Absolute Carnage : critique symbiotique

Arnold Petit | 6 septembre 2020 - MAJ : 07/09/2020 00:09
Arnold Petit | 6 septembre 2020 - MAJ : 07/09/2020 00:09

Apparu brièvement dans le film de Ruben Fleischer avec Tom Hardy, Carnage fera son retour à l’écran le 21 juin 2021 sous les traits de Woody Harrelson dans la suite réalisée par Andy Serkis, Venom: Let There Be Carnage, mais avant ça, on revient sur Absolute Carnage de Donny Cates et Ryan Stegman, un évènement dont les deux derniers numéros sont disponibles depuis le 2 septembre chez Panini Comics et dans lequel Venom s’allie à Spider-Man pour essayer de venir à bout de son éternel ennemi, plus psychotique et dangereux que jamais.

ATTENTION : SPOILERS !

WEB OF VENOM

Longtemps considéré comme un des nombreux super-vilains de la longue liste des ennemis de Spider-Man, Venom a mis du temps à sortir de l’ombre de l’homme-araignée. Si au cinéma, Venom a participé à son émancipation avant la suite dans laquelle il sera toujours seul face à Carnage, du côté des comics, ce n’est que depuis qu’il est passé entre les mains de Donny Cates et Ryan Stegman qu’il occupe une place à part entière dans l’univers de Marvel.

Pendant que le scénariste présentait un Eddie Brock effrayé par la solitude en s’intéressant à cette dépendance entre lui et celui qu’il appelle son « autre », le dessinateur lui apportait un style reconnaissable tout en renouant avec les racines horrifiques du symbiote, illustré comme une silhouette organique aussi fascinante que terrifiante.

 

photoVenomverse

 

Lentement, avec soin, le duo a réinventé le personnage de Venom et s’est imprégné de sa mythologie, en lui donnant une dimension cosmique presque lovecraftienne avec l’apparition d’un dragon symbiotique contrôlé par Knull. Cet être cosmique datant des origines de l'univers de Marvel, est celui qui a créé les symbiotes pour prendre le contrôle de toute forme de vie et conquérir la galaxie, pour l'instant emprisonné dans une cage par une horde de symbiotes formant ce que tout le monde imaginait être leur planète, Klyntar.

Après avoir donné une identité propre à Venom en même temps qu'un fils caché, prénommé Dylan, Donny Cates a ensuite imaginé le retour de Cletus Kasady. Ramené d'entre les morts par une secte réunissant des adeptes de Knull grâce à un morceau du dragon symbiotique, Carnage apprend lui aussi l’existence de ce dieu des symbiotes et se met à son service en traquant tous ceux qui ont un jour été l’hôte d’un symbiote afin de le libérer.

 

photoHere's Cletus

 

THE THING

C’est tout ce contexte que se chargent de rappeler les premières pages d’Absolute Carnage, évènement conçu comme un crossover au sein de l’univers de Marvel durant lequel Venom s’allie à Spider-Man pour essayer d’arrêter Carnage. Un scénario qui s’apparente à une sorte de version moderne de Maximum Carnage, plus intense, plus sombre, mais aussi plus personnelle.

Dépossédé de son symbiote au début de l’histoire, Eddie Brock se retrouve confronté à un Carnage doté des pouvoirs d'un dieu et se tourne alors désespérément vers Spider-Man, lui aussi sur la liste du psychopathe, pour tenter de protéger son fils à qui il n’a toujours pas dit la vérité et qu’il apprend encore à connaître. À mesure que les pages défilent et que la menace grandit, Eddie accepte finalement son rôle de père et de héros, montrant qu'il est bien devenu ce personnage complexe que le scénariste a façonné depuis son arrivée sur Venom.

 

photoMeilleurs ennemis

 

Le récit exploite à merveille la dynamique entre Eddie Brock et Peter Parker, avec des dialogues emplis d’humour et de sincérité entre ces deux personnages qui se sont affrontés, mais aussi battus côte à côte, chacun ayant conscience de l’histoire commune qu’ils partagent. Une relation touchante, dévoilée avec des moments simples et authentiques, comme lorsque Peter aborde le fait de grandir sans son père quand il parle de Dylan avec Eddie ou lors d’une brève accolade entre ces deux héros possédant un lien indéfectible aussi bien entre eux, qu’avec ce symbiote dont ils ont tous les deux été l’hôte.

