The Politician saison 2 : critique abstentionniste sur Netflix

Alexandre Janowiak | 19 juin 2020
Alexandre Janowiak | 19 juin 2020

Avant Ratched en septembre 2020 et après l'excellente Hollywood arrivée sur la plateforme en mai dernier, Ryan Murphy est déjà de retour sur Netflix avec la saison 2 de The PoliticianLa première saison nous avait conquis et cette deuxième saison était donc très attendue dans nos coeurs. Verdict.

HOUSE OF MOUSSE

Après les coups bas et les campagnes piquantes de la saison 1 pour la présidence du lycée, les manoeuvres, magouilles et stratégies électorales étaient attendues pour cette élection sénatoriale de New York. Il y en a quelques-unes à l'image des petites références au Watergate - avec la mise sur écoute des candidats adverses notamment - et des petites diatribes sur l'écologie, mais n'attendez pas vraiment de politique pure et dure dans la saison 2 de la série co-créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Ian Brennan. Au contraire, les trois showrunners n'ont absolument aucune intention de développer de manière plus sérieuse cette élection au Sénat que celle du lycée californien.

Avec le grand final de la saison 1, Payton Hobart (Ben Platt) débarquait à New York avec ses amis et se lançait dans un affrontement à la AOC pour le siège de sénateur de New York face à Dede Standish (Judith Light), élue sortante depuis plus de 30 ans. On pouvait donc s'attendre très logiquement à un traitement plus complet de la politique américaine. Après avoir lorgné sur les pas d’House of Cardsla série pouvait pleinement s'y accoler avec cette campagne locale, sans perdre pour autant son identité pop et ses excentricités.

Finalement, les créateurs de Glee vont surtout profiter de la situation pour offrir un récit totalement déluré, sans dénier s'intéresser un minimum à la politique en elle-même, et surtout pas très inspirée.

 

Photo Ben Platt, Julia Schlaepfer, Laura Dreyfuss, Rahne Jones, Judith Light, Bette MidlerQuand le combat politique attendu se transforme en simples affaires de coucheries

 

SEXE, MENSONGES ET INFIDÉLITÉS

En effet, sur l'ensemble des sept épisodes qui la composent, tout l'enjeu de l'élection de cette saison 2 tourne quasi-exclusivement autour d'une histoire de trouple (un couple à trois donc). En soi, jouer des coups bas en menaçant de révéler l'intimité des candidats et notamment de celle sortante ici, était le moyen de plonger dignement dans ce monde cynique, arrogant et crapuleux. Largement mis sur la table lors du dernier épisode de la saison 1, le trouple s'annonçait d'ailleurs comme un des déclencheurs majeurs de l'intrigue de cette deuxième salve d'épisodes. On n'imaginait en revanche pas une seconde qu'il soit le principal (voire unique) fil conducteur.

C'est toute la déception de cette saison 2 : Ryan Murphy et ses deux compères n'en font qu'un amoncellement de situations rocambolesques, loufoques et déjantées. Cette deuxième saison commence peut-être sur les chapeaux de roue avec la révélation rapide des informations que détient le groupe Hobart sur le trouple de Standish, mais la série va surenchérir en permanence sur ce point.

Ainsi, le trouple va se révéler au grand public, puis être dénoncé puisque soupçonné d'être un coup monté, puis se séparer, puis se reformer rapidement avec un autre membre, puis va faire l'objet d'un scandale éthique... Bref, en le suçant jusqu'à la moelle sur plus de cinq épisodes, la série tourne vite en rond et fait un gros surplace ennuyeux.

 

Photo Ben Platt, Julia SchlaepferDes faux-semblants intimes qui deviennent ennuyeux

 

Évidemment, il n'y a pas que l'histoire du trouple de Standish dépeint durant cette deuxième saison, mais le reste des sous-intrigues qui mènent les personnages ne s'attardent que sur le sexe et les relations intimes de son parterre de personnages. Trouple, lubrifiant, tromperie, MILF, grossesse non désirée... voilà le programme de la saison 2 de The Politician un passage en revue du champ lexical de la sexualité.

