The Good Place saison 4 : un final raté ou magique pour la série menée par Kristen Bell ?

Alexandre Janowiak | 4 février 2020 - MAJ : 04/02/2020 14:05
Alexandre Janowiak | 4 février 2020 - MAJ : 04/02/2020 14:05

Alors que ses deux premières saisons avaient réussi à surprendre et engendrer un univers totalement dingue, The Good Place coinçait quelque peu avec sa saison 3 malgré une inventivité toujours aussi débordante. Avec sa saison 4, la série de Michael Schur portée par Kristen Bell tire sa révérence, non sans mal. Attention plusieurs spoilers !

THE GOODBYE PLACE

Dès la saison 3, The Good Place commençait à patiner. Après un démarrage alléchant sur la planète Terre dans ses tout premiers épisodes, où les personnages sortaient des sentiers battus et où l'univers se déployait un peu plus devant nos yeux, la série avait du mal à décoller. Plantés sur Terre, Eleanor et consorts gagnaient en substance, mais l'ensemble perdait en panache. Ce n'est finalement qu'au bout de huit longs épisodes que la série de Michael Schur s'élançait enfin (un peu tardivement) pour livrer de jolies choses jusqu'à promettre encore de belles perspectives pour cette saison 4 finale.

Tristement, à l'instar de cette avant-dernière saison, cette ultime salve d'épisodes met beaucoup de temps à transporter, trop même. Malgré les nouveaux enjeux mis en place lors du final de la saison 3, la série coince littéralement jusqu'à quasiment faire un surplace gênant voire ennuyeux. Les destins des personnages avancent peu, les mésaventures sont figées, et le spectateur est tout aussi bloqué que le groupe mené par Eleanor (parfaite Kristen Bell) dans cette expérience supervisée par la Juge Burrito (oui, elle s'appellera toujours comme ça pour nous, ne vous en déplaise).

 

Photo Kristen BellEleanor prend les commandes

 

Évidemment, il y a encore et toujours plusieurs situations comiques et burlesques extrêmement bien senties et imaginatives (Eleanor qui devient architecte). Évidemment, les duos, quatuors ou groupes formés au gré des expérimentations ou missions pour sauver le "paradis" sont toujours aussi complémentaires. Évidemment, on reste attaché à chacun des personnages et les émotions qui les traversent nous touchent indéniablement, mais cela ne suffit pas à donner une belle aura à cette saison 4.

L'univers a beau être toujours aussi foisonnant, on sent que les idées sont moins évidentes, que le scénario a du mal à trouver son rythme et cela provoque nombre de facilités scénaristiques agaçantes. 

 

Photo Kristen Bell, Ted DansonChangement de rôles

 

DIFFICILE D'EN FINIR

En effet, au coeur de sa première partie, l'ultime saison de The Good Place est traversée trop régulièrement d'intrigues qui stagnent avant d'être réglées à la vitesse de la lumière. La série s'accroche ainsi à l'expérience cherchant à rendre meilleurs les quatre humains qui en font l'objet (dont un Chidi rebooté) et aux multiples interactions entre le groupe originel (Jason, Tahani, Eleanor, Michael et Janet) et ces petits nouveaux à mener vers le droit chemin (Brent, John, Simone et Chidi rebooté).

L'ensemble peine alors à convaincre et la série se complait de petits épisodes pas franchement marquants où la série joue surtout de son univers loufoque pour masquer ses défauts. Ainsi, nombre de situations semblent créer pour cacher la pauvreté intrinsèque du récit et paraissent clairement sorties de nulle part. La série crée des problèmes et des solutions les unes après les autres, parfois aux dépens de certains personnages et de la cohérence du tout.

En résulte, un scénario peu attrayant, souvent poussif, s'appuyant plus sur son univers déjà établi que son nouveau récit et ses nouveaux défis, alors même que la série fait preuve d'une immense générosité. Sans doute trop pour un récit construit sur si peu d'épisodes et au format 20 minutes.

 

PhotoUn groupe qui se serre les coudes

 

De facto, cette quatrième saison déçoit à de nombreux niveaux. On redoutait d'ores et déjà de la voir s'essouffler tant la troisième saison avait eu du mal à démarrer et à trouver une bonne dynamique seulement à mi-parcours. Force est de constater que la crainte était plus que légitime puisque cette saison 4 est touchée par les mêmes symptômes et les voit même s'aggraver. Car oui, The Good Place, malgré son immense potentiel et son monde fascinant s'est révélée surtout très inégale dans sa dernière ligne droite.

Les épisodes voyant la juge (Maya Rudolph hilarante cela dit) rechercher son joujou dans les multiples Janet pour annihiler toute forme de vie sur Terre représentent la quintessence de la paralysie du show. ll faudra deux voire trois épisodes et une énorme facilité scénaristique (Chidi rebooté retrouve toutes les mémoires des Chidi rebootés avant lui pour devenir un Chidi sur-cheaté) pour passer à l'arc final et stopper les intrusions de la juge dans les vides des Janet.

Bref, c'est un peu trop facile, pas très captivant et, surtout, ça dévalue quelques émotions au coeur des saisons précédentes (notamment les adieux de fin de saison 3).

 

Photo D'Arcy Carden, Maya RudolphUn arc narratif un peu lourdingue

 

THE FINAL PLACE

Heureusement, le génie de Michael Schur est loin de s'être évanoui avec cette quatrième saison, et malgré dix épisodes très en deçà de ce qu'il nous avait offert jusqu'ici, le showrunner a également livré l'un des plus beaux finals de séries à The Good Place.

