Intimidation : que vaut l'adaptation du thriller d'Harlan Coben par Netflix ?

Arnold Petit | 11 février 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Arnold Petit | 11 février 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Deux ans après Safe, qu'il avait créé et écrit, Harlan Coben est de retour avec Intimidation, la série britannique disponible depuis le 30 janvier sur Netflix. Après huit épisodes, que vaut cette adaptation du roman éponyme de l'auteur américain ? Attention, légers spoilers.

DARK WATERS

Déjà connu dans le monde de la littérature, le nom d'Harlan Coben n'est pas prêt de disparaître, encore moins des écrans. Si son travail a déjà servi d’inspiration au cinéma pour Ne le dis à personne de Guillaume Canet en 2006, les adaptations des oeuvres de l'écrivain à succès se sont multipliées à la télévision ces dernières années.

Après la mini-série française Une chance de trop en 2015, dans laquelle il avait adapté son roman du même nom , l'auteur s'est ensuite tourné vers la création originale, d'abord avec The Five en 2016, puis avec Safe deux ans plus tard. Deux séries qui ont remporté un certain succès et poussé Netflix à signer un contrat de cinq ans avec Harlan Coben pour adapter 14 de ses romans, aussi bien en films qu'en séries. Intimidation, l'adaptation du roman éponyme produite et écrite en partie par l'écrivain, ouvre le bal en attendant que la série polonaise The Woods vienne la rejoindre sur la plateforme plus tard cette année.

 

photo, IntimidationDans la famille qui cache un lourd secret, je voudrais le père heureux et épanoui

 

Comme dans la majorité des livres de l'auteur américain, l'histoire prend la forme d'un thriller psychologique où la petite vie tranquille du personnage principal est bouleversée du jour au lendemain par un mystérieux événement. Adam Price (Richard Armitage) est un bel avocat brillant, père de deux enfants et marié à Corinne (Dervla Kirwan), une professeure appréciée de ses élèves et collègues. Ce quadragénaire vit dans une banlieue aisée d'Angleterre, partage des moments complices avec sa femme, chante du Bruce Springsteen quand il conduit ses fils à leurs matchs de football... Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles pour lui.

Sauf qu'un beau jour (ce fameux jour...), alors que Corinne est partie assister à une conférence, une jeune femme (Hannah John-Kamen) débarque de nulle part et annonce à Adam que sa femme a simulé sa dernière grossesse, il y a deux ans, et la fausse-couche qui a suivi afin qu'il reste à ses côtés. Le père de famille se met à douter, commence à rechercher des preuves et découvre que cette inconnue qui s'est présentée à lui comme « l'Étrangère » avait bien dit la vérité. Il confronte Corinne, qui lui avoue tout, mais disparaît sans laisser de traces avant de lui donner la moindre explication.

Si elle ne proposait rien de nouveau sur le papier, Intimidation avait le potentiel de suivre les pas de Broadchurch ou Safe en mélangeant le genre policier et le thriller. Huit épisodes plus tard, force est de constater que la série se contente du minimum syndical, mais s'avère assez efficace pour passer plusieurs heures d'affilée devant l'écran.

 

photo, Intimidation, Richard Armitage, Hannah John-KamenIl lui faudra plus qu'une bière après le passage de l'Étrangère

 

GONE GIRL

Alors qu'Adam remue ciel et terre pour retrouver sa femme, l'inspectrice Johanna Griffin (Siobhan Finneran) et son équipier Wes (Kadiff Kirwan, pas de lien de parenté avec Dervla) enquêtent sur deux découvertes plus qu'étranges : le meurtre sanglant d'un alpaga au beau milieu de la ville et un jeune homme retrouvé nu et quasiment mort au milieu des bois. Rapidement, les deux flics commencent à essayer d'établir des liens entre ces deux affaires et aident Adam à retrouver Corinne dans le même temps.

Sans perdre une seconde, comme n'importe quelle autre série du genre, Intimidation tend consciencieusement ses ficelles les unes après les autres sur son tableau blanc jusqu'à ce qu'elles se relient toutes entre elles. Chaque épisode se conclut sur une nouvelle révélation qui bouleverse les personnages et maintient le suspense jusqu'au lancement du prochain. Au fur et à mesure, les intrigues se multiplient dans tous les sens et les retournements de situations s'enchaînent avec un rythme effréné et une mise en scène rudimentaire, mais relativement efficace. Dès le premier épisode, le contexte est posé, les personnages principaux sont présentés et les enjeux sont fixés. Que la fête commence.

 

photo, Siobhan Finneran, Kadiff KirwanGood cop, young cop

 

Si l'histoire autour d'Adam et de la disparition de sa femme prend des allures de Gone Girl en installant une certaine tension dans les premiers épisodes, elle se retrouve vite engloutie par des sous-intrigues qui viennent éclipser cette ambiance pour alourdir le scénario plutôt que de l'enrichir. Alors qu'il aurait très bien pu dissoudre Corinne dans de l'acide fluorhydrique, personne ne suspecte Adam, même après qu'il ait admis avoir découvert son secret, et le mari est mis hors de cause presque immédiatement afin qu'il puisse continuer de gambader à travers la campagne à la recherche de sa femme.

La série a ajouté certains éléments au roman de Harlan Coben, comme l'affaire de l'alpaga décapité à laquelle Thomas (Jacob Dudman), le fils d'Adam, se retrouve mêlé avec ses amis ou un procès entre le promoteur immobilier Ed Price (Anthony Head), le père d'Adam, et Martin Killane (Stephen Rea), un ancien policier qui refuse de se faire expulser de sa vieille maison pour faire place à un nouveau lotissement flambant neuf. Des modifications qui amènent leur lot de rebondissements et permettent au récit d'avancer coûte que coûte, mais n'apportent finalement rien d'essentiel aux personnages ou à la narration.