Au-delà du trouple en fil rouge, ce sont donc des affaires de tromperies (qui débarque sur la place publique de manière ubuesque), de nouveau trouple (car Payton aussi en forme un) qui va amener à une double grossesse imprévue, des ébats enflammés (Bette Midler en Hadassah) ou gênants (Laura Dreyfuss en McAfee), des rancunes sexuelles... qui vont guider les personnages, leurs interactions et finalement leur destin politique.

 

Photo Ben Platt, Julia Schlaepfer, Theo Germaine, Laura DreyfussUne équipe rivée sur les sondages et surtout les ragots

 

LA CONQUÊTE DU VICE

Pourtant, la série démontre à plusieurs reprises qu'elle a la capacité de livrer une intrigue percutante et pertinente sur la politique, ses rouages et ses coulisses et la société américaine, tout en conservant la patte unique de Ryan Murphy. L'exemple le plus frappant reste le traitement du personnage de la géniale Gwyneth Paltrow, Georgina Hobart, mère de Payton Hobart.

Dans cette saison 2, elle décide de se présenter à l'élection gouvernementale de l'État de Californie pour faire valoir le droit des femmes, l'écologie et changer l'Amérique. S'en suivra alors un débat totalement dingue où elle proposera carrément de donner l'indépendance à la Californie si elle est élue, tant l'État doré n'a plus rien à voir avec la majorité des États qui composent les États-Unis d'Amérique de par son très grand progressisme (à l'image de New York par exemple).

En seulement quelques secondes, Ryan Murphy, Ian Brennan et Brad Falchuck créent alors un personnage totalement unique dans le paysage actuel tout en pointant du doigt bien des défis de l'Amérique d'aujourd'hui. En effet, jamais le gouffre idéologique et politique américain n'a été aussi important, entre les sociaux-démocrates à la Bernie Sanders et les républicains à la Donald Trump (populisme) et Ted Cruz (fanatisme religieux), loin du statu quo centriste des Clinton-Gore et Bush en leur temps. 

 

Photo Gwyneth PaltrowLe personnage le plus intéressant

 

La fracture américaine est indéniable et à tous les niveaux. Il n'y a qu'à voir la manière donc chaque État a géré la pandémie et le confinement pour en avoir une vague idée. Avec le personnage de Georgina Hobart, la série réussit pleinement à étudier cette rupture tout en se reposant sur la personnalité d'une politique totalement farfelue (et finalement extrémiste d'un certain point de vue) dont l'existence dans le monde réel créerait sans doute de multiples polémiques. Cependant, son franc-parler fait mouche (à l'instar de Trump) et ses idées progressistes gagnent enfin l'Amérique (un fantasme encore loin de la réalité) .

Une chose est sûre, cette division latente des États-Unis, la série a beaucoup de choses à en dire. L'épisode 5 (à l'instar de celui de la saison 1) qui s'intéresse à l'électorat, et son point de vue extérieur aux coulisses de campagne, en est la plus belle preuve. En seulement 25 minutes, The Politician parvient à dessiner les attentes des électeurs, le tout en appuyant sur les véritables enjeux du monde actuel, à savoir : réussir à allier et réunir à nouveau les générations derrière un enjeu commun et combler le fossé qui les sépare. 

 

Photo Robin WeigertL'épisode des électeurs, toujours le plus passionnant

 

Politique immobile, élites vieillissantes, idées figées dans le temps et système drôlement constitué (oui, une égalité lors d'une élection locale américaine sera départagée par un tirage au sort, ce n'est pas seulement de la fiction)... The Politician en a largement sous la main avec la réalité pour s'en amuser dans la fiction et créer de jolis moments qui vont de l'avant (cette passation finale un peu facile, mais très touchante).

