Cursed : la Rebelle - critique loin du Graal sur Netflix

Alexandre Janowiak | 17 juillet 2020 - MAJ : 17/07/2020 16:26
Alexandre Janowiak | 17 juillet 2020 - MAJ : 17/07/2020 16:26

Après avoir remis récemment au gout du jour la saga cinématographique The Grudge en revenant sur les origines de l'horreur avec sa série Ju-On : Origins, Netflix a décidé de revisiter la légende arthurienne en revenant sur ses origines avec Cursed : la RebelleAdaptée du livre éponyme de Frank Miller et Tom Wheeler, que vaut la nouvelle fantasy de la plateforme ?

THE WITCHEUSE

Après une bonne quarantaine de minutes d'exposition hyper classique des personnages - notamment de son héroïne incarnée par Katherine Langford - et une mollesse assez décevante vu la richesse de l'univers, le pilote de Cursed : la Rebelle décide soudainement de lâcher les chevaux. Alors que Nimue, la future dame du Lac, et son amie Pym voyagent à dos de cheval après avoir échappé à des paladins rouges, elles arrivent à leur village d'origine et découvrent les flammes qui l'envahissent, provoquées par l'ordre religieux des paladins rouges (encore eux).

La caméra décide alors de ne faire plus qu'un avec le corps et les mouvements de Nimue. La fadeur stylistique devient virtuose dans un plan-séquence d'un peu plus d'une minute suivant l'héroïne au milieu des cabanes enflammées, des paladins armés, des mères apeurées, des cadavres jonchant le sol, des cris d'enfants isolés et des corps brûlés et crucifiés. La scène impressionne, un peu à l'image de l'ouverture guerrière de The Revenant qui suivait la rage du personnage de Leonardo DiCaprio, et brusquement, la série semble trouver une identité propre.

 

Photo Katherine LangfordUne bien belle épée que voilà

 

Quelques minutes plus tard, Merlin l'enchanteur (Gustaf Skarsgård), du haut de sa tourelle, se retrouve noyé sous une pluie couleur sang quand Nimue, perdue en forêt, est encerclée par une horde de loups. Le montage alterné entre les deux personnages est limpide, et leur lien inévitable instauré. Nimue découvre alors le pouvoir de l'épée confiée par sa mère mourante et tranche les têtes de ses féroces prédateurs une à une. Le sang coule et subitement vient gicler littéralement sur l'écran avant de le remplir complètement. En moins de dix minutes, Cursed prend une belle envergure visuelle ou en tout cas, se distingue du tout-venant.

Ses images sont moins lisses et la photo beaucoup plus graphique. L'élan sanglant, proche du gore, des derniers instants du pilote se rapproche d'ailleurs du style des comics et bandes-dessinées, univers évidemment chers à Frank Miller et Tom Wheeler, les deux showrunners. Le ton était donc donné, et l'espoir largement permis après une introduction pâlichonne et plutôt mièvre.

 

Photo Katherine LangfordUne scène qui aurait pu marquer un tournant

 

EN CAMELOT(E)

Quelle ne sera pas la déception durant les neuf épisodes suivants. Si cette patte très brute et graphique se retrouve dans quelques séquences des épisodes suivants, notamment lors d'un flashback où une pierre viendra exploser la tête d'un ours ou d'un combat dans un lac dont l'eau claire virera au rouge sang des paladins, elle ne va finalement jamais enivrer l'oeuvre dans son entièreté.

Au contraire, au fil des épisodes, cette texture très primitive va s'effacer, laissant place à une sobriété peu attirante. De la charte texturale proche de la bande-dessinée, la série ne gardera que de pauvres et tristounettes transitions dessinées. Une véritable perte tant l'univers de la série est d'une richesse folle de par ses créatures, sa magie et ses personnages, et donc à même de faire l'objet de trouvailles visuelles toutes plus excitantes les unes que les autres.

