Better Call Saul Saison 5 : définitivement meilleur que Breaking bad ?

Simon Riaux | 25 avril 2020
Simon Riaux | 25 avril 2020

Depuis la conclusion enflammée de sa troisième saison, Better Call Saul a subtilement muté, jusqu’à tout à fait assumer son penchant tragique. Une mue qui se déploie tout à fait lors du final de sa cinquième saison, qui s’impose comme un déchirement profond, annonciateur d’un ultime volet sous le signe d’un irrémédiable chaos. 

Attention spoilers !

BITTER CALL SAUL 

Nous avions quitté Jimmy sur une métamorphose presque conclusive, alors que digérant l’héritage délétère de son frère, il revêtait la défroque de Saul Goodman, avocaillon jamais à court de combines ou de raccourcis déontologiques. Que pouvait-il donc rester à raconter au dérivé de Breaking Bad, son protagoniste ayant achevé, en apparence, son parcours d’avilissement ?

Si l’anti-héros interprété par Bob Odenkirk porte désormais haut ses couleurs, il doit encore en vivre des vertes et des pas mûres, avant de devenir le gouailleur cynique qui fit les beaux jours du précédent chef d’oeuvre de Vince Gilligan. 

 

Gustavo FringFini de rire...

 

Et ce sont les germes de cette destruction que nous découvrons dans cette avant-dernière saison. Hâbleur, menteur, volontiers manipulateur, Jimmy a toujours fait fi de l’éthique, et ne s’embarrasse plus du tout. Pour autant, il demeure un individu profondément moral. Ses manigances autour de Sandpiper n’ont jamais eu d’autre but qu’aider des retraités floués, et le coup pendable qu’il fait à Kim et Mesa Verde dans la première partie de cette saison n’est qu’une nouvelle incarnation de sa défense farouche des petits contre les grands. 

Une boussole affirmée, jadis moquée par Chuck, que le cartel et en particuliers Lalo, vont progressivement faire voler en éclat. Reprenant le tempo d’une quatrième saison en apparence plus dispersée, celle qui s’achève procède elle aussi par atomisation, disloquant le fragile équilibre qui régit le système Goodman, pour mieux le ordonner dans ses deux chapitres finaux vers le terrible bûcher qui s’annonce. Encore une fois, le travail effectué conjointement par Gilligan et Peter Gould en termes d’écriture et de construction se révèle d’une précision redoutable. 

 

photo, Jonathan Banks, Bob OdenkirkLe point de rupture de Jimmy

 

KIM THEM ALL 

Une nouvelle fois, le personnage incarné par Rhea Seehorn est la pièce maîtresse du show. Loin d’être une ancre morale, ou une poire pour la soif émotionnelle que l’intrigue garderait pour la conclusion désormais toute proche, elle témoigne de l’appétit romanesque du scénario, autant que de l’acuité psychologique dont il fait preuve. Kim et Jimmy sont dans une relation emprunte d’absolu, où chacun sauve et perd l’autre simultanément.

Cette spirale apparaît lors d'une surréaliste séquence de mariage, qui parvient, grâce à un montage à l'acuité remarquable, à faire naître l'émotion, et un certain vertige émotionnel, durant la signature de ce qui ne devait être qu'un pur acte formel, un bouclier légal. Laissant petit à petit les fêlures et espoirs de ses deux personnages grignoter l'aridité de la cérémonie, détourner la mécanique légale, un simple champ-contrechamp capture avec ambiguité et fatalisme une union à la fois sublime et grotesque.

Si la brillante avocate financière va initialement tenter d’établir un nouveau contrat de confiance avec son compagnon, il devient rapidement clair que cette barrière se destine à elle, bien plus qu’à Goodman. Plus clairvoyante et résignée que son compagnon, elle sait depuis longtemps que les limites légales avec lesquelles ils flirtent sont celles qu’elle désire par-dessus tout abattre. Dans un mouvement contraire pathétique et écrit avec un soin chirurgical, l’un se débat pour échapper à sa condition quand l’autre y voit de plus en plus une modalité d’existence. 

 

photo, Bob Odenkirk, Rhea SeehornUn mariage avant beaucoup d'enterrements

 

C’est ce qui apparaît tout à fait dans ce final déchirant, où elle s’assume quasiment à la manière d’un desperado face à Jimmy, lequel ne peut plus, l’espace d’un ultime plan funeste, que constater combien leur amour aura engendré un être monstrueux, bicéphale.

Depuis l’ouverture de Better Call Saul, la présence comme le statut de Kim, ainsi que son absence de Breaking Bad, indiquent qu’elle pourrait devenir la victime sacrificielle, le dommage collatéral qui conclura la chute de Saul et scellera son destin. Dans un retournement progressif et passionnant, il paraît désormais évident que Jimmy n’aura fait que libérer son potentiel, la laissant probablement responsable d’une chute irrémédiable. 

