Barbares saison 1 : critique du Vikings allemand de Netflix

Mathieu Jaborska | 26 octobre 2020 - MAJ : 26/10/2020 15:18
Mathieu Jaborska | 26 octobre 2020 - MAJ : 26/10/2020 15:18

Avant même sa diffusion sur Netflix, Barbares jouissait d'une popularité certaine, à en voir l'accueil qui fut fait aux différents éléments promotionnels. Comme quoi, la stratégie de la plateforme paye : en produisant directement en Allemagne et en forçant un peu le parallèle avec la très appréciée Vikings, elle drague une grosse partie de ses usagers, qui se délectent (ou pas) en masse de ces 6 épisodes depuis le 23 octobre. Mais la fresque historique de Jan Martin ScharfArne Nolting et Andreas Heckmann est-elle aussi épique que prévu ?

so jung und doch so alt

On aurait tort de reprocher à Netflix de se lancer là dans une énième tentative de reproduction du succès de Game of Thrones, comme la firme l’a fait avec The Witcher. Barbares assume en effet totalement son approche historique, sans la distordre par le biais du fantastique, contrairement à des uchronies tout aussi populaires, comme La Révolution récemment. Certes, il est question, de temps à autre, de croyances et de dieux protecteurs, mais jamais il ne leur est donné une existence concrète. L’objectif est plutôt de décrire précisément une des causes de l’engagement des Germains dans une bataille pas gagnée d’avance.

Car oui, il est bien question d’une bataille, la fameuse bataille de Teutobourg, décisive dans l’histoire de Rome grâce à des circonstances et une issue exceptionnelles qu’on se gardera de divulguer pour les absents au cours d’Histoire. C’est un évènement important, et donc théoriquement le centre névralgique… et commercial de cette saison 1. Largement montré dans la bande-annonce qui a conquis les réseaux sociaux, il ne se déroulera pourtant qu’au dernier épisode, les cinq précédents servant à cerner ses enjeux et ses protagonistes.

 

photoIls vont se faire plumer

 

Et l’affrontement en lui-même est loin de briller par sa mise en scène, volant à Zack Snyder son goût pour le slow-motion épique, sans pour autant bénéficier de ses ambitions chorégraphiques. Soigné esthétiquement, il montre surtout des gens crier au ralenti, marcher au ralenti, courir au ralenti, mourir au ralenti et parler au ralenti en voix off. Impossible en revanche de ne pas lui reconnaître une certaine générosité qui évacue le « tout ça pour ça » craint. La promotion ne nous avait pas totalement menti : la charge guerrière est tout de même conséquente, à défaut d’être véritablement palpitante.

Là n’est cependant pas le principal intérêt de Barbares, qui entend bien jurer, comme d’autres séries dites « locales » produites par Netflix, avec les canons du genre historique. La Révolution, pour reprendre cet exemple bien de chez nous, visait à contrer la vision habituelle du soulèvement du peuple fournie par la noblesse, dans la construction assumée d’une « autre histoire ». Un objectif partagé avec cet essai allemand, qui s’inscrit certes dans le sillage de petits classiques comme RomeL'Aigle de la neuvième légion ou encore le trop peu cité Centurion, mais renverse les rôles, prenant totalement le parti des Germains, ennemis de la plus grande armée du monde.

 

photo, Sergej OnopkoLes barbes des barbares barrent la route aux Romains

 

Le titre prend tout son sens, "Barbares" étant un terme générique pour désigner les non-Romains alors que les peuples présentés ici font preuve d’une véritable diversité, diversité exposée par ces six épisodes.

Le sens du détail qui les caractérise souvent est donc primordial. Les romains parlent effectivement latin, un choix cohérent qui fait un pied de nez aux anglophones des références américaines du genre et établit directement les envahisseurs comme des ennemis, de l’autre côté de la barrière de la langue. Quant à la rigueur apportée aux personnages (une grande partie des véritables acteurs de la bataille se retrouvent à l’écran à un moment ou à un autre), elle fait part d’une volonté de réappropriation des codes de cette Histoire narrée habituellement par le "camp des vainqueurs".

 

photo, Laurence RuppL'Arminius campé par Laurence Rupp, personnage clé de la série et de l'Histoire

 

Avant la bataille

Le positionnement rappelle forcément Braveheart et sa capacité à faire du sentiment de révolte, le plus digne des sentiments. Barbares lui emprunte d’ailleurs quelques fulgurances artistiques, notamment un goût pour les costumes et les maquillages marquants, tirant le maximum des possibles de la reconstitution historique. Outre les armures romaines, l’affrontement final vaut le coup d’œil en grande partie pour les peintures faciales des Germains, magnifiques. Un travail d’orfèvre culminant avec la métamorphose guerrière du personnage campé par Jeanne Goursaud, dont la tronche vénère illumine – ou noircit – le champ de bataille.

Malheureusement, la série n’a emprunté que ça au chef-d’oeuvre de Mel Gibson, oubliant de se passer du schématisme typique des productions Netflix pour carrément gâcher la fête barbare. Perdu dans des petits conflits entre Germains pas contents, le scénario ne prend jamais l’ampleur à laquelle il aspire. Entre les ambitions épiques et les références historiques précises, les personnages s’entremêlent dans un ballet forcément très répétitif, surtout que certains d’entre eux font preuve d’une unilatéralité frustrante. Un écueil merveilleusement incarné par ce salaud de Segestes. Prenez un shot à chacune de ses trahisons, votre soirée va prendre une autre tournure.

