Resident Evil : Revelations 2 - la saga est-elle définitivement morte et enterrée ?

Geoffrey Crété | 27 mars 2015 - MAJ : 24/01/2019 11:29
Geoffrey Crété | 27 mars 2015 - MAJ : 24/01/2019 11:29

Dans le quatrième épisode de Resident Evil : Revelations 2, au fin fond d’une mine dans les entrailles de l’île, on découvre derrière une porte une gigantesque demeure peuplée de vieux tableaux et livres poussiéreux. Une vision insolite qui renvoie au décor principal du premier jeu de la saga, et pousse Barry Burton à s’exclamer : « J’ai eu ma part de manoir ! ». Un simple dialogue qui résume toute la laideur de l’entreprise, devenue un terne miroir de sa propre gloire d’antan.

PREVIOUSLY 

Rembobinons. A l’origine, il y a le fameux manoir Arklay perdu dans la nature aux abords de Raccoon City, où échoue l’équipe commando des STARS dans le premier Resident Evil. Avec Chris Redfield, Jill Valentine et Barry Burton sous les ordres de Wesker, lequel se révèlera être un traître à la solde de la diabolique multinationale Umbrella. Dans Resident Evil 2, Claire Redfield, sœur de Chris, part à la recherche de son frère dans Raccoon City ravagée par le virus, et aux côtés de Leon Kennedy. Quête qui se poursuivra dans Resident Evil : Code Veronica, sur une île pénitentiaire possédée et elle aussi ravagée par Umbrella.

 

Claire et Leon dans Resident Evil 2

 

Après Resident Evil 3 : Nemesis avec Jill Valentine, et le prequel Resident Evil Zero, premier à utiliser le partner zapping qui deviendra plus tard une norme, la franchise opère une refonte en profondeur de son système dans Resident Evil 4. Une page s’est tournée avec la destruction de Raccoon City : place à l’Espagne rurale où Leon Kennedy, en digne ersatz de Jack Bauer, tente de sauver la fille du président des Etats-Unis. A

près une transition dans Code : Veronica, les cadrages très esthétiques ont disparus au profit d’une vue à la troisième personne, en harmonie totale avec la nouvelle approche du genre. Les statues à pousser pour résoudre une énigme deviennent des colosses à abattre pour ouvrir une porte, et les silences ponctués par le fracas d’une vitre traversée par un chien se muent en scènes d’action infernales où il faudra détruire un hélicoptère tout en repoussant les assauts de dizaines de zombies. Nouvelle console, nouvelle époque, nouvelles règles, mais même public, à la fois étonné et désemparé face à ce vieil ami devenu un étranger.

 

Claire dans Code : Veronica

 

C’était en 2005 et depuis, Resident Evil n’a pas su se relever. La curiosité mêlée à l’excitation du quatrième épisode, qui reste d’une efficacité et d’une brutalité remarquables, a laissé place à une hallucination collective. Transporté en Afrique avec Chris Redfield, Resident Evil 5 a transformé l’aventure en montagnes russes gargantuesques, d’une bêtise et d’un mauvais goût extraordinaires. Même chose avec Resident Evil 6, qu’il était indispensable de se farcir en coopération pour gérer son désarroi avec un rire gêné.

Moins désagréable mais plus chaotique encore, Resident Evil : Revelations aura donné à la franchise des airs de Contes de la crypte. Dans ces conditions, difficile d’avoir le moindre espoir lorsqu’on lance Revelations 2.

 

Et dans Revelations 2

 

RESIDENT EVIL 10 : REVELATIONS 2, ÉPISODES 1 À 4 

Il n’y qu’à observer la chronologie de Resident Evil pour comprendre que la franchise a cédé sous son propre poids : suite de Revelations qui n'en reprend pas les personnages, Revelations 2, le dixième opus officiel, se déroule entre le cinquième et le sixième épisode.

L’histoire démarre avec Claire Redfield, kidnappée avec Moira Burton, fille de Barry. Lourd clin d’œil à Code Veronica : Claire se réveille dans une prison lugubre, sur une île perdue et semble t-il russe. Comme Moira, elle découvre à son poignet un curieux bracelet lumineux, dont la couleur évolue du vert au rouge en accord avec les émotions du porteur, susceptible de muter en cas de peur extrême.

Ce premier duo laisse place dans chaque épisode à Barry Burton, venu six mois plus tard chercher sa fille laissée pour morte sur l’île. Il y rencontre la petite Natalia, une orpheline un brin louche à qui il demande de l’aider dans sa quête.

 


Chacun des quatre épisodes se divise en deux parties et timelines, menées par chaque duo à six mois d’intervalle. A l’aide d’une simple touche, on change de personnage, avec une même dynamique dans chaque couple : un personnage guerrier, adepte des armes à feu, et une main plus douce, capable de repérer les items cachés, ouvrir des coffres et des passages spéciaux.