Agent du chaos impuissant jusqu’au bout, l’avocat déchu ne peut plus que constater cet échec total. Il est condamné à être passager de sa propre existence, raté trop médiocre pour être coupable. Une équation cruelle, contenue dans un 8e épisode amer, où perdu dans le désert, il aura tout loisir de constater qu’aucune de ses décisions, pas le plus petit de ses renoncements, n’influeront sur une mécanique bien huilée, broyant son lot de corps et d’âmes. 

 

photo, Michael MandoNacho pris au piège

 

CAMERA OBSCURA 

À nouveau, Better Call Saul fait preuve d’une rigueur dans sa mise en scène qui impose le respect. Sens du cadre, rigueur matérielle et discret symbolisme en demeurent les maîtres mots. Toutes ces qualités se voient condensées comme rarement, et ce, dès les premiers épisodes. Quand la caméra se fige sur une glace abandonnée, véritable festin pour une nuée de fourmis, impossible de ne pas saisir cet instantané du système socio-économique patiemment dépeint par Gilligan, fait d’énergie gâchée, d’appétits insatiables, et au final d’une somme de faims menant chaque élément à sa consumation, sa disparition. 

À ce titre le final de cette saison 5 est une véritable leçon de mise en scène. Nimbé dans une photographie mordorée qui laisse à penser que la lumière se retire pour laisser ses personnages dans les ténèbres, le chapitre dévoilera finalement que ces teintes orangées annonçaient les flammes de sa conclusion. Alors que la demeure de Lalo est en proie aux flammes, que Kim assume désormais son penchant pour l’arnaque et que Nacho croit s’échapper, un maillage de symboles et de causalité s’installe avec une poésie funèbre irrépressible. 

 

photo, Tony DaltonLa colère d'un homme impatient

 

La tentative désespérée de Nacho pour s’échapper sera finalement l’objet du salut de Lalo, une poêle d’huile enflammée, qui renvoie, par les brûlures qu’elle cause, à celles qui endolorissent les épaules de Jimmy. Le diable est dans les détails, et le show en livre une illustration irrésistible.

Sans jamais chercher à maximiser ses effets graphiques ou la violence de ses situations, Better Call Saul parvient une nouvelle fois, tel un nécromancien lisant dans les entrailles d’un animal le devenir du monde, à donner à voir, dans la courbure d’une ombre, dans le roulement du tonnerre, dans l’image de deux corps enamourés, transformés en spectres par des draps de soie, une allégorie inflexible de la nature humaine. 

La saison 5 de Better Call Saul est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 21 avril 2020. Les quatre premières saisons sont également disponibles sur la plateforme.

 

photo

Résumé

Avec un sens du détail prodigieux, une mise en scène implacable et un montage qui prend toujours aux tripes, la formidable étude de caractères de Gould et Gillian installe tous ses pions en vue d'une ultime saison qu'on devine ravageuse.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires

Miklo
25/09/2020 à 03:33

La mère de la petite f fille a mike sera tuer. Nacho av

Simon Riaux - Rédaction
27/04/2020 à 10:00

@Toi lecteur

Bonjour à tous,

Comme il y a pas mal de commentaires sur cet article (et c'est chouette), un petit retour sur pourquoi on le titre en comparaison avec Breaking Bad, et en considérant que BCS est plus abouti.

Un préalable tout d'abord. BB n'est certainement pas une mauvaise série, ou un show qu'on n'aime pas. On le précise pour le principe, mais à la rédac comme chez vous, ça a été une grosse claque.

Du coup, j'en profite pour souligner ce que j'essayais de rendre claire dans ce papier, consacré à la saison 5, et donc en creux à ce qui me semble faire les spécificités de la série en générale, et sa réussite assez dingue.

Tout d'abord, et c'est sans doute grâce à l'expérience accumulée par Gilligan sur BB, l'actuelle série me semble beaucoup plus égale en termes de qualité. Là où les aventures de Walter mettaient bien deux saisons avant d'arrêter leur ton et leur tempo (voir de décider comment traiter leur personnage principal), il me semble que BCS sait exactement où elle va, et y va très bien, dès son ouverture.
En ce qui concerne la mise en scène, si elle est excellente dans BB, je trouve qu'elle a fait un énorme bond en avant. Au début de BB, c'est surtout le montage qui est très, très bon, et puis ça progresse. BTS commence dès son pilote à un niveau ahurissant. Le long travelling arrière ou Saul défonce une poubelle, qui ressemble à un contre-jour de comédie classique, pour se transformer en image de film noir, où on devine Kim, en pseudo femme fatale fumant dans le parking, pour devenir tout à fait intrigant quand Saul la retrouve et lui pique sa cigarette, c'est une leçon de composition comme BB n'a su (je trouve) n'en proposer qu'à sa fin.

