Altered Carbon saison 2 : critique totale débâcle

Simon Riaux | 28 février 2020 - MAJ : 28/02/2020 18:31
Simon Riaux | 28 février 2020 - MAJ : 28/02/2020 18:31

Sans révolutionner la recette établie deux ans plus tôt Altered Carbon saison 2 s’imposait à mi-parcours comme un divertissement appréciable, en dépit de ses faiblesses structurelles. Malheureusement, les derniers épisodes de son crû 2020 accumulent les faux-pas.

ATTENTION SPOILERS !

NETFLIX FIGHTER

C’est quand son scénario assume sa veine la plus régressive qu’Altered Carbon réjouit. Quand se marient un univers de SF entre classiques du genre et cartoon, que l’intrigue laisse libre cours aux grands sentiments, voire à un romantisme un peu facile, tout en criblant les pupilles de son public de scènes d’action gorasses, où les démembrements succèdent aux mutilations créatives, la série trouve son rythme de divertissement bourrin, mais sincère.

La seconde moitié de cette saison 2 contient encore quelques-uns de ces passages, où se télescopent répliques grandiloquentes et coups de tatanes. Alors qu’Anthony Mackie use de sa dimension monolithique avec intelligence, fendant littéralement l’armure au gré des développements de l’intrigue, pour aboutir lors du climax à une véritable dimension humaine, alors qu’autour de lui, les alliés et les amis succombent.

 

photoAu moins, ils ont de jolies armures

 

Il faut dire que le comédien bénéficie ici d’une partition ludique, faisant de lui un pur réceptacle en début de saison, s’humanisant au gré d’affrontements homériques et de rencontres explosives. À ce titre, Mackie peut remercier Simone Missick, qui parvient régulièrement à sauver certaines des scènes les plus embarrassantes, et ce malgré un costume et des accessoires qui intimideraient un cosplayeur beurré à la Gentiane.

De même, certaines des séquences les plus spectaculaires, notamment la conclusion brûlante de l’épisode 6, valent le détour, et rappellent les ambitions initiales de Netflix pour ce show de SF inspiré de romans à succès. Ces morceaux de bravoure ont tendance à grandement se raréfier, mais chacun fait mouche, notamment lors d’un final où tout ce petit monde se lance à cœur perdu dans une bonne baston bien physique comme il faut.

 

photo, Simone MissickQuand boire est ton dernier espoir

 

CARBONE SANS FIN

Malheureusement, exception faite du plaisir donné par une poignée de scènes d’action et quelques échanges entre des protagonistes sympathiques, cette deuxième saison a des airs de débâcle. Tant que le récit reste accroché à son décor urbain, le poids de ses influences et une direction artistique plutôt variée soutiennent Altered Carbon.

Malheureusement, le show choisit d’éparpiller ses personnages, de favoriser ses sous-intrigues romantiques et mythologiques, le tout dans un enchevêtrement de décors minéraux et champêtres qui ne lui réussissent guère. Après deux heures à suivre nos héros bavassant dans des grottes génériques, quand ils ne se morfondent pas sur les drames de l’amnésie et des amours impossibles, on se demande où l’œuvre essaie d’aller.

 

photo, Altered Carbon, Anthony MackieArrête ton char Anthony

 

Nulle part, serait-on tenté de répondre à l’issue de ces 8 chapitres. Jusqu’au bout, on aura espéré que le scénario prenne un embranchement inattendu ou subvertisse un peu ses éléments les plus stéréotypés, mais rien à faire. Les politiciens louches restent louches, les soldats colériques sont très colères, les gentils pleins de love débordent de love… et c’est à peu près tout. On essaie pourtant de nous amener quelques twists, mais ces derniers s’avèrent le plus souvent temporaires, ou très artificiels.

