Le Livre des Martyrs : la sidérante épopée de fantasy débarque en poche

La Rédaction | 25 janvier 2022 - MAJ : 25/01/2022 09:58
La Rédaction | 25 janvier 2022 - MAJ : 25/01/2022 09:58

Dans le reste du monde, c’est un classique, et en France, une petite révolution. Le Livre des Martyrs de Steven Erikson débarque enfin chez nous en poche. 

 

Le Livre des Martyrs : photoUn premier tome impressionnant

 

LE SAIGNEUR DES ANNEAUX 

L’ambitieuse saga imaginée par Steven Erikson s’est imposée comme un des grands chocs de la fantasy moderne. Son premier tome, publié en 1999, a enclenché un phénomène international achevé avec la parution du dernier opus en 2011. Ce sont plus de 3,5 millions d’exemplaires qui auront été vendus en un peu plus de deux décennies. Le Livre des Martyrs s’est ainsi imposé comme la première fresque du genre du XXIe siècle, malgré un relatif anonymat en France. 

En effet, dans l’Hexagone, dont les institutions culturelles ne sont pas toujours totalement acquises aux atours d’un genre qui demeura longtemps considéré comme une sous-production pour post-adolescents à l’hygiène discutable et à la pilosité encombrante, les textes d’Erikson sont nettement moins connus. La faute à une publication plus erratique que sur d’autres territoires, à plusieurs traductions se faisant concurrence. Des aléas de traduction qui auront concouru à brouiller pas mal les pistes jusqu’à ce qu’en 2018, la saga renaisse sous la forme d’une première réédition grand format. 

Avec sa parution le 24 janvier au format poche, c’est un raz-de-marée d’épopées, de sorts et de massacres, terribles ou glorieux, qui s’apprêtent à déferler sur des hordes de lecteurs affamés. Car il faut bien le dire, l’œuvre en question n’a pas usurpé sa réputation d’assaut en règle sur les stéréotypes du genre, grâce à une densité, une richesse et une puissance évocatrice sans commune mesure. Une richesse palpable dès la quatrième de couverture :

 

Le Hobbit : La Bataille des cinq armées : photoC'est parti pour la bagarre

 

Dans un monde qui a vu naître et disparaître d'innombrables races et civilisations, l'empire malazéen étend implacablement sa domination, soumettant des continents entiers les uns après les autres, grâce à la discipline de ses armées et la supériorité de ses mages de guerre. Mais la loyauté de ses soldats, abandonnés et trahis par leur impératrice, est mise à rude épreuve. Perdus, abandonnés et déchus, les fidèles de l'empire vont devoir tenter de survivre, entre sacrifices et dangers mortels. 

Un complot bien plus vaste se joue en toile de fond. D'anciennes forces terrées dans l'ombre semblent se réveiller, prêtes à tout pour regagner leur splendeur passée. Regroupés sous la coupe du jeu des dragons, dieux et ascendants, sorciers et chamans, Eleints et changeurs de formes, tirent les ficelles d'un drame qui, transcendant les conflits des simples mortels, se joue à l'échelle du temps lui-même. 
Avec un enjeu de taille : la suprématie totale. 

Tout un programme. 

 

Le Hobbit : La Bataille des cinq armées : photoUn certain sens de l'épique

 

À LA GUERRE COMME À LA GUERRE 

Steven Erikson est anthropologue et archéologue de formation, et cela se sent dès l’ouverture des Jardins de la Lune, premier tome, alors que le fils d’une grande maison marchande, Ganoes Stabro Paran, accompagnant son père en voyage d’affaires, observe, interdit, les stigmates d’un combat meurtrier au sein d’une cité se déployant sous ses yeux. En une poignée de pages, Erikson capture les liens complexes qui unissent les tenants et aboutissants d’un conflit entamé des siècles avant le début du roman. 

Et à l’enfant d’échanger avec quelques soldats fourbus, manifestement rompus aux aléas d’une guerre coûteuse en vies humaines, autant que pourvoyeuse de mages, manifestement susceptibles de ravager des cités entières. Il n’en faut pas plus à l’auteur pour nous donner à voir un entremêlement subtil de classes sociales, de rangs, et des enjeux géopolitiques ou sociaux d’une ampleur encore difficilement soupçonnable. Ce sentiment de dévoilement, aussi difficile à engendrer que périlleux à satisfaire durant le millier de pages qui suivent. 

