Validé : critique d'un rap qui défonce ta mère sur Canal+

Alexandre Janowiak | 30 mars 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 30 mars 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Canal+ a déjà frappé fort en ce début d'année avec la saison 3 de Baron Noir qui retournait la politique française. Quelques semaines avant de retourner sur les terres de la DGSE avec Le Bureau des légendes, la chaîne emblématique s'attarde cette fois sur le milieu du rap avec la série Validé. 

GASTAMBIDEWIN

Il y avait de quoi craindre cette nouvelle création originale Canal+ à cause d'un nom : Franck Gastambide. Si le Français a su se forger une réputation grâce à la bande des Kaïra, ces deux dernières réalisations (dont il était aussi scénariste), à savoir Pattaya et Taxi 5, ont été de sacrées douches froides. Entre l'humour lourdingue, le récit totalement baclé et une incapacité à gérer ses scènes d'action, le malaise était stratosphérique et n'augurait rien de bon pour la série Validé.

Et pourtant, impossible de nier que la série française sur le rap est une belle surprise. Très bien rythmés, souvent dotés de bonnes idées scéniques, de quelques gags bien sentis (même si on n'échappe pas au lourdeau habituel des créations de Gastambide avec le personnage de Brahim Bouhlel) et évidemment d'une bande-son ultra-entraînante, les dix épisodes de la série Canal+ se dévorent avec plaisir.

Validé c'est l'histoire du jeune Clément, qui, après un passage improvisé sur la radio Skyrock, se fait "valider" (adouber / remarquer) par une star du rap : Mastar. Très vite, il va donc devenir un phénomène, se faire un nom de scène (Apash) et va être repéré par de grandes maisons de disques, mais certaines alliances vont rapidement se transformer en rivalité violente et dangereuse.

 

Photo Hatik, Brahim BouhlelUn jeune trio qui en veut !

 

DES RAPS CONTROLÉS

Validé est bien évidemment une série sur le rap français et son univers passionnant, et mieux que ça elle suit donc l'ascension difficile d'un nouveau venu dans le milieu. C'est ce qui fait l'une des grandes forces de la série Canal+ : à l'instar de son personnage principal incarné par Hatik, et les deux amis qui l'aident à monter dans la sphère du rap hexagonal, elle est ambitieuse, généreuse, pleine d'envie et ne recule devant rien pour se montrer audacieuse.

Ainsi, Validé conbine une mise en scène ultra-dynamique et une narration énergique pour coller à l'univers mouvant, agité et instable dans lequel elle se déroule. Construite habilement sur un format de 10 épisodes de 30 minutes en moyenne, la série ne tourne jamais en rond et essaye d'avancer au maximum dans son récit en faisant évoluer ses personnages, leurs relations, multipliant leurs réussites et leurs échecs...

Evidemment, cela donne parfois une sensation de surplus. La série créée par Gastambide ne se donne quasiment aucun répit, quitte à enchaîner les péripéties un peu trop rapidement, de les régler dans la foulée et finalement d'en voir une autre arriver qui sera réglée aussi rapidement. En cela, la narration est sans doute trop fournie, mettant en place des sous-intrigues finalement balayées d'un revers de main. Pour autant, cette abondance, la série sait aussi en tirer profit. 

 

Photo Franck GastambideGastambide se la joue DJ Sno dans la série

 

Comptant nombre de stars du milieu dans son casting, présentes la plupart du temps pour de petits caméos comme Soprano, LaCrim, Mister V, Ninho, Kool Shen et bien d'autres, Validé a l'avantage de connaître son sujet sur le bout des doigts et des oreilles. Son acteur principal Hatik est d'ailleurs lui-même rappeur dans la vraie vie et son aisance avec le style musical donne une immense plus value aux morceaux interprétés. La rivalité entre deux rappeurs, ici Apash et Mastar, rappelle par ailleurs celles de IAM et NTM, Booba et Rohff ou encore Booba et Kaaris plus récemment.

De facto, la série a quelque chose de très vrai, semble totalement ancrée dans la réalité, d'autant plus avec ses clins d'oeils successifs au monde du rap d'aujourd'hui (PNL évidemment) mais également à l'actualité. Les nombreux passages sur Mouv' ou Planète Rap (institution du genre) donnent également le sentiment que l'univers est compris, compréhensible voire loin d'être simplement fictionnalisé (un peu comme si Dix pour cent se concentrait plus sur ses stars que sur ses agents). A travers certaines démarches narratives et scénaristiques, on pourrait presque dire qu'il y a une vision documentaire du milieu du rap français... et pas seulement.

 

Photo Moussa Mansaly, Sabrina OuazaniMastar, l'allié puis finalement l'ennemi juré d'Apash

 

VLÀ LARAGE

En dix épisodes, la série sur le rap étudie la dure loi du milieu entre les alliances qui se transforment en trahisons, la difficulté de percer, la pression des grandes stars aux egos surdimensionnés qui ne veulent pas perdre leur hégémonie face aux nouveaux phénomènes, les maisons de disques difficiles en affaires et évidemment la réception du public. Dans un monde souvent fait d'apparences à cause de la prédominance des réseaux sociaux, une erreur peut se payer cher (tout comme un buzz peut rapporter gros) et le jeune Apash le comprend bien pour sa carrière. Ce sont donc les risques, les audaces, les talents et surtout quelques coups de pouce et bons contacts qui pourront aider, favoriser et permettre une réussite pérenne.

