Dorohedoro : que vaut le caïman ultra-violent de Netflix ?

Simon Riaux | 3 juin 2020
Simon Riaux | 3 juin 2020

Avec son héros victime d’un magicien mal intentionné, son univers délirant et sa violence exacerbée, la série Dorohedoro, adaptée du manga de Q Hayashida et disponible sur Netflix, s’annonçait comme un OVNI en puissance. Et c’est précisément ce qu’elle est. 

DOWN IN THE HOLE 

Pas facile de vivre dans la cité tentaculaire de Hole, anarchique, crasseuse et brutale, quand on a perdu la mémoire suite à un sort qui vous a octroyé une tête de reptile et une force démultipliée. C’est le quotidien de Caïman, qui tente, aidé de son ami Nikaido, de se venger de ceux qui l’ont maudit, retrouver son apparence, ses souvenirs, et comprendre pourquoi un mystérieux anonyme a élu domicile au fond de sa gorge. 

Voilà pour le point de départ de Dorohedoro, qui nous place au cœur de l’action dès sa première scène. Nos deux héros y lattent sauvagement deux magiciens, laissant l’un des deux s’échapper de justesse, alors qu’ils découpent son acolyte. En moins de cinq minutes, l’anime pose cartes sur table et permet de deviner quelles seront les principales qualités de ce récit capillotracté.

Tout d’abord, la direction artistique, volontiers sombre et craspec, confère à l’œuvre une véritable singulariténon sans évoquer une vision fantasmatique de l’Amérique latine, comme si le Jour des Morts mexicain copulait avec un Metropolis ouaté. Une richesse directement issue du manga dessiné par Q Hayashida, adapté par le studio MAPPA, et acheté par Netflix pour l'exploiter à l'international.

Le décor pourra sembler de prime abord répétitif, mais au gré des épisodes, on en repère les quartiers, on en distingue les nombreuses nuances, tout comme l’univers des mages, sensiblement différent, vient à se révéler. Entre animisme, mutation à la Akira et dress code mariant aussi bien les codes de la lucha libre que ceux du SM, Hole contient des bouffées de folies souvent appréciables, et presque toujours uniques. 

 

photoUne ouverture qui ne mâche pas ses mots

 

Y A PAS DE LEZARD 

Dès son épisode introductif, Dorohedoro se lâche sur la violence. Ici, on dévore ses ennemis, quand on ne les a pas préalablement démembrés, avant de leur briser tous les os. Jubilatoire, mais capable de générer un authentique malaise, l’anime se complaît régulièrement à lâcher complètement la bride, alors que ses protagonistes se rentrent dans le lard dans le seul et unique but de revisiter la recette du pâté de campagne. 

Et la série le fait avec un soin évident apporté aux chorégraphies, toujours soignées, ainsi qu’à leur animation, souvent pourvoyeuse d’un sentiment de puissance aussi baroque que troublant. Car si la série ne lésine jamais sur l’adrénaline, ni sur un certain humour absurde, sa hargne et le goût du massacre qui paraît mouvoir ses anti-héros ne laissent pas insensible. La ville de Hole est folle, ceux qui la peuplent également, et le spectateur de sentir progressivement cette démence l’atteindre, contaminer l’image, les couleurs, le montage, comme le met en garde un générique halluciné plutôt enthousiasmant. 

 

photoQuelqu'un sur cette image va passer un très sale quart d'heure

 

Au-delà de ses déchaînements gores, Dorohedoro ravira tous ceux qui apprécient les créations dont la proposition plastique s’axe sur les corps, et leur altération. On sent qu’il y a du Cronenberg dans l’adaptation d’un manga peu connu sous nos latitudes, tant le récit joue avec les anatomies, tord les membres, broie les visages, questionnant toujours ce qu’il demeure de l’identité de ces êtres malmenés. Avec le même enthousiasme carnavalesque, déjà présent dans l’oeuvre originale, l’anime réalisé par Yuichiro Hayashi et écrit par Hiroshi Seko propose des physionomies inhabituelles, mélange les codes du féminin et du masculin, accentuant encore la dimension étrange, voire troublante de son univers protéiforme. 

