Narcos : Mexico Saison 2 - critique qui met la poudre au nez

Arnold Petit | 25 février 2020 - MAJ : 25/02/2020 15:38
Arnold Petit | 25 février 2020 - MAJ : 25/02/2020 15:38

Devenue l'une des séries à succès du catalogue de Netflix, Narcos a continué de remonter la piste du trafic de cocaïne pour ensuite atterrir de l'autre côté de la frontière avec son spin-off. Après avoir montré l'ascension fulgurante de Miguel Ángel Félix Gallardo (Diego Luna) et la fondation de son cartel, Narcos : Mexico est de retour avec une deuxième saison encore plus violente, qui raconte la chute de l'empire du baron de la drogue et lance un nouveau chapitre du narcotrafic.

ATTENTION : SPOILERS !

COCAÏNA SOCIAL CLUB

Lancée le 28 août 2015 sur Netflix, Narcos est rapidement devenue un phénomène international. Saluée par la critique, la série de Carlo Bernard, Chris Brancato et Doug Miro a remporté un immense succès auprès du public dès son apparition sur la plateforme de streaming, qui en a aussitôt profité pour annoncer l'arrivée d'une deuxième saison moins d'une semaine plus tard, le 3 septembre, encore meilleure que la première.

Après avoir raconté l'histoire de Pablo Escobar (incarné de façon mémorable par Wagner Moura) et sa traque par les agents Murphy (Boyd Holbrook) et Peña (Pedro Pascal), Netflix a continué d'exploiter son filon avec une troisième saison focalisée sur le cartel de Cali, l'organisation qui s'est emparée du trafic de cocaïne en Colombie à la mort d'Escobar en 1993, composée de Pacho Herrera (Alberto Ammann) et des frères Rodríguez Orejuela, Gilberto (Damián Alcázar) et Miguel (Francisco Denis). Alors que les premières limites de la série commençaient à poindre, Netflix a préféré délocaliser l'action de l'autre côté de la frontière, avec un spin-off centré sur l'histoire du narcotrafic en terre mexicaine.

 

photo, Diego LunaLivraison express

 

En reprenant les mêmes ingrédients qui avaient contribué à la réussite de sa grande sœur, Narcos: Mexico s'est concentrée sur Miguel Ángel Félix Gallardo (Diego Luna) et la naissance de son cartel tandis que l'opiniâtre agent Enrique Camarena (Michael Peña) de la DEA essayait de faire tomber ce nouveau baron de la drogue.

Malgré quelques défauts, la série avait quand même réussi son pari de présenter un nouvel univers et de nouveaux personnages de manière aussi réaliste que Narcos avec une première saison plus que satisfaisante, qui s'était conclue par la mort de Camarena et la réunification des gangs mexicains par Gallardo au sein d'une seule et même organisation, baptisée la Federación. Alors que Narcos : Mexico fait son retour sur Netflix pour entamer un nouveau chapitre, cette deuxième saison est-elle à la hauteur ?

 

photo, Scoot McNairy#JusticeForKiki

 

A HISTORY OF VIOLENCE

La première saison de Narcos : Mexico se terminait avec l'apparition de Walt Breslin (Scoot McNairy) qui, après avoir servi de narrateur jusqu'à maintenant, débarquait au Mexique avec son équipe et un arsenal digne de John Rambo planqué dans son camping-car.

Tous ces hommes, qui composent l'Opération Leyenda, n'ont qu'un objectif : capturer ou tuer tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin à la mort de Kiki Camarena. Au fur et à mesure qu'il démantèle le cartel de Guadalajara et découvre l'étendue de son influence, Walt va progressivement se rendre compte que ce qu'il considérait comme le bien et le mal sont des notions abstraites au Mexique et qu'il va devoir se montrer aussi impitoyable que ses ennemis s'il veut accomplir sa mission.

À la tête de son cartel fraîchement réunifié, Félix Gallardo, poussé par l’appât du gain, veut étendre un peu plus son emprise sur le trafic de cocaïne et ne se contente plus de son rôle de distributeur. Le Mexique étant la seule route commerciale entre la Colombie et les États-Unis, il se retrouve en position de force et essaie de contraindre le cartel de Cali à partager leurs bénéfices. Sauf qu'en plus de la DEA et des négociations musclées, le baron de la drogue se retrouve aussi confronté à une guerre intestine entre les membres de son cartel, qui s'avèrent incapables de collaborer malgré les profits colossaux qu'ils réalisent ensemble et enchaînent les conflits internes.

 

photo, Diego LunaNon, c'est plus bas la bouche

 

Au milieu d'une violence encore plus intense, qui se traduit dès les premiers épisodes par des enlèvements et des scènes de torture, cette deuxième saison de Narcos : Mexico emprunte au thriller tandis que Walt débusque les responsables de la mort de Kiki Camarena et remonte les échelons du narcotrafic mexicain les uns après les autres pour essayer d'atteindre Félix. Un face-à-face palpitant, finalement englouti par la lutte pour le pouvoir des différents chefs de clan et les sous-intrigues que la série déploie pour amener de la richesse à son scénario.

Sans différer du modèle établi depuis la première saison de Narcos, la série bénéficie toujours d'une réalisation élégante, d'une écriture soignée et d'une intrigue efficace, mais ne se contente que de reproduire ce qui a déjà été fait auparavant et ne semble pas avoir plus d'ambitions. Comme avec Pablo Escobar, puis le cartel de Cali, après avoir vu l'ascension de Félix, il est temps d'assister à sa chute, causée (encore et toujours) par son lot de trahisons et de manipulations.

