Euphoria : critique en extase d'une saison 1 envoûtante, trash et addictive

Alexandre Janowiak | 19 août 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 19 août 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Sam Levinson avait bousculé l'Amérique fin 2018 avec son deuxième long-métrageAssassination Nation, qui auscultait largement les troubles des États-Unis à travers le prisme de la jeunesse. Avec Euphoria, le réalisateur et scénariste s'épanche à nouveau sur cette génération, avec huit brillants épisodes, comme un prolongement idéal à son étude de l'Amérique moderne.

POLÉMIQUE À FLEUR DE PEAU

Avant même sa diffusion, Euphoria était sous le feu des radars. D'abord, parce que c'était la nouvelle oeuvre du talentueux Sam Levinson, fils de Barry Levinson, réalisateur du séditieux Assassination Nation. Deuxièmement, parce que c'était l'une des premières vraies incursions de HBO dans le genre du teen drama qui truste de nombreuses plateformes (notamment l'ennemi juré Netflix). Enfin et surtout parce qu'elle a créé la polémique quelques semaines avant d'envahir nos écrans.

En effet, après les premiers visionnages de la presse américaine, la série HBO a été vivement pointée du doigt par la critique la décrivant comme extrêmement explicite. De nombreuses scènes auraient d'ailleurs été coupées ou modifiées sur demande de la chaîne estimant qu'elles étaient trop choquantes.

Ainsi, la série s'est forgée une petite réputation sulfureuse qui lui a sans doute permis de gagner en visibilité aux yeux du grand public et d'attirer un large auditoire de spectateurs dès son pilote. Le moyen de créer le buzz dès ses débuts (le hashtag #EuphoriaHBO était la première tendance US et la troisième mondiale après la diffusion du premier épisode) et de fidéliser un bel auditoire pour les épisodes suivants (5,6 millions de spectateurs en moyenne en replay sur HBO). 

 

Photo Barbie FerreiraQuand vos ados vous font croire qu'il regarde Euphoria mais qu'en fait...

 

ADDICT GENERATION

Des coupes et modifications qui n'ont pas empêché Euphoria de conserver une patte unique et provocatrice, qui constituait déjà la signature d'Assassination Nation. Cependant, la série est plus qu'une simple provocation et préfère accentuer plus largement son propos au coeur d'un dispositif jouant sur l'excès de chaque personnage et chaque situation. Évidemment, la drogue, le sexe et la violence sont des poncifs vus et revus dans les teen dramas, mais Sam Levinson les exploite sans filtre à travers les huit épisodes de cette saison 1, notamment grâce au personnage de Rue.

Incarnée par l'épatante Zendaya, dont c'est le premier grand rôle (même si elle fut déjà remarquée pour son personnage dans la série Disney Channel Shake It Up), Rue est l'ambassadrice des problèmes que connaissent chacun de ses camarades. Narratrice de la série de bout en bout, au langage peu châtié voire totalement vulgaire, elle offre une vision plus réaliste de cette génération malade, névrosée et mélancolique.

 

Photo ZendayaZendaya, l'âme du show

 

De l'influence du porno sur la sexualité des adolescents à leur usage excessif de drogue et d'alcool, en passant par le suicide, le viol, la dépression ou l'avortement, Euphoria ne prend aucune pincette avec ces sujets puissants et extrêmes. Les nombreuses scènes de sexes crus présentes à l'écran (une masturbation par webcam interposée, une stimulation sexuelle par étouffement, un viol sur mineur, des dick pics partout) en sont aussi la preuve. Le moyen d'aller au-delà de ces thématiques vues et revues (on pense à Skins) pour affronter des problématiques encore plus actuelles : sexisme, toxicité masculine, culte du corps, consentement ou la notion d'intimité à l'ère des réseaux sociaux.

Les séquences introductives de chaque épisode permettent, d'autant plus, de mettre l'accent sur l'un ou l'autre des sujets abordés en se consacrant à l'enfance d'un lycéen différent à chaque fois tout en le mettant en parallèle avec son présent. Qu'il s'agisse de celle en pleine recherche identitaire de Jules (superbe Hunter Schafer), de celle violente de Nate (inquiétant Jacob Elordi), de celle détruite de Cassie (future très grande Sydney Sweeney) ou celle moquée de Kat (envoutante Barbie Ferreira), chaque introduction est une incursion bouleversante dans leur histoire décuplant la richesse du récit et intensifiant les émotions.

 

Photo Hunter SchaferLe personnage de Jules, sans doute le plus passionnant

 

ENTREZ DANS LA TRANSE

Cette confrontation au réel, la série la balance en pleine figure aux spectateurs. Avec la narration de Rue évidemment qui n'hésite d'ailleurs pas à s'adresser directement au public à plusieurs reprises, mais aussi grâce à la réalisation de Sam Levinson et des trois réalisatrices qui l'accompagnent : Jennifer MorrisonAugustine Frizzell et Pippa Bianco.

Si Euphoria est une perle scénaristique, jouissant de personnages ultra-développés qui effacent ou détournent les clichés inhérents du genre teen avec brio, la mise en scène de cette saison est, elle aussi, l'atout majeur de la série. Dès les premiers instants du pilote et cette immiscion dans le ventre de la mère de Rue et notre sortie pendant l'accouchement pour lancer les hostilités et voir le show naitre en même temps que son personnage principal, Euphoria est remplie d'idées fascinantes.

