Zoom sur la BD Farmhand : entre Re-Animator et Walking Dead

Christophe Foltzer | 4 septembre 2019 - MAJ : 04/09/2019 13:54
Christophe Foltzer | 4 septembre 2019 - MAJ : 04/09/2019 13:54

Depuis Walking Dead, le zombie s'est réinstallé avec succès dans nos étagères. Et pas que là, d'ailleurs, puisque nous avons subi une véritable invasion sur à peu près tous les supports possibles et imaginables. Difficile donc, maintenant, de tirer son épingle du jeu et de proposer quelque chose de neuf. C'est ce que l'on pensait aussi avant de découvrir le Tome 1 de Farmhand.

 

GO GREEN

On ne va pas se mentir mais la mode des zombies tourne en rond depuis bien longtemps maintenant. La faute à Walking Dead aussi, dont le succès fracassant en BD et à la télévision a imposé un standard que tout le monde veut atteindre. Difficile donc de faire preuve d'originalité dans un genre aussi balisé, codifié, voué à rester figé parce que justement, il fonctionne du tonnerre.

 

photo FarmhandPas facile, la vie de fermier

 

Bien sûr les tentatives de reproduire le jackpot sont nombreuses et chacun y met du sien pour apporter, sinon une grande originalité, au moins un point de vue différent sur cette thématique éculée et en phase avec notre époque propice à l'effondrement des civilisations. Cela en appelle à une peur archaïque bien ancrée au fond de nous, qui nous saisit sans même que l'on s'en rende compte. Plus qu'une mode, le zombie est en définitive un questionnement profond sur l'avenir de l'Humanité. Et ça fait un peu flipper quand même.

Et c'est là qu'arrive Farmhand, de Rob Guillory, dont le tome 1 sort aux éditions Delcourt, dans la collection Contrebandes, le 4 septembre. Une aventure à mille lieux de tout ce que l'on a déjà vu ou connu. Une histoire qui, en une poignée de planches, parvient à réussir ce que beaucoup de monde à échouer : renouveler un genre entier, s'en démarquer suffisamment pour raconter quelque chose de terriblement actuel tout en en respectant les codes.

 

photo FarmhandOuais, la récolte est cheloue cette année...

 

LA MAIN VERTE

En fait, Farmhand n'est pas à proprement parler une histoire de zombies, voire pas du tout. Il faudrait plus chercher du côté d'H.P. Lovecraft et de son  Re-Animator, ou encore Creepshow et le segment où Stephen King se transforme en plante géante, pour appréhender un minimum ce qu'il nous réserve.

A savoir l'histoire de la famille Jenkins. Jedediah, le père, a eu une vision une nuit, dans sa ferme en Louisiane : la formule pour développer une graine étrange qui fait pousser des organes humains comme des fruits et légumes et qui, à peine arrachés, peuvent être greffés sur un patient. Il a développé toute une économie autour de son projet, ce qui attise la convoitise non seulement des concurrents, mais aussi des puissances étrangères.

 

photo FarmhandUn potager pas comme les autres

 

Alors que son centre est devenu un pôle touristique incontournable de la région, il propose à son fils, Zeke, et à sa famille de venir le voir après des années de brouille. Comme Zeke, auteur en perte de vitesse, n'a plus un sou, il décide de se réinstaller dans la ferme où il a grandi avec sa femme et ses deux enfants.

Mais alors qu'il reprend ses marques, que les élections locales approchent, que la famille Jenkins est régulièrement montrée du doigt par la communauté et que Jedediah cache beaucoup de choses, des événements étranges commencent à se produire. Des événements en lien avec les cultures du fermier. Quelque chose, en-dessous, est en train de se réveiller et commence à contaminer la ville entière, ses animaux comme ses habitants.

 

photo FarmhandJedediah, le coeur sur la main

 

ROOTS, BLOODY ROOTS

Farmhand étonne dès ses premières planches parce que son postulat résonne comme une évidence : mixer les grands questionnements de l'époque, comme la permaculture, le transhumanisme, la fragilité écologique, et retourner tout cela dans un sens inattendu avec une distance qui laisse admiratif.

En effet, là où n'importe qui aurait versé dans l'attaque contre telle ou telle dérive, contre le sempiternel complexe de Dieu, Rob Guillory préfère arranger le tout à sa sauce pour en faire une donnée de base de son univers, un point de départ. Si toutes ces questions sont évidemment au coeur du récit, jamais Farmhand ne propose un discours moralisateur ou franchement dénonciateur à l'égard de ce qu'il critique. Parce qu'il ne critique pas une technologie, ou une dérive, il critique avant tout une civilisation et son manque de coeur.

 

photo FarmhandZombie ou pas zombie ?

 

Et c'est bien là, la plus grande force du comics, cette capacité à présenter un univers désenchanté qui accepte l'incroyable avec une grande facilité et pose sur lui un regard d'ores et déjà désabusé et cynique. Comme si toute la beauté (en mal comme en bien) n'atteignait pas nos différents héros. Ainsi, on se retrouve avec un récit extrêmement drôle, jusque dans ses moindres détails (faites attentions aux pancartes dans les décors, c'est tordant) tout autant que méchant et acide à l'égard de nos imperfections mais avec énormément d'humanité et de justesse.

 

photo FarmhandUne famille aux racines complexes

 

INQUIETANTE ETRANGETE

Farmhand dépasse très rapidement son statut d'oeuvre qui surferait sur une quelconque mode et impose immédiatement son indentité originale et passionnante. Il faut dire aussi que le procédé est rendu très facile par le style graphique parfait de Rob Guillory qui joue des cadres, des proportions et des couleurs avec une aisance déconcertante.

En résulte un style à part, personnel, totalement en phase avec son sujet et l'univers qu'il dépeint. Quand, en plus, on découvre des personnages loin des clichés attendus, faisant preuve de plus de profondeur qu'à l'accoutumée, pétris de contradictions et d'humanité, cela ne gâche en rien le plaisir que l'on a à lire cette petite pépite qui tombe sur nous comme une bombe.

 

photo FarmhandDes effets secondaires inquiétants

 

S'il n'est pas à proprement parler une histoire de zombies, même s'il semble s'y diriger lentement, Farmhand réactualise la bonne vieille SF horrifique et paranoïaque américaine à la sauce Invasion des profanateurs de sépulture. En distillant suffisamment de mystère pour nous accrocher, tout en nous fournissant quelques réponses pour nous contenter. Un aspect pulp et serial au bon goût d'antan qui parvient cependant à vivre totalement en phase avec son époque.

Farmhand est l'une des grandes découvertes de cette rentrée, un temps fort du genre, une saga promise à un avenir merveilleux si elle maintient et exploite comme il faut tout ce qu'elle installe dans ce premier tome, et, plus que probablement, l'un de nos nouveaux comics préférés. Bref, c'est à découvrir de toute urgence.

 

Farmhand T.1 , de Rob Guillory est disponible aux Editions Delcourt dans la collection Contrebande, à partir du 4 septembre 2019.

 

photo Farmhand couverture Delcourt T.1

 

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

commentaires

Joe
07/09/2019 à 19:36

C'est vraiment très bon. Et le deuxième tome, déjà paru aux usa, est tout aussi fou et développe les idées de départ.

Jean-Michel Corporate
05/09/2019 à 01:53

J'adore lire vos partenariats, EL !

Rilou
04/09/2019 à 19:36

Ça y est EL vous me donnez envie !! Je vais me la procurer

Max Cavalera
04/09/2019 à 12:59

J’adore lire vos références, EL !

votre commentaire