Tués par la Mort : critique fauchée

Simon Riaux | 28 octobre 2019
Simon Riaux | 28 octobre 2019

Ce n’est pas vraiment un scoop, mais on meurt souvent au cinéma. Et pas toujours dans la plus grande des dignités. C’est ce dont rend compte l’excellent Tués par la Mort, publié par Hachette.

DE LA MORT QUI TUE

Si dans le monde réel de la vérité vraie, la plupart d’entre nous décèdent sur un banal lit d’hôpital, au cinéma, c’est un peu plus compliqué. Tragique ou comique, le décès surgit, du côté des drames, dans les films noirs, thrillers, mésaventures horrifiques, délires gores ou dingueries bis. Le projet de Tués par la Mort est, en apparence, de proposer une recension des méthodologies employées par la grande faucheuse pour desquamer nos personnages de fiction favoris.

Tronçonneuse, trottoir, yo-yo, aquarium, araignées, lépidoptères… Si ça tue, alors ça se lit. Au gré des pages, c’est un formidable répertoire d’accidents, de meurtres et de bizarreries qui se déploie. Et, si on est incapable de juger l’exhaustivité de l’entreprise (mais son auteur lui-même ne paraît pas tourné vers le culte de la performance en la matière), mais le livre peut se targuer de nous offrir un listing d’une belle variété, qui a le bon goût de multiplier ses sources.

 

photo, Tués par la MortDisponible depuis le 25 septembre, chez Hachette

 

En effet, Lelo Jimmy Batista ne s’est pas contenté d’enfiler les perles Z, de collectionner les morts ridicules ou grotesques. Il va piocher dans tous les genres, des auteurs aux artisans, des grandes et fabuleuses agonies, jusqu’aux plus scandaleuses exécutions. Cette volonté d’embrasser le 7e Art dans sa diversité et sa gamme de contraste est particulièrement agréable, en cela qu’elle se plaît à visiter les chapelles des uns et des autres, plutôt que d’en favoriser une ou de les opposer.

 

FAUCHEUSE, MAIS PAS FAUCHÉE

Mais ce qui fait la véritable réussite de Tués par la Mort, ce n’est pas tant sa collection de liquidations, le choix de ses entrées, son humour qui fait souvent mouche… mais bien le texte et la langue de son auteur. Lelo Jimmy Batista est écrivain, scénariste et journaliste. Ce triptyque, où cet appétit transpire dans chaque paragraphe de Tués par la Mort, cultive un sens de la digression assez merveilleux. Les parenthèses consacrées aux terreurs arachnophobes de 'l’auteur autorisent des apartés goutues sur TarantulaArachnophobie, ou encore de grandes déclarations d'amour, parmi lesquelles un vibrant éloge de Lucio Fulci.

 

Lucio FulciUne des plus belles morts de L'Au-delà

 

Ici, c’est une note de bas de page qui renseigne sur quelques anecdotes foireuses, mais irrésistibles, là, on s’arrête sur un classique oublié, aux morts tout juste passables, mais aux idées géniales, soudain on dévore une page consacrée à la nécessité de pisser assis. Le livre déborde son sujet de toutes parts, cherchant simultanément à divertir, mais aussi à questionner, modestement, discrètement, sur l’absurdité qui nous entoure, sur la fatalité, qui toujours surgit.

Beaucoup plus qu’une liste à la Prévert, ou un bouquin sympatoche confectionné à partir de souvenirs et de fiches Wikipedia compulsées, Tués par la Mort se veut la porte d’entrée d’un imaginaire aussi récréatif qu’amoureux des limites, un lieu étrange et accueillant.

 

Photo Meryl StreepUn livre auquel la mort va si bien

 

UN CLOU DANS LE CERCUEIL

S’il fallait pointer d’un doigt cadavérique un menu défaut, et s’acheter ainsi un semblant de nuance, ainsi que quelques grammes de professionnalisme, on questionnera la maquette du livre, extrêmement soignée, mais pas toujours adaptée. Les illustrations de Freak City sont toutes réussies et plutôt classieuses, ainsi qu’en témoignent la couverture du bouquin… mais nous placent dans un entre-deux un peu inconfortable.

Vu leur richesse, on eut apprécié d’en trouver beaucoup plus. Ou beaucoup moins. En effet comme écrit ci-dessus, c’est par son texte, le sentiment de profusion qu’il offre, que se distingue l’œuvre. Ainsi, peut-être eut-il été plus pertinent d’opter pour un choix fort. Consacrer une forme un peu cartoonesque et accompagner bien plus d’entrées par les visuels de Freak City, ou décider de tenter le coup de laisser le texte seul, d’en faire l’unique centre d’attention du lecteur, aurait encore accentué la singularité de l’ensemble.

 

photo, Tués par la Mort

Résumé

Au-delà de sa liste rigolote et de ses textes bien balancés, Tués par la Mort dépasse son statut de répertoire à la Prévert pour proposer un vrai régal de lecture, toujours surprenant, aussi stimulant qu'une bonne petite électrocution des familles.

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire