Gros plan sur Colonisation : la BD de SF française à ne pas rater en ce moment

Mise à jour : 20/02/2019 14:55 - Créé : 20 février 2019 - Christophe Foltzer
Christophe Foltzer | 20 février 2019 - MAJ : 20/02/2019 14:55
photo Colonisation
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La science-fiction est un genre ultra-balisé, surtout aujourd’hui, qu’il s’agisse de littérature, de cinéma ou de bande-dessinée. Alors, quand une œuvre parvient à tirer son épingle du jeu, il n’y a pas de raison pour que l’on n’en parle pas.

 

ARCHE DE NOÉ SPATIALE

Colonisation se déroule au XXIIIe Siècle et, autant dire que ce n’est pas vraiment la fête pour la planète Terre. Comme on pouvait s’en douter, l’écosystème a périclité et a obligé la population humaine à coloniser l’espace, chose rendue d’autant plus facile que la civilisation extra-terrestre des Atils, pacifiste et bienveillante, leur a apporté la technologie nécessaire.

200 ans plus tard, il reste encore beaucoup de nefs à retrouver et de colons dispersés aux quatre coins de l’univers, encore endormis dans leurs capsules. Et c’est exactement la mission de la jeune escouade commandée par Milla Aygon : retrouver les nefs dispersées avant les Ecumeurs, des rebelles qui tuent les colons. Mais la réalité n’est peut-être pas ce qu’elle semble être.

 

photo ColonisationDécoupage sobre et efficace pour environnement magnifique

 

PURÉE D’ÉTOILES

Dès le départ, nous semblons en terrain connu tant l’univers dépeint par Colonisation en appelle à un inconscient collectif riche en science-fiction diverse et variée. Pourtant, rapidement, on se rend compte que nous n’avons pas affaire à n’importe quel type de science-fiction.

Nous sommes dans la SF européenne, voire française, et c’est un détail qui a son importance tant on connait l’influence de notre pays et de notre culture dans ce domaine. Rappelons-nous le magazine culte Metal Hurlant et, plus tard, l’éditeur Les Humanoïdes Associés. Rappelons-nous Moebius, Pierre Bordage et consorts.

 

photo ColonisationLe quota d'action est largement rempli

 

Cette filiation thématique inconsciente imprègne l’œuvre dès ses premières cases et installe une ambiance très intrigante. Nous voilà propulsés dans un monde à la fois inconnu et familier qui ne manque pas de charmes. Déjà, grâce au dessin de l’artiste napolitain Vincenzo Cucca, célèbre pour ses femmes plantureuses et érotiques (Hot Charlotte). Ici, il est totalement à contre-emploi puisqu’il s’attache avant tout à dépeindre un univers gigantesque et illimité en nous concoctant de grandes planches colorées de mondes nouveaux de toute beauté.

Le connu et l'inconnu s'y confrontent à nouveau et le résultat est souvent splendide et toujours attirant. Qu'il s'agisse de cités futuristes ou de mondes archaïques, Cucca surprend par ses visions exotiques et sa maitrise de la couleur pour nous les rendre réelles. Et ça fonctionne à tous les coups.

Par l’écriture de Denis-Pierre Filippi également, qui contourne les clichés habituels du genre et se les approprie de manière nouvelle et parfaitement naturelle. Il compose des personnages forts sans pour autant nous asséner d’indigentes biographies. Comme dans les meilleurs récits du genre, leurs caractères se révèlent dans l’action et l’escouade de Milla Aygon se révèle on ne peut plus sympathique et attachante, même si personne n’est réellement à l’abri. On y sent de vraies personnalités, un groupe soudé mais qui a ses problèmes, avec ses amitiés et ses inimitiés, ses moments de détente et de tension. Bref, un groupe d'humains qui ressemble pas mal à nos bandes de potes. L'équipement futuriste en plus.

 

photo ColonisationAh oui, c'est beau

 

EFFET DE MASSE

Parce que c’est bien là l’une des principales qualités de Colonisation : tout et tout le monde est au service de l’univers créé, quelles que soient ses exigences d’ailleurs. Le récit se permet donc d’audacieuses ruptures de ton, de disparitions inattendues et perturbantes, des concepts philosophiques beaucoup plus complexes qu’escomptés et une histoire fil rouge bien tragique qui s’impose délicatement et discrètement.

Et c'est dans cette mesure scénaristique que Colonisation atteint son but : en prenant le temps de poser son univers et ses personnages durant deux tomes aux antipodes l'un de l'autre, pour mieux nous imprégner de ce nouveau monde, avant de commencer à nous le montrer défaillant et à mettre en valeur ses zones d'ombre en avançant un mystère qui s'annonce plus que prometteur pour nos personnages et la suite du récit.

 

photo ColonisationEt inquiétant en même temps

 

Il y a une vraie belle énergie qui se dégage des trois premiers tomes et cela nous laisse entrevoir une intrigue gigantesque qui peut partir dans 1000 directions possibles sans jamais se contredire tant le postulat est solide et clair. Et cela force le respect.

On se retrouve alors avec une œuvre qui mêle habilement la science-fiction à l’européenne des années 70, une approche plus américaine à la Star Trek ou Babylon 5 (et Battlestar Galactica évidemment), tout en proposant une atmosphère que l’on pourrait rattacher à l’incontournable Mass Effect, dans un tout étonnamment harmonieux et qui ne sacrifie jamais son identité au prix de ses références.

 

Bref, Colonisation c’est beau, c’est drôle, c’est tragique, c’est punchy et surprenant, tout comme ça laisse rêveur pour la suite. C’est une excellente surprise. Il faut lire Colonisation. Et ça tombe bien, le volume 3 vient tout juste de sortir.

 

photo Tome 03

commentaires

Joe
22/02/2019 à 12:17

Il y a une forte influence de Sillage dans les dessins non ?

Barbo
20/02/2019 à 19:13

Lu le 1er tome et j’avais aimé. Au-dessus du lot de ce que produit la BD française, dessin classique mais très soigné

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