 

Kingdom of Heaven : photoUne aventure qui ne manque pas de style

 

On se souvient qu’avec Game of Thrones, George R.R. Martin avait su narrer un récit aux nombreuses ramifications en s’appuyant sur de très nombreux personnages. Une démarche que reprend l’écrivain pour la démultiplier. Au gré des chapitres, ce sont désormais des dizaines de protagonistes qu’égraine le récit, avec toujours une capacité renouvelée à capter notre attention. Toujours caractérisés avec une redoutable précision, ils occupent instantanément la page, attirent l’esprit pour ne plus le quitter. Nuancés, contradictoires, ils inoculent au récit un sentiment de réalité prégnant, confèrent à l’ensemble, même lors des plus spectaculaires joutes ou délires mystiques, une concrétude qui emporte tout. 

Aussi vaste, surréaliste et surnaturel s’avère-t-il parfois, l’empire Malazéen demeure perpétuellement palpable, ses rapports de hiérarchie et ses options politiques sont systématiquement incarnés. Et aussi complexes qu’apparaissent les liens désunissant tous les acteurs d’un affrontement tellurique, les connexions professionnelles, psychologiques, culturelles comme sociales demeurent limpides. 

Et quand le texte n’explicite pas les motivations de ses anti-héros, c’est pour mieux ménager un suspense, un mystère, que la plume acérée d’Erikson manie à la perfection. 

 

Vikings : photoLecteur refermant son premier tome

 

PLUS FORTE QUE L’ÉPÉE 

Et c’est ce qui achève de rendre la lecture du Livre des Martyrs indispensable. Un cliché à la durée de vie regrettable veut que la littérature de l’imaginaire, notamment la fantasy, soit d’abord un haut-lieu de concepts, un endroit de créations stimulantes, plus que d’émulation littéraire. Le présent ouvrage est une opportunité idéale de battre en brèche ce vieux reproche qu'on formula jadis contre le fantastique ou la science-fiction, tant la plume d’Erikson s’avère acérée. 

Des longues descriptions de cité cyclopéennes à l’évocation des innombrables coutumes en passant par les dialogues (précis, efficaces, et pourtant capables de notables envolées poétiques), la langue qui prend ici forme permet au lecteur de s’investir dès la première page dans un univers à la densité sidérante. On est souvent étonné par la capacité du romancier à utiliser de purs artifices littéraires pour donner à sentir ce monde aux recoins immémoriaux, aux coutumes empruntes de mystères, et dont les personnages sont loin de dévoiler instantanément leurs cartes. 

Bien des questions ne trouveront pas leur réponse dès ce premier tome, quand il faudra patienter parfois plusieurs centaines de pages pour comprendre les choix d’untel ou d’unetelle. Autant de flous, d’énigmes, qui deviennent ici des motifs d’avancée, de véritables moteurs tant l’auteur manie avec intelligence frustration et satisfaction. Un équilibre difficile à tenir et pourtant jamais pris en défaut, malgré des concepts parfois difficiles à transformer en narration, tel le statut des Dieux, entités surpuissantes, mais mortelles, désireuses d'influer sur la marche du monde des hommes, et dont la présence aux confins de ce monde demeure une de ses trouvailles les plus entêtantes.

 

Matt Damon : photo, Le Dernier DuelLecteur réclamant son deuxième tome

 

La dimension épique de l’ensemble est également des plus appréciables, et si Le Livre des Martyrs ne cherche jamais à multiplier les séquences d’action, pas plus qu’il ne dilate inutilement ses batailles, le style y demeure alerte. Il engendre des pages dont la puissance spectaculaire est remarquable. Ainsi, le lecteur qui sentira, au détour d’une description ou d’un dialogue, combien les révoltes du passé, les conflits d’antan, ont engendré de batailles destructrices, aura droit dès cet opus à un déferlement inoubliable en fin de tome. 

Saluons enfin la traduction d’Emmanuel Chastellière, particulièrement réussie, rendant enfin grâce à ce texte, dont la richesse est le premier fer de lance. 

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

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commentaires
Monsieur Vandemar
02/02/2022 à 12:03

Une épopée excellente, une complexité réelle. Il faut s'accrocher pour y rentrer vraiment, mais ensuite la récompense est là! Certains des caractères sont parmi les plus réussis de toute la fantasy.
Simplement une rectification: il y a deux traducteurs. Emmanuel Chastellière et Nicolas Merrien. Et ce n'est pas faire injure au premier de dire que le travail du deuxième est l'un des principaux atouts de la série. Il suffit de comparer le texte original et la traduction française.

