Berserk : le chef d'œuvre de la Dark Fantasy est enfin de retour

Créé : 17 janvier 2018 - Christophe Foltzer
Christophe Foltzer | 17 janvier 2018
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Dans la vie, il y a des œuvres qui nous marquent sans que l'on sache trop pourquoi au départ. Et puis, on y réfléchit, on s'y replonge et, petit à petit, on comprend ce qui nous attire, ce qui nous parle. Et puis, au-dessus de ces chefs-d’œuvre, il y a Berserk.

N'en doutez pas une seconde, la sortie de ce volume 39 en librairie est un véritable événement parce qu'il marque le retour de l'un des meilleurs mangas jamais créés après un an d'une terrible attente, Berserk. Un rythme de parution quasi annuel qui s'explique par la volonté de son auteur de vouloir nous offrir à chaque fois son meilleur travail. Et, comme tous les joyaux, Berserk se mérite.

 

 

Photo Berserk

BERSERK (c) KENTARO MIURA 1990/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

 

DARK FANTASY

Berserk n'est assurément pas une saga comme les autres et, définitivement, aucun manga ne lui ressemble. Kentaro Miura a créé en 1989 une œuvre-somme d'une densité exceptionnelle tant dans les thèmes qu'il aborde que dans les références qu'il convoque et, après quasiment 30 ans de parution, il convient de revenir sur ce summum de la Dark Fantasy. Déjà, définissons le genre : contrairement à des œuvres de pure heroic-fantasy, la Dark Fantasy se distingue par son caractère éminemment pessimiste et désenchanté. Ici, peu de place est laissée à l'espoir et à la lumière, le monde est à bout de souffle, tout comme ses personnages et l'apocalypse n'a jamais été aussi proche. Un sous-genre très adulte donc, qui fait la part belle à tout ce que l'homme contient de plus sombre et violent en lui et qui pourrait être très mal interprété si on ne prend pas la peine de s'y intéresser.

Car, tel le diamant qui fait son nid dans le charbon, la Dark Fantasy est paradoxalement l'un des genres les plus gorgés d'espoir puisque, en nous présentant ce monde en déliquescence, les œuvres mettent généralement l'accent sur les efforts de leurs personnages pour survivre, s'en sortir, retrouver la lumière. Et Berserk n'y fait pas exception, même s'il emprunte de sacrés détours dans sa tête.

 

 

Photo Berserk

Mise en scène dynamique

BERSERK (c) KENTARO MIURA 1990/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

 

BANDE DE FAUCONS

Au début, il y a Guts, un jeune guerrier errant, un chien fou doté d'une gigantesque épée. Né d'une pendue, il part mal dans la vie et ses premières années le confirmeront puisqu'il est tour à tour vendu, martyrisé, violé et que toutes les personnes qui semblent prendre soin de lui meurent les unes après les autres. Guts n'a connu que la violence, la mort, la guerre, il a été éduqué pour devenir une bête et c'est ce qu'il est devenu. Jusqu'au jour où il croise le chemin de Griffith, éphèbe angélique à la tête de la Bande du Faucon, un ancien groupe de voleurs reconverti en mercenaires. Après un premier affrontement, la bête trouve son maître et Griffith "le veut". Intégré à la Bande du Faucon, il va progressivement en gravir les échelons à mesure que le groupe vend ses services aux deux puissances en guerre dans un monde médiéval fantastique impitoyable. Devenu bras droit de Griffith, Guts se sent enfin chez lui et voue une admiration sans bornes à son maitre jusqu'à ce que ce dernier, doté d'une ambition dévorante, se fasse trahir par le Roi de Midland qui l'enferme dans un cachot et le torture pendant une longue période, de laquelle il ressortira transformé.

 

 

Photo Berserk

Guts, humain malgré tout

BERSERK (c) KENTARO MIURA 1990/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

 

Griffith, grâce à un artefact qu'il possède depuis son plus jeune âge, le Béhélit, entre en contact avec les puissances démoniaques supérieures pour effectuer un gigantesque sacrifice afin de renaitre sous la forme de Femto, une figure quasi divine. Guts s'en sort, en y laissant un œil et une main, avec quelques rares chanceux, et, frappé du sceau du démon, il décide de se venger de son ancien allié dans un monde à nouveau plongé dans les ténèbres.