Du côté des vieux meubles nommés Claire et Barry, rien de neuf : on pourra manier et améliorer la mitraillette, le magnum, le fusil à pompe ou le sniper, esquiver les coups, ou encore se soigner avec les éternelles herbes vertes. Plus périlleux : Moira devra se contenter d’aveugler les ennemis avec sa lampe torche et se défendre avec un pied de biche, tandis que la petite Natalia a la faculté de « sentir » les créatures, enveloppées d’un halo lumineux à travers les murs – Last of us-like. En solo, l’équilibre des forces fonctionne bien ; en coop, la formule se révèle bien moins divertissante que dans les épisodes précédents.

 

 

L’HISTOIRE SANS FIN 

Inutile de sonder Revelations 2 à la recherche d’une évolution, encore moins d’une révolution. Les graphismes, le gameplay, les bruitages, les musiques, les textures, jusqu’aux caisses en bois à briser : ce nouvel épisode alterne entre un sentiment de répétition et d’autocitation constante. Comme le cinéma de Tim Burton, Resident Evil a cru que l’évolution passait par une multiplication insolente des effets. Le bruit sans la fureur. La quantité sans la qualité.

Depuis Code : Veronica, la dimension baroque de la mythologie, accessoire dans les premiers volets, a vampirisé l’histoire. Réincarnation, clones, mutations improbables, aristos dérangés et autres antagonistes de série Z se sont succédés. Tandis que la fameuse société Umbrella était vaincue, Albert Wesker, traître du premier épisode, se métamorphosait en guignol new age, Jean-Claude Van Damme machiavélique échappé de la Matrice des Wachowski. Au prix d’une farandole d’intrigues à la fois débiles et incompréhensibles, Resident Evil a déployé ses ailes sur la planète pour disperser ses héros et ses péripéties sur tous les continents. De cette multiplication des personnages, des ennemis, des virus et des ellipses est née l’impression d’un navire sans maître à bord, lancé à toute vitesse vers la destination floue du succès.

 

 

Revelations 2, qui n’apporte pas plus de révélations qu’à l’accoutumée, confirme cette lente agonie. Sous prétexte de présenter une île perdue transformée en site expérimental, l’histoire balade ses personnages de zones en zones, enfilées comme de grossières perles sur un collier bon marché. En plus de manquer de grandeur, le scénario décousu souffre de l’approche épisodique, qui hache toute la progression – un épisode est découpé en deux temps, eux-mêmes segmentés en zones plus ou moins assemblées par des cinématiques et des ellipses.

La double conclusion de l’épisode 4 démontre toute la bêtise de l’entreprise. Suite à un choix grossier offert dans l’épisode 3 de Claire et Moira, le joueur assistera à l’une des deux fins : la bonne, qui respecte les codes du genre avec un premier degré terrible, mais au moins efficace ; et la mauvaise, d’une imposture honteuse, qui prive d’une amusante séquence de gameplay pour proposer la version nihiliste mais désincarnée des événements. Une vraie punition donc, loin d’offrir une alternative scénaristique à cette histoire invraisemblable à laquelle le jeu lui-même semble ne prêter aucune réelle attention.

 

 

En essayant de prendre ça au sérieux, on y comprendra qu’Alex Wesker, la sœur de Wesker née des expériences d’Umbrella, fan de Franz Kafka, s’est installée sur une île d’ouvriers russes, auquel elle a promis du travail pour mieux les exploiter et utiliser leurs corps pour ses expériences. Expériences autour du virus T-Phobos, mais surtout l’immortalité, qu’elle compte atteindre en se réincarnant dans le corps de Natalia après s’être suicidée, non sans être passée par un stade monstrueux entre les deux. Quid des bracelets, vendus comme le cœur de l’intrigue pour finalement être délaissés sans jamais être craints ? Et du rôle de Claire et ses collègues dans l’expérience ? Mystère.

 

 

GAME OVER 

Mais donc, Resident Evil, morte et enterrée ? Pas tout à fait. Le feu continue de brûler dans le cœur des fans, capables d’occulter une heure ingrate pour planer sur un décor inspiré. Le chapitre 3 de Claire offre ainsi un joyeux revival avec la lugubre usine, où il faudra résoudre plusieurs énigmes simples mais excitantes.

Parmi elle : une histoire de statues, d’œil en pierre et de plafond meurtrier. De quoi rappeler à la mémoire de vieux souvenirs glorieux. Et l’équipe en a bien conscience, d’où ce fan service qui va du simple clin d’œil à l’hommage pur et simple. Ailleurs, on pourra aussi se repaître d’une ambiance intéressante, à l’image de ce sinistre village de pêcheurs ou d’un immeuble abandonné, avec la présence d’ennemis invisibles très bien gérée.

 

 

Manque néanmoins le principal : l’excitation, l’adrénaline. Impossible de nier que Revelations 2 est généralement une vaste plaisanterie, qui fait preuve d’une originalité aussi fine que Paul Anderson dans les adaptations ciné de la saga. Pas de peur, une vague boucherie pas bien nerveuse, voilà le menu qu’offre ce dixième épisode.