Ainsi, peu importe que Quell rejoigne ou non la résistance, que la gouverneuse soit sincère ou non, ou que les Anciens soient morts ou vifs, aucun enjeu n’est assumé, aucun ne tient, et tout se succède au gré de clichés si épais qu’on a bien du mal à se passionner pour cet univers qui sent de plus en plus le plastique et de moins en moins la colère et le sang.

 

photoUn super méchant super fade

 

ALTERED CONSTRUCT

Mais ce qui étonne (et inquiète) le plus, ce sont les errements esthétiques de cette deuxième partie de saison. À chaque fois que nos protagonistes se voient bloqués dans un « construct » ou un autre artefact virtuel, on a l’impression que le chef opérateur est au milieu d’un AVC. Les décors s’appauvrissent, se répètent, voire tentent franchement de nous écorcher le cristallin.

En témoigne l’interminable enquête de Poe (et toutes les intrigues qui en découlent) alors qu’il explore, à la recherche de Harlan, une sorte d’EPHAD fluo, qui évoque plus un filtre Instagram raté qu’un dédale inquiétant. Il en va de même pour les ruines de Stronghold, et quand l’ensemble s’approche de sa conclusion, on est parfois étonnés de la pauvreté des lieux traversés. Plus on avance entre les chapitres, moins cet univers semble respirer.

Malgré sa brutalité bienvenue, difficile de ne pas tiquer devant cette baston finale qu’on jurerait filmée dans un parking abandonné. Et il en va de même lors des ultimes instants de la saison, où un rebondissement qui nie un des rares choix dramaturgiques de ces 8 épisodes se noue dans un festival d’images numériques criardes.

 

photo"Si je fais comme dans Assassin's Creed, tout va bien se passer"

 

À MORT LA MORT

Enfin, c’est bien l’histoire d’Altered Carbon qui achève de décevoir. Les problématiques identitaires et mémorielles ne sont pas sans évoquer le Total recall de Paul Verhoeven et les écrits de Philip K. Dick, mais jamais la série n’entreprend de les dépasser, ou d’en offrir une variation. Pourtant, avec 7 heures de fiction au compteur, il y avait de quoi faire. Pire, quand s’achève la saison, on a beaucoup de mal à voir en quoi nos personnages ont évolué. Le constat est particulièrement regrettable concernant Kovacs et Poe, dont tous les choix, toutes les orientations, se voient finalement niés dans une conclusion qui refuse de prendre le moindre risque.

De plus, en optant pour des antagonistes surpuissants, le récit commet une erreur qui le mine d’épisode en épisode. On le sait, la particularité de l’univers d’Altered Carbon est contenue dans le concept d’enveloppes, qui permet aux humains de se transférer de corps en corps et de survivre, par-delà la mort. Mais entre le colonel capable de zigouiller l’équivalent d’une salle des fêtes en éternuant son cerveau, le super-satellite qui transforme les foules en barbecue et tous les salopiauds qui tuent par apposition des mains… bah l’immortalité en prend un coup. Par conséquent, les transferts et changements d’identité sont bien moins importants ou cruciaux que dans la première saison, et retranchent encore un peu de sa singularité à la série.

La saison 2 d'Altered Carbon est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 27 février 2020

 

affiche saison 2, Altered Carbon

Résumé

Simone Missick et Anthony Mackie ont beau faire de leur mieux, les scènes d'action ont beau tenir correctement la route, Altered Carbon s'écroule durant la seconde moitié de cette saison 2, pas toujours heureuse esthétiquement, qui peine à traiter ses enjeux, faire émerger de véritables antagonistes, ou approfondir sa mythologie.

commentaires

Ludo
30/03/2020 à 21:05

Saison 2 totalement navrante...

Deny
24/03/2020 à 01:50

" la saison 2 donne l'impression de " la saison 1 pour les nuls"" C'est tout à fait ça. La S1 était incroyable, une "top" série. La S2 est d'un autre niveau, très bas. Reste une jolie musique...