 

GROSSE EPEE ET PETIT ESPOIR

On le voit rien qu'à ce résumé qui schématise les 13 premiers tomes de la saga, Berserk n'est pas un manga à mettre entre toutes les mains. Ici, rien ne nous est épargné et l'horreur arrive toujours à repousser les limites de notre imagination pour nous surprendre. Pourtant, et c'est évidemment l'une des grandes forces du manga, tout ceci n'est pas gratuit. En effet, par ce biais, Kentaro Miura nous raconte une histoire profondément humaine, terriblement actuelle malgré tout et qui s'attache à mettre en lumière ce que nous préférons laisser cacher dans les ténèbres. Doté d'un trait fantastique, minutieux et extrêmement travaillé (qui explique la parution aussi lente des différents tomes), Berserk nous happe dès sa première case et bien malin celui qui saura en décoder les mystères à l'issue du premier tome. On pourrait le comparer à une version dark de One Piece par exemple, dans la mesure où Berserk nous propose un univers immensément riche et hypnotique, des personnages en apparence archétypaux mais qui montrent rapidement leurs nuances, un jeu de symboles mystérieux et envoûtants qui permette à la série de ne jamais perdre de son intensité et de son intérêt.

 

 

Photo Berserk

Griffith avant...

BERSERK (c) KENTARO MIURA 1990/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

 

Miura, en bon esthète, a digéré à peu près toutes les références qui parlent à l'inconscient collectif en termes d'imageries horrifiques. Ainsi, on retrouve beaucoup de H.R. Giger dans ses décors apocalyptiques (le papa d'Alien) tout autant que du Hellraiser dans le design de ses créatures supérieures. Et comment ne pas citer Phantom of the Paradise, dont le heaume de Griffith reprend le design exact du casque porté par l'infortuné héros du film de De Palma ? Pourtant, il ne s'agit pas de citation gratuite, puisque tout fait sens. On y voit effectivement là une volonté manifeste de mettre en rapport différentes imageries cauchemardesques pour atteindre la forme représentative commune du mal la plus pure qui soit. Et ça fonctionne ! En effet, les abominations que Miura nous offrent ont toujours cet aspect répulsif-attractif, cette zone de gris philosophique qui nous révulse sans pour autant que l'on n'en saisisse pas la beauté macabre et envoûtante. De ce strict point de vue, Berserk est une éclatante réussite.

 

Photo Berserk

...et après : Femto

BERSERK (c) KENTARO MIURA 1990/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

 

Mais on pourrait dire la même chose de son histoire, qui n'est jamais un prétexte et n'hésite pas à nous mettre face à nos propres contradictions morales et philosophiques. Tout le génie de cette œuvre et de son auteur est d'avoir choisi la voie de l'ambiguïté. L'opposition animalité-civilisation représentée par Guts et Griffith au début se renverse de multiples fois et si Griffith s'impose, une fois qu'il est devenu Femto, comme la figure du mal par excellence, ses intentions, au fond, restent pures et nobles. Seule la méthode est discutable. Pareil pour Guts, qui se transforme en démon, aveuglé par sa quête de vengeance, persuadé qu'il doit faire le bien en tuant Femto, alors qu'il répand la mort. Au milieu de ces deux antagonistes complémentaires et opposés, seule la pauvre Casca, capitaine de Griffith, amoureuse de son maitre puis de Guts, représente une alternative à laquelle on peut y apposer un minimum de bon sens. Mais, ainsi en est-il de l'univers créé par Kentaro Miura, le prix à payer est énorme et conserver son humanité n'est possible qu'au prix de la folie et du danger constant de basculer à tout moment. Et Guts, tiraillé entre son désir de vengeance et son besoin de protéger celle qu'il aime, perdu entre les deux, fatalement humain, malgré tout ce qu'il accomplit...

 

Photo Berserk

Un souci du détail époustouflant

BERSERK (c) KENTARO MIURA 1990/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

 

On le voit, Berserk n'est pas qu'un divertissement hardcore pour amateurs de sensations fortes (beaucoup de sang et de sexe, et souvent les deux en même temps), c'est avant tout le point de vue d'un artiste sur le monde, qui approche sa lanterne des endroits qu'on ne veut pas regarder comme pour nous dire que de ne pas s'y intéresser c'est leur laisser les pleins pouvoirs pour s'exprimer, avec toutes les conséquences désastreuses que cela signifie. Quête initiatique macabre autant que roman d'aventure épique, histoire d'amour en même temps que fresque philosophique sur le besoin de pouvoir, les traumatismes, les regrets et notre rapport à l'univers, Berserk mérite bel et bien son titre de chef-d’œuvre absolu. Alors oui, la sortie de ce volume 39 est un événement. Pour toutes ces raisons et bien d'autres que vous découvrirez par vous-mêmes en osant pousser les portes de ce monde de ténèbres pourtant si lumineux. Un très beau voyage.

 

Photo Tome 39

BERSERK (c) KENTARO MIURA 1990/HAKUSENSHA, INC., TOKYO

commentaires

Lol
14/02/2019 à 12:46

Ha.... Zahahaha

Ckda
19/01/2018 à 20:26

Sinon l'article était bien, et le partage sur une œuvre qu'on aime aussi ;) faut pas vous disputer les gars je crois qu'on reste quand même d'accord sur le fait que Berserk, c'est bien et ca nous rassemble ici . Apres de l'œuf et de la poule...

