Star Trek : Picard saison 1 - pourquoi vous n’aimerez pas, parole de trekkie

La Rédaction | 27 mars 2020 - MAJ : 27/03/2020 20:18
La Rédaction | 27 mars 2020 - MAJ : 27/03/2020 20:18

Alors qu'un Star Trek 4 est toujours annoncé avec le réalisateur Noah Hawley, et que Star Trek : Discovery reviendra pour une saison 3 prochainement sur CBS All Access et Netflix, la grande saga initiée par Gene Roddenberry a ramené un personnage culte de la franchise dans Star Trek : Picard, menée par Patrick Stewart, de retour après La Nouvelle Génération. Après 10 épisodes diffusés sur Amazon Prime en France, on a convié le trekkie Cyril-Mickaël Callejon, pour qu'il partage son avis sur cette septième série, compliquée à aimer... mais aussi à détester.

ON REMBOBINE

Il y a 18 ans, Sir Patrick Stewart portait pour la dernière fois son costume de capitaine Picard lors du film Star Trek : Nemesis. Il fermait ainsi la saga de La Nouvelle Génération qui avait vu émerger les séries Star Trek TNGStar Trek : Voyager et Star Trek : Deep Space Nine

Presque deux décennies après, alors que la saga culte est revenue sur le devant de la scène au cinéma et en série, Star Trek : Picard nous propose donc de retrouver le légendaire capitaine de l’USS Enterprise dans son vignoble. Un beau matin, il voit débarquer chez lui une jeune femme en lien avec DATA, un personnage androïde disparu dans Nemesis

D’épisode en épisode, Picard va donc former un équipage, et partir à la recherche d’un certain Bruce Maddox, qui pourrait résoudre ce mystère, tout en luttant contre un vieil ennemi et surtout une Fédération qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Sachant que Patrick Stewart s’est investi à la fois dans le scénario et la production, toute allusion avec le Brexit est clairement voulue.

 

photo, Star Trek : Picard, Patrick StewartPicard, à vos ordres

 

Sans rentrer dans les coulisses de la production menée par Alex Kurtzman (producteur et scénariste des deux films Star Trek de J.J. Abrams, ici en solo après avoir co-créé Discovery avec Bryan Fuller), il y a deux angles majeurs qui sont à prendre en compte pour la série.

Le premier : sa mythologie. La série d’où vient le capitaine Jean-Luc Picard compte 7 saisons (178 épisodes, diffusés entre 87 et 94), et La Nouvelle Génération a été suivie par Deep Space Nine (de 1993 à 1999) et Voyager (de 1995 à 2001), avec autant de saisons au compteur pour chacune.

Le deuxième : Discovery. Lancée fin 2017, la série menée par Sonequa Martin-Green a conquis de nouveaux fans en proposant rapidement un nouvel univers, peu rattaché au background de la série classique. Tout cela pour le plus grand émerveillement d’une nouvelle génération de spectateurs, qu’il faut capter et surtout développer.

Une fois ces deux faits exposés, on comprend que la série Picard souffre de tous les problèmes des séries issues de franchise : les injonctions contradictoires imposées par la base de fan. Cette fanbase voue un respect quasi religieux à Star Trek depuis des décennies, mais elle exige de nouvelles histoires qui étonneront sans changer une virgule au background. Compliqué, non ?

 

photo, Isa Briones, Patrick Stewart, Alison Pill, Evan EvagoraAffronter... les fans ?

 

FAILLE SPATIO-NOSTALGIQUE

La série manque ainsi de cohérence et d'harmonie. D'un côté, elle compte sur le fait que le spectateur maîtrise les précédentes séries afin de tout comprendre, ce qui implique une histoire étalée. De l'autre, tout ce qu’elle tente de créer de nouveau est très vite balayé à l’épisode suivant, comme si ça n’avait finalement aucune importance. A ce titre, la quête de Maddox (John Ales) va certainement devenir une blague dans les futures conventions, tant elle fait pschit une fois le personnage arrivé à l’écran.