Pour autant, Validé s'appuie sur le milieu du rap pour également explorer la banlieue, la rue. Le cinéma français a déjà eu le droit à Les Misérables de Ladj Ly, auréolé de nombreuses récompenses dont le Cesar du meilleur film, pour sonder et analyser ces quartiers défavorisés voire abandonnés, et la série s'inscrit parfois dans cette lignée lorsqu'elle arpente les quartiers du 93, les jalousies naissantes et les tensions permanentes entre groupes qui les composent.

 

Photo HatikApash et ses potes au quartier

 

Il faut dire que Gastambide est passé par Kourtrajmé en début de carrière (notamment pour des clips de raps justement) et l'influence de La Haine de Mathieu Kassovitz se ressent énormément dans Validé. Difficile d'y faire un véritable parallèle scénaristique tant le récit est différent, mais certaines thématiques sont intrinsèquement liés. Ici, le rap est surtout le moyen de donner la parole à ceux à qui on ne la donne pas assez (voire pas du tout) et qui ne sont pas en phase avec une société qui les montre du doigt, les délaisse. Le moyen d'exprimer leur ressenti, leur hargne, leur colère, leurs désirs... à travers un art plus brut, plus cash mais bien réel, parfois touchant et surtout sincère.

Avec son grand final, la saison 1 laissera sans doute plus d'un spectateur bouche-bée, se clôturant dans une violence extrême et irrévocable. Franck Gastambide a affirmé en interview qu'il rebattrait toutes les cartes pour la saison 2 déjà commandée afin de visiter d'autres terres. Un choix intelligent qui permettra sans doute d'éviter de s'enfermer. Un choix audacieux aussi pour rester "validé" par les producteurs, les critiques et le public. C'est bien parti !

Validé est disponible sur MyCanal et Canal+ Series en intégralité.

 

Affiche française

Résumé

Plus qu'une simple série réaliste sur le rap, Validé se révèle ambitieuse, franche et captivante au fil de ses dix épisodes. Sachant prendre des risques pour se construire un terrain plein d'envie, de panache et d'audace, la série Canal+ est une excellente surprise en plus d'être terriblement entrainante grâce à sa bande-son.

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Lecteurs

(4.5)

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commentaires
Rico
11/07/2020 à 22:32

Une série, française, (de nombreuses mauvaises expériences, hormis le Bureau des Légendes) et sur le rap (pas trop mon style de zique), deux motifs de réticence qu'il fallait surmonter.. Hé bien bingo, c'est une très bonne série, avec des acteurs franchement convaincants. Bravo !

Youtrouble
14/04/2020 à 21:57

Les premiers épisodes étaient franchement jouissifs, on prend un vrai plaisir à scruter toutes les références au rap game 2.0, le côté presque documentaire, les caméos de rappeurs underground comme Bosh, Rémy ou Ninho (même si Ninho a bien percé maintenant). On en vient même à excuser la lourdeur de certains dialogues et le jeu d'acteurs approximatif. Malheureusement, passé l'enthousiasme des premiers instants, la série est vite plombée par son écriture faiblarde et ses retournements de situation à deux balles dignes d'une sitcom des années 90. C'est vraiment dommage, on avait enfin le potentiel d'une série d'anthologie sur le rap français, on se retrouve avec une semi-bouse bien de chez nous. Merci bien, monsieur GastamBIDE.

Dudu
04/04/2020 à 13:56

Fin complètement débile, ras la casquette d'attendre 10 épisodes pour être obligé d'attendre la saison suivante pour une fin decente

Topaze
01/04/2020 à 07:00

Dans quelque temps cette série sera culte dans l histoire du rap francais

Winter is coming
30/03/2020 à 18:52

Comment ça "grand remplacement" ?

Valide
30/03/2020 à 16:09

@Adam

La série est ultra cliché et frôle le ridicule à plusieurs reprises, mais c'est aussi ces clichés qui font que la série nous tient en haleine, car sinon il n'y aurait rien à raconter.

Jojo
30/03/2020 à 12:03

Une bonne surprise pour ma part sachant que le rap ce n'est pas mon univers, bravo et vivement la saison 2 !

Moi
30/03/2020 à 11:28

Un jeu d'acteur qui peut laisser à désirer par moment, mais globalement la série est efficace. Elle reproduit bien le schema succès/galère des séries success stories type HBO.

Adam
30/03/2020 à 10:50

Yes! Une série qui va faire plaisir à Jean Michel grand remplacement !

Bon ca a l air bien réjouissant et pas trop cliché à la lecture de votre critique. Et tant pis si vous n avez pas aimé pattaya qui fut un de mes films préféré de l année.

Winter is coming
30/03/2020 à 10:47

Un seul mot : Bravo .

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