Tutito
19/01/2018 à 18:33

Zapan , comme je suis magnanime et tolérant avec les simples d'esprit je te donne une petite info ( comme ça tu pourras te faire mousser devant tes potes...) le titre de fantasy très vieux et sans fin qui l'a influencé c'est Guin Saga .

Tutito
19/01/2018 à 18:17

Réponse à Zapan: 1) tu es le 1er a agresser les autres , 2) en parlant de condescendance tu te pose là ! Et dernière chose pour toi gogole il suffit pas que Berserk soit de La Dark Fantasy pour influencer Dark Soul , les 2 œuvres n'ont rien en commun ! La vrais influence de Dark Soul c'est tout simplement King's Field de From Software ou l'univers est identique et effectivement le gameplay change ( avec une approche de la la difficulté élevé identique) le fait que le créateur du jeux soit fan du manga n'en fait pas une influence ! Sinon on peut également citer toutes les oeuvres de fantasy européennes !

Zapan
19/01/2018 à 16:23

Tutito: Condescendance over 9000

Apparement le monsieur a des leçons à donner à tout le monde et n'accepte pas (ne comprends pas) la critique lorsqu'il se place comme le . Je serai même content d'apprendre quelque chose (comme Jubex9 sur l'article de Devilman), mais ce ne sera pas avec ton vomi desservi ici que cela se passera. Nous n'avons jamais dit que Berserk n'était pas inspiré d'autres oeuvres (devilman par ex). Inspiré de quelque chose ne veut pas cependant dire que ce n'est pas unique en son genre.
C'est comme le terme chef d'oeuvre... une oeuvre est un chef d'oeuvre par rapport à d'autres oeuvres (oui en effet, berserk n'est pas le SEUL manga d'héroïque fantasy).

Mais en plus de partir dans les noms d'oiseau, notre ami veut nous faire notre culture (oui oui dis moi qu'est ce que je n'ai pas lu d'autres, réinvente moi une culture...).
Dis moi tu vois trolls partout dans ces forums avec ce ton supérieur.

Enfin bref, bonne journée l'ami et bonne branlette.

Tutito
19/01/2018 à 15:03

Merci à Zapan pour son manque de culture , mais Berserk est officiellement reconnue par les critiques pro et également par l’auteur lui même ( Miura est très fan) comme fortement inspiré de ces 3 mangas de Nagaï : ce n’est pas qu’une question de violence et de sexualité mais également des situations très semblables et. Tous les thèmes abordés qui sont très proches et effectivement pour s’en rendre compte par soi même il faut avoir lu les œuvres( ce que tu n’as visiblement pas fait ex : Mazin Saga c’est de la dark fantasy ) avant de faire son malin et prendre les autres pour des crétins , ce qui prouve un manque de confiance en toi . Si tu veux te comporter comme un Bully sur les forums ou un troll faut quand même un certain bagage intellectuel.

Zapan
19/01/2018 à 00:18

Le mec se réveille alors que c'est la 1er chose pour laquelle le Manga s'est fait connaître il y a 30ans dans le monde, à savoir une ultra violence de certaines oeuvres destinées aux jeunes...

Zapan
19/01/2018 à 00:14

Il parle en l'occurence d'unique en terme d'héroïc fantasy dans son approche du manga.

Si tu crois nous apprendre qu'il existe d'autres oeuvres/mangas violents ou aux thèmes adultes (ah bon sérieux ?? naaaaaaaan j'aurai pas cru), tu t'égares un peu l'ami et ta condescendance est mal placée.
Il existe même un terme pour ça en japonaise tiens donc, le Seinen...

Mais merci de faire l'effort de participer... -_-

Tutito
19/01/2018 à 00:02

Pour les personnes comme le journaliste qui pensent que Berserk est unique , que rien ne lui ressemble et blah blah blah...je leur conseil d'ouvrir un peux leur culture manga et de lire des œuvres de Go Nagai par exemple : Devilman Man , Violence Jack , Mazinger Saga etc...

Ckda
18/01/2018 à 22:14

Et reste que les thèmes abordés sont tout de même bcp plus légers et le nihilisme ou misanthropie moins forte. On ne voit plus de viols, les personnages sont plus manichéens qu'avant, le bestiaire bcp moins sale. Berserk je le suis depuis sa sortie, peut être qu'avec l'âge il a moins d'impact sur moi mais je reste sur l'impression que Miura c'est clairement assagi et aborde moins de front la saloperie de l'âme humaine.

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