Quand on dit que la série s’appuie sur la mythologie de la saga, c’est tristement vrai. On aurait pu se contenter de savoir que le capitaine avait perdu un être cher synthétique, mais sur le fond, si vous n’avez pas vu le film Star Trek de J.J. Abrams de 2009, une partie de La Nouvelle Génération, et Voyager, vous ne comprendrez pas l'intérêt de beaucoup d'apparitions.

 

photo, Jeri RyanSeven of Nine, et le grand retour de Jeri Ryan

 

La série renoue aussi maladroitement avec ses icônes, nous posant ici un cube Borg, et là, des conspirationnistes légendaires, le tout avec des appels de phare permanents, mais un peu excluants pour les non-initiés.

Star Trek nous parle avant tout d'équipage qui s'unit, et fait triompher les valeurs de la Fédération. Picard nous donne un équipage, du coup on est content. Ils sont attachants, mais ayant très peu de temps pour être développés, ils sont globalement mal amenés, et très larmoyants.

Le capitaine Rios (Santiago Cabrera) du Sirana, vaisseau transportant toute la joyeuse troupe, est un de ces personnages réussis mais pas toujours bien exploités. Il se donne une image de loup solitaire et a pour seul équipage cinq programmes holographiques d’urgence, tous à son image et reflétant chacun une partie de sa personnalité. Les échanges avec ses différents hologrammes nous permettront de comprendre comment ce capitaine de cargo en est arrivé à être un convoyeur, et ils sont également un ressort humoristique rafraîchissant.

 

photo, Star Trek : Picard, Santiago CabreraLe vieux loup de mer cosmique

 

DISCOVERY VS PICARD

La problématique centrale de Picard, c’est qu’elle souffre de cette comparaison avec la saison 2 de Discovery. Dans les deux séries, l'intelligence artificielle est le moteur de l’intrigue. Comme toute série de SF, Star Trek est un miroir de notre monde et des questions qu’on s'y pose, avec l'avènement dans notre quotidien de cette révolution numérique.

Dans Discovery, qui ne compte que 14 épisodes dans sa saison 2, on a laissé le temps pour que la menace soit un vrai enjeu. Dans Picard, la menace est binaire (ce qui est ironique). D’un côté, les gentils organiques qui veulent sauver les artificiels, et de l’autre, les organiques mystiques qui croient en une prophétie, et complotent donc pour détruire la vie synthétique. Comme évoqué plus haut, ce qui a été le moteur de l'intrigue est balayé via un twist à l’épisode 8, comme un mauvais sondage politique, pour laisser place à une autre menace qui est plus intéressante, et qui aurait dû arriver beaucoup plus tôt - et pourquoi pas être l’intrigue principale.

Par ailleurs, la série est assez prévisible en exploitant ce complot, thème qui a toujours fait tache dans la saga. Tout est donc un peu téléphoné et rapidement prévisible, ce qui peut donner l'effet d'une bonne soirée bingo. De plus, les tenants et aboutissants du complot posent tellement de problèmes dans la mythologie de la franchise, que les scénaristes sortent quelques jokers de leur manche pour expliquer l'incohérence qu’ils ont eux-mêmes créée. La série bégaye ainsi à chaque épisode, à tel point qu'on a parfois l'impression d'avoir raté un épisode face à un échange entre les personnages.

 

photo, Michelle Hurd, Patrick StewartQuand tu découvres ce foutu twist

 

Quelques bonnes notes pour la série néanmoins, à commencer par la musique et l’univers sonore, particulièrement soignés. Le générique a plus le sens de l'aventure que la série elle-même. On exagère juste un peu, mais le travail autour de la musique assez minimaliste (surtout pour un space opéra) sonne des fois plus juste que les soubresauts de l’intrigue. Pour faire simple, la musique est souvent plus maligne dans les clins d’oeil que le scénario lui-même. La bande-son simple et épurée reste en tête, et à certains moments clefs, les fans d’autrefois devineront une mélodie issue des autres opus. 

Enfin, qui parle de série de SF parle de maquillage et d’effets spéciaux. Heureusement, le savoir-faire de la licence est encore au rendez-vous, dans le fond comme dans la forme. A l'image de Discovery, il y a des trouvailles fortes et originales... mais posées là, comme une bonne idée dont on ne savait pas trop quoi faire. Les orchidées de l’espace sont un bon exemple : elles sont un système de défense planétaire qui, comme une plante carnivore, attrape dans ses pétales les vaisseaux trop curieux. On ne les voit que deux fois, sans jamais nous expliquer pourquoi des êtres synthétiques font un choix si poétique pour leur défense.

