi un peu ailleurs. Il est difficile de ne pas voir une référence directe à l’univers Marvel des X-Men avec cet orphelinat et ses supers-habitants se cachant loin du regard du reste de la société. Avec une bienfaitrice en fauteuil roulant et Amalia qui a le direct du droit de Wolverine, on n’est pas loin d’un drôle de crossover X-Men/La Chronique des Bridgerton. La présence obsédante de néon bleu issue du « vaisseau spatial poisson » apparait, elle, comme directement piochée des Avengers réalisé par Whedon avec le Tesseract et les grosses baleines extra-terrestres. 

La série phare de HBO, Game of Thrones n’est elle non plus pas bien loin. Cela se traduit ici surtout par la présence vide de sens de corps dénudés et de scènes d’empoignades humides. À croire que pour se donner toutes ses chances chez HBO, une série se doit d’avoir son lot de sexe inutile. Des tétons en veux-tu en voilà qui dénotent avec la direction féministe du show. Le rôle de James Norton en aristocrate débauché semble avoir pour unique but de montrer son derrière quand le récit pêche. Sans compter que, montrer en gros plan la poitrine nue d’Amalia, c’est déconstruire un personnage fort juste pour pouvoir montrer un bout de peau.

 

photoLa chanson magique

 

Elle Tamise au tapis

Toutefois, malgré les inconsistances du récit, on peut s’accrocher à The Nevers, grâce à certains personnages qui se distinguent. Le tandem Amalia-Penance est aussi opposé que charmant et se challenge dans leurs différences. L’une toujours froide face à l’autre constamment enjouée, les deux héroïnes se développent avec beaucoup de souplesse après un pilote brouillon. Le duo produit la base indispensable pour la construction de la série. Si Amalia est de loin de personnage le plus intéressant, Penance offre une dose d’humour bienvenue. À elles, s'ajoutent les non moins sympathiques Bonfire Annie (Rochelle Neil) et l'inspecteur Mundi (Ben Chaplin). 

Les décors qui englobent The Nevers sont construits avec attention ce qui permet de ne pas donner l’impression que les personnages évoluent dans un monde de carton-pâte. Si la CGI en ce qui concerne les pouvoirs est souvent un peu ridicule, les rues de ce Londres à l’époque victorienne sont plaisantes au regard et offre une perspective qui rend le tout suffisamment plausible pour qu’on s’y laisse prendre. Et comme toujours, l’attrait du costume fait son effet. La beauté des robes d’époques, en particulier celles de la sortie à l’opéra jouent avec la fibre nostalgique des amateurs de mode. Les bastons en corset sont, elles, toujours les bienvenues.

 

photo, Rochelle NeilRochelle Neil

 

The Nevers peine à conserver une véritable consistance au long des cinq premiers épisodes et joue à perdre le spectateur un poil trop pour que cela reste plaisant. Cependant, le twist final vient redistribuer les cartes de cette première partie de la saison 1. Tout ce qu’on n’avait pas compris s’éclaircit et offre la part belle à Amalia qui semble désormais plus familière. Si le dernier épisode peut très largement désarçonner et ajouter encore plus de complexité à un récit qui n’en manquait pas, il a le mérite de retourner toute l'histoire et de lui offrir plus de substance.

Un retournement de situation osé qui n'empêche pas la révélation sur le personnage d’Amalia d'être tirée par les cheveux. La construction de l’épisode est en revanche intelligente avec ses flashbacks qui permettent de rattraper toutes les lacunes des épisodes précédents et de remplir les trous énormes laissés par le récit. Un dernier épisode qui laisse sur le carreau même si la construction jusqu’à lui marche sur trois pattes. Maintenant que la vérité a éclaté aux yeux des spectateurs, on espère que la suite de The Nevers sera plus droite dans ses bottes et moins criblée de vide.

La première partie de la saison 1 de The Nevers est disponible en intégralité sur OCS

 

photo, affiche

Résumé

The Nevers offre un récit confus où bien trop de choses se mêlent dans un chaos rarement bien ficelé. Si certains personnages ainsi que quelques twists inattendus sauvent le tout, la première saison de la série avance laborieusement avec une obsession du secret. Le manque d'informations est le problème central de ce récit qui tourne un peu sur lui-même. 

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Lecteurs

(3.5)

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commentaires
Leoline
07/06/2021 à 01:17

Cette longue et surfaite critique d’ecranlarge n’est absolument pas le reflet de ce que la série « the Nevers » peut vous apporter…
Une série qui sort enfin des sentiers battues. Des interprétations très réussies, une ambiance mystérieuse et envoûtante, une intrigue qui vous tient en haleine... tout y est
Bravo et l’on attend avec impatience une saison 2