Ben
10/03/2020 à 19:00

Quelle deception.... :(

Deception
08/03/2020 à 03:40

Quelle daube, l'argent facile ça gâche vraiment tout... Même les chorégraphies des combats font pitié, une pirouette gratuite, ça sert a rien mais ça en jette...

Bahwesh
04/03/2020 à 19:13

Bien bien bien.. Bah la saison 2 donne l'impression de " la saison 1 pour les nuls"
Tout ce qu'il y avait dans la 1ere y est, mais en version discount.
Kovacs: deviens une caricature, muscle, amour simpliste obsessionnel, acting pas ouf en vrai on va pas se mentir c'est pas un excellent acteur..
Poe: entre parenthèse toute la série, inutile et pourtant bien écrit, c'est frustrant
Autres perso: l'univers a un aspect woman washer mal écrit et superficiel ( la où la saison 1 avait écrit des bon rôles avant d' écrire des bons rôles féminin)
Méchant: tellement éloigné des personnages principaux qu'inintéressants. Caricature de complexe fille père / de père fils mal joué
Univers : 10 000 incohérences, esthétique du pauvre( les forêts sérieux, on dirait l'épisode 4 de mandalorian)
La saison: l'art subtil d'occuper 7h avec quelques scènes d'actions, un peu de nostalgie et beaucoup de déception, ou comment ramener un personnage maguffin dans le scénario en 8 épisodes. Inutile mais regardable

John
03/03/2020 à 17:47

Cette saison souffre terriblement de la comparaison avec les livres.
Mais pas seulement, à chaque épisode on trouve des contradictions avec ce qui a été dit avant, c'en est pénible.

Garamante
02/03/2020 à 18:29

tien, un spammer

Oxygen26
02/03/2020 à 10:38

Saison deux très en deçà de la première. Scénario médiocre, acteurs mal servis, direction générale bancale et j'en passe. Arrivé au 7ème épisode je rame à continuer de regarder la série tant elle m'énerve par ce déluge de bons sentiments mièvres très mal venus.
L'acteur qui joue Kovac n'est pas mauvais en soi, mais son script mièvre détruit son personnage. On sent les efforts de l'acteur, mais quand le script est mauvais...
Les personnages secondaires ne servent quasiment à rien. Aucun enjeu. La chasseuse de prime gagne la palme de l'inutilité avec l'histoire la plus soporifique. Dommage avec plus de prise de risques on aurait eut une suite géniale...

Thierry
02/03/2020 à 08:58

Vulgaire, gras, épais, impossible de terminer le premier épisode. J’ai essayé pourtant, par petits bouts. La saison de trop. La saison une était une grosse claque et il fallait s’arrêter là. J’espère que WestWorld sera brillant. Sinon, Hunters est tout à fait remarquable, sur Amazon Prime.

Kovacs
02/03/2020 à 02:54

Je viens tout juste de terminer la seconde saison. Dommage que la saison 2 soit un mixe des deux suites à Carbone Modifié, Anges déchus et Furies déchaînées. C'est trop lourd. Comme dit précédemment gros problème avec la photographie, ça fait série S-F de pauvre, alors que la première était top. Au niveau de l'écriture, vouloir mixer deux histoires n'était pas la bonne solution, certains passages sont totalement WTF et impossible d'adhérer à ce qui nous est expliqué, ça m'a sorti de l'histoire à plusieurs reprises, notamment la fin du dernier épisode, ridicule... Anthony Mackie n'est pas mauvais en Kovacs, mais à mes yeux, Kinnaman est nettement au dessus et son jeu convenait mieux au personnage. Bon point pour le personnage de Poe, j'ai aimé cette saison pour ce personnage. Si saison 3 il y a, il va falloir faire un sacré effort d'écriture, surtout que là ils n'ont plus de matière sur quoi s’appuyer, si ce n'est les éléments non retenus du deuxième et troisième roman, mais ce n'est pas suffisant pour raconter une histoire sympa... Curieux aussi de connaitre le prochain visage de Kovacs.

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