Jessica Jones Saison 3 : critique gueule de bois

Simon Riaux | 19 juin 2019
Simon Riaux | 19 juin 2019

Alors qu’on sait de longue date que le destin de l’alliance Marvel/Netflix est scellé, la sale gosse Jessica Jones se voit confier la tâche de clore l’aventure industrielle et super-héroïque des Defenders, à l’occasion d’une ultime saison. Levons notre verre à la santé de la furibarde détective incarnée par Krysten Ritter et regardons ce que vaut cette dernière investigation.

DÉTECTIVE BOURRÉE

Après avoir affronté un trauma fondateur personnifié par Kilgrave, notre héroïne s’est affranchie de son passé, questionnée sur le sens de ses pouvoirs comme de ses origines, avant de devoir assumer au cours de cette saison 3 les conséquences de ses mésaventures introspectives. Trish, désormais dotée de pouvoirs, souhaite les expérimenter et se forger un destin de vigilante, Jeri se sait condamnée, et ce féroce trio doit affronter un tueur en série brillant décidé à en anéantir les membres.

Les qualités premières du show demeurent ici inchangées. Krysten Ritter y incarne une détective abrasive, alcoolique et toujours à deux doigts d’entrer en éruption. Et si le personnage nous revient éreinté par deux saisons qui ne lui auront jamais fait de cadeau, la comédienne parvient à ne jamais laisser s’éteindre l’énergie de rage abrasive, de volonté surpuissante, qui confère au protagoniste son charisme.

 

photo, Krysten RitterUn dernier pour la route

 

Dire que ce dernier tour de piste lui doit énormément serait une sacrée litote, tant elle s’avère régulièrement la seule raison de poursuivre le visionnage. Au moins retrouve-t-elle un adversaire à sa hauteur, après une deuxième saison qui avait bien du mal à personnifier les adversaires intérieurs de Jones. Joué par le salaud en chef des prods Netflix, l’excellent Jeremy Bobb, Sallinger est un assassin mégalomane et épris de « justice », désireux de remettre l’investigatrice à sa place (et de zigouiller le plus de monde au passage).

En plaçant ce duel existentiel à un niveau essentiellement intellectuel, la série s’affranchit à peu près complètement des super-pouvoirs dont elle ne savait que faire durant sa première partie. Les joutes entre la Walkyrie du Bronx et le boucher impénitent forment un ballet ultra-violent réjouissant et cinégénique. Jessica Jones n’a droit ni au repos, ni à la paix des braves, pire, elle doit ici assumer le poids de ses erreurs, l’évidence de ses limites et un prix à payer particulièrement élevé pour éponger ses erreurs.

C’est d’ailleurs cette cohérence, cette dureté, cette volonté de clore les luttes symboliques et physiques entamées avec la première saison, qui permet à la série de demeurer un tantinet appréciable, malgré de colossaux défauts structurels.

 

photo, Krysten RitterErik (Benjamin Walker) aberration scénaristique à lui seul)

 

THE DEPRIMERS

On l’aura dit et répété, la construction des shows Marvelliens de Netflix autour de 13 épisodes dépassant allègrement les 50 minutes est une aberration. Jessica Jones n’échappe pas à la règle, tant il semble évident qu’une grosse moitié de la saison sert de pur dérivatif à l’intrigue principale.

Ainsi, entre les atermoiements érectiles de Malcolm, deux épisodes largement consacrés à des révélations parallèles très artificielles ou attendues, une évolution psychologique de Trish tantôt trop lente, tantôt abrupte, et des ressorts aussi aberrants que « quel dommage que les résultats du labo ne soient pas arrivés et nous interdisent d’arrêter le coupable », les raisons de maudire les scénaristes sont nombreuses.

 

photo, Rachael TaylorTrish manque de punch

 

D’autant plus nombreuses que le show se désintéresse totalement de l’action, l’évite autant que possible, voire la saborde purement et simplement, comme en témoigne le dernier épisode. À ce titre, on ne peut manquer d’être déçu par le deuxième effet kiss cool du récit, une habitude devenue système chez Marvel/Netflix.

Transformer Trish en Hellcat ne manque ni de sens ni de potentialités, mais se heurte là aussi à la construction mollassonne et irrégulière de la série. Malgré un investissement physique évident et énormément de bonne volonté, Rachael Taylor ne parvient pas à rendre crédible la bascule progressive de son personnage de side kick, promu au rang de miroir déformant de Jones, et donc de méchants.

