Spider-Man : De père en fils - critique quand J.J. Abrams et son fils tissent à côté

Arnold Petit | 18 février 2021
Arnold Petit | 18 février 2021

Après un lancement en grandes pompes par Marvel et des retards successifs tout au long de sa publication aux États-Unis, Spider-Man : De père en fils de J.J. Abrams et son fils Henry Abrams arrive en France le 17 février chez Panini Comics. Et autant dire que la déception est à la hauteur de l'attente.

TOILE DE FOND

En quelques années, J.J. Abrams est devenu un des grands noms de la télévision et du cinéma, aussi bien en tant que réalisateur que comme producteur et scénariste. Avec plus ou moins de réussite, il s'est approprié des licences emblématiques de la culture populaire avec Mission : Impossible 3, sa trilogie Star Trek et ses deux Star Wars, a lancé la sienne avec la saga Cloverfield et laissé une telle empreinte qu'il est considéré comme un digne rejeton de Steven Spielberg.

Depuis un moment déjà, J.J. Abrams avait envie de s'essayer à l'écriture d'un scénario de comic book, mais trop occupé à construire son héritage télévisuel et cinématographique, il n'a jamais trouvé le temps. Jusqu'en 2019, où son fils âgé d'une vingtaine d'années, Henry Abrams, lui propose une histoire autour de Spider-Man, qu'il finit par écrire avec lui.

 

photoMorning routine

 

Bienheureux de voir un nom aussi prestigieux à mettre sur la couverture de ses comics, Marvel a tout de suite accepté l'idée et les dessins ont été confiés à la brillante Sara Pichelli, surtout connue pour avoir été la première à dessiner Miles Morales dans Ultimate Spider-Man, mais aussi pour son travail sur Fantastic Four ou d'autres titres consacrés à l'Homme-Araignée.

Avec une telle équipe créative, l'annonce avait de quoi séduire, encore plus en connaissant l'amour de J.J. Abrams pour la science-fiction. D'autant que Marvel avait déjà fait appel à des scénaristes de cinéma par le passé et que certains essais avaient été plutôt surprenants, comme pour Kevin Smith avec Daredevil. On aurait aimé pouvoir en dire autant du Spider-Man : De père en fils de J.J. et Henry Abrams. Et en même temps, il y avait de quoi se méfier quand le design et le nom du nouveau méchant créé pour l'occasion ont été dévoilés avant la sortie du premier numéro.

 

photoLe jour où son cœur s'arrêta

 

LE RÉVEIL DE L’ARAIGNÉE

Peter Parker n'est plus Spider-Man. Douze ans après l'invasion d'aliens menés par un super-vilain appelé Cadavérique, le héros a rangé son costume pour devenir reporter de guerre, laissant derrière lui son fils. Élevé par Tante May, Ben Parker ne sait rien du passé de super-héros de son père qu'il déteste et tente de trouver sa place en vivant sa vie de collégien, jusqu'à ce qu'il découvre qu'il possède les mêmes super-pouvoirs que Spider-Man et décide de marcher sur ses traces.

Un récit autour de l'héritage, avec une mystérieuse menace et des drames personnels, comme J.J. Abrams les affectionne. Et il y a du Rey et du James Kirk dans la personnalité de Ben Parker, que ce soit par la solitude qu’ils partagent, la colère sourde qui les ronge, leur volonté de s'enfuir de l'endroit où ils vivent ou la disparition qui a durablement marqué leur vie. Peter n'aurait certainement jamais abandonné son fils pendant 12 ans et d'autres scénaristes ont déjà exploité l'idée qu'il ait un enfant, mais il y a quand même quelque chose d'audacieux et réjouissant dans les premières pages de Spider-Man : De père en fils.

 

photoTel père, tel fils

 

Le scénario reprend simplement les origines du super-héros, et pourtant, grâce au trait de Sara Pichelli, une certaine sincérité s'en dégage en voyant la peur, la confusion et l'excitation que ressent Ben quand il découvre ses pouvoirs aux côtés de Faye Ito, sa camarade d'heure de colle. À mesure qu'il côtoie cette jeune fille insouciante et diablement attachante, qui lui explique qu’on a de grands pouvoirs parce qu’on a de grandes responsabilités (et non l'inverse), l'adolescent prend confiance en lui et entrevoit le héros qu'il était destiné à devenir.

L'histoire sert bien sûr de métaphore pour J.J. Abrams et son fils Henry et ce n'est pas anodin si les scènes les plus réussies sont celles entre Peter et Ben, incapables d'exprimer leurs sentiments une fois face à face. Malheureusement, le plaisir laisse assez vite place au dépit.