Neodammerung 1981
26/01/2022 à 16:28

Oh ouiii!!! Enorme saga de fantasy qui mérite d'ètre connu..Par contre faut s'accrocher car la complexité du récit et le nombre de personnages importants pourraient en rébuter plus d'un. Mais si vous vous accrochez, la récompense est énorme !!! Une des sagas les plus épique que j'ai lu en tant que fan de Fantasy. Steven Erikson est un dieu

Ryval49
26/01/2022 à 15:05

@Elzen

Merci beaucoup pour ces infos ! Je vais donc franchir le pas :-)

Elzen
26/01/2022 à 10:21

Je suis également un grand lecteur de fantasy depuis des années, j'ai quasi fini le tome 8 et je suis totalement addict à cette saga. C'est effectivement exigent : style d'écriture complexe, pensées philosophiques des personnages, nombre de personnage énorme, intrigues qui ne sont expliquées que plusieurs tomes plus loin... Mais c'est justement pour cela qu'on en redemande. En France il n'y a que peu voire pas de proposition équivalente. C'est extrêmement jouissif que de voir ou non ses hypothèses confirmées ou infirmées. Que de suivre des personnages hyper charismatiques, que d'être sans cesse surpris par les évènements, que de constater la cohérence de la construction de l'univers riche d'une histoire de centaines de milliers d'années...
L'oeuvre n'étant bien sûr par exempte de défauts : quelques longueurs, quelques digressions, tropes scénaristiques de l'auteur...

NB : le premier tome est à part, il a été écrit bien avant e(t donc parfois plus maladroit que les autres, bien que tout de même de très haute qualité littéraire) et ne voit en réalité pas mal de ses évènements bien expliqués que dans les tomes suivants. Le conseil qui est donc donné est de finir le tome 2 avant de décider ou non de poursuivre la saga. Le tome 2 étant en effet bien plus représentatif de celle-ci (et par ailleurs à ce jour peut-être mon favori). Certes cela fait 2000 pages à lire mais avec cette saga tout est épique de toute façon.

En résumé : il y aura pour moi un avant et un après avoir commencé à lire Le cycle des Malazéens. Merci à à la communauté d'Elbakin pour la découverte il y a de cela des années, et surtout au travail de Nicolas Merrien, d'Emmanuel Chastellière et des éditions Leha pour la qualité de l'édition française enfin au complet !

Breizh Punisher
26/01/2022 à 00:25

Les poches de la roue du temps tardent à sortir, en attendant je tente le coup. Partenariat ou pas, ça donne envie, je me suis baladé sur le net et les critiques semblent bonnes. Je commande et vous remercierai (ou pas:) après. Je suis tjrs content de découvrir des trucs, et j'ai confiance en votre honnêteté dans la démarche.

Carlito B.
25/01/2022 à 22:22

@ La rédac'
J'espère que le livre est bien, je viens de l'acheter suite à votre critique :)

Peluche
25/01/2022 à 19:13

La Fantasy est mon genre privilégié de littérature. J'en ai lu vraiment un bon paquet de ce qui est sorti en France. Le cycle des martyrs est vraiment l'un de mes favoris. La qualité d'écriture est excellente, l'intrigue est captivante et complexe et les personnages sont tous très bien écrits, cohérents et pas manichéens comme souvent dans la fantasy.

Que cet article soit issu d'un partenariat ne veut pas dire que l'avis d'écran large n'est pas objectif.

J'aimerai que cette saga soit adaptée en série mais je doute d'un bon résultat sans un budget très conséquent. Quand on voit ce qu'amazon à fait à la roue du temps et encore, déjà à la base la roue du temps est pour moi de la mauvaise fantasy, normal que la série soit kitch et sans saveur.

Vous pouvez faire un autre article sur le cycle de la compagnie noire de Glenn Cook qui est aussi un monument de la fantasy.

Cordialement.

Jerome de brisse
25/01/2022 à 16:59

À quand "l'adaptation" de Netflix avec un cahier des charges qui détruit l'oeuvre originale? Ça vaut aussi pour Apple+ et prime..

Geoffrey Crété - Rédaction
25/01/2022 à 15:09

@Ann Onyme

Et c'est parce qu'on l'affiche clairement, avec ce lien vers l'explication de notre démarche, que nous assumons sans problème. On donne en toute transparence le procédé : notre avis n'est pas à vendre, c'est pour ça qu'on ne fait pas de partenariat tous les jours avec tout et n'importe quoi.

Ann Onyme
25/01/2022 à 15:07

Ah dommage, j'étais presque convaincu...jusqu'à ce que je vois tout en bas (bien joué) qu'il s'agit d'un publi-reportage.

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