LastMan, le grand final : pourquoi c'est un incontournable de la BD française

Elliot Amor | 23 novembre 2019 - MAJ : 12/02/2020 20:01
Elliot Amor | 23 novembre 2019 - MAJ : 12/02/2020 20:01

Nous y sommes, le bijou signé BalakMichaël Sanlaville et Bastien Vivès arrive au bout de son récit avec son douzième tome. Quelque part entre le comics, le manga et le roman graphique, LastMan fera toujours partie des œuvres majeures de cette décennie, on vous dit pourquoi.

On préfère vous prévenir, ce dossier contient potentiellement du spoil. Donc si vous n'avez pas lu LastMan au-delà du tome 5, faites attention, lisez doucement. Dernière chose avant de commencer, nous vous suggérons de faire du bien à vos oreilles et d'écouter la bande originale de la série Lastman, signée Avril & Monthaye. Bonne lecture.

 

Balak • Sanlaville • Vivès

Qui sont les trois têtes pensantes derrière LastMan ? Il y a d'abord Balak, un des dessinateurs de la BD Lord of Burger, un drôle de mélange entre Food Wars! et... L'Aile ou la cuisse ? Et vous connaissez peut-être Les Kassos, hilarante web-série d'animation dont il a écrit et réalisé plusieurs épisodes.

Il y a ensuite Michaël Sanlaville qui a travaillé plusieurs années pour Xilam, le studio d'animation à l'origine d'Oggy et les CafardsLes Zinzins de L'Espace ou le récent J'ai perdu mon corps (critique par ici). On doit à Sanlaville des bandes dessinées comme Le Fléau vert ou Hollywood Jan, qu'il a dessinée et écrite avec Bastien Vivès, le troisième auteur. Ce dernier a publié une bonne partie de ses œuvres chez Casterman, par exemple Polina, adaptée au cinéma en 2016.

 

Photo Balak, Bastien Vivès, Michaël SanlavilleDe gauche à droite : Balak, Vivès & Sanlaville, les vrais.

 

Chacun des trois sait donc écrire ET dessiner, alors qui fait quoi dans LastMan ? Eh bien, Vivès écrit des synopsis et crée les personnages. Balak s'occupe de structurer l'histoire comme une série télé, il écrit les dialogues et il fait les storyboards. Enfin, Sanlaville et Vivès dessinent les planches, l'un repasse sur celles de l'autre.

LastMan voit le jour au début des années 2010 sur le site delitoon.com, pour enfin être publiée chez Casterman en mars 2013 pour la première fois. Et deux ans plus tard, ses papas sont primés d'un Fauve au festival d'Angoulême, la classe. Il y a aussi un jeu de bagarre nommé LASTFIGHT sorti en mai 2016 sur différentes plateformes, c'est joli et fun, on vous le conseille ! Et ce n'est pas tout, LastMan a eu droit à une adaptation en série d'animationLastman est donc diffusée sur France 4 de novembre à décembre 2016, une deuxième saison est d'ailleurs prévue.

 

photoLastman compte parmi les meilleures séries d'animation françaises de ces dernières années.

 

T'ES UN ABRUTI ALDANA

S'il y a bien un nom à retenir dans LastMan, c'est celui de Richard Aldana, un mec assez simple dont les centres d'intérêt le sont tout autant : la bière, le sexe, la bagarre et toutes les embrouilles qui vont avec. Le premier chapitre nous plonge dans un monde bien différent du nôtre appelé la Vallée des Rois, les décors et la culture s'apparentent au Moyen Âge, la magie fait partie du quotidien, un garçon nommé Adrian Velba vit avec sa mère, Marianne, il ne connaît pas son père, il s'apprête à combattre dans un tournoi... On est dans un manga.

Puis arrive ce fameux Richard Aldana, on a plutôt affaire à un personnage de comics qui débarque dans un manga. Bien sûr, ça peut renforcer le côté comique, mais ça nous montre surtout que cet Aldana n'est pas à sa place.

 

Richard et Adrian 1Une rencontre va tout changer, pour le meilleur et pour le pire.

 

La tradition de la Vallée des Rois impose que les matchs se disputent à deux. Adrian et Richard, qui n'ont pas de partenaire, vont donc participer au tournoi ensemble et vont très vite se lier d'amitié. L'un cherche inconsciemment une figure paternelle, l'autre n'est pas contre l'idée de combler le vide qui s'est formé dix ans plus tôt, dans la série télévisée Lastman.