 

photo, Dominic BurgessUne vraie gueule de porte-bonheur

 

AIMER OU NE PAS AIMER, TELLE EST LA CONCLUSION

Vous n’aimerez pas Picard si vous avez aimé la série sous stéroïde Discovery (par moment illisible tant il se passait de chose à l’écran), ou l’univers de cowboy dépeint par J.J. Abrams. Car malgré tous les défauts qu'on a listés, Star Trek : Picard renoue avec... Star Trek ! Son humanisme, son optimisme maladroit mais attachant, et sa narration contemplative un peu datée. Malgré ce qu’on nomme aujourd’hui des “longueurs”, la série pose des questions simples sur notre place dans le monde, ce qui change autour de nous et notre rapport à la différence, l'altérité.

Vous n’aimerez pas Picard si vous n’aimez pas Patrick Stewart. L’acteur est touchant et parfaitement dans son élément, et par moment, on ne sait plus si c'est Picard ou lui-même qui parle, tant les thèmes évoqués par le vieux personnage semblent toucher profondément l’acteur remis sur le devant de la scène avec la saga X-Men. Tout comme son personnage, il n’est plus le militaire d'autrefois, la vie l’a fatigué, et a marqué son visage et ses traits. Certes, il est temps de laisser la place à d’autres pour se battre, mais se battre pour un monde fermé à l’espoir, ou un monde ouvert à l’étrange et aux mondes nouveaux ? 

 

photoPatrick Picard, le seul et l'unique

 

Vous n’aimerez pas Picard si vous aimez (trop) les séries actuelles. Aujourd'hui, l'une des grosses ficelles scénaristes est que tous les personnages pourraient résoudre rapidement l’intrigue, si jamais ils prenaient le temps de se parler. Et bien sachez que dans Picard, ça parle et ça parle beaucoup, parfois pour ne rien dire, mais ça fait du bien; et la résolution de l’intrigue repose essentiellement sur l’échange d’informations entre tous les protagonistes, et c’est vraiment rafraîchissant.

Vous n’aimerez pas Picard si vous n’aimez pas vous attacher à une famille, car même s’ils sont mal construits et mal amenés, Soji, Agnès, Narek et les autres restent tous attachants (c’est rageant on sait). C’est ça l’esprit Star Trek : des personnages vivant avec leurs défauts, qui vous donnent envie de savoir ce qu’ils font de leur côté, une fois la série finie, pendant que vous reprenez le métro.

 

photo, Star Trek : Picard, Patrick Stewart, Evan EvagoraL'impossible communication entre le public d'hier et de demain ?

 

Vous n’aimerez pas Picard si vous n’aimez pas perdre votre temps en découverte. Dans la vie, il y a les optimistes et les pessimistes, et vous pouvez voir dans la série et ses références parfois obscures, l’occasion de découvrir la saga. Qui est Seven Of Nine (Star Trek Voyager) ? Qui est ce couple charmant qui fait des pizzas sur une planète extraterrestre ? D’où sort cette race d’elfe au sang vert qui ressemble beaucoup à monsieur Spock ? C’est maintenant qu’il faut dévorer la saga.

Vous n’aimerez pas Picard si en ces temps dignes d’un film d’anticipation sur une pandémie, une madeleine de Proust un peu datée ne vous réconforte plus. 

