His Dark Materials : À la croisée des mondes Saison 2 - critique Game of Mômes

Lino Cassinat | 29 décembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Lino Cassinat | 29 décembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Elle n'inventait pas la poudre, et aurait bénéficié d'une mise en scène plus ambitieuse, mais la saison 1 de His Dark Materials : À la croisée des mondes, adaptée des romans jeunesse de Philip Pullman, emportait sans trop d'effort grâce à une direction artistique soignée et généreuse, un casting très impliqué et un rythme captivant. Un bon souvenir, qui laissait cependant craindre pour la suite à cause d'une réalisation fragile. Il n'aura pas fallu attendre longtemps : fumiste, paresseuse et peu inspirée, la saison 2 mord la Poussière.

Sincèrement, après notre preview des cinq premiers épisodes, on ne sait pas trop ce que l'on espérait des deux derniers morceaux de cette saison 2. Ou plutôt si, on sait exactement : une bonne dose d'énergie supplémentaire, pour ne pas dire un bon coup de pied au cul. Alors, on devrait être contents, puisque ces fameux épisodes 6 et 7 répondent en partie à cette demande... mais c'est trop peu trop tard. Quand bien même le rythme de cette saison 2 repart enfin à la hausse, il n'y a pas de quoi se réjouir, tant on nous aura servi le minimum syndical.

Attention, légers spoilers !

 

photoLes sorcières, grandes sacrifiées de cette adaptation

 

THE PLOT THICKENS

Disons-le donc sans détour, cette saison 2 est une amère déception. Il ne pouvait en être autrement après cinq épisodes d'ennui profond et ce ne sont pas deux bonnes scènes gardées pour la fin et une apparition désespérée de James McAvoy qui pouvaient rattraper le tout. Bien sûr, les meubles sont préservés. Certes, le tout reste potable, mais ce n'est pas suffisant et l'on est en droit de demander mieux que de se faire servir la soupe, surtout après une saison 1 qui abattait très honnêtement son travail.

Probablement déçue des scores de la première saison, dont l'audience n'a fait que baisser au fur et à mesure des épisodes malgré un démarrage canon, la production a vraisemblablement choisi de poursuivre pour ne pas décevoir les fans mais sans trop se décarcasser ni chercher à comprendre l'histoire qu'elle raconte. C'est ce dernier point qui fait le plus mal au coeur : l'intrigue de His Dark Materials : À la croisée des mondes s'épaissit tellement que l'univers de la série devient très brouillon, et donne l'impression que l'histoire n'est pas (ou plus) claire non plus pour la production à la tête de cette adaptation, qui se contente d'appliquer un cahier des charges et suivre des instructions sans comprendre, comme le ferait un CRS de l'imaginaire.

 

photoQuelqu'un peut m'apporter un peu de vie ?

 

Laxiste, His Dark Materials : À la croisée des mondes active le pilote automatique, et il est encore plus vide et mou que celui de Y a-t-il un pilote dans l'avion ?. Tout est ici lessivé, réduit à son plus strict nécessaire. La quête de Will et Lyra se désincarne en direct sous les yeux endormis du spectateur, laisse complètement ses nombreux personnages de côté et se transforme en interminable enchaînement de chasses à la babiole magique, servant elle-même d'interminable bande-annonce pour le mystérieux conflit à venir qui fait peur, menaçant... on ne sait trop quoi au juste, puisque personne n'est capable de formuler clairement le moindre enjeu narratif. Mais c'est sûrement important puisqu'il y a de la contrebasse et un gros plan sourcil à chaque fois que quelqu'un évoque la Prophétie.

Difficile de rester motivé face à ce déroulé en forme d'écran de fumée, dont le moindre mouvement est aussi prévisible et lent que le postier paresseux de ZootopieC'est à tel point que le moment le plus palpitant de chaque épisode est le générique d'introduction, toujours très réussi, et dont les notes épiques nous laissent espérer naïvement que, cette fois, il y aura du danger. Mais non. L'exploit est de taille : il y a moins de personnages, moins de zones géographiques et moins de densité narrative, et pourtant ce Game of Thrones adolescent avance encore moins vite.

