Séries

Barbares saison 1 : critique du Vikings allemand de Netflix

Par Mathieu Jaborska
26 octobre 2020
MAJ : 14 janvier 2021
45 commentaires

Avant même sa diffusion sur Netflix, Barbares jouissait d’une popularité certaine, à en voir l’accueil qui fut fait aux différents éléments promotionnels. Comme quoi, la stratégie de la plateforme paye : en produisant directement en Allemagne et en forçant un peu le parallèle avec la très appréciée Vikings, elle drague une grosse partie de ses usagers, qui se délectent (ou pas) en masse de ces 6 épisodes depuis le 23 octobre. Mais la fresque historique de Jan Martin ScharfArne Nolting et Andreas Heckmann est-elle aussi épique que prévu ?

photo, Laurence Rupp

so jung und doch so alt

On aurait tort de reprocher à Netflix de se lancer là dans une énième tentative de reproduction du succès de Game of Thrones, comme la firme l’a fait avec The Witcher. Barbares assume en effet totalement son approche historique, sans la distordre par le biais du fantastique, contrairement à des uchronies tout aussi populaires, comme La Révolution récemment. Certes, il est question, de temps à autre, de croyances et de dieux protecteurs, mais jamais il ne leur est donné une existence concrète. L’objectif est plutôt de décrire précisément une des causes de l’engagement des Germains dans une bataille pas gagnée d’avance.

Car oui, il est bien question d’une bataille, la fameuse bataille de Teutobourg, décisive dans l’histoire de Rome grâce à des circonstances et une issue exceptionnelles qu’on se gardera de divulguer pour les absents au cours d’Histoire. C’est un évènement important, et donc théoriquement le centre névralgique… et commercial de cette saison 1. Largement montré dans la bande-annonce qui a conquis les réseaux sociaux, il ne se déroulera pourtant qu’au dernier épisode, les cinq précédents servant à cerner ses enjeux et ses protagonistes.

 

photoIls vont se faire plumer

 

Et l’affrontement en lui-même est loin de briller par sa mise en scène, volant à Zack Snyder son goût pour le slow-motion épique, sans pour autant bénéficier de ses ambitions chorégraphiques. Soigné esthétiquement, il montre surtout des gens crier au ralenti, marcher au ralenti, courir au ralenti, mourir au ralenti et parler au ralenti en voix off. Impossible en revanche de ne pas lui reconnaître une certaine générosité qui évacue le « tout ça pour ça » craint. La promotion ne nous avait pas totalement menti : la charge guerrière est tout de même conséquente, à défaut d’être véritablement palpitante.

Là n’est cependant pas le principal intérêt de Barbares, qui entend bien jurer, comme d’autres séries dites « locales » produites par Netflix, avec les canons du genre historique. La Révolution, pour reprendre cet exemple bien de chez nous, visait à contrer la vision habituelle du soulèvement du peuple fournie par la noblesse, dans la construction assumée d’une « autre histoire ». Un objectif partagé avec cet essai allemand, qui s’inscrit certes dans le sillage de petits classiques comme RomeL’Aigle de la neuvième légion ou encore le trop peu cité Centurion, mais renverse les rôles, prenant totalement le parti des Germains, ennemis de la plus grande armée du monde.

 

photo, Sergej OnopkoLes barbes des barbares barrent la route aux Romains

 

Le titre prend tout son sens, « Barbares » étant un terme générique pour désigner les non-Romains alors que les peuples présentés ici font preuve d’une véritable diversité, diversité exposée par ces six épisodes.

Le sens du détail qui les caractérise souvent est donc primordial. Les romains parlent effectivement latin, un choix cohérent qui fait un pied de nez aux anglophones des références américaines du genre et établit directement les envahisseurs comme des ennemis, de l’autre côté de la barrière de la langue. Quant à la rigueur apportée aux personnages (une grande partie des véritables acteurs de la bataille se retrouvent à l’écran à un moment ou à un autre), elle fait part d’une volonté de réappropriation des codes de cette Histoire narrée habituellement par le « camp des vainqueurs ».

 

photo, Laurence RuppL’Arminius campé par Laurence Rupp, personnage clé de la série et de l’Histoire

 

Avant la bataille

Le positionnement rappelle forcément Braveheart et sa capacité à faire du sentiment de révolte, le plus digne des sentiments. Barbares lui emprunte d’ailleurs quelques fulgurances artistiques, notamment un goût pour les costumes et les maquillages marquants, tirant le maximum des possibles de la reconstitution historique. Outre les armures romaines, l’affrontement final vaut le coup d’œil en grande partie pour les peintures faciales des Germains, magnifiques. Un travail d’orfèvre culminant avec la métamorphose guerrière du personnage campé par Jeanne Goursaud, dont la tronche vénère illumine – ou noircit – le champ de bataille.

