Ju-On : Origins saison 1 - critique qui gruge tout le monde sur Netflix

Mathieu Jaborska | 7 juillet 2020 - MAJ : 07/07/2020 15:03
Mathieu Jaborska | 7 juillet 2020 - MAJ : 07/07/2020 15:03

Le 11e (!) film de la franchise The Grudge, sorti discrètement dans les salles début 2020, n'avait pas fait l'unanimité. Après sept productions japonaises et une trilogie américaine, la saga a fini comme beaucoup de ses comparses par recycler ses gimmicks, inondant sa mythologie de cheveux sales et d'yeux grands ouverts, images pourtant empruntées à Ring. Cette nouvelle série diffusée chez nous sur Netflix compte bien remédier à ça en revenant aux sources des inspirations de Takashi Shimizu, pour un résultat qui ne sera plus du goût de tout le monde.

TRUE TERROR

Habitué à pérenniser son œuvre, aidé par Kiyoshi Kurosawa, Shimizu s’en est cependant récemment éloigné, puisqu’il n’est présent ni au générique du remake de Nicolas Pesce ni à celui de cette série réalisée par Shô Miyake. Rien de bien étonnant dans le premier cas, puisque le cinéaste s’attelait à fignoler son foutraque Howling Village, présenté au dernier festival de Gerardmer. Mais dans le deuxième cas, son absence est plus curieuse, étant donné que le scénario de Takashige Ichise (producteur des précédents opus) et Hiroshi Takahashi (auteur sur les Ring, rien que ça) s’imprègne avant tout de sa vision, pour revenir à une sorte de pureté horrifique qu’il ne doit pas renier.

Officiellement adaptés des évènements qui ont inspiré le premier long-métrage, les six épisodes ne font pas mentir le titre et reviennent effectivement aux origines de la saga, à l’époque bénite où elle ne se résumait pas à des croassements intempestifs. Ne vous fiez pas à l'affiche : il ne faut pas s’attendre à redécouvrir les marques de fabrique des versions américaines, car l’idée est clairement de replonger dans un réalisme conceptuel.

 

photoQuand on essaye de ne pas spoiler

 

Le premier épisode l’annonce tout de go en dictant l’adage « La réalité est plus effrayante que la fiction ». La série cherche en effet à se distinguer de son lourd héritage fictionnel, d’où un usage détourné du fameux « inspiré de faits réels », argument de vente en vogue dans le cinéma d’horreur des années 2000. Les premières minutes s’attaquent directement au marasme du spectateur rompu à ce genre d’avertissements. Une télévision diffuse une émission prétendant à la même véracité. Au moment où le point de vue s’installe sur le plateau et s’invite en son cœur, la dimension flippante de l’effet qu’elle étudie apparait subitement.

La mise en abîme rappelle bien sûr tout un pan de l’épouvante nippone que Ju-On et Ring ont exposé au monde entier. La mise en scène suit forcément : loin des cadrages et décors pseudo-gothiques qui règnent sur le paysage horrifique mondial, elle revient elle aussi à une forme d’appel du réel en faisant vagabonder ses personnages dans des environnements urbains et froids et en les piégeant parfois entre les lignes de l’architecture locale. Un style aux antipodes des éclairages léchés auxquels nous habitue le N rouge depuis des années, et donc un vrai plaisir pour les yeux.

 

photo, Yoshiyoshi Arakawa, Yuina KuroshimaYoshiyoshi Arakawa et Yuina Kuroshima

 

En rompant avec ses démons mainstream, la série risque de fait de se mettre à dos certains de ses fans. Elle abandonne une épouvante frontale pour la disperser tranquillement dans son format génial (6 parties de 30 minutes, c’est parfait), sans pour autant oublier quelques saillies graphiques jouissives, encore une fois aux antipodes des jumpscares trop présents dans les dernières itérations, et même parfois utilisant des techniques d’effets spéciaux qu’on croyait à jamais disparu des services de SVoD.

Personne ne hurlera de terreur devant Ju-On : Origins, mais le malaise distillé se fait bien ressentir, tant il va de pair avec une noirceur thématique fascinante et résolument inconfortable, qui aurait néanmoins gagné à s’intensifier dans un dernier épisode bien trop timide, et surtout avare d’une saison 2.

 

photoSombre, c'est le mot

 

LA MAISON DES 1000 MORTS

Car en s’appuyant sur le prétexte de l’histoire vraie pour revenir à un traitement plus terre à terre de l’histoire, l’essai de Miyake, Ichise et Takahashi se remet à creuser l’archétype sur lequel reposent les premiers volets de Shimizu : la maison hantée japonaise. Bien que la narration tortueuse, se déroulant sur plusieurs années, s’attache à suivre une pléthore de protagonistes, c’est bien la maison avec laquelle ils partagent tous un lien qui est le personnage principal de la série. Ni totalement moderne ni complètement vouée au traditionalisme, elle pourrait apparaitre innocente comme ça, mais c’est justement les drames qu’elle semble provoquer et qui sont racontés ici qui en font un lieu chargé de tension.

Comme dans l’œuvre originale, l’intrigue s’intéresse plus au concept de maison hantée qu’aux fantômes qui pourraient y résider. Si ces derniers se feignent de quelques apparitions bien senties, la violence qui se déploie à l’écran, parfois incroyablement crue (la transition entre les deux premiers épisodes annonce directement la couleur), émane avant tout de la cellule familiale, du couple ou de toute autre relation sociale, dans une étude sans répit de la brutalité domestique.

 

photo, Kai Inowaki, Yuina KuroshimaUne maison où on n’aimerait pas passer un confinement

 

Parfois franchement difficiles à suivre, ces différentes trajectoires qui finiront par s’interconnecter sous la houlette du personnage campé par Yoshiyoshi Arakawa finissent toutes par transgresser en douceur (ou pas) les codes du film de fantômes pour faire du foyer en lui-même un exhausteur d’agressivité, la goutte d’eau qui mue les tares dissimulées de la société japonaise (voire de la société tout court) en passages à l’acte délirants. Si le duo d’antagonistes bien connus qui a fait la renommée de la franchise est aux abonnés absents, c’est pour mieux donner de l’importance à cette entité, à laquelle la réalisation donne vie grâce à des partis pris aux limites de l'expérimental, un vrai retour aux sources de la J-horror.

De fait, les quelques références aux opus précédents (les chats, domestiques par nature) continuent de mettre au cœur des enjeux cette maison qui devient, petite prouesse en si peu de temps, un lieu angoissant grâce à la pluralité des exactions qui s’y sont déroulées. Les créateurs de la série ont tout compris : quoi de mieux qu’un tel format pour explorer ces destins tous différents les uns des autres ?

Le pied de nez amorcé au début du premier épisode se révèle alors progressivement. L’histoire vraie vendue dans un premier temps dépasse l’argument marketing pour justement mettre en avant la part de réel qui se terre dans l’horreur confortablement fantastique. Rien dans Ju-on n’est le fait d’une puissance extérieure ou d’une seule personne corrompue par le mal : tout découle de relations humaines malsaines. Une réalité difficile à avaler.

 

Résumé

Les amateurs de flippe dure seront rebutés par une intrigue un peu anarchique et une ambiance directement héritée de la J-horror des années 2000. Les fans de la première heure seront au contraire heureux d'y retrouver des thématiques sombres traquant le mal profond qui se cache au sein du foyer.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire