The Promised Neverland saison 2 : critique de l'énorme gâchis pour la fin de l'anime

Déborah Lechner | 30 mars 2021
Déborah Lechner | 30 mars 2021

Ce n'est jamais agréable de voir une bonne série perdre en qualité saison après saison jusqu'à devenir totalement inintéressante ou énervante, mais quand tout part en vrille dès les premiers épisodes de la deuxième fournée, la déception est encore plus inévitable et amère. C'est le cas de la suite de The Promised Neverland, l'adaptation du manga de Kaiu Shirai et Posuka Demizu, qui s'est lamentablement vautrée et a offert une conclusion difficilement satisfaisante. ATTENTION SPOILERS !

Y a-t-il un pilote dans l'avion ?

Après une première saison à la croisée des genres qui s'est révélée aussi surprenante que captivante, on était nombreux à frétiller d'impatience à l'approche de la suite de The Promised Neverland. On s'attendait dès le départ à ce que l'anime prenne une tournure très différente et décloisonne entièrement son univers et sa mythologie qu'on pensait riches et complexes. Malheureusement, cette seconde et dernière saison est restée en surface tout du long et s'est contentée d'effleurer des enjeux qu'elle n'avait visiblement pas envie de porter. 

Tout ressemble à un manque de temps flagrant (encore plus avec la diffusion d'un épisode récap inutile à mi-chemin), qu'on ne peut imputer qu'à une production assurément difficile pour le studio Cloverworks. Comme on l'expliquait dans notre bilan de mi-parcours déjà dubitatif, la narration de cette seconde saison a choisi de ne pas être un décalque de celle du manga, par ailleurs terminé depuis octobre 2020 au Japon, alors que la première était restée plutôt fidèle à l'histoire de Kaiu Shirai.

 

photoComme un mauvais pressentiment  

 

Si la participation du mangaka à quelques scénarios "originaux" pouvait d'abord rassurer, beaucoup de fans ont vite déploré la suppression de certains arcs et la direction incertaine que prenaient les épisodes, dont les deux derniers n'ont d'ailleurs pas de scénaristes crédités (que ce soit Toshiya Ono ou Nanao), comme l'a fait remarquer le site ComicBook. Les épisodes 10 et 11 ne font également aucune mention de l'auteur, qui a sûrement préféré ne pas être associé au massacre.

Plus globalement et sans s'attarder sur les différences avec l'oeuvre originale, tout ce qui faisait le succès de la série a disparu. Le rythme a été torpillé, avec une première moitié de saison peu stimulante puis une seconde en vitesse accélérée qui précipite donc le dénouement de façon tellement grossière et abrupte qu'on peut juste voir ça comme un parfait exemple de je-m'en-foutisme, ajoutant une bonne dose d'exaspération à la déception quasi générale. Histoire de conclure de la pire manière possible, le PowerPoint qui sert d'épilogue et résume toute l'absurdité de la saison, laisse plus de questions en suspens qu'il n'apporte de réponses. 

 

photoNous aussi on est content que ce soit fini

 

On avait beau se douter que l'aspect thriller psychologique perdrait en intensité après l'évasion de Grace Field House, on pensait au moins pouvoir se raccrocher à l'action, qui prendrait logiquement plus de place dans le récit. Sauf que cette seconde saison n'a rien de palpitant ou épique, alors même qu'on se retrouve avec un groupe de jeunes survivants piégé dans un monde fantastique et inconnu où les démons veulent les bouffer et les humains les asservir jusqu'à ce qu'ils soient bouffés. 

Même si l'environnement n'est plus aussi claustrophobe et que le temps ne joue plus contre nos héros, la tension avait donc un nouveau terrain de jeu pour monter en puissance et resserrer l'étau autour de ses personnages. Et le générique a beau être assez sombre et macabre, la série n'a pas non plus voulu verser dans l'horreur, alors que le sujet semblait quand même s'y prêter. À quelques reprises, la saison parvient cependant à faire germer un peu de suspense pour nous tenir éveillés, mais tout est désamorcé tellement rapidement (quand certains trucs ne sont pas juste zappés en cours de route) que rien n'a vraiment d'importance dans l'intrigue ou suffisamment d'impact sur le public

 

photoToi, personne n'oublie que tu voulais manger les descendants des gosses

 

bipolarité

La saison avait pourtant des idées intéressantes à creuser, comme la géopolitique de l'univers et notamment le contrôle qu'exercent les fermes et leurs dirigeants sur le peuple démon, obligé de consommer de la viande humaine pour ne pas régresser et devenir des monstres. On avait bien compris que la série voulait briser le manichéisme entre humains et démons et ce revirement aurait pu être intéressant s'il n'était pas amené avec si peu de subtilité et d'empressement pour entrer désespérément dans une dimension plus dramatique ou tragique. 

Au final, la série a remplacé le manichéisme de son univers par la dichotomie de ses personnages, qui passent d'un extrême à l'autre plus vite que Daenerys dans Game of Thrones (pardon, mais c'est la nouvelle jauge). Emma a développé le complexe de dieu à coups de discours convenus et mielleux, Ray est plus dilué et inodore que la bière d'un panaché, tandis que Norman et ses plans génocidaires n'ont pas eu le traitement qu'ils méritaient (on espère qu'il a au moins trouvé le remède dont on a plus entendu parler).  

