Solo tome 5 : retour sur le Mad Max entre chien et loup de Delcourt

La Rédaction | 27 janvier 2021
La Rédaction | 27 janvier 2021

Les univers post-apocalyptiques sont légion en bande-dessinée, tout comme les récits anthropomorphiques. L'alliage des deux se fait autrement plus rare, et si ce mariage a de quoi surprendre, l'oeuvre d'Oscar Martin continue d'étonner plus que jamais.

Dans un lointain futur, la Terre a été rendue pratiquement inhabitable à force de cataclysmes écologiques et de conflits nucléaires. À la nature que nous connaissons ont succédé de vastes étendues désertiques tantôt calcinées par le soleil, tantôt recouvertes d'un implacable manteau neigeux. Ici et là, la vie s'est organisée autour de modestes camps, parfois de cités à la croissance anarchique, en proie à d'innombrables conflits et confrontations. Des créatures dégénérées et affamées hantent les étendues arides devenues des zones de chasse où règne la loi du plus fort.

Mais l'humanité n'est plus au sommet de la chaîne alimentaire. Pollution et holocaustes belliqueux ont provoqué de profondes mutations au sein des différentes espèces animales, et celles qui n'ont pas dégénéré sont désormais aussi avancées que les hommes. Regroupé par espèce, chaque clan traque, avilit et dévore ceux qui l'entourent. C'est dans cet univers barbare qu'évolue Solo, un rat combattif et philosophe, doué pour la mort, mais en quête de vie et d'amour. Un terrain de jeu riche de possible et traversé d'éruptions de violence, qui offre à l'aventure d'infinies possibilités.

 

photoUn 5e tome disponible le 27 janvier, chez Delcourt

 

30 MILLIONS D'ENNEMIS

On ne s'étonnera pas de retrouver, comme unique auteur de Solo le Barcelonais Oscar Martin, scénariste et dessinateur rompu aux mondes animaux. En effet, l'artiste a assuré pendant plus de deux décennies les adaptations en bandes-dessinées de Tom & Jerry pour le compte de la Warner, avant de se pencher sur d'autres licences, telles que Le Roi lionWoody Woodpecker ou de multiples créations publiées dans les pages du Journal de Mickey. Autant de travaux en parallèle de ses créations personnelles qui en ont fait un spécialiste tant du découpage, de la représentation animalière, que du mouvement.

Une expérience précieuse pour porter sur la page un univers dont les personnages sont toujours le centre de l'attention. En effet, avec ses étendues enneigées ou poussiéreuses, la bande-dessinée qui nous intéresse ne peut se reposer que sur les corps de ses héros, humains ou bestiaux, pour porter l'action, installer l'atmosphère, et tout simplement nous transmettre des émotions. On sent bien sûr que Blacksad est passé par là, tant l'héritage de Diaz Canales et de Guarnido est palpable de planche en planche, tant le travail souvent efficace des expressions faciales, l'art de les conjuguer avec les faciès animaliers, s'appuie sur ses glorieux aînés.

 

photoRatatouille a pris un peu de créatine

 

SEULES LES BÊTES

La spécificité de cette saga dont le 5e tome est disponible depuis le 27 janvier, c'est son rapport aux personnages. Alors que nous comprenons dès les premières pages du volume initial, que le canard est devenu un loup pour l'homme, Oscar Martin ne pouvait décemment se payer le luxe de laisser ses héros en paix. Non seulement les dangers sont omniprésents, les complots immuables et infinis, la nature perverse, mais c'est même la notion de héros, que remet en question le scénario. En effet, l'intrigue, assumant de nous immerger dans une zone où l'existence peut s'interrompre à tout instant, met l'emphase sur la vulnérabilité de ces personnages.

Au cours des différents chapitres, l'intrigue n'hésite donc pas à faire passer tel anti-héros au second, puis au premier plan, à abandonner un de ses atouts pour mieux le faire chuter, ou réapparaître au moment opportun. Personne n'est indispensable, personne n'est invincible, personne n'est à l'abri. Il est d'ailleurs particulièrement stimulant, surtout au sein d'un récit qui se destine plutôt à la jeunesse ou à un public pas encore rompu aux codes de la fresque post-apocalyptique, que son auteur assume si frontalement de ne pas le caresser dans le sens du poil. Au fur et à mesure de ces aventures cruelles, les justes mourront, les guerriers mettront un genou à terre, et plus souvent qu'à leur tour ceux auxquels nous nous attacherons seront balayés par un destin amer.