 

photoRuth Wilson, toujours peu convaincante

 

ZE PLOT SICKENS

Le plus choquant dans cette affaire, c'est que cette incapacité à créer du mystère transforme une intrigue complexe et excitante en intrigue ennuyeuse et confuse. Même l'auteur de ces lignes, pourtant lecteur assidu des romans, a du aller relire certains passages des livres pour clarifier certains rouages de l'univers, notamment en ce qui concerne l'interaction de Mlle Coulter avec les Détraqueurs Spectres (quelle flemmardise, vraiment) et les capacités du chaman Jopari, chacune ici expédiée en une ligne de dialogue équivalent à un "tais-toi c'est magique" sorti par le pire MJ de Donjons & Dragons.

On nous opposera qu'on pourrait faire un effort de spectateur pour combler les trous dans la raquette, passer une écriture défaillante et se laisser porter. Et on le ferait, si au moins tout cela était bien filmé. Mais là encore, la fainéantise est flagrante et l'inpiration aux abonnés absents, en particulier dans les moments-clés du récit.

 

photoOn attendait son final showdown avec impatience...

 

Il ne faudra donc rien attendre d'une réalisation ultra-statique, bien pépouze sur ses rails, et surtout pas espérer que le découpage n'apporte un peu de puissance dramatique ou ne transcende la substance déjà bien maigrelette de cette saison, et c'est avec un atroce sentiment de gâchis que l'on constate la fadeur des retrouvailles entre Will et son père, pourtant l'évènement final vers lequel toute la saison tend. Tout au plus saluera-t-on une certaine dureté retrouvée lors de l'ultime scène de Lee Scoresby... mais ce serait faire l'impasse sur le fait que cette course-poursuite/fusillade est chorégraphiée en dépit du bon sens.

Alors, que reste-t-il de His Dark Materials : À la croisée des mondes après une saison entière de bâillements et de tergiversations pour nous tenir en haleine ? Pas grand-chose en réalité, et la scène post-générique du dernier épisode (oui oui), balancée comme une carotte désespérée à l'âne-spectateur, sonne comme un triste aveu de cet échec. Quand bien même on sait que le meilleur tome de la série est à venir, quand bien même on sait que Lyra / Dafne Keen s'apprête à reprendre sa position de meneuse de l'histoire, quand bien même on sait que le charismatique James McAvoy aura une présence beaucoup plus importante et que les Panserbjørnes vont revenir, on ira regarder cette saison 3 à reculons et en traînant des pieds.

 

Affiche officielle

Résumé

His Dark Materials : À la croisée des mondes est passée en une saison d'adaptation réussie et captivante à triste soupe tiède servie à la louche. Les fans du livre méritent mieux que ce festival de plans moyens sans âme ni saveur, et les profanes sont probablement partis se coucher. Seul lot de consolation : c'est toujours mieux que l'horrible film À la croisée des mondes : La Boussole d'or de 2007, et le générique tue. Mais la magie s'est bel et bien envolée.

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Lecteurs

(3.5)

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commentaires
Macjulie
16/01/2021 à 00:43

Je suis assez du même avis que cette critique.
Je n'ai pas lu les livres et je ne comprends donc absolument pas quels sont les enjeux de cette 2eme saison.
Les personnages, les quêtes, les objets apparaissent et disparaissent sans explications ou un peu trop facilement.
Les sorcières n'ont visiblement aucun pouvoir mais ont l'air pourtant parfois capable de se défendre.
Pourtant absolument pas fan d'action, je pense tout de même qu'il faut de l'intrigue et un peu de profondeur tant dans la psychologie des personnages que dans les enjeux narratifs pour ne pas tomber dans l'ennui. Et c'est plutôt raté ici.
Je regarderais quand même la suite par curiosité mais j'avais adoré la saison 1 et je suis plutôt déçue par la 2

nicowtine
04/01/2021 à 16:53

On ne peut pas nier que cette saison est plus lente que la précédente, mais il respecte en cela le livre qui avait une intrigue beaucoup plus courte et posée que les tomes 1 et 3. J'ai trouvé que ce temps en plus et cet immobilisme était super bien utilisé pour développer les psychologies des personnages.