 

photoDe l'importance de ne pas se prendre la tête

 

Y A PLUS DE SAISON 

Mais toutes ces sympathiques énergies se heurtent à un écueil de taille : que veut donc raconter Dorohedoro ? Pas évident de répondre à cette question, tant, sous prétexte de nous faire découvrir son univers, l’anime se garde bien de répondre à ses grands enjeux au cours des 12 épisodes qui composent sa première saison.

Mythologie à peine esquissée, grandes questions en suspens, méchant générique au possible... le scénario ne résout pas grand-chose, et ramollit au cours de la saison, quitte à émousser un peu les évidentes qualités plastiques et immersives de l’ensemble. 

 

photoAu bal masqué Ohé ohé !

 

Cet immobilisme est d’autant plus regrettable que Caïman et Nikaido, s’ils ne manquent pas de charisme, souffrent un peu d’un déficit d’épaisseur. On pourra apprécier l’humour nippon qui les pousse souvent dans des extrémités gentiment tarées, mais ça ne peut faire illusion en comparaison d’une évolution des personnages digne de ce nom. Ce constat est particulièrement frappant avec Caïman, aux sorties de route spectaculaires, aux blagounettes souvent lourdes et à l'aura magnétique... mais qui reste finalement un concept presque dénué de réalité, tant on peine à lui attribuer un caractère. Par conséquent, pour continuer à nous mettre l’esprit en ébullition, Dorohedoro devra muscler son jeu en matière de narration. 

 

photo

Résumé

Violente, rebelle et débordante de style, Dorohedoro est une bien belle bête qui débarque sur Netflix. On espère que l'anime parviendra néanmoins à densifier son récit, qui demeure très conventionnel et jamais aussi éclatant que sa direction artistique.

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commentaires

DiskoBear971
23/06/2020 à 17:37

Vraiment fan, manga bien gore et humour noir et décalé ... graphisme, anime sympa et original ... musique du générique très bonne ... tous ce que j'espère c'est que Netflix n'arrête pas la série à une saison.

Kiato
16/06/2020 à 23:52

Une dinguerie à recommander au plus vite! Ne pouvant plus attendre j'ai commencé à lire la suite!

Druidune
05/06/2020 à 23:00

Pour les connaisseurs du manga. ça a dû vous faire marrer le "scénario conventionnel". Pour une première partie je trouve ça déjà pas mal. Attention la suite ça va étonner !

Barbadoom
05/06/2020 à 16:33

Je vais tenter de me le procurer c'est exactement le genre de manga que j'aime ????

Baebadoom
05/06/2020 à 16:32

Mon gros coup de cœur Netflix !!!

ChampiChampi
05/06/2020 à 06:43

J'ai vraiment aimé, c'est vraiment mon style, violent, barré. Juste à espérer que sa touchera son public pour avoir une saison deux, trois et quatre.

Atréides
04/06/2020 à 10:26

@VictorNeveu

Ils parlent de son écriture dans la série, pas le manga. Jusqu'à preuve du contraire ce sont deux œuvres distinctes.
Si c'est pour rager parce que tu digères pas qu'on pense autrement que toi, "autant ne rien écrire du tout" effectivement

VictorNeveu
04/06/2020 à 10:15

Être journaliste, et rédiger un article sur une adaptation sans avoir lu l'œuvre originale. Autant ne rien écrire du tout, vos commentaires finaux font mauvaise presse à une œuvre absolument géniale, et dire du personnage de Caïman qu'il manque de profondeur, pour ceux qui ont eu la chance de lire Dorohedoro, je vous assure que ça donne le sourire aux lèvres.

M1pats
04/06/2020 à 09:58

Ça me fait toujours rire ces précisions de " ultra violent " pour parler d une œuvre, vous pensez vraiment que ça a un incident sur les gens là violence dans les œuvres maintenant? Perso plus souvent ça ne me fait ni chaud ni froid de nos jours

beutenhemm
03/06/2020 à 19:49

Super, pour les connaisseurs, tout s'installe en douceur. Les différentes inspirations se distillent.

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