Au fur et à mesure, cette intrigue intimiste sur fond de thriller bascule progressivement dans l’horreur et flirte avec le body horror et l’imagerie de John Carpenter et David Cronenberg lorsque Venom et Spider-Man se rendent à Ravencroft pour faire face à une horde de symbiotes sans visages, engendrée par un Carnage disséminant des morceaux de lui-même dans les cellules de l’asile psychiatrique. Donny Cates prouve à nouveau qu'il sait tirer parti de l'univers autour des symbiotes et se réapproprie le personnage du Bouffon Rouge pour en faire une version de Norman Osborn convaincue d’être le vrai Cletus Kasady que Carnage utilise comme un pantin pour arriver à ses fins.

 

photoUn Carnage qui n'a plus rien d'humain

 

SYMBIOSE

Comme dans Venom, les illustrations de Ryan Stegman ajoutent encore plus de profondeur à la narration, insufflant au récit toute son âme et retranscrivant chaque expression parcourant les visages des personnages, même celui de Peter derrière son masque.

Un Spider-Man aussi drôle que touchant, représenté lui aussi à la perfection par le dessinateur, qui joue avec le découpage et le corps des symbiotes pour injecter cette ambiance obscure et pesante, exacerbée par l'encrage de J.P. Mayer et les couleurs de Frank Martin. Des dessins saisissants, qui donnent naissance à des visions cauchemardesques venues d’un autre monde ou à des affrontements dantesques entre les héros et les symbiotes.

 

photoL'armée des ténèbres

 

Ce n’est qu’après cette séquence à Ravencroft que l’intrigue commence à prendre de l'ampleur et que le récit embrasse vraiment sa nature de crossover, avec des personnages comme Miles Morales, Captain America, Wolverine ou encore La Chose qui font leur apparition un peu malgré eux, embarqués dans cette bataille simplement parce qu'ils étaient là au mauvais endroit au mauvais moment ou parce que des scénaristes ont jugé un jour que ça pouvait être aussi cocasse que lucratif de leur coller un symbiote sur le dos.

Malheureusement, c'est aussi à ce moment que le rythme jusqu’ici maîtrisé s’accélère brusquement et les scènes d’action s’enchaînent les unes après les autres pour retomber dans un schéma classique avec un affrontement épique entre les deux symbiotes pendant que les autres héros essayent de survivre à une invasion de symbiotes venus des profondeurs de New York.

 

photoRéunion des anciens symbiotiques

 

Les rebondissements qui mènent à la fin du récit sont pourtant efficaces, avec des enjeux qui vont avoir une énorme incidence dans la continuité de Marvel, mais la conclusion reste quand même précipitée et aurait bien mérité quelques pages supplémentaires pour renforcer l'aspect dramatique et l'impact de certaines scènes. Ce qui aurait dû être le point culminant de cette confrontation apocalyptique entre Venom et Carnage ne sert en fait qu’à préparer l'arrivée de Knull sur Terre lors du prochain crossover symbiotique prévu pour décembre 2020 aux États-Unis, King in Black, qu’on imagine déjà comme un déluge de symbiotes face à une myriade de héros de l'univers de Marvel.

Dommage quand même qu'il faille connaître et suivre le travail de Donny Cates et Ryan Stegman dans Venom pour apprécier Absolute Carnage à sa juste valeur, mais si cette histoire n'était qu'une simple présentation de leurs ambitions pour le personnage, autant dire qu'on peut déjà s'attendre à quelque chose de grandiose pour la suite.

 

photo

Résumé

À l’image de leur travail sur le personnage symbiotique, Donny Cates et Ryan Stegman proposent un récit profond et terrifiant autour de Venom, Carnage et Spider-Man, qui aurait pu être encore meilleur s'il n'était pas trop occupé à installer le cadre du prochain événement consacré au symbiote.

commentaires

Deny
11/09/2020 à 17:51

C'est pas faux...

Geoffrey Crété - Rédaction
08/09/2020 à 15:09

@Deny

On a parfois (souvent) peu ou pas de commentaire sur un film méconnu ou une série peu identifiée, preuve que même sur un site d'abord spécialisé en ciné et série, les commentaires sont d'abord là sur des sujets qui font réagir, qui sont connus et très discutés. D'autant qu'on a déjà eu beaucoup de commentaires et débats sur des articles BD, comics ou manga ;)

Deny
08/09/2020 à 15:06

Oulà! Vue le peu de commentaires on sent bien qu’écran Large est avant tout un site de film & série.

Deny
06/09/2020 à 13:55

Je déteste Venom et compagnie mais votre article est instructif.
Au passage : "Incognito" un comic au top à lire. Encore un univers au potentiel Netflixien...
Aussi "Infamous Iron Man 01 - Rédemption" en 2 partie qui raconte l'étonnante rédemption de Doc Fatalis en harmonie avec les précédents événements "Secret War". (Doc Fatalis, hélas, un des nombreux personnages essentiels de Marvel pourtant massacré par le ciné).

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