Et bien sûr, il y a Marianne Velba, la maman d'Adrian avec qui Richard partagera un peu plus que de l'amitié. Cette dernière se méfie de ce personnage excentrique dont on ne sait rien (les lecteurs et lectrices n'ont d'ailleurs pas plus d'information) et a du mal à lui confier son garçon de huit ans, on peut la comprendre.

 

Frères SoaresPremiers adversaires du tournoi : les frères Bogda... Soares. Les frères Soares.

 

Les qualifications de la Coupe du roi commencent après une installation rapide et efficace, on découvre de nombreux personnages qui auront beaucoup d'importance par la suite, notamment Elorna Morgan et son père Chester, maître Jansen, Cristo Canyon, etc. L'équipe Velba-Aldana arrive jusqu'en finale pour affronter ce faquin de Lord Cudna et le badass Cristo Canyon.

Ce qui est formidable, c'est que durant les quelques pages du combat entre Adrian et Cudna et surtout le combat entre Aldana et Cristo, on retrouve les palpitations qu'on a pu avoir avec des mangas comme Dragon Ball ZNaruto ou Hunter x Hunter quand on était plus jeunes. L'idée de commencer le récit avec un tournoi de bastons est tout bonnement excellente.

 

Cristo Canyon 1L'énigmatique Cristo Canyon

 

Richard parvient à l'emporter face à Cristo, le duo Velba-Aldana gagne la coupe. Notre héros, Marianne et Adrian forment une adorable petite famille et puis en fait non parce qu'Aldana quitte la Vallée et effectue un voyage interdimensionnel pour rentrer chez lui à Paxtown, ville qui peut évoquer celles de Sin City ou de Gotham. Marianne est légèrement vexée, surtout que Richard a pris la coupe avec lui, elle prend son fils et décide de traverser le portail qui la mènera dans la dimension d'Aldana.

Cette fois-ci, ce sont des personnages de manga qui débarquent dans un comics, c'est moins joyeux. Surtout qu'il va falloir faire face à la pègre et à l'ordre du Lion, les antagonistes de la série TV. Et cet ordre du Lion est prêt à tout pour envahir la Vallée de Rois et exploiter sa source d'énergie : l'Éther. Et pour couronner le tout, avant d'arriver à Paxtown, Adrian et sa maman passent par la ville de Nillipolis, une région tout à fait digne de la saga Mad Max, on vous laisse imaginer.

 

Marianne et Adrian 1Marianne et Adrian traversant la frontière d'Éther entre les deux mondes.

 

À Paxtown, c'est une autre flopée de personnages qu'on découvre, en particulier Tomie Katana (l'ex de Richard) et un dénommé "H", on peut aussi les découvrir plus jeunes dans Lastman à la télé. Là aussi, on comprend assez vite que Richard n'est pas trop à sa place.

Adrian et sa maman forment un duo qui ne peine pas à se faire aimer des autres personnages et des lecteurs, ils sont trop chou et on ressent très bien l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre. On découvre aussi que Marianne est une combattante phénoménale, du niveau de Cristo Canyon, on voit également le potentiel d'Adrian se dévoiler. Et c'est lorsqu'on s'en prend à sa maman que sa puissance devient dévastatrice.

L'image ci-dessous est un des meilleurs moments de LastMan. Et quelques pages plus tard, arrive le pire moment qui sera suivi d'une ellipse de dix ans. Nous n'en sommes qu'au sixième tome.

 

Adrian 1"LAISSEZ... MA MAMAN... TRANQUILLE" - Adrian Velba, 8 ans.

 

ENCAISSER ET PAS MOURIR

Nous voilà donc dix ans plus tard, dans l'acte II du récit, tous les personnages ont évolué en bien ou en mal, Richard Aldana n'est plus que l'ombre de lui-même, Tomie Katana ferait presque peur, Adrian est devenu... Richard. Et surtout, il y a ce qu'on appelle une "dissolution de la fonction sujet", Aldana n'est plus le héros de LastMan, il s'agit d'Elorna Morgan, l'amie d'enfance d'Adrian désormais âgée de vingt ans.

Approchant de l'âge adulte, Elorna subit le même sort que Tomie dans la série TV et Marianne dans première partie de la BD, elle inspire un désir sexuel profond chez les hommes. Mais lorsqu'elle manque d'être violée, pas de problème, elle développe un pouvoir psychique qui pousse ses violeurs à s'entretuer ! Bien sûr, elle possède des compétences de combat exceptionnelles qui firent d'elle une capitaine de la garde royale, donc si on ajoute ça à ses nouveaux pouvoirs psychiques, elle a du style.