Je vois quand meme un peu de mauvaise fois dans la critique, comme pour la preview il y a quelques semaines, vous parlez dans les deux cas du fait qu'il est visible que la production a perdu sa motivation suite aux score decevants de la saison 1. Sauf que cette saison 2 a été écrite et tournée avant même la diffusion du premier épisode de la saison 1...

Pour moi a l'inverse on ressent une hausse dans le budget et les ambitions (le décor de la cité est incroyable, il y a beaucoup plus de démons a l'écran qu'en saison 1...), et la direction artistique est globalement toujours aussi sublime.

Globalement sur les forums anglophones et mon entourage, cette saison 2 a été bien mieux reçue que la saison 1, même si elle n'est pas exempte de défaut.
Et alors les gouts et les couleurs ca ne se discute pas, mais vous etes bien les seuls que je lis détester le jeu de Ruth Wilson. Sa prestation est pour moi LE point fort de la série, elle me scotch d'épisode en épisode, et cette opinion a l'air d'etre partagée même par ceux qui n'aiment pas la série.

Pour moi, le tome2 est celui que j'aime le moins de la trilogie, donc cette saison 2 est en demi teinte, mais elle complète des "trous" du livre d'une manière plutot fidèle et intelligente, et au délat d'un probleme global de manque d'enjeux dans le montage, elle a quand meme de sacré moments de télévision a nous offrir (l'épisode 5 est génial de tension!)

Fredimax
03/01/2021 à 18:31

la critique est dure en effet , moi j'avoue que j'ai vraiment aimé (et pourtant je précise que d'habitude je suis plutôt du genre à aimer les trucs bien bourrins ! ) mais là je sais pas , l'histoire , les acteurs , les décors , tout me plait.
cette saison 2 est plus sombre que la saison 1 en plus , et peut être plus lente , une série qui prends sont temps en somme.
ca ne me déplait pas , vivement la saison 3 (2022 d'aprés ce qu'on peut lire à droite à gauche , ca va être long ! )

Suzy
02/01/2021 à 21:35

Personnellement je suis ravie de voir une série reprendre une trilogie qui m'a marquée. C'est vrai qu'il y a des lenteurs et des accélérations car c'est du visuel.
Je pense que le fait de savoir tout de suite que le chaman est le père de Will fait perdre une grande partie de la qualité du livre. C'est vraiment dommage d'avoir fait de la saison 2 une espèce de tremplin à la saison 3 qui va être "incroyable géniale wahou" alors qu'au contraire le tome 2 plante toutes les graines qui vont fermer ensuite.
Mais ça reste un bon divertissement et une copie assez qualitative des livres

Lino Cassinat - Rédaction
31/12/2020 à 14:57

@Fredericmickael

C'est un peu lointain dans mes souvenirs je l'avoue. Ce qui est certain, c'est que le poignard subtil arrive au même moment de l'intrigue et avec le même côté "hasardeux", mais le caractère exceptionnel de l'objet est révélé plus progressivement il me semble. On sait d'emblée que c'est un objet particulier et puissant, mais c'est révélé plus tard que c'est un objet essentiel avec une "destinée" propre, forgé dans un but précis, et plus tard encore que tout le monde ne peut pas l'utiliser (en fait si, tout le monde peut, mais seul le porteur désigné par la marque peut l'utiliser à son plein potentiel et sans se tromper, un peu comme l'aléthiomètre que Lyra peut lire en trois secondes alors que ça prend plusieurs semaines d'interprétations aux plus grands érudits du Magisterium pour obtenir une réponse souvent évasive).

Bref, c'est comme si on trouvait un anneau très joli, puis qu'on se rendait compte qu'il est magique et rend invisible, puis qu'on se rendait compte qu'il à tendance à corrompre son détenteur, puis qu'enfin on nous disait qu'en fait il représente le destin de toute la Terre du Milieu.