Malheureusement, la série n’a emprunté que ça au chef-d’oeuvre de Mel Gibson, oubliant de se passer du schématisme typique des productions Netflix pour carrément gâcher la fête barbare. Perdu dans des petits conflits entre Germains pas contents, le scénario ne prend jamais l’ampleur à laquelle il aspire. Entre les ambitions épiques et les références historiques précises, les personnages s’entremêlent dans un ballet forcément très répétitif, surtout que certains d’entre eux font preuve d’une unilatéralité frustrante. Un écueil merveilleusement incarné par ce salaud de Segestes. Prenez un shot à chacune de ses trahisons, votre soirée va prendre une autre tournure.

 

photo, Jeanne GoursaudKnight of Badassdom

 

Triangles amoureux, coups de couteau dans le dos et grands discours se succèdent et se ressemblent pour parvenir de façon très mécanique à la fameuse bataille, ligne d’horizon si laborieuse à atteindre que les showrunners se sont sentis obligés de débuter la série avec une bande-annonce des évènements du sixième épisode. Un sacré aveu de faiblesse, pour un résultat évidemment bien trop centré autour de son dernier acte. La quasi-intégralité de cette saison 1 n’est en fait qu’un prologue ronflant et finalement très classique pour une séquence même pas si mémorable.

Des problèmes souvent causés par le principal défaut de la production : une gestion catastrophique de l’espace. Bien sûr, le budget alloué par la plateforme ne permet pas la reconstruction de tout un pan de l’Empire romain. Mais ces six épisodes se déroulent parfois dans un village, parfois dans un camp, et souvent dans la forêt qui les sépare, fourre-tout à la géométrie très variable, facilitant grandement les interactions entre les protagonistes, au mépris de toute cohérence spatiale. C’est pourtant bien cette cohérence, ainsi que la diversité des décors, qui sont nécessaires au prolongement d’une série comme Vikings. En l’état, on voit mal Barbares suivre son exemple jusqu’au bout et aller beaucoup plus loin qu’une première saison intéressante, mais malgré tout très bancale.

Barbares est disponible en intégrralité sur Netflix depuis le 23 octobre 2020 en France

 

Affiche officielle

Rédacteurs :
Résumé

Malgré une transgression parfois passionnante des codes habituels de la reconstitution historique, Barbares repose beaucoup trop sur sa conclusion pour prétendre au statut de ses modèles.

Tout savoir sur Barbares - Saison 1
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Ozymandias

Ah zuuuut

Cacouac

Parfaitement en accord avec cette critique.
Le casting est étonnamment bien à sa place, le travail sur les costumes est réussi, la forêt est verdoyante, l’histoire dans l’Histoire prometteuse, il ne restait plus qu’à enrober…

Et on a droit à un scénar fonctionnel qui déroule les faits comme autant de passages obligés.
Et pire que tout, une réalisation d’une platitude écrasante, incapable d’insuffler la moindre énergie ou un semblant d’ampleur à la série et qui laisse l’impression constante et consternante que la caméra est toujours posée là où il ne faut pas.
Bon ben, bien essayé !

captp

gros client de tout ce qui traite de l’antiquité, Barbare est pour moi raté.
Il a pour lui de s’inscrire dans la réalité historique sans chercher a nous fourger un virus et des morts vivants (comme nos français qui ont purgé un formidable terrain de jeu )mais n’est pas Rome qui veut et comme dit dans la critique tout ces ralentis sur une musique épique faite a base de plugin numérique me donnaient l’impression d’être devant une bande annonce interminable.
le pompom c’est le traitre qui passe son temps a traitrer aux yeux de tous sans que ça dérange personne et qu’on met dans la confidence pour tout comme si rien … c’est assez hallucinant .
après c’est que 6 épisodes , ça fait oublier un peu le mal un dimanche à gueule de bois c’est toujours ça de pris.

Espadon

A quand une critique de la série kingdom qui a débarqué sur Netflix (celle sur le mma)
Petite pépite dont vous n’avaient jamais parlé et dont le résumé est faux sur la page

Alius Vitalis

Et nous n’avons même pas droit à l’empereur Auguste parcourant son palais en hurlant : « VARUS! Rends moi mes légions!!!!!!!!!!!!!!!! «