 

Couverture tome 7Elorna, vedette du septième tome.

 

On peut d'ailleurs remarquer à plusieurs reprises que quelques personnages masculins peinent à prononcer le prénom d'Elorna, à vous d'interpréter ça comme bon vous semble.

En tout cas, cette ellipse de dix ans a permis à Paxtown de beaucoup se développer, la ville est maintenant à la pointe de la technologie, c'est du cyberpunk, mais propre. Comment est-ce arrivé ? Eh bien, le nouveau maire est allé exploiter une mine d'éther (sans savoir que la Vallée des Rois se trouvait derrière), des mesures drastiques ont également été prises pour faire baisser la criminalité. On se retrouve notamment avec des droïdes policiers, les auteurs s'amusent à faire plein de références à des œuvres de science-fiction plus ou moins dystopiques.

C'est déjà un choc pour les lecteurs et lectrices de découvrir ce bond dans le temps, mais pour Elorna et son fiancé Gregorio (on a failli l'oublier) qui n'ont toujours connu que la Vallée, c'est difficile à vivre.

 

Tomie KatanaTomie Katana, dix ans après.

 

Dans tout ce chaos, Elorna a droit à un moment calme et émouvant : ses retrouvailles avec Adrian. Quand ces deux personnages se revoient, on profite d'un moment idyllique et poétique qui nous fait aimer ce petit couple... jusqu'à ce qu'Adrian gâche tout. Il fait d'ailleurs pareil lorsqu'il revoit Richard, leur rencontre après dix ans de séparation est extrêmement touchante pendant quelques pages, puis Adrian pourrit le groove en faisant la pire des remarques. T'es un abruti Adrian.

On ne peut pas passer à côté de maître Jansen, ce personnage qu'on voyait comme un loser frustré et coincé a complètement été transformé par le chagrin et la culpabilité, on découvre le véritable potentiel du personnage jusqu'à souhaiter un spin-off centré sur Jansen. En gros, c'est comme si on passait de Jar Jar Binks à Obi-Wan Kenobi, sans exagérer.

 

JansenJansen, dix ans après, la définition de "méga stylé".

 

Bon, Richard n'est peut-être plus le personnage principal des tomes 7, 8, 9 et 10, mais on s'intéresse toujours à son sort. On est ravi de voir que le bonhomme n'a toujours pas trouvé sa place dans la société, surtout pas dans celle de la Vallée des Rois qui cherche à l'éliminer par tous les moyens. Presque tout le monde, à un moment ou à un autre, veut lui faire porter le chapeau pour tel ou tel malheur.

La Vallée des Rois, parlons-en ! Ce monde qui évoquait des univers comme Fire Emblem et Fairy Tail se dirige maintenant vers Berserk, puis Dark Souls, la transition est rude. Par contre, les auteurs explorent plusieurs aspects de l'heroic fantasy, on aime beaucoup ça. En effet, la Vallée est devenue un régime autoritaire, un peu comme Paxtown, où la moindre accusation de traîtrise envers la cour peut vous valoir la corde au cou. La politique de Paxtown ne va pas aussi loin, mais on peut noter que les deux mondes ont des destins qui peuvent se refléter.

Et avant de vous lancer dans la lecture de LastMan, si ce n’est pas déjà fait, prenez en compte que la série télé a une importance capitale à partir du tome 9. On tenait à vous le préciser.

 

HowardHoward, ce personnage de Lastman que vous attendez de revoir dans LastMan.

 

C'EST LA DERNIÈRE FOIS QUE JE VOUS LE DEMANDE POLIMENT

Beaucoup de gens qui feuillettent les premiers numéros de LastMan diront "c'est vachement épuré quand même". Et ce n'est pas complètement faux, le style adopté par Bastien Vivès et Michaël Sanlaville pour créer les personnages des deux ou trois premiers tomes est parfois peu détaillé. Mais bien sûr, "peu détaillé" n'est pas synonyme de "mal dessiné", les personnages restent magnifiques. Par ailleurs, dès les premiers chapitres, on peut relever beaucoup de détails dans les décors.

 

LastmanN'allez pas nier le sens du détail.

 

Évidemment, comme la plupart des mangas, bandes dessinées et comics, le style graphique s'améliore d'un tome à l'autre. Particulièrement en ce qui concerne le chara design, la création des couvertures et la gestion des couleurs au début de chaque tome. Et qu'est-ce qu'on aime ces quelques pages en couleur, elles nous font fantasmer sur un numéro entièrement colorisé, ou sur une adaptation en série d'animation de l'arc narratif de la BD.

