Hades : test qui voyage au bout des enfers

Antoine Desrues | 12 août 2021
Antoine Desrues | 12 août 2021

Depuis sa sortie en accès anticipée en 2018, Hades s'est construit une impressionnante réputation, amenant entre autres les fans de roguelite à le considérer comme l'un des chefs-d’œuvre modernes du genre. Or, depuis la disponibilité de sa version définitive, le titre de Supergiant Games s'est imposé comme un incontournable, récoltant autant de récompenses que d'analyses pointues sur la gestion de son récit. À l'occasion de sa sortie le 13 août 2021 sur PS4, PS5, Xbox One et Series X/S (et même sur le Game Pass), revenons sur ce bijou qui mérite toutes nos offrandes.

N.B. : Le test a été réalisé sur la version PS4 du jeu.

De zéro à héros

Qu'on pense de God of War, Darksiders ou encore Bayonetta, le jeu vidéo a investi avec beaucoup d'intérêt la question de la religion. Les récits les plus emblématiques de la mythologie grecque comme la symbolique judéo-chrétienne se sont vus revisités, la plupart du temps par des personnages voués à défier l'autorité des textes sacrés. Il serait sans doute simpliste de réduire cette mouvance au fait que le dixième art offre une interaction directe entre joueurs et l’œuvre, mais il est évident que sa soif d'imprévu et de chaos s'adapte parfaitement à cette remise en cause de nos dogmes les plus anciens, à cette envie irrépressible de prouver que rien n'est inscrit dans le marbre.

Si Hades partage à n'en pas douter les mêmes interrogations que les jeux pré-cités, il les traite peut-être avec encore plus d'intelligence par la symbolique de son gameplay. Dans la peau de Zagreus, le fils du dieu Hadès, le joueur doit fuir les Enfers à la recherche de la mère du héros. Bien évidemment, le voyage ne sera pas une promenade de santé, puisque pour traverser le Tartare, l'Asphodèle, l’Élysée et le Temple du Styx, Zagreus devra affronter de nombreux ennemis dans des salles agencées de manière aléatoire, mais surtout mourir, encore et encore, pour atteindre son objectif.

 

photoEscape Room

 

En bref, Hades est tout entier fondé sur la notion de fatalité, sur l'inévitable retour à la case départ typique des roguelites, ici agrémenté d'une touche de dungeon crawler. Néanmoins, là où le genre est souvent synonyme de frustration, obligeant les joueurs à faire leurs devoirs pour trouver la méthode optimale de progression, le jeu de Supergiant Games (les papas de Bastion) est d'une grisante accessibilité. Non pas qu'il soit facile, loin de là, mais il est équilibré avec un savoir-faire rare.

Déjà, il convient de souligner la fluidité jouissive de ses phases de combats, dont la simplicité d'approche n'a d'égal que la marge de progression qu'elles permettent. En plus de ses six armes au feeling parfait, Hades se renouvelle à chaque run par l'aide des dieux de la cosmogonie grecque, qui prêtent ponctuellement soutien à Zagreus en lui conférant des bienfaits pouvant drastiquement changer le jeu. Et si les joueurs hardcore ont déjà appris à constituer des "builds" optimaux, il n'y a pas de mauvaise façon d'appréhender le titre.

En fait, cet équilibrage aux petits oignons est magnifié par la manière qu'a le jeu de constamment poser de nouvelles cartes. Chaque fois qu'on pense maîtriser une certaine technique ou stratégie, il y a toujours un élément insoupçonné qui vient changer la donne, que ce soit une amélioration des armes, ou la découverte d'un artéfact auprès d'un personnage, et ce même après plusieurs dizaines d'heures de jeu.

 

photoUn character design parfait

 

Drag Me to Hell

Dès lors, Hades jouit d'une dimension profondément addictive, d'autant que le plaisir de ses phases d'action s'accorde avec celui d'en savoir toujours plus sur les tenants et aboutissants de l'histoire. Si la direction artistique animée du titre est sublime, le character design inspiré et moderne aide grandement à donner vie à toutes les figures grecques qui vont croiser la route de Zagreus. Sublimés par un doublage au poil, les dialogues sont aussi incarnés que malicieusement disséminés au cours des tentatives d'évasion de notre avatar.