LV426
06/06/2021 à 22:37

Un 1er épisode très léger qui n'augurait qu'un resucé "bouillabesque" de Marvelerie , the Misfits , Penny dreadfull... ( à part Marvel les 2 autres sont super , opinion perso.). Et surprise au fur et à mesure ça s'étoffe , ça devient sérieux et au contraire de votre critique , se perdre dans de multiples intrigues m'a accroché . Jusqu'au final de cette 1ère partie de saison qui révèle non pas une série Fantastique mais de la VRAIE SCIENCE FICTION ! Un conflit de dimensions temporelles et interstellaire : Mazette !!! Ambitieux ! Oui il y a de grosses ficelles , oui certains characters sont un peu malmenés et auraient mérité d'être plus fouillé . Mais , franchement... truc machin bones pour ados et ce récit qui se densifie au fur et à mesure de ses constructions/déconstructions , et attend la MOITIÉ de saison pour révéler l'ampleur des enjeux d'une guerre ou se joue l'avenir de l'humanité... je ne trouve pas ça si mal pensé. Un bon cast , une réalisation classique ( un peu plan plan parfois ) , un bémol pour la photographie qui aurait mérité plus de richesse dans ses contrastes , couleurs , textures ... du BON et du moins bon. Mais rien qui mérite une critique aussi blasée que fainéante ( si plus de 5 caractères suffisent à perdre le spectateur ......... )
Pour le manque d'originalité , je vous trouve dur quand même et lire un roman de SF conter un tel récit ne me déplairait pas ! J'attends avec impatience la 2nde partie de saison.
L'histoire Wedon ? Il a joué au con et l'ironie est plutôt belle ( se faire débarquer d'une série à tendances féministe pour être remplacé par une autrice : tant mieux ). Et c'est peut être ce qui a sauvé ld récit de devenir une éniéme version Marvel bourrée de gags malvenus autant que de clichés éculés .Je vous rejoins sur le "cul gratuit" , ça fait partie de la vie mais un cunni comme ça , qui sort d'on ne sait où juste pour ... quoi au fait ? Enfin bon oui , pareil que vous.
Merci à vous , Live Long and Pépère !

yellow submarine
18/05/2021 à 20:37

alors de mon coté je n'attendais pas grand chose de cette série et je suis plutôt agréablement surpris.

oui ça a un air de déjà vu mais j'aime bien ce casting féminin dont la plupart des têtes m'étaient inconnue.

curieux de voir la suite même si la fin n'est pas vraiment un clifhanger mais plutôt un aboutissement d'indices parsemés ça et là

Avis plutôt positif
18/05/2021 à 19:52

J'avoue ne pas trop comprendre pourquoi autant de déception. Ce n'est que la première partie de la première saison. L'intrigue initiale peut paraître un peu simple au départ, mais il n'est pas si compliqué de se rappeler du nom des personnages (non, il n'y en a pas tant que cela) et la mise en scène est raccord avec une grande majorité de "1ère saison".

L'intrigue se suit plutôt bien sans trop se deviner et les histoires individuelles commencent tout juste à se dévoiler. C'est une série très prometteuse.

Barnab
18/05/2021 à 18:51

Nous n'avons plus l'habitude d'accepter de nous perdre dans un récit sans nécessairement avoir toutes les clés.
Même si elle est clairement bancale, je crois que c'est une série qui gagnera à être revue, déconnectée de la boulimie sérielle du moment, où chaque visionnage démêlera un peu plus cette pelote de fils narratifs, car les personnages restent attachants et certaines scènes mémorables (le combat sous/sur l'eau est vraiment une prouesse de mise en scène aussi bien dans le concept que l'exécution).
Et les dialogues de haute volée, toujours incisifs et piquants, font clairement grimper le niveau face à la concurrence.

Prince75
18/05/2021 à 17:46

Mettre shadow and bones dans la même phrase que Game of thrones faut oser la série Netflix est une série B pour ados quand aux séries HBO elles sont à des années lumière au dessus de celle de Netflix ( The wire, les sopranos, six feet under, Boardwalk empire, Westworld, Succession, Chernobyl, Deadwood ) pour n’en citer quelques unes

Alexandre Janowiak - Rédaction
18/05/2021 à 14:11

@L'abbé rezina

On l'avait bien précisé dans la petite phrase en italique de fin, mais pas dans l'introduction en effet. C'est corrigé, merci pour la vigilance !

L'abbé rezina
18/05/2021 à 13:47

"La première saison de The Nevers s’est entièrement dévoilée sur HBO Max" Pas entièrement, ce n'est que la première partie de la première saison. La deuxième partie sera diffusée plus tard (à cause de Whedon la pandémie tout ça tout ça.

Birdy en noir
18/05/2021 à 13:12

Tu m'étonnes qu'ils aient pas gardé Whedon, y a que des femmes dans cette série !! 18 procès en vue...

Bob
18/05/2021 à 12:15

Pareil…

L’exemple type de la série frustrante.

C’est mal pensé, mal structuré (il y a quelqu’un qui a déconné et qui a perdu la bobine de l’épisode prévu entre le 4 et le 5, c’est sûr), l’histoire en elle-même n’a rien de follement original, pas plus que la révélation finale.

Et pourtant, larvé au milieu de ce fatras scénaristique et cette flemmardise visuelle, on devine la promesse d’un univers qui aurait pu être réellement sympa.
Surnage quelques réussites, quelques beaux moments, quelques scènes, quelques personnages pourtant à peine esquissés et une actrice principale qui veut y croire envers et contre tout.

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