La notion du mouvement de Vivès et Sanlaville est d'une efficacité bluffante, en parfaite harmonie avec le découpage cinématographique de Balak. Et un bon découpage accompagné d'une bonne notion du mouvement, c'est quand même assez bienvenu dans un récit où il y a autant de bagarres, voyez-vous ?

 

Cristo Canyon 2Cristo Canyon, toujours badass.

 

Ce qu'il y a également de magnifique quand on lit LastMan, c'est lorsqu'on nous montre un flashback, une illusion, un écran ou une photo. Le style reste le même, mais les contours disparaissent. On profite beaucoup de ça dans le tome 10 qui s'attarde sur la jeunesse de Marianne, c'est au passage un magnifique tome dans lequel on comprend beaucoup de pensées des personnages sans qu'elles soient explicites. Les contours disparaissent aussi pour des éléments provenant de la série Lastman qui resurgissent dans la BD.

Alors, est-ce que LastMan est une œuvre qui surpasse les autres bandes dessinées made in France ? On ne sait pas, qui sommes-nous pour juger ? Ce qui est sûr c'est qu'elle se démarque grâce à son style sériel et cinématographique à la fois, son dessin attrayant, ses personnages profondément humains et son ambition de déborder dans d'autres médias comme la série télévisée et le jeu vidéo, et peut-être d'autres à l'avenir.

 

MarianneMarianne dans sa jeunesse, sans contours.

 

LE SOUFFLE DE REINE IGUANE

Puisque le douzième et dernier numéro de la série LastMan est enfin sorti après plus d'un an d'attente, nous l'avons lu et oui, il répond à nos attentes. Certes, il laisse planer des doutes sur quelques éléments, mais cela n'a pas vraiment d'importance. Tout le monde y trouvera son compte, c'est spectaculaire, émouvant, déchirant, contemplatif, Richard se croit dans un film de zombies, etc.

On vous disait plus tôt que Richard est souvent accusé à tort d'être responsable de tel ou tel désastre. Parce que franchement, dès qu'il entre dans la vie de quelqu'un, ça finit mal, ce tome vous confirme que non, le coupable est bel et bien un autre personnage qu'on ne dévoilera pas. Mais vous avez certainement des doutes.

 

RichardIl a le sens des priorités, ce bon vieux Richard.

 

Vous vous demandez également si le titre est enfin expliqué dans ce final éblouissant, vous aviez peut-être votre propre interprétation. Qui peut bien être ce "last man" ? Est-ce Richard, Marianne, Adrian, Elorna, Cristo ? Il se trouve que les auteurs disent que c'est à vous, lecteurs et lectrices, de vous faire votre propre idée, plusieurs réponses sont possibles.

On espère que vous êtes toujours en train d'écouter la BO qu'on vous suggérait en haut de cet article. Eh oui, les titres de chaque partie sont des clins d'œil à l'univers. On espère aussi vous avoir donné envie de vous (re)mettre à LastMan la BD et à Lastman la série.

 

Couverture tome 1

commentaires

Shadow the Hedgehog
12/02/2020 à 20:06

On peut dire que... Alfred est dans le Deny ! Huhuhu
À part ça, vous fumez quoi quand vous lisez des BD ? Ça doit être intéressant de lire des trucs et de ne comprendre absolument rien.

Deny
07/02/2020 à 22:13

Je suis d'accord avec Alfred. Un peu comme la série Saga qui s’essouffle...

Alfred
25/11/2019 à 13:58

Bof.

La première saison (les 6 premiers tomes) était pleine de promesses. Elle apportait un vent de fraicheur et de nouveautés dans un univers franco-belge sclérosé (l'événement BD de cette année c'est la sortie du dernier Asterix, v'la de la nouveauté)

La deuxième, sans être catastrophiques est au mieux passable, au pire sans grand intérêt... et les promesses se sont envolées.

Sanchez
25/11/2019 à 12:12

Tuerie XXL

Je suis Richard
23/11/2019 à 20:46

J ai commencé avec la série sur Netflix et j ai enchaîné la BD les 2 sont vraiment complémentaire avec 2 styles différents. C est bien écrit et dessinez, le scénario prends au tripes. Je suis fan et je me suis acheté le dernier tome que je vais dévorer. Merci pour cet article ecranlarge

Flash
23/11/2019 à 18:36

Jamais lu la BD, mais j'ai adoré la série sur netflix.

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