 

photo, Ólafur Darri ÓlafssonUn peuple intrigant au physique propice à la fantasy

 

La série ne réussit pas non plus à exploiter pleinement l'univers et son pitch de départ excitant : et si Excalibur avait choisi une reine ? Alors qu'Hollywood vise à mettre plus en valeur les femmes dans son industrie depuis l'essor du mouvement #MeToo, l'idée de présenter le mythe de la légende arthurienne à travers un point de vue féminin avait de quoi intriguer. C'était le moyen de bousculer les codes et surtout de féminiser une histoire souvent racontée du point de vue masculin, alors même qu'elle regorge de personnages féminins puissants et passionnants (Guenièvre, la Dame du Lac, Ygraine pour ne citer qu'elles).

D'un certain point de vue, Cursed : la Rebelle réussit son pari. Après tout, outre l'héroïne Nimue, ce sont des filles et femmes qui vont orienter la majeure partie du récit et provoquer la plupart des péripéties : Morgana, Pym, Iris... Malheureusement, la série Netflix n'en fait jamais une véritable force. Au contraire, même si elles leadent les aventures, elles sont souvent guidées par des volontés masculines : Nimue avec Merlin et Arthur, Pym avec son pirate, Iris avec son désir de rejoindre l'ordre paladin (exclusivement mâle)...

Par ailleurs, Netflix avait largement décrit la série comme une coming-of-age story sur fond de pamphlet environnemental. Avec la population des Fae, le sujet est inévitablement abordé, mais son développement est des plus vains, sans grand message innovant ou même pertinent. En outre, le sujet est très largement sous-traité au profit du fanatisme religieux bas de gamme que met en avant l'intrigue avec l'ordre mené par le personnage de Peter Mullan.

 

Photo Peter MullanPeter Mullan est très bon, c'est déjà ça

 

DAMN OF THRONES

Au-delà, la série semble également incapable de maîtriser son univers. Il est difficile, en permanence, de savoir exactement où se trouve chaque personnage, et donc de savoir quelle distance les sépare de leurs alliés ou de leurs ennemis. Au vu du nombre de peuples et d'endroits explorés, le territoire sur lequel se déroule la série devrait d'ailleurs sembler terriblement vaste, et pourtant il paraît insignifiant, tant les protagonistes multiplient les allers-retours et les rencontres.

Évidemment, après la fin de Game of Thronesla comparaison est évidente tant Cursed semble vouloir suivre les traces du mastodonte de HBO avec son montage choral, ses guerres de clans et également ses nombreuses trahisons. Sans trop de surprises, elle ne lui arrive jamais à la cheville et suit plutôt les tares de la dernière saison si décriée de la série de fantasy, accumulant les travers, les altérations temporelles et spatiales ou les situations bancales.

 

Photo Devon Terrell, Katherine LangfordÇa aurait été bête de ne pas mettre un peu de romance

 

Le récit n'avance quasiment jamais préférant laisser ses personnages tourner en rond, les obliger à revenir en arrière ou carrément les stopper dans l'accomplissement de leur acte (cinq fois en cinq épisodes, coucou Emily Coates). La démarche en devient particulièrement grotesque et le scénario d'une faiblardise criante. C'est dommage tant la série en a sous le pied, en témoignent les révélations finales sur les véritables identités de certains personnages comme le Weeping Monk incarné par Daniel Sharman (même si tout porte à croire qu'il s'agit de simple easter-eggs).

Difficile alors de comprendre pourquoi la série a attendu aussi longtemps et a préféré retracer les origines de la légende arthurienne sur dix épisodes peu savoureux, là où elle aurait pu dynamiter l'ensemble avec trois ou quatre épisodes en moins, sans perdre pour autant la richesse du mythe. La probable saison 2 répondra peut-être à nos questionnements. Pas sûr cependant qu'on ait vraiment envie de s'y plonger.

Cursed : la Rebelle est disponible sur Netflix depuis le 17 juillet 2020 en France.

 

Affiche française

Résumé

Cursed n'a rien d'horrible mais n'a rien de prestigieux. La nouvelle série Netflix est juste une de ses oeuvres qui ne captive jamais pleinement et n'ennuie jamais vraiment non plus.

