Dodgers : un premier roman en forme de thriller implacable, par Bill Beverly

Sophie Sthul | 12 mai 2016 - MAJ : 08/06/2019 19:07
Sophie Sthul | 12 mai 2016 - MAJ : 08/06/2019 19:07

Dodgers est le premier roman de Bill Beverly. Doté d’un sujet relativement classique en apparence, le texte augure d’une carrière au firmament pour son auteur, tant il étonne par son style impeccable et sa maturité.

Dodgers est l’histoire d’East, un ado noir de 15 ans, solitaire et ombrageux, employé par un gang de dealers de Los Angeles pour faire le guet devant une crack-house. À la tête d’une bande de guetteurs aussi jeunes que lui, sinon plus, il ne peut, en dépit de son extrême vigilance, empêcher un jour un incident avec la police, où une jeune fille innocente est tuée. En guise de châtiment, East devra passer un test avant de pouvoir reprendre son poste : il est envoyé dans le Wisconsin afin d’y éliminer un juge, témoin clé dans un procès lié à une affaire de drogue. Il quitte son quartier pour la première fois et entreprend la traversée des États-Unis vers le nord, à bord d’un minibus bleu délabré et en compagnie de trois jeunes gars, dont son frère qui est une vraie tête brûlée. La mission — avec pour tout viatique des instructions floues voire trompeuses, quelques billets de banque et un matériel peu fiable — changera à jamais sa destinée : il aura du sang sur les mains, mais pas celui qu’il croyait.

 

dodgers

 

Démarrant comme une resucée de Boyz’n the Hood mâtinée de The Vire, Dodgers, à défaut de faire dans l’original, déroule un univers et des références, conjugués à la mode de Los Angeles, déjà vu mais parfaitement maîtrisé. C’est quand il verse dans une structure plus inattendue, gigogne et hybride, que le texte de Beverly Hill nous étonne et marque quantité de points.

Au-delà de la justesse psychologique de ses personnages (voir le portrait de Ty, déchirant et terrifiant), qui permet au texte d’accrocher très rapidement le lecteur à la mauvaise troupe qui se retrouve précipitée dans une mission qui tient autant du rite de passage que du châtiment, c’est cette bouture d’influences qui permet à l’essai d’être brillamment transformé.

 

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Dodgers n’est pas exactement un roman noir, ce n’est pas seulement une chronique criminelle, c’est un texte, d’une fausse sécheresse à la maîtrise remarquable, qui marie tour à tour quête initiatique, pure tragédie et drame intime. En nous faisant littéralement coller aux basques d’adolescents n’ayant rien à perdre, mais pas grand-chose à gagner, Beverly parvient, sans chercher à renouveler un genre usité, à l’éclairer sous un jour quasi-nouveau.

C’est que mine de rien, les récits de l’Americana et les plongées en apnée dans l’urbanité criminogène se rencontrent trop rarement. Ainsi, l’auteur s’impose avec ce premier texte, plus comme un continuateur de Salinger, ou pour évoquer un écrivain récent, James Lee Burke, qu’une machine à pondre du polar à l’image d’un Ed McBain. Et on ne s’en plaindra pas, tant ce type d’auteurs est rare et précieux.

 

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DODGERS EST PUBLIÉ CHEZ SEUIL, DANS LA COLLECTION POLICIER

commentaires

Atef
12/05/2016 à 12:49

Je découvre le livre grâce à vous. Je vais voir si je peux le trouver. Merci .

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