 

photo, Jeanne GoursaudKnight of Badassdom

 

Triangles amoureux, coups de couteau dans le dos et grands discours se succèdent et se ressemblent pour parvenir de façon très mécanique à la fameuse bataille, ligne d’horizon si laborieuse à atteindre que les showrunners se sont sentis obligés de débuter la série avec une bande-annonce des évènements du sixième épisode. Un sacré aveu de faiblesse, pour un résultat évidemment bien trop centré autour de son dernier acte. La quasi-intégralité de cette saison 1 n’est en fait qu’un prologue ronflant et finalement très classique pour une séquence même pas si mémorable.

Des problèmes souvent causés par le principal défaut de la production : une gestion catastrophique de l’espace. Bien sûr, le budget alloué par la plateforme ne permet pas la reconstruction de tout un pan de l’Empire romain. Mais ces six épisodes se déroulent parfois dans un village, parfois dans un camp, et souvent dans la forêt qui les sépare, fourre-tout à la géométrie très variable, facilitant grandement les interactions entre les protagonistes, au mépris de toute cohérence spatiale. C’est pourtant bien cette cohérence, ainsi que la diversité des décors, qui sont nécessaires au prolongement d’une série comme Vikings. En l’état, on voit mal Barbares suivre son exemple jusqu’au bout et aller beaucoup plus loin qu’une première saison intéressante, mais malgré tout très bancale.

Barbares est disponible en intégrralité sur Netflix depuis le 23 octobre 2020 en France

 

Affiche officielle

Résumé

Malgré une transgression parfois passionnante des codes habituels de la reconstitution historique, Barbares repose beaucoup trop sur sa conclusion pour prétendre au statut de ses modèles.

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commentaires

Cye
15/11/2020 à 12:22

J'ai détesté.
- Gravure de mode qu'on transforme en meuf badasse et siuvebt à poil pour faire mousser le public : vu et revu
- du sang et scènes crues : vu et revu
- costumes et coiffures trop design
- jeux des acteurs en mode série B

DB
05/11/2020 à 08:23

A tous ceux qui ont aimé, adoré Vikings et The Last Kingdom, vous ne finirez pas le 2 ieme épisode. Dommage . C’est cheap, mal joué ou surjoué : les décors, les dialogues, l’intrigue , rien n’est à la hauteur .

Centurion
03/11/2020 à 08:47

La période romaine m'a toujours fasciné. Donc go pour la saison 2.

Thomy
01/11/2020 à 23:04

J’ai réussi à la finir merci a l’avance 10 secondes, le personnage de Segertes est horrible, l’acteur -lamentable dans son role- n’est pas aidé par un scénario ridicule.

jypé
01/11/2020 à 17:36

bonne série; j'ai accroché de suite .... mais j'ai eu le sentiment de retrouver le roman la reine celte en 4 tomes de Manda Scott. Là j'ai eu des frissons en découvrant la Boudicca. Son frère enlevé et éduqué par Rome et qui revient combattre sur sa terre natale avec l'armée romaine pour finalement rejoindre les siens. La Boudicca leur en a fait baver. Elle a sa statue à Londres sur son char de guerre avec ses deux filles .... je vous laisse découvrir la suite. Il y a même un film.
Rappelons que c'est César qui nous nomma gaulois alors que nous nous appelions CELTES ! Moi je suis pas romain !

Phil Masson
01/11/2020 à 00:16

Bonne série respectueuse des faits historiques, c'est tellement rare, que j'attends la seconde saison avec impatience! On ne tombe heureusement pas dans le fantastique, tout est, des batailles aux trahisons, très réaliste...Bravo et vite le deuxième saison...

Dom.icker
30/10/2020 à 22:31

Bonjour
Je n'ai pas vu la série, mais à en lire les critiques je ne suis pas trop intéressé pour la voir ???? j'ai déjà vue la décevante série 'la révolution' qui m'a très déçu, ce doit être du même acabit je pense. Merci pour vos commentaires.

barbaren
30/10/2020 à 11:41

série sans grande épopée , pour une série barbare et violente c'est trop léger ennuyeux .Tout est dans le dernier épisodes qui bouge enfin et nous donne une stratégie romaine pour des barbares en force avec des trahisons bien évidente. faire une saison 2 n'aurait aucun sens a part pour expliquer pourquoi le mec par sur son cheval avec la tête du romain-

Vitalth
28/10/2020 à 07:20

La série a des défauts évidents citées dans la critique ci-dessus il ne faut pas le nier. Ceci dit je mettrais une note positive à la série parce que :
- 1) Elle n'est pas trop longue. Elle ne fait pas de remplissage
- 2) Les Allemands ont vraiment fait leurs mutations de cinéma avec une réalisation et un jeu d'acteur soigné. Contrairement aux Français, très suffisant dans la matière au point d'être barbant : il m'a fallu 3 seconde et demi sans savoir que c'était Francais pour le deviner en regardant Révolution.
- Il faut toujours être indulgent avec la limitation de prise de risque des 1ère saison. Souvenez vous la S1 de GoT avec le scandale de ne pas voir la bataille du bois au murmure qui a donné la victoire à Robb
- L'acteur qui joue Arminus a réellement une gueule et un charisme pour ce rôle
- La serie ouvre des perspectives sur des évènements historiques. J'attends vraiment une série sur les histoire d'Aetius et Attila et la bataille des champs catatonique. Ou une série sur le sac des Wisigoths à Rome ou sur la naissance de la lignée des Mérovingiens avec l'émergence du peuple des Francs Sallins. Ou de la conquête de la Gaulle par Cesar. Ou sur les croisades, la guerre de cent ans ou la conquete du Mexique par Cortes

Flonab
27/10/2020 à 23:18

J'ai adoré vivement la saison 2...

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