 

photoUn fardeau plus qu'un costume

 

SPIDER-MAN INTO DARKNESS

Plutôt que d'explorer la relation touchante entre Peter et son fils ou simplement d’approfondir la personnalité de ce nouveau Spider-Man qui se retrouve obligé de porter un costume dont il ne veut pas, ce récit aux allures intimistes dégénère et va toujours plus loin plus vite (sans se soucier de la cohérence). Spider-Man : De père en fils n'étant pas rattaché à la continuité de Marvel, J.J. et Henry Abrams ont visiblement disposé de toutes les libertés qu'il pouvait prendre et ils ne se sont pas gênés.

Rapidement, Ben est embarqué dans une quête pour sauver son père et le scénario invoque alors toute une galerie de personnages de l'univers de Marvel, tout en multipliant les rebondissements et les effets spectaculaires à un rythme démentiel en espérant relancer l'intérêt du lecteur et désespérément tenter de lui laisser un souvenir marquant. Le divertissement est bien là et il est généreux, mais il manque cruellement de saveur et d'affect.

 

photoSuper-héros en herbe

 

Le scénario essaie d'élaborer toute une intrigue autour d'une clé génétique qui était conservée dans l'araignée qui a mordu Peter Parker, mais s'enferme dans une histoire faussement complexe, terriblement attendue et finalement oubliable.

Ni menaçant ni effrayant, Cadavérique est un ennemi des plus banals qui déblatère de longs monologues insipides. Impossible de ne pas penser au Xénormorphe d'Alien en voyant ses "enfants". La plupart des dialogues sont expédiés à la va-vite pour continuer de dérouler l'intrigue, et si certains traits d'humour pendant les affrontements fonctionnent assez bien, la plupart mettent à mal la tension que le récit essaie d'installer et s'avèrent même parfois carrément gênants.

 

photoL'enfant qui se cache sous le masque

 

Toute la caractérisation des personnages repose surtout sur les traits de Sara Pichelli, qui use de tout son talent dans ses planches pour insuffler un tant soit peu d'émotion et de profondeur. Simple, mais efficace, le découpage se met au service de l'intrigue, avec des scènes d'action courtes mais intenses, assez bien menées, et des séquences horrifiques perturbantes, qui évoqueraient presque le body horror de La Mouche.

Même si certaines cases auraient mérité d'être un peu plus travaillées, ses dessins et les couleurs éclatantes de Dave Stewart portent véritablement le récit et l'artiste impressionne pour ce qui est de manifester la jeunesse et la psychologie de Ben à travers sa gestuelle ou ses expressions, même lorsqu’il a son masque. Ses planches viennent dissimuler les défauts béants du scénario et permettent de tenir la promesse du spectacle, même s'il est peu inspiré.

 

photo

Résumé

Alors qu'il avait pourtant de quoi offrir un récit à la fois mélancolique et générationnel, Spider-Man : De père en fils est aussi creux qu'insipide. J.J. et Henry Abrams préfèrent miser sur le divertissement paresseux et ne peuvent compter que sur le talent de Sara Pichelli pour que ça ne se remarque pas trop.

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commentaires
JoeLynn
23/02/2021 à 16:24

"il est considéré comme un digne rejeton de Steven Spielberg"

Je ne sais pas si c'est toujours le cas depuis star wars. Il essaie en tout cas de nous vendre cette idée à grands coups de storytelling (notamment dans sa biographie).

Personnellement, son emploi quasi systématique de MacGuffin (ou de procédés similaires) m'a dégouté de son cinéma.

Ratou
19/02/2021 à 07:59

Vous attendiez quoi de la part d'un tâcheron comme Abrams, franchement ?

RobinDesBois
18/02/2021 à 13:46

J'adore le cinéma d'Abrams et si y a du James Kirk (celui de ses deux films) en Ben Parker et que la relation père-fils est bien écrite je risque de me lancé tenter. Au final j'ai pas vraiment compris pour vous mettez 2/5 et pas 3 alors qu'à la lecture de cette critique, malgré les défauts que vous pointez vous semblez quand même avoir passé un bon moment en lisant ce comics.

Steph2bordeaux
18/02/2021 à 12:09

J.J Abrams est tellement surestimé en tant qu'auteur. Entre le repompage éhonté et les récits pleins de promesses non tenues, ce mec est pour moi l'un des plus gros imposteurs du moment.

Faire de Parker un père qui abandonne son fils, par essence déjà, ça flingue le personnage. Pour le reste, Abrams, c'est toujours de grandes annonces, de l'esbroufe et un sentiment de néant à la fin.

Cacouac
18/02/2021 à 11:35

J.J. Abrams ... divertissement paresseux...
Mais pourquoi donc ne suis-je pas surpris ?

Yes
18/02/2021 à 11:32

Vous êtes extrêmement dur pour le coup

C'était plutôt bien, en tout cas j'ai beaucoup aimé

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