Lecteurs

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commentaires

SAFIRA
06/08/2020 à 14:24

Je pensais avoir trouvée une bonne série qui relatait la légende arthurienne, à la place je suis vraiment très déçue par le travail des scénaristes. Je trouve beaucoup de points communs évidents au niveau des décors et du fil conducteur de l'histoire (très clairement des idées plagiées) entre divers univers de films et de séries : Le Seigneur des Anneaux/Le Hobbit et Game of Throne. Au niveau du développement de chaques personnages je retrouve également les même personnalités et comportements, qu'ont les personnages des films et de la série cités plus haut (c'est très dommage). Sans parler des incohérences pour l'époque (comme l'a si bien dit commode).
Aucuns efforts n'a été fait sur cette série, le téléspectateur n'a pas le temps de comprendre et de s'attacher à un personnage en particulier car tout va tellement vite. J'ai eu l'impression de visionner une synthèse de toutes les saisons de Game of Throne avec beaucoup de références aux livre de Tolkien...

Sarah 91
30/07/2020 à 23:51

Est ce que vous savez Si il y a une autre saison et quand sa sort la saison 2?

jerome69
23/07/2020 à 08:49

J ai abandonné après 15min di 3eme episode. outre le grand n importe quoi sur le choix des personnages principaux , je ne parle pas de l héroine qui pas mal dans son rôle. mais alors le scenario….. et puis j en ai marre devoir toujours les même jouer les méchants dans les série Netflix , blanc et chrétien et tu as le role. je ne suis pas croyant et encore moins pratiquant mais la c est loverdose. j ai pris Netflix pour la SF et heroique fantasy mais je pense abandonné bientôt. toujours les memes qui se tapent le mauvais rôle, ca serait bien de faire tourner un peu, mais c est pus facile de s attaquer à celui qui tend l autre joue qu' a ceux qui t 'égorge en criant au blaspheme , bref les producteurs sans couilles ras le bol

Gtrix
21/07/2020 à 02:50

Les deux premiers épisodes sont plutôt du à regarder pas très accrochant, mais une fois l'épisode 3 l'histoire commence à devenir intéressante. Par contre c'est un peu abusé de mettre des personnes afro alors que c'est une légende historique, ou ils n'y étaient pas, on oublie vite mais quand tu vois au premier épisode qui est Arthur c'est troublant, en tout cas on attend la saison 2, on ne peut juger juste avec une seule saison.

Cacouac
20/07/2020 à 03:19

J'aurai regardé un épisode...
Il n'y a pas grand chose à sauver, la série est à l'image de l'actrice, joli minois sans caractère, mollassonne et ennuyeuse.

Et cette attaque de loups pour clore l'épisode, sérieusement...

Allez zou, tu ramasses ton épée en carton et tu files dans les pièces du fond de Netflix !

Gyabo
19/07/2020 à 19:38

Et malheureusement cette série, semblait prometteuse, la BA était bien réalisé, car finalement j'ai pris beaucoup plus de plaisir à regarder la bande annonce que la serie en elle même que j'ai trouvé bien fade finalement. Les idées étaient pourtant intéressante, mais je trouve que cette fois, ça na pas prit, c'est ennuyeux, et les effets spéciaux un poil grossier

euh...
19/07/2020 à 11:48

L’héroïne a autant de charisme dans la série que sur l'image choisie pour cet article? Parce que là.... c'est pas fameux...

commode
19/07/2020 à 11:37

pour un Miller c'est une pure cata !du bon disney chanel avec effet spéciaux au rabais !Des personnages black dans une angleterre moyenâgeuse pour faire plaisir à la popullasse américaine,en tout cas rien de stimulant et encore moins éducatif ,c'est pourtant les mômes qui regarde ça! John Boorman risque une attaque en voyant ce gros navet !

Marc
18/07/2020 à 21:33

J'avais marqué la date de la sortie, réservé mon samedi matin... et quelle déception! Je retourne vers les dramas coréens. Ne perdez pas votre temps... il n'y a rien à sauver dans cette série. 0/10.

Zedd
18/07/2020 à 16:57

J'adore le mythe arturien et j'étais heureux qu'une série sur le sujet allait voir le jour mais en même pas 15min du pilote je trouvais déjà ça absolument nul et fade, c'est terrible. Je ne pense pas aller plus loin que l'épisode 1, il n'y a rien d'intéressant et visuellement ça ne fait même pas d'efforts.

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