The Outsider : critique d'une adaptation traumatisante d'un Stephen King impitoyable

Simon Riaux | 10 mars 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 10 mars 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Adaptation d’un des derniers romans publiés de Stephen KingThe Outsider a surpris. En effet, on ne peut pas dire que HBO se soit souvent aventuré sur les rivages de l’horreur ni fréquenté le King. Depuis l’achèvement du cycle de La Tour Sombre, les écrits de King n’ont pas renoué avec la puissance de ses débuts. The Outsider ne faisant pas exception, on se demandait forcément à quelle sauce Jason Bateman pourrait bien cuisiner cet ingrédient.

TRISTE MONDE MAGIQUE

On le pressentait dès ses deux premiers épisodes, aussi classieux qu’instantanément addictifs, le comédien et metteur en scène a trouvé l’exacte distance, l’approche idéale, pour s’emparer du texte et le transcender.

Tentative d’explorer la veine plus ouvertement polar de ses dernières créations, tout en renouant avec une vision du Mal qui a émaillé toute l'œuvre de Stephen KingThe Outsider proposait une mythologie et des concepts intéressants, desservis par un tempo qu’on devinait un peu las. C’est justement là où se nichent les libertés que prend la mini-série, qui parvient à respecter le déroulé et l’esprit du roman, tout en proposant une relecture personnelle de ses thèmes et de ses personnages.

 

photo, Ben MendelsohnY a de la joie.

 

Tout au long de ses 10 épisodes, HBO aura pris le pouls d’une Amérique tachetée de deuils innombrables, comme si le pays tout entier s’était transformé en un immense marécage, sur le point d’être submergé par un reflux de putrescence longtemps refoulée. La superbe direction photo l’indique d’ailleurs clairement, quel que soit l’État dans lequel se déroule l’action, la prédominance des jaunes délavés et des verts passés semble indiquer que partout, la pourriture progresse, engonçant les protagonistes dans une gangue qui les anesthésie, les paralyse, pour mieux les laisser à la proie des ombres qui les traque.

C’est le traitement de cette prédation mystérieuse, de cet adversaire indicible, qui a assuré à la mini-série une grande partie de sa réussite, comme de son ambiance à couper au couteau. El Cuco prospère, c'est parce que les humains sont trop obtus pour croire en lui. On retrouve là un vieux principe de King, que Bateman réinvestit avec finesse, et un vrai sens de l’angoisse. Nous ne voyons pas les monstres disent-ils tous deux, et pourtant ils sont là. D’où un sentiment progressif de désespoir, d’inéluctabilité, très inhabituel dans la plupart des récits surnaturels.

 

photo, Cynthia Erivo, Derek CecilUn couple aussi attachant qu'improbable, que promis à une bonne grosse poisse

 

EN CE LIEU, DES TIGRES

Cette impression de ressentir soudain toute la violence et la tristesse que peut générer le deuil avant de coaguler, c’est sans doute là un des plus beaux accomplissements du show, et c’est à la mise en scène de Jason Bateman que The Outsider le doit. Mais cet accomplissement prenait le risque de se heurter au dernier mouvement du récit, lorsque le fantastique s’impose à ses protagonistes, et que tous doivent s’unir pour affronter une menace que leur rationalité aura longtemps refusé d’appréhender, le récit doit changer de braquet et de calibre.

Passer de la suggestion à une logique de représentation, d’incarnation, voilà qui n’allait pas de soi. Mais à force d’altération progressive, d’une multiplication inexorable, mais mûrement pesée, de chaque ingrédient fantastique ou mythologique, El Cuco prend progressivement vie. Ainsi, la série peut même se permettre d’emballer avec une puissance inattendue une pure séquence de flip dans son épisode 9.

Construite autour d'une mécanique de suspense particulièrement dépouillée, alors que trois personnages tentent de se retrouver dans un dédale sous-terrain, qui va saisir le spectateur à la gorge à la faveur d’un twist temporel particulièrement bien amené, cette arrivée d’une horreur plus traditionnelle s’avère particulièrement marquante. D’exploration de l’absence, d’évocation d’un pays rongé par le ressentiment et la dépression, The Outsider sera parvenu à proposer un authentique cauchemar, plus vicieux et accompli qu’attendu.

 

photo, Cynthia Erivo"Ah non, mais la chirurgie au fusil, c'est un concept hein"

 

SUBSTANCE MORT

On n’aurait peut-être pas parié dessus initialement, mais le show s’avère une des plus belles adaptations de Stephen King, une des plus soignées, attentives, et profondes. Renouant avec la dimension la plus mélancolique de Stephen King, qui n’est pas sans évoquer Dolores Claiborne ou Stand By me, il rappelle combien le romancier natif du Maine aura su capturer les angoisses d’une certaine Amérique, cherchant toujours à les exposer pour mieux les sublimer.

Et c’est tout ce qui fait la beauté du parcours de Ralph Anderson (Ben Mendelsohn), qui, au cœur d’un cauchemar de plus en plus épais, renoue progressivement avec une forme de foi paradoxale, une croyance dans l’existence d’horreurs supérieures, qui rendent l’humanité curieusement plus supportable. Il en va ainsi de tous les protagonistes, que le scénario traite avec un soin impressionnant, laissant toujours leurs émotions et leurs singularités exploser à l’écran. Un constat frappant quand quelques secondes avant la conclusion de l’avant dernier chapitre, Andy (Derek Cecil) et Holly (Cynthia Erivo) tentent d’exorciser la violence qui s’annonce à coups de joutes cinéphiliques enamourées.

