Undiscovered Country : après Batman, Snyder pulvérise les USA en comics

La Rédaction | 6 janvier 2021 - MAJ : 08/01/2021 17:56
La Rédaction | 6 janvier 2021 - MAJ : 08/01/2021 17:56

Après 30 ans d’isolement total, les USA ouvrent leurs frontières à un groupe d’émissaires pas au bout de leurs surprises. Bienvenue dans Undiscovered Country

Pas emballé par 2021 ? À côté de l’univers surréaliste imaginé par Scott Snyder et Charles Soule, l’année qui vient aura tout d’une balade de santé. Les États-Unis sont devenus une terre mystérieuse et surtout dangereuse après s'être armés puis fermés au reste du monde, sans aucune explication, il y a plus de trente ans. Lorsqu'une équipe à la recherche d'un remède contre une pandémie mondiale franchit les frontières américaines, elle se retrouve rapidement acculée afin de lutter pour sa survie sur ce continent dorénavant perdu, étrange et mortel !  

 

photoLa Porte du paradis ?

 

TORN IN THE USA 

Dévoilée au public américain dans les dernières semaines de 2019, après plusieurs années de travail en sous-marin, la dernière création des messieurs Snyder et Soule est publiée le 6 janvier 2020 sous nos latitudes par l’éditeur Delcourt, sous la houlette de sa collection Contrebande. Connaissant le CV de ses deux scénaristes, le comics laissait espérer un récit particulièrement musclé, mais contre toute attente, c’est d’abord visuellement que ce premier tome fait mouche. 

Dessinée par Giuseppe Camuncoli et mise en couleur par Matt Wilson, elle bénéficie de leur expérience du côté de chez DC Comics, le premier ayant officié chez The Swamp Thing ou encore Hellblazer. Avec Undiscovered CountryCamuncoli peut allier cette rigueur de la composition iconique avec une tradition plus européenne dont il est évidemment l’héritier, puisqu’il travaillait en 2004 sur une continuation de Diabolik, avant de rendre hommage à Hugo Pratt en donnant suite à ses Scorpions du Désert. 

On imagine combien l’opportunité de marier une certaine poésie surréaliste, volontiers européenne, une démence qui trouve ses racines dans les grandes heures de Métal hurlant ou RanXeroxavec l’action débridée issue de la tradition des comics, pouvait relever de la tempête parfaite. Et pour le plaisir de nos pupilles affamées en ce début d’année, c’est bien le cas. 

 

photoUn pays poissonneux

 

Alors que nos héros découvrent des États-Unis d’Amérique transformés en champ de ruines métaphysiques, véritable planète alien à la faune et à la flore devenues monstrueuses, absurdes de violence et de prédation, nous assistons à une rencontre inattendue entre le western spaghetti de Leone, les Mad Max de George Miller, mais aussi une myriade d’influences plus discrètes, mais pas moins essentielles. Au détour de chaque planche, la créativité hallucinogène d’un Jodorowski est en embuscade, et dans les dernières pages de ce tome introductif, on retrouve la hargne de Stephen King décrivant la sauvagerie des Waste Lands, dans le troisième opus de La Tour Sombre. 

Le résultat est un cocktail visuel invraisemblablement stimulant, un tourbillon jamais interrompu, qui donne au détournement des symboles et à la description de ses personnages tourmentés des airs perpétuellement fabuleux et fascinants. En témoigne la classe organique du bouillonnant Maître de la Destinée, tyran mutant dont chaque apparition confère à Undiscovered Country une puissance d’arrêt remarquable.  

 

photoEt bah ça a changé Fort Boyard

 

LA GRANDEUR DES PETITS DEBUTS 

Soule et Snyder ont manifestement travaillé d’arrache-pied pour imaginer un monde cohérent, un univers stimulant, en proie à une folie enragée et exponentielle, néanmoins traversée de concepts concrets, et d’idées fortes. D’où un désir de jeter vite et fort sur le papier le fruit de leurs recherches et de leur imagination. Le duo est conscient d'amener au lecteur une mythologie originale, complexe dans ses ramifications, qui utilise de la figure classique du récit post-apocalyptique pour la retourner esthétiquement et thématiquement ; par conséquent, leur tentation de s'appuyer sur les dialogues est évidente, tout comme leur désir de s'assurer en permanence de la clarté du récit. D’où quelques flashbacks qui tartinent lourdement le contexte et mettent en lumière l’arrière-plan géopolitique en alourdissant la narration, laquelle est trop classique pour ne pas en souffrir. 

 

photoEn route pour les étoiles

 

Mais l’intérêt narratif d’Undiscovered Country se situe ailleurs. Sans doute désireux de ne pas pulvériser instantanément le cerveau du lecteur qui ne connaîtrait pas toutes leurs références, ils ont choisi un déroulé plutôt classique. Mais derrière ce récit balisé se dessine un univers follement attirant, qui, dans son dernier tiers, ose véritablement basculer dans le fantastique et l’allégorie politique. Avec un appétit  et une réussite qu'on ne leur connaissait pas.

Loin d’en rester à une superficielle métaphore de l’actuelle situation politique étatsunienne, la bande-dessinée l’imagine en véritable méchant cosmique, faisant de ce territoire réinventé une entité à part entière, dont tout indique que les scénaristes ont pour projet de repenser de A à Z, en témoigne les ultimes soubresauts du récit, au cours duquel nos protagonistes embarquent pour un train qui n’est pas sans évoquer Blaine le Mono, et promet de relire la mythologie de la Nouvelle Frontière avec une malice éclatante.  L'image se fait alors plus surprenante, plus poétique, éloigne sa problématique "pandémique", pour nous jeter dans un inconnu prometteur.

En dépit de certaines lourdeurs scénaristiques, le tome inaugural d'Undiscovered Country est un véritable festin visuel, qui renouvelle largement les classiques de l'aventure post-apocalyptique au gré de planches ahurissantes et sauvages. Une très belle invitation au voyage, en librairie dès ce 6 janvier.

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

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commentaires

Deny
16/01/2021 à 14:31

Les auteurs travaillent sur l'adaptation sur écran. De plus en plus d'auteur de comic calculent leur travail en fonction d'une adaptation potentielle. Cela donne des comics originaux et bien écrits mais une certaine standardisation commence à émerger. Un jour peut-être l'adaptation de l'incroyable comic "Saga"?

Nico
06/01/2021 à 17:01

Bonne nouvelle! J'ai adoré Batman et le multivers noir de Snyder , je suis impatient de découvrir celui ci


06/01/2021 à 16:18

Ah ah le fail. Je croyais que Zack Snyder se mettait au comics en lisant votre titre. Les canailles.

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