 

photoOn comprend qu'il préfère garder un sac sur la tête 

 

Alors qu'on s'attendait à quelques pertes (au moins un gosse ou deux), la série refuse de sacrifier ou corrompre le moindre protagoniste, préférant toujours tout résoudre avec commodité. Plus généralement, les personnages secondaires ou ceux qui ont été catapultés dans l'intrigue n'ont pas de profondeur ou de charisme et encore moins les figures antagonistes comme Mère-Grand (a priori enterrée entre deux épisodes) ou le grand méchant de service, Peter Ratri, auquel la série accorde cinq minutes d'exposition obligatoire. 

On était également bien emballé par le retour d'Isabella, que les démons ont chargée de retrouver les enfants, et teasé au milieu de la saison. On peut donc être déçu qu'elle ne réapparaisse pas avant la fin et devienne un vulgaire outil scénaristique pour expédier le final, alors que sa psychologie et sa relation complexe avec "son bétail" étaient un des aspects les plus intéressants de l'intrigue. Mujika et Sonju sont eux aussi des personnages purement pratiques, alors que personne n'oublie que Sonju projetait de chasser et manger les descendants d'Emma et sa famille, ce qui se présentait comme une révélation importante avant d'être éclipsée. 

 

photoÇa pardonne facilement  

 

En revanche, Phil est probablement le personnage le plus attachant. Le fait qu'il soit resté à Grace Field House en connaissance de cause et qu'il soit régulièrement cité par les autres pousse une certaine empathie à son égard. Ses retrouvailles avec Emma étaient donc sûrement le seul moment réussi de la saison d'un point de vue émotionnel (alors qu'il y avait énormément à faire avec le retour de Norman). 

Si on peut pointer beaucoup de dysfonctionnement au niveau du fond, la forme n'est pas bien glorieuse non plus. Rien n'agresse vraiment la rétine, hormis les démons géants en 3D qu'on est bien content de ne pas voir plus de deux minutes, mais la mise en scène est beaucoup plus lisse et consensuelle que dans la première saison, qui jouait sur la difformité des visages, le cadrage et les hors-champ. Les décors sont maintenant pauvres avec une paresse dans le dessin, en particulier le village qu'attaque Norman, tandis que les différents paysages ne sont jamais exploités par l'intrigue ou la réalisation. 

 

photoOn ne quitterait pas tout pour aller s'installer là-bas quoi

 

Au vu du final, il semble peu plausible que la série poursuive avec une troisième saison et on ne va pas s'en plaindre. Pour les plus déçus, il ne reste que le manga pour tenter de se consoler et voir peut-être toutes les bonnes idées gâchées ou inexploitées de la série être davantage développées. On parle d'ailleurs d'une partie de la version papier dans le dossier juste ici.

Les 11 épisodes de la saison 2 de The Promised Neverland sont disponibles sur la plateforme Wakanim. 

 

photo

Résumé

La première saison de The Promised Neverland ne laissait pas présager une baisse de qualité aussi flagrante pour la seconde. Cette conclusion effleure ses thématiques pourtant intéressantes, précipite chaque événement, refuse de mettre à mal ses personnages et ne laisse jamais la tension s'installer. Les personnages font du surplace et se perdent dans la masse quand ils ne servent pas simplement à faire avancer le scénario bien trop conséquent pour le nombre d'épisodes. 

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commentaires
Haha
13/04/2021 à 00:48

Avec la fin ils auraient pu faire une saison supplémentaire

TheWatcher
01/04/2021 à 10:30

Mon Dieu ... Voici de gens qui doivent présenter leurs excuses sur la scène publique. Peu importe ce qu'ils disent je ne vois ni de "rajout" ni d'originalité supplémentaire, l'anime a été rush a la vitesse de la lumière. Juste l'arc Goldy Pond pouvait prendre toute la saison. J'ai vraiment cru jamais voir un Tokyo Ghoul-Like mais TPN me prouve quil faut toujours être sur ses gardes.


Au moins il y a le manga, qui certe a tendance patauger quelque peu mais qui est très bien dans l'ensemble avec une pâte graphique originale. Et vu qu'à présent il y a pire ....

Yanis
31/03/2021 à 11:34

OK mais pour le changer à ce point il a du fumer psk la fin est peut être bâclé mais le reste est super donc pk tt changer pour faire aussi merdique ? Je pref large la fin du manga que celle de l anime


30/03/2021 à 19:50

L'auteur a dit qu'il voulait un tournant à son manga car il trouvait la fin bâcler
Renseigné vous bien

Gloss
30/03/2021 à 18:18

Mais qu'a t-on fait au bon Dieu pour mériter ça??!!

Aquarium
30/03/2021 à 15:43

Quel gâchis. Je vais vous donner quelques chiffres.
La saison 1 couvre 39 chapitres.
La saison 2 couvre les 142 restants. Il faut pas chercher, l'équivalent de 3 saisons condensés en 11 épisodes et je suis gentil parce que les 2-3 dernières minutes de l'épisode 11 représente une potentielle 4e saison de 12 épisodes, un record mondial.
Je vais quand même allez lire les scans parce que la trame scénaristique de la saison 2 tranche bcp avec la 1ère et pas pour le meilleur.

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