 


Les coulisses d'une scène mémorable

 

Ainsi, il y a une réelle sensation d'immersion qui se dégage de chaque séquence de la série. L'une des plus marquantes reste le trip dingue de Rue - dans ce même pilote - qui lui retourne la tête et fera littéralement virevolter celles des spectateurs en faisant tourner les murs autour d'elle (rappelant une séquence culte d'Inception). Elle est visible, en partie, juste au-dessus.

La suite ne sera pas en reste nous plongeant au coeur d'un vestiaire masculin jouant du flou pour nous confronter au malaise de Nate dans l'épisode 2, dans le délire dansant en boîte de nuit de Rue et Jules dans l'épisode 7 rythmé aux sons des battements de leur coeur ou bien se transformant en enquête à la Seven jouant du grain de l'image dans ce même épisode, en séquence animée dans l'épisode 3 ou encore à une comédie musicale transcendantale dans le grand final de la saison.

 

PhotoUn final en fanfare chantant, dansant et mystique

 

Alors certes la série lorgnera parfois sur les lignes de la suresthétisation avec son amour démesuré pour les ambiances néoneuses. Pour autant, ces choix artistiques sont loin d'être des artifices et servent la série à chaque instant. Ainsi, la multiplicité des couleurs dans le cadre ou le changement brusque de lumière décrivent en temps réel les tâtonnements sentimentaux, sexuels ou philosophiques de nos jeunes héros voire de leurs parents (effrayant et touchant Eric Dane).

L'intensité du montage, mettant en parallèle le quotidien de la douzaine d'adolescents au coeur de cette saison, est aussi l'une des clés de la réussite globale de Euphoria (avec sa bande-son sur laquelle on ne s'attardera pas tant il y aurait à dire). Ainsi, l'épisode 4 jongle admirablement entre les personnages au coeur d'une fête foraine, théâtre lumineux d'une fausse euphorie collective extérieure au premier abord qui deviendra un miroir de cauchemars intérieurs angoissants, eux, bien réels.

Des cauchemars qui trouvent certains remèdes dans un épisode final expiatoire qui annonce une saison 2 tout aussi étouffante, anxiogène et mystérieuse que la première. Sam Levinson a d'ailleurs d'ores et déjà affirmé que cette deuxième saison (qui devrait arriver l'année prochaine) continuera à étudier différents pans de cette jeunesse américaine à travers des personnages laissés de côtés dans cette première salve d'épisodes. En ligne de mire, la discrète Lexi Howard (Maude Apatow) et le dealer protecteur Fezco (Angus Cloud). De quoi présager du très bon, comme si on en doutait.

 

La saison 1 d'Euphoria est disponible en intégralité sur OCS en France.

 

Affiche

Résumé

Euphoria est une petite bombe au coeur du teen drama et du monde des séries en général. Une incursion désenchantée à la fois trash, drôle, éprouvante et bouleversante au sein d'une génération malade magnifiée par une mise en scène enivrante et un excellent casting (incroyable Zendaya). Assurément une des meilleures séries de l'année 2019.

Autre avis Lino Cassinat
Les mots manquent pour décrire l'éblouissante Euphoria. Il y a bien quelques archétypes qui traînent, mais c'est bien trop peu pour entamer la puissance émotionnelle de la série, pêchue comme un bon morceau de Grimes, libre comme un Gregg Araki de la grande période, et mélancolique comme un immense John Hughes. Le meilleur de toutes les époques.
Autre avis Geoffrey Crété
Sam Levinson applique la leçon de son bâton de TNT Assassination Nation pour orchestrer un voyage entre descente aux enfers et décollage des sens. Euphoria est une petite bombe à tous les niveaux, de sa mise en scène fantastique à son spleen ado magnifiquement écrit, en passant par ses acteurs totalement grandioses.
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commentaires
Geoffrey Crété - Rédaction
11/11/2019 à 01:26

@MisterM @Sigi

J'arrive bien après la bataille mais le top des séries publié pendant l'été est arrivé un peu tôt pour que toute l'équipe ait pu voir Euphoria en entier.
La série était dans les "elles ont failli y être", citée à la fin donc, et clairement elle aurait eu sa place si on l'avait vue (et Alexandre voulait déjà qu'elle y soit à l'époque). Parce que Simon n'est qu'un membre dans l'équipe, dont la voix compte comme une autre.

En tout cas, Euphoria sera donc dans les tops de fin d'année, clairement !

MisterM
19/08/2019 à 23:26

Hahaha, ce sacré Simon, toujours le mot pour rire, mais pas celui qu'il croit. ^^

Sigi
19/08/2019 à 22:31

MisterM - Parce que Simon a trouvé cela, je cite, "atroce".

MisterM
19/08/2019 à 18:54

Excellente série je ne peux qu'acquiescer, splendide mise en scène, personnages magnifiques et remarquablement bien creusés. Je ne lui reproche que ses coupes au montage, ou en tout cas l'impression que certains éléments secondaires de l'intrigue ont été oubliés.

Du coup une explication du pourquoi le très inégal The Boys l'a remplacé dans votre top ?

Jojo
19/08/2019 à 18:15

J'ai adoré c'était magnifique, troublant et envoûtant !
Et je pensais pas voir autant de pénis dans une série lol

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