À vouloir trop en faire, Intimidation finit même par aller à l'encontre de ce que la série essaie de proposer. Alors qu'elle est présentée comme une ombre menaçante, prête à dévoiler les secrets les plus obscurs de n'importe qui, l'Étrangère s'avère être un personnage plus que banal. Les différents indices découverts au fil des épisodes sur ses intentions la rendent, paradoxalement, de moins en moins fascinante et ceux qui ont l'habitude de ce genre de séries auront probablement deviné son identité avant d'arriver au terme des huit épisodes.

 

photo, IntimidationLe club des trois

 

USUAL SUSPECTS

Mais malgré sa réalisation convenue, son découpage simpliste et son scénario en pilotage automatique, Intimidation n'est pas dénuée de potentiel pour autant, au contraire, et elle sait s'appuyer sur certaines de ses qualités pour redorer son blason. La série peut d'abord compter sur un excellent casting, à commencer par Richard Armitage, qui se montre plus que convaincant dans la peau de ce mari et père de famille désespéré, dont la détresse et l'incompréhension se dessinent clairement sur son visage. Capable d'être aussi sévère qu'attendrissante, Siobhan Finneran incarne à merveille l'inspectrice Johanna Griffin, submergée à la fois par son travail et sa rupture avec un mari qui refuse d'accepter que leur relation est vouée à l'échec.

Après ses rôles dans Killjoys, Black Mirror ou Game of Thrones et ses apparitions au cinéma dans Tomb Raider, Ready Player One et Ant-Man et la Guêpe, Hannah John-Kamen s'illustre à nouveau à la télévision et délivre une interprétation nuancée de L'Étrangère, en jouant une jeune femme manipulatrice et malicieuse dont on arrive à saisir les motivations d'ici la fin de la série. Stephen Rea, Jennifer SaundersPaul Kaye, Anthony Head et d'autres noms prestigieux usent de tout leur talent dans la série pour pallier la faiblesse de certains dialogues et proposent une galerie de personnages uniques, qui ont chacun leur propre intrigue.

 

photo, Intimidation, Richard ArmitagePetit footing de 45 bornes à la recherche de sa femme

 

Contrairement au roman d'Harlan Coben, dont l'action se situe aux quatre coins des États-Unis, la série se déroule dans une petite ville au nord de l'Angleterre dont on ne connaît pas le nom. Un changement géographique qui, comme dans Broadchurch, contribue à créer une atmosphère pesante et étouffante qui donne l'impression que chaque visite de l'Étrangère peut non seulement bousculer la vie d'un personnage, mais aussi celle de cette communauté où tout le monde a l'air de se connaître.

Si le rythme de mitrailleuse de la série ne permet pas de s'attarder avec sollicitude sur les personnages et ne se contente que de relier les points entre eux, il ne laisse pas le temps de s'ennuyer non plus. Les meurtres et autres rebondissements qui s'enchaînent donnent un certain élan à la narration et relancent continuellement l'intérêt du spectateur jusqu'à la fin de la série.

Connu pour avoir travaillé sur d'autres séries du genre comme Accused ou sur les créations d'Harlan Coben, The Five et Safe, Danny Brocklehurst se sert de ce nouveau contexte et de son expérience sur Shameless (la série britannique, pas l’adaptation américaine) pour insuffler de l'humour au milieu des secrets et des révélations. Que ce soit à travers une course poursuite avec Adam et son ami Doug (Shaun Dooley) ou avec les interventions de l'inspecteur Wesley Ross, que sa coéquipière appelle affectueusement « le Bambin », les scénaristes parviennent à apporter une touche comique et une certaine légèreté à cette série qui sait qu'elle aurait tort de se prendre trop au sérieux.

Intimidation est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 30 janvier

 

Affiche officielle

Résumé

Intimidation n'est, certes, pas aussi grandiose que ce qu'on peut imaginer, mais elle se laisse regarder sans rechigner. Même si elle n'a pas de grandes ambitions visuelles ou narratives et qu'elle fait pâle figure par rapport au roman de Harlan Coben dont elle est issue, la série se montre à la hauteur de ce qu'elle veut proposer, notamment grâce aux performances remarquables de Richard Armitage et Siobhan Finneran.

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commentaires
Apr
11/02/2020 à 20:55

Excellente adaptation du livre. Très bien joué. Tres agréable à voir . En attente d'autres séries d'Harlan Coben

Chris
11/02/2020 à 19:39

J'ai lu un bon paquet de romans d'Harlan Coben, Intimidation compris, je ne suis pas trop tenté par cette série car le gros problème d'Harlan Coben c'est que tous ses romans se ressemblent et au bout d'un moment on à l'impression de toujours lire la même chose, seule sa série de romans sur Myron Bolitar, un agent sportif/detective, est plutôt sympa, rempli d'humour et originale, c'est ces romans là qu'ils devraient adapter en série.

Andarioch1
11/02/2020 à 19:04

A propos, EL, vous ne sauriez pas par hasard pourquoi Coben n'est jamais adapté dans son pays d'origine, à savoir les EU?

Andarioch1
11/02/2020 à 18:56

Je n'en suis qu'au 4ème épisode et ça se laisse regarder. Le seul problème est que ça ressemble vachement à safe.
A quand les aventure de Myron Bolitar?

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