Même remarque sur les persos, excellents dans BB, passés la saison 3, ils sont sur des rails. Walter en est un excellent exemple. Le petit prof frustré a trouvé un prétexte et un exutoire pour assumer ses appétits et sa soif de revanche, et la série pousse cette logique jusqu'à sa conclusion. Dans BTS, je trouve les protagonistes beaucoup plus nuancés. Plusieurs l'ont remarqué dans les commentaires, l'évolution de Kim et Saul a souvent été étonnante, quoique toujours cohérente, même chose pour Lalo, qui s'avère à mes yeux l'antagoniste le plus ahurissant de la série aux côtés de Gus.
Après, comme précisé plus haut, l'idée n'est pas tant de taper sur BB, que de constater que la progression de ses showrunners leur a permis d'atteindre un niveau ahurissant sur ce "spin-off".

LCR
27/04/2020 à 08:18

Mieux que BB, non. Sans cette série, il n'y aurait pas de BCS... Mais je dirais que niveau écriture, personnages, enjeux... La saison 5 est à jeu égal à BB.

Galawarrr
27/04/2020 à 01:45

@El Camino

"Arrêtez de comparer ce qui n'est pas comparable !"

Breaking Bad et Better Call Sall, pas comparable ?

Euh...

MrDy
26/04/2020 à 20:47

C'est fou de s'apercevoir qu'au bout de 5 saisons, le seul réel enjeu de la série, c'est de savoir ce qui va arriver à Kim. J'aime les deux séries, mais j'ai toujours l'impression de voir une comédie quand je regarde Better Call Saul, de par son personnage principal qui est clairement là pour nous faire rire. Tandis que BB, c'est une comédie dramatique teinté d'humour noir avec un Bryan Cranston, qui efface petit à petit (dans mon esprit en tout cas) son personnage de Hal.

BoozeFilms
26/04/2020 à 16:00

Vince Gilligan est suffisamment brillant pour nous surprendre. Perso, sans m'attendre à la mort de Kim, je croyais que le couple allait se déchirer à cause de la volonté de Saul de bosser avec les cartels mais non. On peut même dire que ça a renforcé leur couple et que Kim commence à prendre goût à la chose. Vu l'évolution du personnage de Kim, son assassinant ne serait pas assez surprenant je pense. Et le Saul Godman que l'on voit dans ces derniers épisodes de Better call saul et celui Breaking Bad ne parait pas transformé au point d'avoir vu sa femme assassinée. Je pencherais plutôt sur une fin où Kim devient une avocate très puissante, plus puissante que Saul, également spécialisé dans la gestion de business douteux... et ça rejoindrai la remarque de Vince Gilligan qui dit qu'il aimerait poursuivre un spin-off sur le personnage de Kim... Mais peut-être dit-il cela pour brouiller les cartes. :) Et je vois mal un nouveau spin-off portant encore sur un avocat véreux...

captp
26/04/2020 à 13:15

Oui je pensais ça également, d'ailleurs il le pense déjà cette saison. Mais forcé de constater qu'on se dirige plus vers à minima un clash énorme (mais peut être pas irréparable)
Par contre ma mémoire me joue des tours (et les mexicains se ressemblent tous) , Lando il apparaît dans breaking bad ou pas?
Il est pas dans la villa quand fring empoisonne tout le monde ?

dean.jensen51
26/04/2020 à 11:25

@capte
Pour Kim au début penser que Saul la quitterais pour éviter de la nuire, de la protéger de ses magouilles et parce qu'il il a un mauvaise influence sur elle. Mais maintenant je pense à une deuxième possibilité je vois Kim détruire sa carrière

captp
26/04/2020 à 11:01

je suis tellement d'accord avec cet avis.
cette série est une leçon de maîtrise a tout les niveaux .rythme,écriture,personnages et mise en scène.
plus que tout ça c'est tout simplement le personnage de saul qui me fait préférer cette série a la série mère (pourtant excellente) .Saul n'est pas un mauvais gars et il se débat en vain pour éviter de le devenir.l'épisode ou il défend Lalo en regardant la famille de la victime nous montre toute sa confusion et son envie de justice.Je pensais que l'argent serait devenu son moteur mais même là c'est plus nuancé car il le fait pour quitter leur appart et offrir à Kim une maison sympa.
bref là ou Walter à l'ego surdimensionné est très vite devenu insupportable d’arrogance ( une sorte de Tony Montana ) Saul lui à un coté attachant et même des raisons qui fait qu'on a envie qu'il s'en sorte.
D’ailleurs , contrairement a vous je crois (j’espère) que ça va bien finir pour lui.
La mort de Kim me parait trop prévisible et je pense plus a une mise à l’écart pour justifier l'absence dans breaking bad . la retrouver et faire face avec elle dans la partie en noir et blanc se déroulant aprés BB me serait une fin agréable :)

newcas
26/04/2020 à 09:27

Fantastique écriture et mise en scène.

Plus

votre commentaire