On peut donc regretter qu'elle ait préféré s'attarder trop largement sur l'intimité de ses protagonistes. Reste l'espoir porté par la future troisième et dernière saison, et largement teasé dans l'épisode final. Malheureusement, tout semble se diriger vers un gros bisounours peu utile. Verdict dans quelques années.

La saison 2 de The Politician est disponible sur Netflix depuis le 19 juin 2020. La saison 1 est également disponible sur la plateforme.

 

Affiche US

Résumé

The Politician déçoit avec cette saison 2 qui tourne en rond et incapable de tirer avantage de son immense potentiel cynique et politique.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(5.0)

Votre note ?

commentaires

nesse
23/06/2020 à 06:48

Effectivement on tourne en rond

Andrew Van
20/06/2020 à 10:44

Bon cette saison 2 n'est pas extra et ne fait qu'une redite de la première et part encore plus dans le délire et la parodie, sans compter des morales bien pensantes, vraiment pas subtile et pas discrète. (et toujours le genre et la sexualité des personnages qui posent vraiment un problème de crédibilité).

Elles prennent toute la place et rendent cette série un peu bordélique et qui ne sais clairement pas ou elle va., pour moi c'est la plus faible mini série de Murphy.

Donc j'espère qu'on évitera une saison 3.

Je trouve qu'avec Hollywood et cette série Murphy perd beaucoup en subtilité et nous refourgue ses idéologies (déjà présente dans toutes ses productions, et j'ai rien contre ça) avec ou naïveté ou bourrage de crane, ne laissant plus de place au personnages, enjeux et scénario. Bref ça devient plus radicale que artistique.

Tom’s
19/06/2020 à 17:03

Au moins ça fera un rôle intéressant pr Gwyneth ce qui n’est pas arrivé depuis ... sur la photo on dirait qu’elle as succombée elle aussi a la mauvaise chirurgie si basique,Se font toutes calées des pommettes c’est laid, je m’en fous car elle ne m’intéresse pas, son image public et son bizness Goop bidon la font vivre plus que le cinéma.

White Walker
19/06/2020 à 14:19

Mouais tout ça, sinon vu que y'a des prods et des réal qui passent sur ce site, si vous cherchez une idée de film, en France le népotisme tape fort, vous devriez aller checker l'annuaire des généraux dans l'histoire, le classer par ordre alphabétique et choisir l'une des familles qui sont généraux de père en fils et de fils en fils, etc sur 3 à 6 générations, malgré l'existence d'un concours d'entrée ...
Y'a de quoi faire un drame politique sur la reproduction des élites ou une comédie absurde sur l'incompétence familiale, déjà y'a le sketch du "la stratégie c'est dans les gènes" mais le père à subit une défaite majeure en 1940, le fils fait parachuter ses hommes n'importe comment au-dessus de l'ennemi mais heureusement les mecs en dessous ferment les yeux en tirant, mdr....

Andrew Van
19/06/2020 à 13:12

J’avoue avoir du mal avec la saison 1 pour deux raisons.

D’une part l’aspect parodique et surréaliste des situations et des réactions de personnages m’a fait bizarre (un peu comme Scream Queen, que j’imaginais très premiers degrés alors que c’est du grand délire et un sacré bon délire !).

Et le choix, vraisemblablement, de ne pas évoquer les sexualités relativement complexes des personnages pour des enjeux dramatiques. Tous les personnages sont vaguement bi voire trans, sans qu’on en parle.

Bref passé ces deux points qui enlèvent tout réaliste et premier degrés à la série, pour être dans la parodique, c’est une plutôt bonne série avec une réflexion amusante sur la politique et des acteurs aussi sympas que mignons, bien que la série comme toutes le prod Murphy va un peu dans tout les sens et de perd quelque peu.

On va bien voir pour cette 2eme saison espérant que j’accroche au coté parodique alors que j’aurais apprécié plus de réalisme.

zetagundam
19/06/2020 à 12:33

Il faudrait dire à Gwyneth qu'ingurgiter du plastique est mauvais pour la santé

votre commentaire