 

photo, Krysten RitterGrosse ambiance

 

Pire, l’héroïne et sa future Némésis se voient flanquées de l’informe Benjamin Walker, sorte de télépathe psychopoivrot au charisme de Werther’s Original, pas plus inspiré que dans son embarrassant Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires. Le spectateur a beau espérer en  vain que le scénario le transforme rapidement en pâté de tête afin d’en faire un déclencheur pour nos deux femmes de tête, l’intrigue préfère lui réserver un curieux rôle d’élément déclencheur à mi-temps, tour à tour passif et objecteur de conscience.

Du côté de la mise en scène, on attendait de voir le résultat de l'investissement renforcé de Krysten Ritter derrière la caméra. Las, c'est l'intégralité de la saison qui manque perpétuellement d'identité. Et ce n'est pas la faute aux nombreuses scènes tournées en extérieur, ni à la direction artistique, qui fait tout son possible pour convoquer aussi bien le film noir que le film de serial killer. Non, c'est bien la responsabilité d'une mise en scène et d'une photographie qui manquent de punch. Tout est toujours cruellement générique, à l'image d'une suite de séries qui auront progressivement abandonné toute ambition stylistique.

Voilà qui témoigne bien du laisser-aller de l’ensemble, qui ne va jamais jusqu’à se vautrer dans l’indigence totale et sait conserver ses principaux acquis, mais souffre de trop d’approximations structurelles pour ne pas décevoir.

La saison 3 de Jessica Jones est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 14 juin. Les saisons 1 et 2 sont disponibles également sur la plateforme.

 

photo, Jessica Jones saison 3

Résumé

Le charme opère encore par endroit, et cette saison recèle son lot de confrontations et de séquences fortes. Malheureusement, ces qualités sont engluées dans un ensemble bien trop lâche et distendu.

commentaires

naho
22/06/2019 à 05:11

Je vais divulgacher (spoiler quoi) tranquille la série là, mais pour montrer une belle approximation structurelle, selon moi. Quand malcolm démissionne/se fait virer, pourquoi donne-t-il la video de surveillance ? Il aurait pu juste démissionner, mais non ce geste incomprehensible, entraine en plus la découverte pour jeri que trish = hellcat... Un truc aussi tiré par les cheveux qui en plus crée une certaine rupture dans la narration, y avait plus simple et moins débile/forcé (car oui, la ca semble quand même bien forcé un changement, qui ne vient pas naturellement)... Genre simplement, une possibiliété aurait été que la meuf de malcom montre la video tel quel. Ca ne sert à rien en plus leur relation, on aurait pu la conclure bien avant. L'histoire est sympa mais un peu boiteuse

adel 10
20/06/2019 à 13:45

bonne critique je pense exactement comme vous

,je dirai que je suis d'autant plus déçu qu'il n ' y a aucun des personnages des autres série pour dire au revoir oû même faire coucou

la série se trouve être une série marvel sans univers marvel bizarre

toutefois je trouve cette saison moins longues que les deux première saisons de daredevil ou 17 épisodes au moins n'apporte rien a l'intrigue et ne servent à rien

codesx
19/06/2019 à 20:22

ma série préférée. je suis fan de jessica. la saison 1 était géniale, la 2 un peu moins mais je l’ai vraiment aimée, la 3 est super. quelques déceptions dans chaque saison mais c’est normal, aucune série n’est parfaite. chacun son avis et son point de vue. c’est vraiment triste que c’est fini, je continuerai à regarder cette série en boucle !

zetagundam
19/06/2019 à 20:05

Pas de surprise donc surprise puisque j'ai l'impression que toutes les "oeuvres netflix" souffrent toutes d'un problème de ryhtme

Flash
19/06/2019 à 17:38

La saison deux avait été très longue à regarder, je ne suis pas sur de me laisser tenter par celle là.

alexor
19/06/2019 à 16:48

Je vous trouve vraiment gonflé dans vos critiques , approximation structurelle non mais vous avez l'école du cinéma ou quoi sans déconner c'est limite ridicule ..
C'était vachement bien Jessica Jones et parle pour toi mais je ne vois pas de remplissage et toi tu dis la moitié de la série carrément bla bla bla

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