Gros plan sur Green Class : le post-apo français pas comme les autres BD

Christophe Foltzer | 15 février 2019
Christophe Foltzer | 15 février 2019

Les grands thèmes qui parcourent l'industrie du divertissement sont toujours à mettre en parallèle avec les questionnements profonds des sociétés qui en sont à l'origine. Pas étonnant donc que depuis une quinzaine d'années, la figure du zombie soit revenue en force, tout comme une fascination certaine pour la chute de la civilisation. Deux concepts que manie habilement Green Class.

 

L'ENFER VERT

Avant que l'on nous accuse de nous emmêler les pinceaux et de ne pas connaitre notre sujet, faisons une précision importante pour la suite : Green Class ne parle pas de zombies, mais d'infectés. Cela signifie que les victimes ne meurent pas pour renaître mais mutent de leur vivant. Ce qui nous rapproche directement plus d'une histoire de survie à la 28 jours plus tard qu'à la The Walking DeadEt c'est important.

 

photo Green ClassLe chaos

 

Avec Green Class, le scénariste Jérôme Hamon nous propose un postulat de départ on ne peut plus classique mais qui a fait ses preuves : un groupe d'adolescents à problèmes canadien vient de passer deux semaines de classe verte dans le fin fond de la Louisiane, coupé du monde. A leur retour dans la civilisation, ils comprennent qu'une catastrophe a eu lieu et que la société s'est effondrée face à un mystérieux virus très contagieux qui transforme ses hôtes en créatures végétales. Tandis que l'humanité tente de contenir la pandémie, que la ville est mise en quarantaine, les ados sont confrontés au choix de leur vie lorsque l'un d'eux est contaminé : faut-il l'abandonner ou rester avec lui quel qu'en soit le prix ?

On le voit, dès le départ, Green Class convoque des thèmes bien connus du genre survival, tout autant que des références glorieuses, la plus évidente étant évidemment The Last of Us. Mais la grande intelligence de Jérôme Hamon réside dans ce souci de ne pas singer les figures incontournables de ce type de récit et de mettre un point d'honneur à déjouer constamment nos attentes.

 

photo green classL'homme, un loup pour l'homme

 

CLASSE TOUS RISQUES

En effet, et c'est l'une des plus grandes qualités de l'histoire, Green Class se permet des ruptures de ton assez perturbantes de prime abord, des bonds dans le temps inattendus qui enrichissent tout autant la menace que l'histoire. Très centré sur son groupe d'adolescents, le récit n'oublie jamais qu'une bonne histoire fantastique est avant tout une métaphore des affects humains, des peurs, des doutes et des sentiments de chacun, tout autant qu'un état des lieux du monde dans lequel nous vivons.

 

photo Green ClassÇa déconne moyen avec les infectés

 

Et c'est bel et bien cet aspect de l'album qui fascine le plus, dans ce parallèle audacieux que l'auteur tire avec les mouvements importants qui agitent actuellement la civilisation occidentale et la société américaine en particulier. Il y est question de mur entre les pays, de défiance à l'égard de son voisin, d'armes et de ressources, de la valeur des sentiments humains face à l'impossible, le tout dans un drame au départ intimiste qui prend énormément d'ampleur à mesure que le récit abat ses cartes. Son groupe d'adolescents pluriculturel ne tombe pas dans les clichés auxquels on pourrait s'attendre et chaque personnage, bien qu'iconique et typé, recèle une profondeur certaine et un rapport clairement ambivalent à l'égard de tout ce qu'il vit.

La menace elle-même se révèle bien ambigüe. Hormis l'aspect viral de la pandémie, rien ne dit qu'au fond, ce soit quelque chose de mal. Green Class adopte alors une thématique écologique, et assez subversive quand on y réfléchit, en présentant une catastrophe à hauteur d'hommes, certes, mais qui n'est pas forcément une catastrophe pour la planète. Une manière de ramener la civilisation à son statut de part de la nature et non de chef suprême d'un écosystème. Green Class tend donc à l'humilité tout autant qu'à une possible harmonie entre l'espèce et son environnement au prix d'une mutation qui bouge toutes ses valeurs acquises.

 

photo Green ClassMais ils nous le rendent bien

 

LES CONFINS DU MONDE

Evidemment, au-delà de cette richesse thématique et de ces belles intentions, il faut encore que l'aspect graphique de l'histoire suive. Et c'est bien le cas puisque le dessin de David Tako se révèle là-aussi classique au premier coup d'oeil, mais très surprenant quand on s'y attarde. Déjà, l'utilisation des couleurs plus que judicieuse confère au récit une ambiance des plus prenantes et hypnotisantes. La nature est belle comme inquiétante et le design des infectés, surtout un en particulier, s'avère étonnamment naturel et séduisant.

Ce qui marque en réalité dans le dessin de Tako, c'est bel et bien qu'il se retrouve au carrefour de plusieurs influences, européennes, américaines et japonaises. Si la mise en page relève de la BD franco-belge, que l'apparence des personnages trahit une influence classique (ce qui n'a rien d'étonnant lorsque l'on sait que le dessinateur a oeuvré sur Le Marsupilami), c'est dans les détails que le style révèle ses secrets. Dans les expressions, dans les postures, dans les choix de composition et dans le dynamisme de certaines cases. Là, nous assistons à un mix entre roman graphique purement américain matiné de sensibilité clairement orientale, voire asiatique.

 

photo Green ClassDes ados en plein cauchemar éveillé

 

Et ce style est en parfaite adéquation avec ce que nous raconte, au fond, l'album : cette humanité protéiforme, enrichie de diverses influences qui se retrouve aujourd'hui à devoir redéfinir son identité profonde tout en se demandant s'il ne serait pas temps de passer à autre chose. Si le récit est très dense pour un premier volume, Green Class surprend encore une fois dans son dénouement, logique mais partiellement inattendu et ne nous donne qu'une seule envie : découvrir rapidement la suite pour savoir de quoi les auteurs veulent vraiment nous parler.

 

En partant d'un postulat classique et bien connu, Green Class parvient à tirer son épingle du jeu en proposant un univers saisissant tout comme une réflexion profonde sur des questions sociétales on ne peut plus capitales à l'heure actuelle. Divertissant, intelligent, beau et prenant, ce premier volume est extrêmement prometteur pour la suite de la série.

Green Class est disponible depuis le 15 février 2019. Un extrait est visible en ligne et gratuitement à cette adresse.

 

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

 

photo Green class

commentaires

Copeau
16/02/2019 à 17:39

Sympa de faire un article sur de la bande-dessinée ! Thanks

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