 

photo, Paddy ConsidineLes monstres meurent-ils vraiment ?

 

Propulsés lors du final sur une scène meurtrière, spectateur et héros affrontent soudain la monstrueuse matérialité de l’entité qu’ils traquent. Et jusque dans cette dernière ligne droite où les boîtes crâniennes explosent et les corps se disloquent, The Outsider ne recule pas et nous embarque vers un épisode final d’une brutalité rarissime, où explosent à l’écran chaque sous-intrigue, chaque connexion, patiemment établie jusqu’alors.

D’une cruauté et d’une sauvagerie qui impressionnent autant par leur radicalité que l’absolue réussite de leur mise en scène, cette conclusion achève de faire de la mini-série une réussite à part, sans cesse capable de muter et de surprendre son public.

The Outsider est disponible en intégralité sur OCS en France

 

photo

Résumé

Sépulcrale, poétique et cruelle, The Outsider est une des plus belles adaptations de Stephen King, un festin funèbre et esthétiquement somptueux.

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(4.5)

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commentaires
Terminéator
11/06/2020 à 11:50

Entièrement d'accord avec votre critique @EL. Très bonne surprise que je viens juste de finir. Bon apres dans le même genre je trouve que True Détective saison 1 est un poil meilleure ;D

Tonto
17/05/2020 à 00:44

Critique parfaite pour une série (presque) parfaite !
Ben Mendelsohn et Cynthia Erivo sont phénoménaux, le scénario est écrit avec un soin quasiment jamais vu, et cette mise en scène, putain...
Ceux qui diront que c'est nul parce que le monstre n'a rien d'effrayant n'auront rien compris à la série. Qu'ils retournent voir la médiocre adaptation de Ca pendant et nous laissent goûter un chef-d'oeuvre qui, pour une fois, réussit le prodige de nous faire entrer dans la tête de la créature maléfique le temps d'une scène de confrontation proprement hallucinante. La scène où le titre de la série est expliquée aurait pu être pataude, mais elle a un sens magnifique et terrible.

Bon, la scène post-générique, c'est du 50/50 pour moi, j'ai peur et en même temps, j'ai tellement envie d'en voir plus...

ronplax
13/04/2020 à 23:30

navet!!comme pas mal de s.king version série ou film!début intéressant mais très pénible pour etre poli a suivre!

Ocani
23/03/2020 à 04:03

Je suis pas toujours d'accord avec vous mais là, pleinement !
Ben Mendelssohn, que je trouve pas toujours bon m'a pris à la gorge, il est vraiment impressionnant de même que la comédienne qui joue Holly. Après Tchernobyl cette année, c'est.la seconde série qui m'a scotchée (dans un genre différent !).
Prenez soin de vous lecteurs et auteurs de EL.

Nesse
15/03/2020 à 13:48

Quand True détective rencontre X-Files. Trop de longueur, 5 épisodes suffisaient largement.

ico
12/03/2020 à 18:38

j'ai commencé à regarder après avoir lu un article sur ce site qui en faisait éloge. l'histoire plein de mystère est intéressante au debut, puis au fur et à mesure qu'elle avance le charme s'envole: des personnages agaçants par moment, un développement très rapide, une trame prévisible et un final carrément à coté ( je ne vois pas ce que l'histoire des gens morts dans la grotte ajoute à l’histoire principale ). finalement, on se retrouve avec une oeuvre qui aurait pu n’être qu'un simple épisode x-files, rallongée sur 10 épisodes, cette série est juste pénible.

Tuxboard
12/03/2020 à 17:16

Un très bon début mais cela se termine vraiment de façon décevante. Le bouquin gérait une fin légèrement différente mais passionnante. Un poil déçu par ce dernier épisode. Le reste étant très fidele et remarquablement joué

Dateuss
12/03/2020 à 12:25

Mot..r fuc..r spoiler. Faya bunn ces personnes qui racontent la fin du truc. Fucking amateurs. Dsl pour les insultes mais à ce niveau c'est se fiche fiche de ceux viennent juste voir ce que pensent les autres de la série et non se voir raconter le truc.

Fred
12/03/2020 à 12:24

Deçu aussi de ne pas retrouver la « vraie » Holly, normal de ne plus avoir Bill, il faut lire la suite de Mr Mercedes
Bonne série, peut etre un manque de souffle sur la fin, mais j’ai attendu tous les épisodes avec impatience alors que j’avais déjà lu le livre
Quant à celui qui conseille à Stephen King d’arrêter d’écrire j’aimerais savoir si lui a déjà commencé à le faire

Tractopelle
12/03/2020 à 10:26

Alors comme d'habitude chez HBO c'est propre bien filmé bien emballé avec des acteurs qui font le travail mais étiré une histoire qui aurais du être torché en 6 épisode max c'est trop ... Ça en devient lent et chiant avec un dernier épisode qui tombe à plat la mort de el cuco expédié quasiment sans explication d'où vient la créature .... Juste une créature qui veut survivre et bouffer et les mioche représente ses bonbec on est pas loin de ça le clown limite mais en fade et sans imagination Stephen king devrait arrêté d'écrire il tourne en rond

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