 

photoRox & Rouky with a vengeance

 

Il en va de même pour la conception de l'univers, riche et changeante. De prime abord, il paraît classique dans sa description d'un espace anarchique où le quotidien est celui d'une guerre inter-espèce sans cesse renouvelée. Toutefois, chaque tome s'efforce de le nuancer, puis d'en élargir les règles, et enfin les décors. On découvrira ainsi les traditions de chaque camp, mais aussi ses aspirations ses lignes de force comme ses faiblesses.

À ce titre, les volumes 4 et 5 font preuve d'un véritable effort de construction pour renouveler les enjeux dramatiques, ainsi que la ligne narrative. Car la barbarie a beau être distrayante un temps, en cela qu'elle recèle quantité de trouvailles violentes et d'affrontements iconiques, mais elle prend une tout autre dimension alors que nos anti-héros se prennent soudain à rêver, et se posent sincèrement la question de l'utopie. En introduisant des espèces végétariennes, dont la philosophie va inévitablement ébranler les forces en présence, Martin offre ainsi à sa création une respiration bienvenue.

 

photoUn hommage appuyé à la réplique culte de Rutger Hauer

 

MAD BIS RUNNER

On sent également l'auteur désireux d'amener à son lectorat une galaxie d'influences, qui vont des classiques du 7e Art, en passant par l'âge d'or du pulp ou du serial, ainsi qu'à une grande tradition de série B. La première révérence, que la bande-dessinée renouvelle perpétuellement, va bien sûr à George Miller et sa cultissime franchise, les Mad Max. Indiscutablement, Solo en reprend volontiers quantité de codes, d'accessoires ou de motifs esthétiques. Ainsi, il n'est pas rare, au détour d'une case, en arrière-plan d'une image, de croiser un visage, un décor ou un objet, qui nous replongent directement dans l'Australie de fin du monde inventée par le cinéaste.

À la fois hommage et initiation, Solo se plaît aussi à inviter les grands maîtres de la science-fiction, parmi lesquels Blade Runner. Le film se verra même directement cité, le temps d'un dialogue et d'une fable qui initieront un changement scénaristique profond au sein de cette aventure. Idéal pour familiariser les plus jeunes avec un héritage de SF parfois un peu trop mis à distance, il est plaisant de constater que cette collection de références se marie étonnamment bien avec tout un pan de la culture bis. Entre autres, il y a notamment les glorieuses productions ritales du début des années 80, dont un paquet de costumes ont été ici repris, et qui achèvent de donner à la bande-dessinée un petit goût de nostalgie revancharde.

Saga étonnante, située dans un monde sauvage et changeant, Solo pourrait bien rassasier les amateurs de chroniques post-apocalyptiques et de trip aventureux, grâce à sa galerie de personnages et aux développements de son univers, plus riche qu'il n'y paraît.

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

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commentaires

Simon Riaux - Rédaction
28/01/2021 à 09:54

@Abibak

Celui qui fut durablement obsédé par les Tortues Ninja durant son enfance s'en veut de l'écrire, mais je ne sais pas du tout si l'un ou l'une d'entre nous aura le temps de le traiter.

Skullface35
28/01/2021 à 08:53

Excellente série que ma femme ma fais découvrir. A lire absolument!
Je rejoins Abibak, la serie de comics tmnt en cour est génial et a besoin d'un coup de pouce pour vraiment marché comme il faut en France... Hi comics fais un super taf d'édition. Le tome 0 est d'ailleurs réédité en mars :)

Abibak
27/01/2021 à 19:50

Super critique, comme d'habitude.
En parlant d'entropomorphisme, à quand la critique sur les comics tortue ninja? Une des meilleures séries comics du moment

Olivier637
27/01/2021 à 15:23

Wah

Ça me donne vachement envie - merci

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