À vrai dire, si l'on revient régulièrement vers Hades, c'est en grande partie pour la qualité de ces échanges, donnant l'impression de faire face à de véritables personnages, dont la complexité et la force des relations tissées grandissent au fil du temps.

 

photo"Mais Thésée-vous !"

 

C'est d'ailleurs par cette mécanique que les équipes de Supergiant Games façonnent la subtilité de leur petit chef-d’œuvre. Alors que Zagreus est mû par une colère, une hargne et une impatience digne de sa famille hissée sur l'Olympe, le personnage va évoluer au contact d'êtres mythiques souvent réduits par l'histoire à un trait de caractère unidimensionnel. Or, qu'il s'agisse de sa peinture d'Achille, Eurydice ou encore Sisyphe, Hades surprend par sa poésie douce-amère, qui offre à ses figures tragiques de la mythologie une paix intérieure, une acceptation du sort qu'ils ont pourtant tant cherché à fuir.

Ainsi, le roguelite se confronte à la fatalité non pas en la rejetant comme pourrait le faire Kratos, mais en l'embrassant, pour mieux faire bouger les lignes de l'intérieur. Plutôt que de subir pour l'éternité la douleur du regret face à une vie qui n'a pas pris la direction escomptée, les personnages d'Hades renaissent en assumant leur condition de métaphore, de mise en garde sur les pièges de ce monde. Et petit à petit, de run en run, le jeu de Supergiant éclot pour révéler sa véritable nature : être la meilleure adaptation contemporaine des préceptes de l'existentialisme.

 

photo"Si je devais résumer ma vie aujourd'hui, avec vous, je dirais que c'est d'abord des rencontres..."

 

C'est peut-être pour cette raison que le jeu vidéo s'est attelé pendant toutes ces années à explorer les tréfonds du nihilisme pour détruire des systèmes de croyances archaïques ; pour qu'au final, Zagreus ressorte de la marre de sang qui débute ses aventures, et redonne vie à la pensée d'Albert Camus sur cette absurdité du monde qu'il faut accepter.

Car derrière sa structure répétitive et les nombreux échecs qui jalonnent sa progression, Hades est avant tout un jeu touchant, où l'on apprend en même temps que notre personnage à ne plus désespérer face à l'inévitable. "Il faut imaginer Sisyphe heureux", disait Camus. Et si le jeu de Supergiant Games a su comme aucun autre transposer à la perfection le sens de cette phrase, il est clair que le brio d'Hades nous emplit également de joie.

 

affiche

Résumé

Beau à en crever (littéralement) et servi par un gameplay jouissif dès ses premiers instants, Hades est un pur bijou d'orfèvrerie vidéoludique. Mais Supergiant Games a fait plus que délivrer un grand jeu d'action, et a réfléchi aux implications du roguelite pour en tirer une réflexion passionnante sur la symbolique existentialiste de la mythologie grecque. Brillant et addictif.

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Lecteurs

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commentaires
Akitrash
14/08/2021 à 11:00

Beau mais trop hardcore pour moi! Trop de Die and Retry!

Spidy
13/08/2021 à 14:33

Ca donne envie, hâte de l'essayer :)

Cocoon23
13/08/2021 à 06:59

Tu termines trois fois un jeu et tu l'as pas aimé ?
T'aimes te faire du mal.

Dododu92
13/08/2021 à 05:35

L'un des jeux les plus surcotés de la décennie.

Le jeu te fais croire que c'est très varié, mais au fond ça se joue toujours de la même manière : on dash puis on attaque, on dash puis on attaque, le plus vite possible, en boucle...

3 environnements en répétition, 3 bordel, c'est tellement faible.
Les chambres se ressemblent trop aussi.
Le bestiaire est extrêmement léger, ce sont toujours les mêmes, très très peu de variants.

Terminé 3 fois à sa sortie, aucune envie de m'y remettre depuis, un comble pour un rogue lite qui d'habitude sont toujours plaisants sur la durée.

Copeau
12/08/2021 à 15:19

Un des meilleurs jeux des dernières années ! Je l’ai eu sur switch et là je vais me le refaire sur PS5… chose que je ne fais quasi jamais , c’est pour dire que le jeu est excellent !

Batbatmonkey
12/08/2021 à 14:05

Coup de cœur de l’année, sans fin, ultra plaisant et univers frais (alors qu’on parle de mythologie millénaire)

Une bombe

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