Cyril-Mickaël Callejon

Star Trek : Picard est disponible en intégralité sur Amazon Prime

 

photo, Star Trek : Picard

Résumé

Parce que la série ne décide pas entre s’affranchir de la licence et la nostalgie type fan service, l’intrigue souffre beaucoup et étouffe les bonnes initiatives. Ni exceptionnelle, ni mauvaise, Picard reste dans le contrôle qualité des séries Star Trek, le tout porté par un Patrick Stewart touchant, qui s'est réconcilié avec l'icône qu’est son personnage dans la pop culture.

commentaires

TenMaKo
17/04/2020 à 00:50

Fan de Star Trek sans être un trekkie (je n’ai vu en dehors des films de la Kelvin timeline que la série originale et les films associés ainsi qu’une partie des aventures de Picard), j’ai retrouvé Patrick Stewart avec un grand plaisir lors de l’aventure narrée dans cette saison. Je n’ai ainsi pas toutes les références mais cela ne m’a pas gêné et celles que j’avais ont su faire vibrer ma fibre nostalgique. Certes certaines choses au niveau du scénario auraient pu être mieux travaillées et le traitement des personnages plus équilibré mais l’ensemble reste correct et est parfaitement bien servi par une réalisation, une image et une musique impeccables (j’ai moi aussi particulièrement aimé le générique).
Je suis curieux de voir ce qu’amènera la saison 2 car je pense que la série aurait pu s’arrêter à cette saison et même s’éviter le « rebondissement » final (je ne voudrais pas spoiler :p). Cela m’aurait paru une belle conclusion. Cela dit, j’entamerais la suite avec enthousiasme.
Pour finir, je dirai que j’aurais été un peu plus généreux que vous en lui accordant une 4ème étoile.

moaaa
02/04/2020 à 09:58

Pour une fois voici une belle critique, bien écrite :)
Les arguments sont de vrais arguments et surtout j'adore le final avec les vous n'aimerez pas si...
Qui prouve bien que les vrais fans de Star Trek ne peuvent qu'aimer cette nouvelle série

Barbu
01/04/2020 à 09:17

N'importe quoi. J'aime Némésis, j'aime discovery, j'aime picard, 3 oeuvres différentes complètement différentes... Encore un pseudo journaliste sans cervelle incapable de saisir les points d'orgues d'une œuvre...

Geoffrey Crété - Rédaction
31/03/2020 à 13:59

@pastor

Merci d'avoir lu l'article, où vous avez donc vu qu'on a nous aussi aimé ;)

pastor
31/03/2020 à 13:55

Merci de nous prévenir qu'on aimerait pas Star trek Picard mais c'est raté , j'ai presque adoré.

Seul regret, quelques episodes un peu trop a huit clos et bavards.
Mais le casting est bon et les personnages attachants, , la musique est magnifique. et la réalisation excellente !!
Certains épisodes semblent avoir autant de moyens qu'un long metrage :O )
on se dit qu'il y a autant de moyen dans 1 episode de picard que dans 10 episodes de The Next Generation ... Le pendant de ça c'est que l'on a que 9 episodes pour l'instant ...
j'attends impatiemment la saison 2 :)

fab wauthia
30/03/2020 à 14:31

oui c'est un peu bancal comme scénario et téléphoné ....
Mais .Quel Patrick Stewart, quelle prestation shakespearienne , quelle bande sonore, quelle montage et prises de vues , quelle romance dans le cœur de l,humain et de la machine ,
quelle poésie à la fin !
et surtout quel plaisir de retrouver un monde qui nous est cher !
vous avez compris que j'ai aimé ? :-)

Guigui le gentil
30/03/2020 à 13:10

Tout à fait d'accord avec cette critique et cette note de 3/5. C'est plutôt raccord avec l'ensemble de notre panel composé d'experts, de journalistes, de newbie, de fans hardcores, de haters et d'enthousiastes... durant notre podcast : https://podcast.ausha.co/le-coin-pop/le-quadrant-pop-10-coming-soong-star-trek-picard-s01e10

Geoffrey Crété - Rédaction
30/03/2020 à 00:02

@Petitlardon

... n'en déplaise à qui ?
Notre avis est loin d'être négatif, si vous avez lu l'article vous le savez :)

Petitlardon
29/03/2020 à 23:37

Moi aussi j’ai aimé cette série ne vous en déplaise! Oui elle ravi les fans qui ont vu la Nouvelle Génération et Voyager et DS9. Nous attendons tous un deuxième saison avec d’autres anciens personnages. Peut être même Data reviendra t il ?

lesagittaire
29/03/2020 à 17:08

J'ai 59 ans je regarde star trek depuis 50ans et je ne m'en lasse pas , c'est toujours un plaisir ,j'ai aimer la nouvelle série avec picard. :-)

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