Dry94
31/12/2020 à 13:23

" Le paresseux Zootopie "? Ok j'ai arrêté de lire à ce moment-là ! C'est vraiment une critique à charge totalement injustifiée ! Cette adaptation n'est pas parfaite, mais elle ne mérite pas un tel déferlement de critiques !

Fredericmickael
30/12/2020 à 11:05

@Lino Cassinat

Merci pour ta réponse et ces éléments complémentaires, notamment concernant les sorcières.

J’avais saisi l’étendue du poignard lors du visionnage de la série, notamment grâce à l’introduction d’épisode et le vieillard qui délivre la notice clé en main (- 2 doigts). Ce qui me dérange n’est pas tant l’explication que la façon dont l’objet apparaît dans l’intrigue : sorti de nul part, présenté lors d’une introduction d’épisode stylisée qui sonne comme : « oups, on a oublié d’en parler avant donc on donne toutes les infos en 2 min »... Peut-être qu’il apparaît aussi soudainement dans le livre, je n’en sais rien, mais j’ai trouvé ça très maladroit d’introduire un objet aussi puissant de cette façon, d’autant plus que ça réduit à néant la tension installée autour de sa recherche puisqu’elle ne dure qu’un bout d’épisode.
Mais il est possible que j’aie raté une introduction préalable dans la série? J’ai pu oublier si c’était durant la saison 1, et j’ai pu m’assoupir si c’était plus tôt dans la saison 2...

Lino Cassinat - Rédaction
30/12/2020 à 01:28

@Shadowzyx

Je n'ai visiblement pas été assez clair alors je reformule :)
Je n'ai aucun souci avec la faible dose d'action, je critique le manque d'énergie de la série. Or on peut insuffler de l'énergie dans un récit avec d'autres moyens que l'action. La tension, le suspense, le mystère par exemple. C'est ce que tente de faire cette saison 2, mais ça ne marche pas parce que c'est très mal raconté. Donc on s'ennuie.

Et vous savez, dans notre métier, l'objectivité c'est presque une faute professionnelle, le journalisme culturelle est par essence une presse d'opinion...

Lino Cassinat - Rédaction
30/12/2020 à 01:23

@Fredericmickael

Ayant lu les romans c'était un peu difficile à discerner clairement pour moi, mais je craignais effectivement que les nouveaux venus soient complètement déboussolés.

Comme son nom l'indique, le poignard subtil est... subtil. Il faut apprendre à entrer dans un état particulier pour le manipuler, sinon il ne fonctionne pas, il y a une relation bien précise entre cet objet et les Spectres... Ici c'est assez honteusement expédié en mode tuto YouTube avec un vieux (ça fait classe selon Perceval) et c'est très décevant, j'ai un peu fait les gros yeux devant mon téléviseur en voyant Will apprendre à s'en servir en cinq minutes.

Concernant les sorcières, c'est une de mes plus grosses frustrations. Elles ont un développement et un impact énorme dans les livres, ici ce sont juste des Deux Ex Machina ambulants, et même assez encombrants (SPOILER) : dans les livres c'est une sorcière qui tue le père de Will car il a rejeté son amour (et que c'est comme ça que ça se passe chez les sorcières), ici c'est un remplacé par un soldat anonyme du Magisterium. Preuve qu'en l'état, c'est plutôt du lore gênant pour cette adaptation qu'autre chose.

Lololasticot
29/12/2020 à 23:04

Entièrement d'accord avec cette critique. Les livres sont vraiment formidables mais cette série n'est clairement pas à la hauteur.La palme de la nullité est à attribuer aux dialoguistes : aucune profondeur et aucune inspiration. Le substrat de base (les romans) étaient pourtant riche en dialogues qualitatifs et la trame narrative était complexe et subtile. Tout l'inverse de cette série. Pour les fan de la trilogie, comme moi, déjà malmenés par l’adaptation en film du premier opus (dont la seule chose à retenir était la classe de Nicole Kidman Mme Couler), c'est encore une grande déception...

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