La faute à l’IA désastreuse des ennemis, qui donne envie de relancer Alien Isolation pour retrouver une réelle émotion qui dépasse le pixel, mais surtout un cruel manque d’implication à cause des personnages sans âme, des enjeux abstraits ou ridicules, et d’une incapacité totale du jeu à nous inviter dans son voyage en terre inconnue. Avec le recul, la chose ne laisse qu’une très mince empreinte dans la mémoire, qui disparaîtra sans efforts avec le temps.

Tout maladroit qu’il était dans son exécution, le récent The Evil Within avait au moins la vigueur d’un môme, mené par la soif insatiable de succès et de sensations fortes, et armé d'une grande générosité comme une main amicale tendue vers le joueur. En comparaison, Revelations 2 a des airs de service gériatrique, et ne prend même plus la peine d’y croire pour nous. Car lui aussi n’a plus peur : il sait d’ores et déjà qu’on achètera le prochain jeu, mené par la quête illusoire et douloureuse de cette belle âme qui nous manque. 

 

 

Résumé

Resident Evil : Revelations 2 creuse la tombe désormais bien profonde de la franchise, avec une non-chalance terrible. Le fan d'hier pourra se repaître d'une poignée de moments réussis, pour au final s'indigner d'une entreprise profondément décevante à laquelle la peur est étrangère.

 

 

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires

Marcus
28/01/2019 à 00:35

@farbote

La seule chose incroyable c'est de venir t'étonner que... ce soit possible que quelqu'un... ait un avis... différent... du tien. Waouh.
C'est pas parce que tu aimes, et que tes potes aiment, que ça veut dire que ceux qui aiment pas ont un problème, ne sont pas fans de RE, etc.
Je suis fan de Resident Evil, je connais de gros admirateurs de la saga. Et les Revelations n'ont pas plus la cote que ça. RE7 a ses adeptes.

farbote
28/01/2019 à 00:17

excellent jeux !! c'est quand même incroyable que les site critique les jeux très très bien comme celui ci qui est un vrais résident evil !!! contrairement a cette "bouse de résident evil 7" qui est peut être un bon jeux mais certainement pas un résident evil ,j'ai fait un petit test sur une vingtaine de joueur fan de résident evil et ils ont tous aimer les deux résident evil révélation et détester le 7 ,le 2 tourne bien est beaux et aucun bug ça a été du pure bonheur et en français en plus merci CAPCOM ,part contre pitié plus de vue a la première personne comme le 7 pale copie du silent hill pt annulée heureusement

yolo wolf
11/09/2016 à 22:52

mais par contre pour moi le 6 a bider grave......et le 5 a 50 % :-)

yolo wolf
11/09/2016 à 22:50

perso j'mi coonait en resident evil
le revelation 1 etais super
le 2 je lais pas encore acheter mais je pense le prendre voila.......

TheLastStand3D
15/12/2015 à 17:16

les createurs du jeux se sont compliques la vies et quand je regarde la tete des zombies on se croirait sur counter-strike.

itachi62
21/07/2015 à 22:16

c'est pas des insociaux qui joue en online moi mes potes je les vois plus car j'ai d'emmenager et c'est le seul moyen de jouer donc révélation c'est de la merde

Simon Riaux - Rédaction
28/03/2015 à 01:26

@mikegyver
Merci pour ce commentaire pondéré et fin, qui ouvre les portes de notre conscience au-delà de ce qu'il nous était permis d'espérer.

Jill
27/03/2015 à 23:03

Le 5 était méchamment cool et con, avec des dialogues qu'on voit à la limite dans les scènes coupées des Expendables.
Qualifier le 5 d'"excellentissime"... Effectivement, c'est à ça qu'on "les" reconnaît hein ! LOL n'est-cepas

mikegyver
27/03/2015 à 22:56

aie aie aie @lol ton commentaire est incomprehensible.

Y'a rien de gratuit dans le jeu, les 2 episodes sont dans la version boite, c'est juste une idée marketing pour tromper les demeurés (et ca marche) mais les 2 episodes ont toujours fait partie du jeu des le debut.

Ensuite le jeu en ligne , deja c'est juste sur PC que ca veut pas (encore) je crois, et surtout on s'en branlote la nouille puissance 10000.

Le jeu en ligne c'est bien pour les asociaux et les moches, qui ne peuvent pas avoir de potes a inviter chez eux avec biere/pîzza/chips (sur resident evil j'entends), y'a aucune escroquerie la-dedans, faut arreter avec le online c'est saoulant.

Sinon Resident Evil 5 etait excellentissime, Revelations 1 etait excellent aussi, preuve en est on attendait le 2 avec impatience.

Quand on raconte des conneries a longueur de critiques de films, oser un article sur un jeu video c'est......comment dire......."ca ose tout , c'est a ca qu'on les reconnait" :) :) :)

lol
27/03/2015 à 18:03

pas bien terrible c'est certain, 2 épisodes offerts donc on verra bien mais ce qui est certain c'est que capcom comme beaucoup de site évite surtout de parler du gros problème du jeu en téléchargement impossible de jouer en ligne ce qui est pas loin d'être une escroquerie

votre commentaire