The Dark Knight Returns : The Golden Child - que vaut le nouveau Batman de Frank Miller ?

Arnold Petit | 22 septembre 2020 - MAJ : 22/09/2020 19:23
Arnold Petit | 22 septembre 2020 - MAJ : 22/09/2020 19:23

Après The Dark Knight Returns, The Dark Knight Strikes Again, Dark Knight III et Dark Knight : The Last CrusadeFrank Miller retourne une fois de plus dans l'univers dystopique du Chevalier Noir et s'associe au célèbre Rafael Grampá pour The Dark Knight Returns : The Golden Child, un one-shot hautement politique consacré à ceux qui sont destinés à reprendre le flambeau de Batman et Superman, publié en décembre 2019 aux États-Unis et disponible en France depuis le 18 septembre chez Urban Comics.

REBORN

Le Batman de Frank Miller a toujours eu une portée politique. Déjà en 1986, dans le chef-d'œuvre qu'est The Dark Knight Returns, le scénariste délivrait un récit profond et engagé dans lequel il réinventait le personnage du Chevalier Noir pour le représenter comme on ne l’avait jamais vu avant. Dans ce monde dystopique, un Batman vieillissant et alcoolique sortait de sa retraite pour délivrer Gotham de la corruption en utilisant des méthodes violentes et expéditives, puis affrontait ensuite un Superman à la botte d’une caricature de Ronald Reagan.

Une version du personnage encore plus noire et plus mature que celle de Dennis O'Neill et Neal Adams, qui révolutionnait alors la figure du super-héros pour toujours, tout en adressant une critique franche et radicale sur la société et la politique interventionniste du pouvoir en place.

 

photo#QuedusaalVie

 

Cette volonté d’émettre un commentaire sur la situation présente a perduré au sein de la saga, mais vers une autre direction, le Frank Miller contestataire ayant évolué en un ultraconservateur réactionnaire après les attentats du 11 septembre. Contrairement au premier volet, The Dark Knight Strikes Again se fait démolir par la critique et les fans, la faute à des dessins négligés et une histoire fade et cynique dans laquelle Batman renverse la dictature de Lex Luthor et Brainiac dans un pamphlet contre les grosses fortunes et le gouvernement.

En 2015, le scénariste revient pour un troisième opus, Dark Knight III, avec Brian Azzarello pour l'épauler au scénario et des dessins d’Andy Kubert. Une suite bien plus honorable, qui tacle les élites, les institutions politiques et traite du terrorisme et de la radicalisation avec un ton toujours aussi sulfureux dans un récit où Batman rassemble ses anciens alliés pour vaincre la secte religieuse des habitants de Kandor.

Cette fois, Frank Miller se replonge dans l’univers de Dark Knight Returns pour s’en prendre à Donald Trump et s’entoure d’un Rafael Grampá qui se fait rare pour un one-shot autour des héritiers de Batman et Superman et de l’espoir qu’incarne cette nouvelle génération de héros au sein de cette société à la dérive.

 

photoSuperman & Wonder Woman : la relève

 

RÉVOLUTION

L'histoire se déroule trois ans après les événements de The Dark Knight III, alors que des émeutes éclatent à Gotham en raison d’une élection pendant laquelle se présente un candidat qui ressemble trait pour trait à Donald Trump. Frank Miller et Rafael Grampá ne se cachent pas et critiquent ouvertement le président américain avec ce personnage du Gouverneur, qui est en fait le pion du Joker et de Darkseid pour propager la haine et l'anarchie

Pendant que Lara et Jonathan Kent, les enfants de Superman et Wonder Woman, s’interrogent à propos du monde qui les entoure, Carrie Kelley, qui porte maintenant le costume de Batwoman, continue de marcher sur les traces de son mentor et protège les manifestants de Gotham des partisans du Gouverneur. Batman et Superman étant occupés ailleurs, les trois jeunes héros se retrouvent seuls pour gérer la situation et décident de s’allier pour mettre fin à la machination de Darkseid et du Joker.

 

photoMelania Trump et sa veste ne sont pas épargnés non plus

 

Lara n'a toujours aucun respect pour les humains, qu’elle considère comme de la vermine, mais reste quand même attachée à eux grâce à son amitié avec Carrie, tandis que Jon porte un certain intérêt pour eux et les observe avec bienveillance et curiosité. Alors qu’elle tente de montrer à son petit frère le caractère insignifiant de l'espèce humaine, le garçon est optimiste concernant le sort de l'humanité et reste persuadé qu'elle peut encore accomplir de grandes choses.

Un espoir qu'incarne Batwoman, qui se bat pour un idéal et réussit à convaincre Lara d'unir leurs forces. En digne héritière du Batman de The Dark Knight Returns, Carrie a pris conscience que cela nécessite d'employer des moyens discutables, comme de former son propre gang ou de recourir à la torture, et reprend même les mots que le Chevalier Noir prononçait dans The Dark Knight Strikes Again : « semer la terreur, c’est ce que je préfère dans ce job ».  

 

photoCombattre le mal par le mal

 

Avant même de sortir, The Dark Knight Returns : The Golden Child avait déjà pris une tournure politique pendant sa promotion quand un visuel de Batwoman en train de jeter un cocktail molotov avec l’inscription « The future is young » avait été perçu par le gouvernement chinois comme un encouragement à la révolte des jeunes manifestants de Hong Kong. DCe DC Comics avait alors gentiment supprimé l’image en question. Une interprétation qui n'est pas complètement fausse, quand on regarde le scénario de Frank Miller.