Assurément, il faut ignorer les incohérences scénaristiques qui jalonnent cette fin puisqu'après tout, le groupe n'avait plus la possibilité de finir au Bon Endroit si l'on en croit la saison 3, non ? On passera également sur la précipitation du récit dans son grand final : quel dommage de placer le récit seulement trois épisodes au Bon Endroit (le vrai) alors qu'il s'agit sûrement du territoire le plus propice aux fantasmes, aux folies et aux nouvelles virtuosités. Cependant, avec ses trois derniers épisodes, la saison 4 de The Good Place retrouve tous les atouts qui ont forgé l'amour qu'on a pu lui porter.

 

photoEverything is fine, you are in the Good Place

 

Plus qu'une simple comédie satirique, la série NBC développe des thématiques profondes en quelques instants, notamment philosophiques et théologiques. Sa vision de l'au-delà et de l'après-vie offre des perspectives à la fois réjouissantes, réconfortantes, drôles, émouvantes et tristes, soit tout ce qui a fait le zèle du groupe et de la série. Avec une délicatesse remarquable, The Good Place a su s'émanciper de sujets épineux (l'existence de Dieu par exemple) pour offrir de jolies (et solides) réflexions morales et éthiques sur le Bien et le Mal.

Dans ces derniers instants, la série de Michael Schur déploie d'ailleurs toute sa palette, avec une mise en scène plus recherchée et fluide (ce plan-séquence inattendu où la magie des portes nous transporte d'un restaurant à une chambre, d'un bureau à une destination de rêve). Dans un monde où tous les désirs sont réalisables, le champ des possibles est infini et la série s'en sert brillamment (à l'image de cette immixtion brève, mais merveilleuse au coeur de Paris) pour repousser les limites une dernière fois.

 

photoUn des plus beaux plans de la série

 

Avec son grand final, la série réussit donc sa sortie et ses adieux avec brio et poésie, malgré les nombreux défauts de l'ensemble de la saison, très en dessous des trois précédentes. Toujours aimante de ses personnages, la série leur rend justice avec passion et fougue, des principaux Elanor, Chidi, Michael, Jason, Tahani et Janet aux secondaires comme Derek, Mindy St Claire ou Doug Forcett. Sans artifice et avec beaucoup de sobriété (cette porte apaisante vers ledit néant), la série donne une sensation paradoxale : celle d'une existence possiblement éternelle et mortelle à la fois, donnant à chacun le sentiment d'être maître de son destin.

"Si la vie (et l'après-vie) n'avait pas de fin, elle manquerait de saveur" nous dit concrètement la série dans sa dernière ligne droite. Parce que The Good Place a toujours aimé jouer avec les frontières, elle lorgne ici sur les lignes du meta en transposant sa pensée à travers la fin de son récit. C'est justement parce qu'ils connaissent une fin que les parcours des personnages campés par Kristen BellTed DansonManny JacintoJameela JamilWilliam Jackson Harper ou encore D'Arcy Carden sont aussi émouvants, attachants et vibrants. Le paradis et la vie ne sont pas éternels, The Good Place ne l'était pas non plus.

Et c'est pour le mieux, car maintenant qu'elle s'en est allée au bon moment, lorsqu'elle était fin prête à faire ses adieux à ce monde, elle restera gravée éternellement dans nos coeurs.

Les quatre saisons de The Good Place sont disponibles en intégralité sur Netflix

 

Affiche USC'était leur vie

Résumé

Cette saison 4 de The Good Place est indéniablement la plus faible de la série. Pour autant, dans un ultime élan, elle réussit à livrer un final élégant, émouvant, drôle, poétique et philosophique à son magnifique univers.

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commentaires

Michaeljfuk
26/02/2020 à 14:12

Kristen Bell est adorable dans cette série, je suis amoureux. Michael Schur est un génie.

Calimero
05/02/2020 à 01:07

J'ai trouvé cette fin de saison parfaite. Peut-être un peu trop rapide. J'avais aussi adoré la 3. Je trouvé la review bien cruel.

Roukesh
04/02/2020 à 15:41

Cette fin de saison à rattrapé le reste, je suis d'accord avec vous. L'épisode final était une très belle conclusion. Un épisode très doux et mélancolique, mais porteur d'espoir, un peu à la manière de The Leftovers (pauvre Carrie Coon qui méritait son Emmy).
A quand une série Schur-Lindelof bien méta?

Stavos
04/02/2020 à 12:54

(SPOILERS)
Très déçu par ce final. L'écriture est (presque) là, mais la mise en scène et le montage manquent terriblement de moments poignants comme on pouvait en espérer. Le fait que les persos franchissent la porte sans leurs amis, et vivent donc leurs derniers instants totalement seuls (ou avec Janet, c'est selon) perd en force. J'aurais adoré voir Chidi franchir l'arche devant une Eleanor les yeux pleins de larmes, par exemple. La fausse disparition de Jason est quelque peu foirée, ou même la nouvelle carrière de Tahani qui reste une belle idée mais qui ressemble surtout à une astuce pour boucler l'arc de Mindy plus qu'autre chose. Pourtant je ne peux m’empêcher de voir que sur le papier ce final aurait pu être grandiose et très émouvant si il avait pris plus son temps, comme a pu l'être celui de Scrubs par exemple (fin de saison 8, j'occulte volontairement la 9).
Ça reste une belle fin, mais qui a plus d'idées que de résultats, hélas.

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