Hellbound : avant la série Netflix, découvrez ce manga infernal

Simon Riaux | 11 novembre 2021
Simon Riaux | 11 novembre 2021

Quand le créateur de The King of pigs et du Dernier train pour Busan revient avec un manga fort d'une mythologie originale et infernale, on ouvre grand les yeux.

Dans un café de Séoul, une matinée comme une autre se déroule. De colossales silhouettes humanoïdes apparaissent dans l'établissement, qu'elles commencent à ravager pour atteindre un quidam, qu'elles massacrent. Les policiers chargés de faire la lumière sur le meurtre se retrouvent bientôt aux prises avec d'étranges fidèles au discours millénariste. La multiplication rapide des "damnations" provoque bien vite un emballement délirant au sein de la population coréenne.

Voilà pour le point de départ de Hellbound, avec lequel Yeon Sang-Ho va férocement s'amuser et nous divertir, à la faveur d'un manga, qui débarque chez nous avant la série éponyme sur Netflix, également écrite par l'auteur. Bienvenue en enfer.

 

photoLe Club Med a bien changé - © 2020 YEON Sangho & CHOI Kyu-sok

 

DIEU PARTOUT

Voir Yeon Sang-ho nous revenir avec ce récit qui entremêle folie collective, religion et surnaturel n'a rien d'étonnant, tant ces thématiques ont irrigué son riche parcours. Dès The King of Pigs, dans lequel il nous immergeait dans le présent et le passé d'une classe particulièrement torturée, où la violence symbolique régnait, il questionnait le fonctionnement du groupe. Groupe qu'il décortiquait avec la froideur d'un entomologiste dans Seoul Station puis dans Dernier Train pour Busan. Moins connu sous nos latitudes, The Fake questionnait, plus encore que ses autres travaux, la figure du retour prodigue comme un anti-messie.

Autant d'idées qui éclatent ici. Dans le Séoul contemporain que décrit l'auteur, un corps social consumé par la perte de retard autant qu'accro à l'immédiateté réagit violemment au surgissement d'entités punitives, ou perçues comme telles. Mais sitôt un homme prêt à conférer à l'apparent chaos un sens, tout se transforme rapidement, et une poignée de fanatiques se mue en horde de fidèles. On retrouve ici la verve amère d'un artiste qui a toujours su capturer les soubassements moraux de ses semblables, pour mieux questionner leurs affects.

 

photoLes notifications, en Corée, c'est une dinguerie - © 2020 YEON Sangho & CHOI Kyu-sok

 

Difficile de ne pas retenir son souffle alors qu'il distille les différents points d'orgue de son récit sur un tempo parfaitement maîtrisé, alternant entre progression de l'intrigue à coups d'apparitions meurtrières, révélations, mais aussi insoutenables plages de suspense, qui utilisent excellemment la représentation de la foule. On sent perpétuellement la tension engendrée par la multitude de convertis, par les doutes de ceux qui ignorent comment se situer.

La narration fait d'ailleurs un usage intéressant des dessins fluides et limpides, parfois un tantinet simples, mais qui permettent à la densité de l'intrigue comme au confort de lecture de s'installer profondément. Un constat d'autant plus fort que Hellbound se plaît fréquemment à mêler les temporalités, les différents niveaux de lecture, au gré d'un "montage" alterné, qui nous permet de suivre simultanément plusieurs situations, dont l'aboutissement est souvent une éruption surnaturelle qui nous laisse le souffle court.

 

photoParce que c'est notre projet ! © 2020 YEON Sangho & CHOI Kyu-sok

 

JUSTICE NULLE PART

On retrouve ici une des lignes de force de l'anime The Fake, à savoir la confrontation entre deux totems moraux contre-intuitifs. D'un côté, un policier à la morale en putréfaction, et de l'autre, un gourou sûr de sa voie. Tous deux porteurs de vérités opposées, et a priori irréconciliables, ils vont se livrer à une danse macabre, dont l'issue dans les dernières pages de ce premier tome augure d'un grand'huit éthique particulièrement retors. Car ce qui se joue ici, c'est la question de la justice.

Comment réagir si des créatures surpuissantes, désignées comme exécutrices de la volonté de Dieu, surgissaient pour tuer ? Comment faire valoir le droit humain, la Justice des hommes, si se manifeste la volonté du Très-Haut ? Hellbound aborde ces thématiques avec d'autant plus de réussite que son volume inaugural mène de concert twists énervés et développement des personnages. Questionnant habilement notre rapport à la justice, l'intrigue ne cesse de se demander si elle peut être aveugle, si elle a un sens ou s'il convient de lui en donner.

 

photoUn récit brûlant - © 2020 YEON Sangho & CHOI Kyu-sok

 

Loin de demeurer abstraite, cette question s'incarne au gré des pages dans une déferlante de chair et de sang. Qu'il s'agisse d'une mère célibataire soudain pointée du doigt, de ses enfants qu'on redoute de ne pouvoir protéger de la vindicte de dangereux malades ou de la croisade perverse d'un individu persuadé qu'il peut donner à l'humanité un sens en l'inondant d'une peur inextinguible, tout ici concourt à faire de Hellbound une promesse forte.

D'autant plus que sa mythologie s'avère à la fois riche et balbutiante, de sorte qu'on n'a jamais le sentiment frustrant de voir son auteur retenir les chiens, quand bien même la lecture s'achève sur un foisonnement de points d'interrogation et quantité de pistes exploitables par la suite.

Le premier tome de Hellbound est publié par Delcourt, dans sa collection KBooks, il est disponible depuis le 10 novembre sous nos latitudes, et vous pouvez le retrouver sur le site de son éditeurCeci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

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commentaires
M
13/11/2021 à 00:11

Super analyse, merci beaucoup. Ça donne envie :)

Hgtre
12/11/2021 à 11:15

Ttty

Mokuren
12/11/2021 à 01:10

On ne dit pas "manga" pour une BD coréenne, mais "manhwa". Vu le passé colonial entre le Japon et la Corée, attention à ce genre d'erreur quand même, c'est touchy. Venant de personnes qui penchent politiquement à gauche, cette boulette est assez étonnante.
En l'occurrence, il me semble plus spécifiquement que Hellbound est à l'origine un webtoon, un format popularisé par la Corée.

Liojen
11/11/2021 à 20:54

Ce serait bien d’indiquer en début d’article qu’il s’agit d’un article sponsorisé. Je ne mets aucunement en doute votre objectivité dans l’article (qui m’a d’ailleurs bien donné envie de lire le manga) et je sais que le parmesan sur les pâtes ça coûte cher, mais c’est juste qu’en tant que lecteur j’aimerai savoir avant de lire un article qu’il s’agit d’un partenariat commercial, et non arrivé à la fin. Ça me parait être une démarche un peu plus transparente. Merci ^^

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