Avec cette intrigue ancrée dans un contexte sociopolitique sous tension, le scénariste reprend ses thématiques habituelles et s’en prend directement à la situation actuelle aux États-Unis, mais aussi à la manipulation de masse ou l'ingérence étrangère dans ce qui ressemble presque à une caricature de presse. Comme dans les précédents volets, la narration passe aussi par les médias, avec des articles racoleurs, une parodie de Twitter appelée Peegeon ou des émojis échangés entre Batman et sa protégée.

Le récit se permet également d'englober plusieurs sujets propres à la nouvelle génération, comme le féminisme ou la lutte contre le réchauffement climatique, et exhorte la jeunesse à reprendre ses droits, à l'image de ces trois jeunes héros qui affrontent deux vieux antagonistes de l'univers de DC. Des vilains symbolisant à la fois le chaos et la tyrannie, mais aussi le patriarcat et ces vieux politiciens dépassés qui continuent de se partager le pouvoir.

 

photoThe revolution will not be televised

 

LEGACY

Néanmoins, malgré la pertinence et l'importance du message qu'il cherche à transmettre, le scénario n'en reste pas moins simpliste, bordélique et se contente de reprendre ce qui a déjà été fait ailleurs, sans apporter une once de nuance ou d'originalité à cette dialectique qui s'étale au fil des pages. Comme souvent, Frank Miller part dans toutes les directions et déverse son message politique, mais n'apporte aucune explication concernant le retour du Joker ou la raison qui peut bien pousser Darkseid à délaisser sa conquête de la galaxie et quitter Apokolips pour s'allier avec le criminel psychotique afin de truquer des élections à Gotham. 

Même s’il impressionne par sa capacité à aborder autant de sujets en seulement 48 pages et que son scénario bête et méchant recèle quand même de vraies bonnes idées, tout est traité de manière cliché, assez superficielle et ce tournant progressiste s'apparente finalement à une nouvelle tentative de mea culpa de la part du scénariste pour son racisme exacerbé dans Holy Terror ou son invective à l’encontre du mouvement Occupy Wall Street.

 

photoAttrape-moi si tu peux

 

Heureusement, les planches de Rafael Grampa sont là pour porter le scénario bancal de Frank Miller et nous éblouir chaque fois que l'oeil se pose dessus. Comme un symbole, le scénariste a choisi l’artiste brésilien pour se charger des illustrations, un dessinateur qui a déjà prouvé son talent avec 5 ou Mesmo Delivery et qui a été élevé avec les dessins de Moebius, Tim Sale, Geof Darrow, Jamie Hewlett, Katsuhiro Ōtomo, mais aussi de Frank Miller lui-même. 

À l’image de Carrie qui reprend les mots de Batman, le trait si particulier de Rafael Grampa emprunte à son mentor et à John Romita Jr. pour délivrer un travail remarquable, qui correspond parfaitement à l'univers de The Dark Knight Returns, tandis que les sublimes couleurs de Jordie Bellaire apportent un aspect presque pictural à l'ensemble. Aussi bien en termes de composition que de découpage, l'artiste impressionne pour sa manière de conjuguer originalité et hommage aux dessins de l'époque, avec une Batwoman parfaite, des combats stupéfiants et un Darkseid qui prend la forme d'une silhouette obscure et imposante, comme la représentation du mal absolu.

Comme pour l'intervention de Carrie pendant la manifestation ou lors de son affrontement avec le Joker dans la salle d'arcade, il est dommage que la narration se sente obligée de venir polluer certaines cases pendant les scènes d'actions plutôt que de laisser les images parler d'elles-mêmes. 

 

photo

Résumé

Avec cette version contemporaine de The Dark Knight Returns, Frank Miller délivre un récit à charge contre Donald Trump et s'en prend à nouveau à la société américaine. Même s'il manque de finesse, The Dark Knight Returns : The Golden Child n'en reste pas moins pertinent et mérite d'être lu rien que pour les magnifiques dessins de Rafael Grampa.

commentaires

Thekiller
23/09/2020 à 20:51

Combien de bombes larguées par le gouvernement Obama ? Combien par Trump ?

Le reste on s'en fout.


23/09/2020 à 12:57

@ kyle

Bienvenue au club donc. Le DA est assez sympa oui. 2h20,y a de quoi faire.

Kyle Reese
22/09/2020 à 22:06

The Dark Knight Returns est mon comics (si on peut dire) préféré de tous les temps.
Pourtant, ayant feuilleté sa suite et lu les critiques je n'ai eu aucune envie de poursuivre et ne savait pas pour le 3 ème tome, ni l'arrivée du 4 ème.
Mais désolé Franck, je ne me laisserai pas tenter, je préfère me plonger une nouvelle fois dans ton chef d’œuvre plutôt que de lire des suites pas à la hauteur.

Maintenant que BvsS et Joker sont sortis avec des récupérations de scènes ça et là de TDKR, mon rêve de voir une adaptation fidèle est révolu et c'est bien dommage.
Pas eu envie non plus de voir l'adaptation animé qui semble pourtant bien, je préfère faire mon film lorsque je lis les planches de cette fabuleuse BD.

Numberz
22/09/2020 à 21:29

Je suis fan de comics. Et pourtant, je n'ai jamais été plus loin que dark knight returns.

Deny
22/09/2020 à 17:26

"Mesmo Delivery" m'intrigue beaucoup, je connaissais pas, merci

Olves974
22/09/2020 à 16:41

Bah voyons, Donald Trump est un pion du Joker et Darkseid, et il propage la haine ... lol
Le seul président américain à n'avoir éclaté aucun pays lors de son mandat ...
Ridicule , et ça perd en crédibilité je trouve de fusionner un personnage réel dans un contenu complètement fictif ....

"Frank Miller délivre un récit à charge contre Donald Trump et s'en prend à nouveau à la société américaine"

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