En dépit de qualités certaines, le charme présent dans Narcos n'opère plus autant. Malgré un réalisme toujours aussi impressionnant, le récit souffre de plusieurs longueurs, mais parvient quand même à compenser un certain manque de rythme par des scènes d'action percutantes et une fresque qui prend de plus en plus d'ampleur à mesure que les épisodes s'enchaînent.

 

photo, Scoot McNairySéance de manucure

 

Conscients des intérêts et des enjeux aussi bien financiers que politiques et sociaux, certains personnages, comme les frères Arellano Félix, ne voient que la guerre pour arriver à leurs fins. D'autres, en revanche, tentent de contourner le système, afin de faire entrer le trafic de cocaïne dans une nouvelle ère.

Pendant qu'El Chapo (Alejandro Edda) creuse son premier tunnel pour passer sous la frontière américano-mexicaine et qu'Amado Carrillo Fuentes (José María Yazpik) se paye une flotte d'avions sans précédent, Isabella Bautista (Teresa Ruiz), ignorée par les autres membres masculins du cartel, s'associe avec une autre femme, Enedina Arellano Félix (Mayra Hermosillo), pour monter son propre trafic de cocaïne grâce à des mules engagées comme femmes de chambre aux États-Unis. Face à cette inquiétante évolution, d'autres, comme Pablo Acosta (Gerardo Taracena), décident alors de raccrocher tant qu'ils le peuvent encore.

 

photo, Teresa RuizIsabella Bautista (Teresa Ruiz)

 

MEXICAN CONNECTION

Si le narcotrafic se transforme et se modernise, Narcos : Mexico n'oublie pas de raccrocher ces événements avec des références à l’histoire du Mexique et de l’Amérique Centrale grâce aux différentes images d'archives et aux explications en voix off de Walt Breskin, qui viennent continuellement ponctuer le récit. Frappé par un violent séisme en 1985 et endetté depuis plusieurs années, le pays a connu plusieurs conflits sociaux, qui ont finalement abouti à des manifestations contre la politique d'austérité du gouvernement en place, puis à la création d'un nouveau parti politique, le Parti de la Révolution Démocratique (PRD), prônant une politique plus libérale, tournée vers le voisin états-unien.

 

photo, Diego LunaUne plongée jusque dans les plus hautes instances mexicaines

 

Cherchant désespérément à étendre son influence de Bogota à New York, Félix Gallardo négocie avec la CIA pour faciliter une intervention des États-Unis au Nicaragua (une histoire qui sera connue plus tard comme l’affaire Iran-Contra) et se retrouve même, lors d'un huitième épisode palpitant, à devoir truquer les élections de 1988 pour que le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), dont il bénéficie de la protection, reste au pouvoir, malgré des sondages qui annoncent sa défaite face au candidat populaire du PRD.

Même si la guerre entre les membres de son organisation et la chasse à l'homme menée par la DEA l'ont certainement affaibli, ce sont les manipulations politiques et internes au profit de nouvelles opportunités économiques qui auront finalement raison de Félix Gallardo et de son organisation. Alors que les différents membres du cartel récupèrent le trafic de cocaïne au Mexique et continuent leur collaboration avec le cartel de Cali, le Mexique entame sa transition vers le néolibéralisme, avec les négociations pour l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique comme point culminant.

 

photo, Alejandro EddaEl Chapo (Alejandro Edda)

 

À mesure que la fin de cette deuxième saison approche, Narcos : Mexico emprunte à la deuxième partie du Parrain de Francis Ford Coppola, plus particulièrement au personnage de Michael Corleone, interprété par Al Pacino. En raison de ses ambitions toujours plus grandes et de son besoin de contrôler ceux qu'ils considèrent comme sa famille, Félix Gallardo apprend à ses dépens que la crainte n’engendre pas forcément le respect et s'enferme progressivement dans la solitude, ne pouvant compter que sur son intelligence.

Après avoir perdu sa femme et ses enfants, ses amis, puis finalement ses alliés, Félix se retrouve véritablement seul tandis qu'El Chapo et les autres chefs de gangs déclarent leur indépendance et se partagent les restes de l'empire avant la prochaine guerre sanglante, probablement au cœur d’une troisième saison. Un parallèle encore plus troublant pour Miguel Ángel Félix Gallardo, dont l'un des surnoms était El Padrino.

La saison 2 de Narcos : Mexico est disponible depuis ce 13 février 2020

 

photo

 

Résumé

Même si elle n’essaie pas d’avoir de plus grandes ambitions narratives ou visuelles que ce qu'elle a proposé jusqu'à maintenant, Narcos : Mexico effectue un retour convaincant. Une deuxième saison réussie, qui montre la chute violente d’un empire de la drogue et nous plonge dans la géopolitique américaine avec un réalisme toujours aussi remarquable.

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commentaires

Sams
04/06/2020 à 02:29

@babar77 si t vrai amateur de Scorsese et Pacino tu serai forcément déçu de Irishman. Quelle daube. 3h de vide. Surjoué. Scénario scabreux. Presque une parodie. *malade *nausee

Babar77
25/02/2020 à 19:06

Narcos c'est du tout bon mais pour Hunters, j'ai vu 3 épisodes. Je ne sais pas comment j'ai fait pour aller si loin. Mais que c'est nul. Une pseudo-coolitude rétro qui ne sert aucun propos sinon celui de faire du fric.
Catastrophique de voir Pacino dans un truc de ce genre.
Dommage de le voir dans une si gande nullité après son retour dans le magnifique The irishman.

Simon Riaux - Rédaction
25/02/2020 à 18:31

@Batfleck007

Elle arrivera, dès qu'elle sera prête.

Batfleck007
25/02/2020 à 18:22

@Ecranlarge
On attend toujours la critique de Hunters

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